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Sens du mot, sens de l'image

De
426 pages
Lorsque vous percevez visuellement une image ou un mot la dénommant, pensez-vous la même chose ? Les mots et les images évoquent-ils les mêmes significations ? Le type d'images (photo, dessin, icône) est-il déterminant dans l'évocation qui en émane ? Où vont se loger les images et les mots dans le cerveau ? Comment les images et les mots sont-ils traités dans le cerveau ? Voilà quelques questions abordées dans ce livre qui explore les processus d'identification, d'interprétation et de compréhension. L'approche proposée ici est celle des Sciences cognitives.
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SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Collection Savoir et formation dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault
A la croisée de l'économique, du social et du culturel, des acquis du passé et des investissements qui engagent l'avenir, la formation s'impose désormais comme passage obligé, tant pour la survie et le développement des sociétés, que pour l'accomplissement des individus. La formation articule savoir et savoir-faire, elle conjugue l'appropriation des connaissances et des pratiques à des fins professionnelles, sociales, personnelles et l'exploration des thèses et des valeurs qui les sous-tendent, du sens à leur assigner. La collection Savoir et Formation veut contribuer à l'information et à la réflexion sur ces aspects majeurs.

Dernières parutions Yves GUERRE, Le théâtre-Forum. Jacky BEILLEROT, L'éducation en débat: lafin des certitudes. Françoise F. LAOT, Laformation des adultes. Georges SNYDERS, Des élèves heureux... Bernard BONNET, Laformation professionnelle des adultes. Christophe WULF, L'anthropologie de l'éducation. Claudine BLANCHARD-LA VILLE et Dominique FABLET, L'analyse des pratiques professionnelles (édition revue et corrigée), 2000. Jacky BEILLEROT, Formes etformations du rapport au savoir. Chantal HUMBERT (coordonné par) Les usagers de l'action sociale. Sujets, clients ou bénéficiares ? Claudine BLANCHARD-LAVILLE et Dominique FABLET (coord.), Pratiques d'intervention dans les institutions sociales et éducatives. Gérard BARNIER, Le tutorat dans l'enseignement et laformation, 2001. Collectif de Chasseneuil, Accompagner des formations ouvertes, 2001. Michel BOUTANQUOI, Travail social et pratiques de la relation d'aide, 2001. Philippe SARREMEJANE, Histoire des didactiques disciplinaires, 2001. Philippe CARRÉ (sous la dire de), De la motivation à laformation, 2001.

Martine CORNUÉJOLS

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Préface de François Rastier

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA my 1K9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan,

2001

ISBN: 2-7475-0792-0

Préface

Objet d'un regain d'intérêt avec l'essor du multimédia, les relations entre modalités perceptives et entre systèmes sémiotiques constituent à présent un des domaines les plus prometteurs de la recherche. Le lecteur appréciera sans doute la présentation sobre et claire des différents modèles de l'accès et de la mémoire: cette revue des approches et théories est conduite avec méthode et sobriété et constitue une excellente introduction au domaine; en particulier, l'articulation entre données d'imagerie cérébrale est parfaitement dessinée, sans hypothèse réductionniste. Pour comparer les modes d'accès iconique et lexical, Martine Cornuéjols évalue le rôle des modalités visuelle et auditive dans l'accès lexical, tant au plan du signifiant qu'au plan du signifié. Quant à l'image, on ne peut la réduire à la représentation d'un objet: elle est aussi un objet. La typologie des signes iconiques est donc d'autant plus utile que les icônes normalisées du matériel d'expérience ont sans doute un fonctionnement spécifique, car leur canonicité les fait fonctionner comme des types lexicaux normés, c'est-à-dire comme des termes. Aussi, les expériences de comparaison entre icônes et images photographiques sont-elles bienvenues; en effet, l'image photographique est elle aussi codée conventionnellement, mais d'une autre manière que l'icône. Plus généralement, il n'est pas certain que les objets sémiotiques soient catégorisés et perçus comme les autres, comme le montre le phénomène de la perception catégorielle des sons du langage. À plusieurs reprises, on note l'importance, déjà mise en évidence par la Gestalt, de la détermination du local par le global: ainsi, pour ce qui concerne l'accès à l'item par la classe, l'identification dépend du processus de catégorisation. Les expériences présentées conduisent à des questions nécessaires, qui pourraient conduire à reconsidérer bien des idées largement reçues en psychologie cogniti ve. (i) Le concept d'accès, quand il suppose un stockage passif dans la mémoire, doit être révisé, voire remplacé. (ii) S'il existe une seule It mémoire sémantique It, qu'elle soit amodale ou plurimodale, le système linguistique en est vraisemblablement l'ossature, car on constate vocalisation implicite des icônes: selon qu'elles correspondent à des mots courts ou longs elles sont traitées plus ou moins vite!

(iii) Faut-il par ailleurs admettre des systèmes spécifiques à chaque sémiotique, ou encore des systèmes intercorrélés ? Dans la seconde hypothèse, les simulacres multimodaux qui définissent les" représentations mentales" seraient alors répartis et stockés dans des réseaux dynamiques dont les significations lexicales seraient les points d'accès. Les mots réputés abstraits auraient alors simplement de faibles connexions avec la sémiotique imagée. On voit que les résultats présentés peuvent susciter des questions de fond que je laisse à la discrétion du lecteur. Avant de me taire, ce qui est le devoir le plus strict d'un préfacier, il ne me reste qu'à souligner la déontologie intellectuelle dont cet ouvrage témoigne par son absence de préjugés et de triomphalisme. François Rastier

Remerciements
Je tiens à remercier en premier lieu le Professeur Jean-Pierre Rossi des discussions courtes mais souvent animées que nous avons eues qui m'ont éclairées tout au long de cette recherche. Je remercie également le Professeur Alain Lieury (psychologue), le Professeur François Testu (psychologue), le Professeur Bernard Claverie (neuroscientifique), Monsieur François Rastier (linguiste), sous l'impulsion desquels cet ouvrage a été proposé à l'édition, d'avoir accepté de jouer le jeu de l'interdisciplinarité. Monsieur François Rastier a particulièrement accompagné de sa clairvoyance et de son enthousiasme motivant le parcours de ce manuscrit jusqu'à l'édition et a accepté d'en être le préfacier. Un merci particulier à l'équipe Cognition Humaine. Les discussions avec le Professeur Jean-François Le Ny, furent sources de réflexion. Mes remerciements vont aussi à ceux qui m'ont témoigné leur soutien, leur affection ainsi que leur interêt pour une collaboration à mes recherches futures: Frédérique Faita, Frédéric Lavigne, Jean-Michel Fortis, ... Merci à Jean-François Démonet pour les discussions fructueuses que nous avons eues au cours de ce travail et les conseils qu'il a su me donner. Je tiens aussi à remercier Bernard Mazoyer pour les discussions passionnantes que nous avons eues. Un merci spécial à Mady Méheut, sans laquelle ce livre n'aurait peut-être pas existé, et à Annick Quémeneur, qui a contribué grandement à l'esthétique et la lisibilité des illustrations reproduites dans ce manuscrit. Merci à mes compagnons de laboratoires Sophie Rosset, Christophe Brouard, Je an-Baptiste Berthelin pour leur relecture attentive du manuscrit. Sans l'amitié de beaucoup, la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue. D'où mes remerciements chaleureux à Stéphane Boussard et Laurence Cholet. Un grand merci à ma famille parents, grands-parents, frères et bellessœurs, dont le soutien n'a pas failli. Un grand merci aux étudiants et chercheurs qui se sont prêtés à mes expérimentations et qui vont enfin en comprendre la finalité.
((

Le bonheur du cœur contribue au bonheur de l'esprit ".

INTRODUCTION

Le pouvoir de l'esprit humain de comprendre pour agir ou de donner sens aux formes qu'il perçoit est ce qui motive de nombreuses recherches. Ainsi, l'objet des sciences cognitives est-il la connaissance aussi bien dans son élaboration que son activation. Le terme de connaissance désigne à la fois le processus qui met en relation le sujet avec le monde et le résultat de cette mise en œuvre. La plupart des systèmes philosophiques décrivent la connaissance en distinguant deux étapes principales: la constatation qui consiste dans la réception d'une expérience sensorielle dont la source est située dans le monde extérieur et la compréhension qui se décrit généralement en termes d'intériorisation ou de représentation. La représentation (prise au singulier en tant que terme générique) est alors considérée comme l'organisation de l'information ou, du moins, une interprétation de celle-ci. Cette vision dichotomique de la connaissance permet de distinguer le percept du concept. Cependant, il est maintenant admis que cette dichotomie n'est que relative, tant les relations entre percepts et concepts sont étroites. Ce monde extérieur dans lequel nous évoluons est appréhendé au travers des informations qui arrivent à nos organes sensoriels et par les interprétations que notre cerveau réalise. Dans notre civilisation, la perception visuelle du monde apparaît dominante. Face aux signes de l'environnement, l'être humain a développé ses propres systèmes de signe: le symbolisme imagé et le langage, d'abord oral puis écrit. Ces représentations externes sont à la base de nos apprentissages à la fois en tant qu'objet (il faut apprendre à les identifier) et en tant que médiateurs (<< véhiculent du sens »). ils L'image présente la particularité par rapport au langage de constituer une représentation analogique de l'objet représenté. Cependant, il existe des concepts qui ne peuvent s'appréhender que via le langage, tant ils apparaissent abstraits. L'image et le langage sont donc complémentaires. Une exploration des capacités d'évocation de l'image et du langage est en conséquence particulièrement intéressante.

Introduction

Cette évocation, au travers de l'activation des représentations présentes en mémoire sémantique, à partir de la présentation d'une image ou d'un mot constitue l'objet de notre recherche. La cognition fait ainsi appel à deux types de représentations: les représentations incidentes (objets, images, mots, ...) qui permettent d'activer des représentations permanentes présentes en mémoire à long terme du sujet. Ces dernières forment le lexique mental et la mémoire sémantique. L'investigation des interactions entre ces deux types de représentations constitue une voie de recherche importante pour tous ceux qui s'intéressent aux communications humaines et aux systèmes de communication homme-machine, dans la mesure où l'homme doit être en mesure d'interpréter de façon adéquate les signes qu'il perçoit. Il y a eu ces dernières années, un accroissement considérable de l'intérêt pour la question de la sémantique lexicale, en tant que réseau de relations signifiantes fourni par le système linguistique. Le développement des systèmes de réseaux sémantiques a alimenté l'espoir de comprendre la structure de l'écheveau de la signification dans l'esprit humain. Le langage a été au centre des préoccupations de nombreux domaines de recherche, en commençant par la linguistique, la psycholinguistique, la psychologie cognitive, la psychophysiologie, la neuropsychologie, la neurolinguistique, l'intelligence artificielle, ... Dans cette énumération nous prenons la mesure du rôle central de la psychologie, mais nous voyons poindre aussi les différents angles de vue permettant d'aborder le problème. Ces points de vue sont complémentaires et c'est pourquoi les traitements langagiers constituent l'un des pôles attracteurs des sciences cognitives.

Le langage constitue un si vaste domaine qu'il est souvent nécessaire de ne s'intéresser qu'à l'un de ses aspects à la fois: la compréhension ou la production. Dans cette étude, notre intérêt s'est plus particulièrement porté sur les processus cognitifs impliqués dans la compréhension. Nous avons par ailleurs choisi l'unité mot, bien que celle-ci puisse être contestée par les linguistes comme unité de sens.

12

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Le rôle de l'image dans les traitements cognitifs relatifs à la compréhension a été moins exploré que celui du mot. Ce champ d'étude peut être abordé de multiples façons selon que l'on s'intéresse à la reconnaissance des formes (privilégiant les caractéristiques structurelles de I' image) ou à la fonction symbolique de l'image. Le domaine de la cognition que nous avons défini, en tant que fonction psychologique supérieure, n'échappe pas aux contraintes des niveaux les plus élémentaires (causalité ascendante ou bottom-up). Cependant, elle les module et les intègre à son tour (causalité descendante ou top-down). Aussi, la connaissance des relations « structure-fonction» paraît d'un intérêt majeur pour l'ensemble des sciences cognitives. Les processus cognitifs sous-jacents au traitement du langage et de l'image ont leur siège dans la "boîte noire", que nous rêvons tous de désopacifier.

L'étude que nous proposons, basée sur la distinction signifiant / signifié, porte sur la nature du stockage des représentations en mémoire sémantique et leurs relations avec les modes d'accès (verbal et imagé). L'objectif est de déterminer si le répertoire sémantique est commun aux images et aux mots, ou bien s'il existe une spécificité selon le type d'entrée. En d'autres termes, les deux questions qui sont posées dans cette recherche sont les suivantes: - l'image et le mot permettent-ils d'accéder au même réseau sémantique? quelles sont la nature et la structure du -ou des- réseaux sémantiques?

-

L'approche utilisée est l'approche multidisciplinaire des sciences cognitives. Dans cette recherche, il sera essentiellement question des domaines de la psychologie cognitive, des neurosciences (neuropsychologie et imagerie cérébrale) et du connexionnisme dans leur apport à l'étude et à la modélisation des structures et des processus sous-jacents à l'accès et à l'activation des représentations en mémoire sémantique. A la jonction des différents points de vue, par l'interdisciplinarité, se construit notre connaissance du comportement et de la cognition. Les structures représentatives (i. e., représentations externes) utilisées pour cette recherche sont l'image (dessin) et le mot isolé. Ceux-ci ne constituent qu'une part de l'étude globale de la compréhension.

13

Introduction

I.

ESQUISSE DE lA PROBLÉMATIQUE

Dans notre démarche de recherche, nous nous intéressons à la justification de la distinction saussurienne entre signifiant et signifié. Cette justification qui repose essentiellement sur des données neuropsychologiques nous amène à nous interroger sur les relations entre ces deux constituants du signe. Nous dépasserons cette distinction pour aborder le domaine du sens ou de la signification en général, en franchissant les limites d'une sémantique purement lexicale pour aborder une sémantique cognitive plus globale. - La recherche porte plus spécifiquement sur l'accès à la mémoire sémantique par les images et par les mots afin de déterminer si cet accès se réalise de façon similaire pour les images et pour les mots. En d'autres termes, la nature imagée ou verbale du stimulus entrant influe t-elle sur l'accessibilité à la mémoire sémantique? Pour ce qui concerne le matériel verbal, l'étude porte sur l'accès par la modalité visuelle et auditive. L'objet principal étant la comparaison de l'accessibilité à la mémoire sémantique par les images et par les mots écrits, la modalité visuelle sera privilégiée. Pour cette première partie d'étude, la technique d'amorçage sémantiquel sera utilisée en tant que paradigme expérimental. - L'étude concerne également la nature de la mémoire sémantique, en analysant si la nature des représentations en mémoire sémantique activées par les images et par les mots est différente ou similaire. Pour ce faire la technique d'association libre est utilisée pour monter une table d'associations imagées, qui constitue la partie la plus originale de notre travail expérimental puisqu'à notre connaissance aucun auteur n'a, jusqu'à maintenant, monté un tel type de table et une table d'associations verbales qui nous sert de référence, pour laquelle d'autres tables existent.

PLAN DE L'OUVRAGE L'ouvrage est organisé en deux parties: une première partie théorique et une seconde qui relate nos contributions expérimentales. La première partie, qui fait suite à cette introduction, comprend le premier chapitre qui précise notre problématique et aborde les concepts de lexique mental et de mémoire sémantique au travers de la nature et de l'organisation des

1 Paradigme expérimental

utilisé en psychologie cognitive (cf chap. I (III-E».

14

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

représentations en mémoire sémantique et de leurs implications sur les processus d'activation (amorçage sémantique). La deuxième partie aborde les connaissances actuelles sur les systèmes d'accès à la mémoire sémantique et au lexique. Le chapitre II introduit à la mémoire sémantique en abordant les notions d'identification, de reconnaissance et de perception. Les chapitres III à VI font un tour d'horizon des processus et modèles d'accès à la mémoire sémantique par le visuel imagé, le visuel verbal et le verbal auditif. L'organisation en trois niveaux de représentations et les modèles mettant en relation ces trois niveaux sont abordés. Une mise en parallèle des processus mis en jeu dans l'identification des images, des mots écrits et des mots entendus est proposée. La deuxième partie constituée du chapitre VII énonce quelques études particulièrement intéressantes parmi les nombreuses études existant sur l'amorçage sémantique ou l'activation des significations par les différentes modalités. Les effets d'interférence entre le verbal et l'imagé sont mentionnés. La quatrième partie est decoupée en sept chapitres correspondant chacun à une contribution expérimentale. Le chapitre VIII traite du problème de l'activation des représentations en mémoire sémantique lors de la présentation visuelle d'une image ou d'un mot ou lors de l'écoute d'un mot. Le chapitre IX fournit une explication de cette activation différentielle en mettant en évidence une différence entre les associations sémantiques activées par la présentation de matériel verbal et de matériel imagé. La comparaison des deux tables d'associations verbales et imagées, élaborées dans cette expérience, est analysée en terme de typologie de liens associatifs et de catégorisation sémantique. Nous insistons particulièrement sur l'importance du type de lien qui participent à la définition des concepts. La comparaison des cooccurrences issues de nos corpus de tables d'associations et d'un corpus textuel vise à mettre en relation les liaisons associatives de nos représentations et la production langagière qui en découle. Ces résultats confortent l'hypothèse de deux réseaux associatifs différents pour l'image et pour le mot, ou du moins d'une certaine spécificité du réseau associatif imagé par rapport au réseau associatif verbal. Le chapitre X accrédite la validité des associations imagées mises en évidence dans le chapitre V par une expérience d'amorçage sémantique. Le chapitre XI aborde plus précisément les relations entre les réseaux associatifs verbaux et imagés.

15

Introduction

Les chapitres XII à XV analysent particulièrement la possibilité d'une dénomination implicite des images, ainsi que le rôle de la durée inter-stimuli et de la nature de l'image utilisée sur les relations associatives et les effets d'amorçage. En conclusion, un récapitulatif des apports expérimentaux et un modèle d'accès à la mémoire sémantique sont constitués. Un certain nombre de perspectives de cette recherche sont mentionnées. Une annexe technique faisant un tour d'horizon des apports des différents domaines des sciences cognitives abordés dans cette étude (imagerie cérébrale, neuropsychologie, connexionnisme) est proposée en fin d'ouvrage pour familiariser le lecteur à ces méthodologies.

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PREMIERE

PARTIE

CONNAISSANCES

ACTUELLES

SUR LA MÉMOIRE SÉMANTIQUE

CHAPITRE I
PROBLÉMA TIQUE, LE LEXIQUE MENTAL ET LA MÉMOIRE SÉMANTIQUE

I.

OBJET

DE LA RECHERCHE

Notre étude se place dans le cadre de l'activation (participant au processus de compréhension) de représentations sémantiques et lexicales par des données perceptives (visuelles ou auditives). C'est le sens de l'intégration de données provenant de l'environnement perceptif et de leurs capacités d'activation des connaissances qui est étudié ici. Comprendre est envisagé selon la définition de Le Ny (1989) : " comprendre le langage c'est bien intégrer de l'information nouvelle, apportée de l'extérieur par les canaux auditif ou visuel à des représentations anciennes préexistantes, et dans le meilleur des cas à des connaissances; c'est aussi le faire au moyen de ces représentations, utilisées comme instrument et comme source, et au moyen de procédures ou de procédés qui sont eux-mêmes de la connaissance préétablie. ". Cette définition souligne que la compréhension n'est pas un processus purement ascendant (bottom-up, se basant uniquement sur les données perceptives), mais subit également l'influence des connaissances déjà présentes en mémoire sémantique par des processus descendants (top-down) qui permettent la structuration et l'intégration des nouvelles connaissances. Comprendre n'est pas seulement intégrer de nouvelles connaissances, c'est aussi pouvoir activer les connaissances adéquates (par exemple, les significations) correspondant aux percepts. La signification est stockée en mémoire à long terme. On considère que la signification doit être distinguée de l'entité qui « porte» le sens (le mot, par exemple) sur la base de la distinction signifiant-signifié établie par Saussure (1916), reconnue non seulement au niveau linguistique mais aussi au niveau neuropsychologique. En effet, les données d'études de patients cérébrolésés
montrent stockage

- sans

qu'il peut y avoir atteinte du stockage sémantique qu'il y ait empêchement de la dénomination

- ou

de l'accès à ce qui suppose l'accès

aux représentations lexicales. Cette dissociation accrédite l'idée que signifiant et

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

signifié sont deux entités différentes, ceci même s'il apparaît qu'elles sont très fortement liées.

L'objet de cette recherche est d'étudier: - l'accès à la mémoire sémantique par différents modes (image, mot écrit, mot entendu) ; -l'activation des représentations qui y sont présentes pour tenter de déterminer la structure des signifiés ou l'organisation de la mémoire sémantique. - la nature du codage des" unités sémantiques". En d'autres termes, notre recherche porte sur l'accès au lexique, la structure du lexique et l'organisation de la mémoire sémantique.

Il. A. 1.

lE lEXIQUE ET lA MÉMOIRE SÉMANTIQUE DÉFINITIONS Lexique mental

Le dictionnaire Larousse le définit à partir de son étymologie: du grec lexicon, lexis qui signifie mot. Le lexique constitue" l'ensemble des mots ayant une valeur de dénomination et formant la langue d'une communauté, d'une activité humaine, d'un individu. C'est aussi le dictionnaire composant la liste alphabétique des termes utilisés dans une science ou une technique. " Cette définition est semblable à celle des linguistesl. Ceux-ci soulignent que dans la terminologie la plus courante, la notion de champ lexical n'est pas clairement distinguée de celle de champ sémantique: il s'agit, dans un cas comme dans l'autre, de l'aire de signification couverte par un mot ou par un groupe de mots. Dans un sens plus restreint que celui définit précédemment, le lexique est composé des seuls lexèmes (mots sémantiquement pleins) à l'exclusion des morphèmes (mots grammaticaux). J. Dubois et al (1991) s'interrogent sur le fait que le lexème, unité de base de la lexicologie, soit assimilé au sémème de la sémantique structurale, c'est-à-dire à l'ensemble des traits assurant la signification de l'unité. Ils soulignent que du point de vue épistémologique cette distinction peut paraître non fondée: les notions de lexème et de sémème ne sont que des façons différentes d'envisager un problème unique, celui de l'unité de la signification.

1 Voir dictionnaire 20

de linguistique

de J. Dubois et al. (1991).

chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

Cependant, le courant linguistique de la sémantique générative propose l'attitude inverse: partant des structures profondes sémantiques pour parvenir aux structures de surface, elle est amenée à "envisager le sémantisme avant le lexème" [J. Dubois et al., 1991]. En psychologie cognitive, on utilise le terme de lexique pour désigner ce que Treisman (1964) nomme le " lexique interne" du sujet. Pour cet auteur, le lexique contient toutes les informations concernant le sens, la prononciation et l'orthographe du mot. Le grand dictionnaire de psychologie Larousse donne la définition suivante: " le lexique appelé lexique mental est l'ensemble des représentations formelles qui permettent de relier les entrées sensorielles d'une séquence de traits graphiques aux représentations phonologiques, sémantiques et conceptuelles de la mémoire (mémoire sémantique) ". Il précise de la manière suivante: " le lexique regroupe les unités caractérisables par un certain nombre de paramètres formels dépendant de la modalité sensorielle stimulée (auditive ou visuelle) : longueur, fréquence, régularité orthographique, homophonie, similarité phonétique, visuelle ou orthographique, etc. " Ces différentes définitions soulignent les deux conceptions du lexique en vigueur actuellement. Le lexique peut être vu comme composé des seuls mots, ou lexèmes, considérés comme des" étiquettes" désignant les unités signifiantes. Le lexique ne serait alors composé que des" dénominations". En ce sens, il pourrait ne renfermer que des signifiants. La conception inverse est de considérer que le lexique est composé des mots dotés de leurs propriétés sémantiques, syntaxiques, En ce sens, lexème et sémème sont assimilables, et le lexique fait alors partie de la mémoire sémantique et donc des signifiés. Les deux conceptions ne sont pas totalement incompatibles si on considère que le mot (dénomination) peut être en lui-même définitoire de l'objet. En d'autres termes, le mot est porteur de sens, mais fait-il sens en lui-même?

2.

Signifiant / Signifié

Le Ny (1979) rappelle qu'on postule" ...qu'il existe dans la tête de tout parleur (i. e., de tout bipède sans plume doué de raison) un ensemble d'unités cognitives dont chacune est constituée d' (au moins) un signifiant, d' (au moins) un signifié, et (au surplus) de règles d'usages (par définition non sémantiques) que l'on peut qualifier de syntaxiques". La distinction entre signifiant et signifié, reprise par Le Ny, pose le problème du contenu et de l'organisation du lexique. La question précédemment énoncée peut être reformulée de la façon suivante: le lexique est-il formé des

21

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

signifiants et des signifiés ou faut-il restreindre composants?

la notion à l'un de ces

Selon la terminologie linguistique saussurienne [Saussure, 1916], le signifiant et le signifié sont parties intégrantes du signe linguistique. J. Dubois et al. (1991) soulignent que" le signe -ou unité- linguistique est une unité double, faite du rapprochement de deux termes, tous deux psychiques et unis par les liens de l'association. Saussure unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique. ". Saussure (1916) précise que l'image acoustique n'est pas le son matériel, mais l'empreinte psychique de ce son. Dans la terminologie de Saussure, le signe linguistique est le résultat de l'association d'un signifiant et d'un signifié, ou encore de l'association d'une image acoustique et d'un concept. En employant le terme d'image acoustique comme synonyme de signifiant, Saussure entend retenir seulement le caractère spécifique de la suite de phonèmes appelée signifiant. Le signifiant représente l'aspect phonologique de la suite des sons qui constituent l'aspect matériel du signe. L'image acoustique est la représentation psychologique des sons, alors que le signifiant est le produit d'une réorganisation de ces représentations sonores, dans le cadre de la structure morpho-phonologique d'une langue naturelle. La conception linguistique du signifiant suppose qu'il représente l'image acoustique ou visuelle, constituant formel d'un signe. C'est la représentation interne du stimulus signe, selon F. de Saussure. Selon le psychologue, le signifiant est la représentation durable, stockée en mémoire à long terme, d'un stimulus signe en usage de la langue telle qu'elle est connue par les locuteurs. Le signifiant est très fortement lié au signifié, mais il peut en être dissocié. Dans la terminologie de Saussure, signifié apparaît proche de la notion de concept. Sur la nature exacte du signifié entrant dans la composition du signe linguistique, Saussure dit peu de chose. Il le définit comme étant l'entité de sens associée au signifiant. Par extension le terme de signifié est souvent utilisé pour désigner l'entité de sens véhiculée par toute unité sémiotique. Linguistiquement, le signifié est le contenu sémantique d'un signe. C'est donc la signification attachée à une unité du langage, par exemple un mot. Les linguistes conservent en général le terme de concept comme équivalent du terme de signifié. " Selon Saussure, le signe linguistique est donc une entité psychique à deux faces, la combinaison indissociable, à l'intérieur du cerveau humain, du signifié et du signifiant. Ce sont des réalités qui ont leur siège (leur" trace ") dans le cerveau; elles sont tangibles, et l'écriture peut les fixer dans des images conventionnelles" [Dubois et al. , 1991]. 22

chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

Le signe unit un signifié (concept) et un signifiant (image acoustique). C'est la relation qu'ils entretiennent entre eux qui constitue la sémantique.

/Signifiant
Signe.
.

(Sa)-

- phonique graphique et

~

Signifié (Sé) ~

- forme:

syntaxe sémantique

.

-substance:

Si on se place dans le cadre de la conception distinguant le lexique du contenu sémantique, il est nécessaire de faire la distinction entre le " référent" d'un signe et son signifié. Dans le signifié d'un signe ne se trouvent que les traits sémantiques qui le différencient d'un autre et non une description des mots qu'il désigne. C'est seulement l'occurrence du signe (le mot) qui prend une valeur référentielle. Quand nous entendons un mot, nous l'associons à un concept, c'est par lui que le mot réfère à la chose.

3.

Concept

La notion de concept est difficile à définir. Le concept naît de l'émergence de généralités communes à plusieurs mots ou "choses". Plus précisément, le concept est défini par Le Ny, dans le grand dictionnaire de la psychologie (1991), comme étant une" unité cognitive, liée en mémoire à un mot ou à une expression et sous laquelle peut être regroupée une classe d'objets, d'événements, de relations, etc., qui possèdent des éléments ou des propriétés en commun". Selon une acception classique formulée par l'école de Port-Royal en 1662, un concept émane soit d'un ensemble d'entités, l'extension2 du concept, ayant des caractéristiques communes (le concept d'" arbre" est fondé sur la perception d'une grande quantité d ' arbres), soit d'une description, à partir d'autres concepts, exprimée sous forme symbolique, qui constitue l' intension. Le concept est souvent considéré comme une représentation mentale générale et abstraite d'un objet. Depuis Frege (1892) les théories du sens définissent le concept à la fois par le référent et par le sens. Le référent c'est l'objet que le mot désigne, plus
2 Extension: (lat. extensus, étendu). Elle se définit à partir de l'ensemble concept / Intension: Ensemble des caractères propres à un concept. des entités relevant du

23

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

exactement c'est l'ensemble des objets du monde qui s'y rapportent (le concept est défini en extension). Le sens correspond aux propriétés des objets auxquelles le mot réfère (le concept est défini en intension). Le sens est envisagé comme une représentation symbolique du réel, il est identifié aux connaissances conçues comme un ensemble de traits sémantiques. Le Ny (1991) indique" qu'un concept est d'abord une représentation individuelle, une unité cognitive, présente dans l'intellect, c'est-à-dire en principe dans la mémoire cognitive, d'un sujet particulier. Mais comme le support en est normalement un mot ou une expression, le contenu d'un concept est toujours, pour un sujet donné, " partagé", au moins partiellement, avec les autres sujets parlant la même langue et susceptible de communiquer avec lui. Le concept peut ainsi être considéré à la fois comme une entité cognitive, essentielle à la pensée, et comme une entité sémantique, dépendant du langage et de la communication. " Le concept peut être caractérisé par quatre propriétés:

- un - un
- un

ancrage perceptif dans la réalité physique, ensemble d'entités associées (l'extension),
symbole attaché (permettant d'évoquer le concept),

- une caractérisation

symbolique mettant en relation ce concept avec d'autres concepts (son intension).

Un positionnement diplomatique est de considérer, comme Le Ny (1994), que la terminologie qui s'applique aux représentations lexicales et conceptuelles est assez fluctuante et dépend des options prises par les auteurs et que, par conséquent, on peut s'abstraire de " la distinction entre lexical et conceptuel, ou encore entre signifiants mentaux (représentations de la morphologie des mots) et leurs significations (ou" signifiés ") ".

Il ne nous est malheureusement pas possible d'adopter un tel positionnement ici, puisque nous serons amenés, au travers des modèles d'identification des images et des mots, à distinguer les représentations sémantiques des représentations lexicales. Nous verrons alors que cette distinction se fonde sur certaines observations de dissociations neuropsychologiques. Cependant, le passage par le lexique est souvent nécessaire pour référer aux signifiés (qu'on les suppose verbaux ou imagés), lexique et mémoire sémantique apparaissent donc intimement liés.

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chap. I : Problématique,

le lexique mental

et la mémoire

sémantique.

4.

La mémoire sémantique: une émanation de la mémoire épisodique?

L'opposition n'est pas entre lexique et mémoire sémantique, mais entre mémoire épisodique et mémoire sémantique [Tulving, 1972]. La conception d'origine était de considérer que la mémoire épisodique contiendrait des" informations portant sur des événements localisés dans le temps et l'espace, événements à caractère personnel et possédant une grande valeur affective" [Tulving & Thomson, 1973] ; au contraire, la mémoire sémantique référerait" au stockage et à l'utilisation de connaissances à propos des mots et des concepts, leurs propriétés et leurs interrelations" [Tulving & Thomson, 1973]. La mémoire sémantique inclurait des informations plus abstraites (donc indépendantes du contexte) relatives à des faits, à des règles ou à des connaissances générales acquises au cours de la vie. En 1983, Tulving affina sa conception des deux types de mémoire. Les informations sémantiques apparaissent fortement interconnectées et organisées, elles sont jugées relativement permanentes et indépendantes du contexte, tandis que les informations épisodiques sont moins organisées, plus susceptibles d'être oubliées, et dépendantes du contexte. Tulving (1983) développa la distinction originelle entre ces deux formes de mémoire en soulignant que les deux systèmes pouvaient être différenciés non seulement selon leurs fonctions cognitives, mais aussi en terme de structures cérébrales. Pour l'auteur chaque système paraît capable d'opérer indépendamment l'un de l'autre. Dans les études sur la structure de la mémoire sémantique et les interactions qu'elle entretient avec les modalités d'accès, il est difficile de séparer ce qui est encodé temporairement à réception du stimulus étudié (ce qui est élaboré, généré), et ce qui était déjà présent dans la mémoire sémantique et serait activé par l'item (ce qui est activé). En d'autres termes, il est difficile de faire la part entre ce qui est " réceptionné" et qui fait l'objet d'un encodage incident au moins temporaire et le rappel d'informations déjà présentes activées par l'input. De plus, il est difficile de dissocier mémoire sémantique, mémoire épisodique et mémoire de travail. En effet, la mémoire sémantique est une partie de la mémoire à long terme, mais la réactivation des connaissances et les processus associatifs se font, d'après le modèle de Baddeley (1986), en mémoire de travail. La mémoire sémantique se constitue sur la base des connaissances issues de l'expérience du sujet (la mémoire épisodique). Craik & Lockhart (1972) considèrent ainsi que l'apprentissage d'une liste de mots fait partie des" expériences de vie" du sujet et donc cette liste peut être considérée comme encodée en mémoire épisodique.

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25

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

L'imagerie cérébrale TEP (Tomographie par Emission de Positons) nous montre des différenciations de localisation entre mémoire épisodique et mémoire sémantique.

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Figure 1 : topographie des activations signifiantes impliquées dans les traitements qui s'opèrent en mémoire sémantique et en mémoire épisodique.

Un des modèles actuels des neurophysiologistes est de considérer que le cortex préfrontal gauche est différentiellement plus impliqué dans le rappel d'informations provenant de la mémoire sémantique, alors que le cortex préfrontal droit serait plus impliqué dans le rappel d'information provenant de la mémoire épisodique. La distinction fut retrouvée dans le domaine de la neuropsychologie par de nombreux auteurs [Cermak, 1984 ; Kinsboume, 1987, ...]. Le système épisodique serait endommagé dans l'amnésie (le rappel et la reconnaissance d'événements récents étant perturbés), alors que le système sémantique resterait intact, témoignant ainsi des effets d'amorçage quasi préservés chez ces patients. Les localisations fonctionnelles de la mémoire épisodique à partir de patients cérébrolésés révèlent que le lobe temporal semble jouer un rôle dans la rétention à long terme du contenu et le lobe frontal serait, entre autres, engagé dans l'attribution et l'utilisation d'indices contextuels et temporels [Milner, Petrides & Smith, 1985].

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chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

Une lésion temporale gauche entraîne une réduction des capacités d'apprentissage verbal, alors qu'une lésion temporale droite touche la rétention à long terme du matériel non verbal [Milner, 1966, 1967, 1972]. Les auteurs ont pu observer des déficits reliés au type de matériel, selon I'hémisphère touché, mais les déficits étaient, dans l'ensemble, plus importants après une lésion droite, ce qui laisse penser à un rôle dominant du lobe frontal droit pour la discrimination temporelle. La mémoire sémantique peut être affectée de façon générale par une lésion corticale ou bien n'être affectée que partiellement, ce qui détermine des cas de troubles sémantiques spécifiques d'une modalité ou d'une catégorie sémantique. Nous reviendrons plus en détail sur les connaissances acquises par la neuropsychologie dans la suite de notre exposé. Au niveau des structures nerveuses impliquées dans l'organisation de la mémoire, Cohen & Eichenbaum (1993) ont déterminé que I'hippocampe doit permettre d'organiser une mémoire établissant les relations critiques entre items séparés. Ces représentations relationnelles permettraient une adaptation flexible à des situations changeantes, voire nouvelles. Cette hypothèse reprend les concepts de base de l'hypothèse des cartes cognitives spatiales de O'Keefe & Nadel (1978). Elle inclut la mémoire de travail en introduisant une dimension temporelle (" les représentations relationnelles supportent les indices perceptuellemene indépendants présentés au même moment, mais aussi entre ces indices et leur réoccurence séquentielle "). Il faut noter qu'il existe une évolution temporelle du " support anatomique" de certaines formes de mémoire. L'hippocampe serait nécessaire dans les premiers temps de la mise en mémoire, puis le temps passant, la récupération des informations stockées en mémoire déclarative deviendrait indépendante de l'hippocampe [Squire, 1984, in Squire 1992]. En d'autres termes, les modèles de la mémoire à long-terme [Alvarez & Squire, 1994 ; McClelland, McNaughton, & O'Reilly, 1995 ; Murre, 1997] suggèrent que l'hippocampe et les structures qui lui sont liées sont cruciales pour le stockage temporaire d'expériences récentes, mais que le temps rend ces mémoires plus indépendantes de la formation hippocampique et que les connaissances sont stockées comme des représentations permanentes dans le néocortex temporal. Des données expérimentales montrent ainsi que des lésions de la formation hippocampique pratiquées immédiatement après l'acquisition perturbent considérablement et définitivement la rétention de l'épreuve (amnésie rétrograde), alors qu'une lésion différée après l'apprentissage permet une rétention normale. Le temps au bout duquel la lésion hippocampique n'a plus d'effet varie selon les espèces (elle serait de 2 à 3 ans chez l'homme) [Squire, 1992 ; Jaffard &

3 On parle de perceptuel

par « opposition»

à conceptuel.

27

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Meunier, 1993]. L'interprétation actuelle est qu'il y aurait au cours du temps une perte progressive de la composante hippocampique de la représentation globale. Plus précisément, la composante hippocampique serait initialement une sorte d'index nécessaire pour mettre en relation les aires néocorticales où la représentation de l'événement est fragmentée [Teyler & DiScenna, 1986 ; Miller, 1991]. Au cours du temps, cet index serait transféré au néocortex sous forme de connexions cortico-corticales de sorte que, qualitativement, la mémoire conserverait sa forme initiale (déclarative/relationnelle) [Squire, 1992]. Récemment, d'autres conceptions ou théories de la connaissance sont apparues qui rejettent l'existence même d'une mémoire sémantique (ou mémoire des connaissances). Dans ces théories, représentées essentiellement à l'heure actuelle par Hintzman (1986), Damasio (1989), Rousset & Schreiber (1992), il n'existe plus une mémoire sémantique conçue comme une base stockant les informations que l'on a abstraites des expériences de notre existence. La mémoire est alors conçue comme étant uniquement épisodique et peut être vue comme un système qui ne fait que garder la trace des "épisodes" ou événements vécus. Un épisode est constitué de l'ensemble des stimulations vécues par le sujet lors d'une rencontre avec un objet, et possède donc, en général, plusieurs composantes (visuelle, auditive, motrice, proprioceptive) reflétant l'activité des divers canaux sensoriels ou moteurs mis en jeu au cours de l'interaction avec l'objet. L'évocation du sens d'un item n'est plus alors l'activation de représentations permanentes stockées en mémoire à long terme (MLT), mais consiste à recréer momentanément, sur la base de l'épisode actuel (indice de récupération) une partie des épisodes antérieurs ayant mis en jeu cet item. Ainsi, selon Damasio, les réseaux sont unis par des zones de convergence dans la réactivation, reconstruisant l'apprentissage, ce qui permet de faire I'hypothèse d'un modèle événementiel de l'accès au sens. L'accès au sens est ainsi envisagé comme la réactivation des réseaux neuronaux dont la mise en œuvre simultanée a permis au sujet d'élaborer sa connaissance des objets à partir des informations sensorielles, motrices, émotionnelles reçues en de multiples points du cerveau. Le sens émergerait de la reviviscence d'événements. Une conception intermédiaire est celle adoptée par Lieury (1979) qui considère que la mémoire épisodique est emboîtée dans la mémoire sémantique. Selon son "modèle de la catégorisation" [Lieury, 1973, 1976a], chaque instance d'une même catégorie (chat, vache, pigeon) serait emboîtée dans le concept général (animal) qui servirait alors d'indice général de récupération. Cette conception conduit à considérer que le mot est lui-même un concept catégoriel qui contient toutes les représentations de ce mot, apprises dans des contextes variés. Lexique et mémoire sémantique sont donc considérés comme difficilement dissociables.

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28

chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

Quelques études neuropsychologiques tentent de montrer les liens entre mémoire autobiographique et mémoire sémantique. Ainsi, Snowden, Griffiths & Neary (1994, 1995) ont proposé que l'expérience autobiographique aidait à maintenir l'intégrité de la mémoire sémantique chez certains patients souffrant d'atteintes sémantiques. Cependant, si ces résultats semblent avérés sur certains types de connaissances (la reconnaissance de personnes, le vocabulaire concernant les lieux), il n'en est pas actuellement de même pour les connaissances sémantiques plus générales (les connaissances concernant les objets et la signification des mots). Or, certains auteurs [Greene & Hodges, 1996 ; Hodges & McCarthy, 1995] ont montré qu'il existait au sein des connaissances sémantiques des disparités entre les connaissances concernant les personnes et les connaissances sémantiques plus générales. Cette séparation en différents types de savoirs sémantiques sera évoquée dans les processus d'identification des objets qui ne correspondent pas strictement aux mêmes traitements que ceux d'identification des visages (cf. chapitre III). Des études de cas pathologiques montrent que les connaissances sémantiques concernant les personnes seraient préférentiellement liées au lobe temporal droit [Ellis, Young, & Critchley, 1989 ; Evans, Heggs, Antoun, & Hodges, 1995] ; alors que le néocortex temporal gauche (en particulier, le gyrus temporal inféro-Iatéral) serait plus crucial pour les connaissances sémantiques générales [Graham, Becker et al., 1998 ; Hodges & Patterson, 1996 ; Hodges et al., 1992]. Cette liaison mémoire épisodique-mémoire sémantique serait plus forte pour les contenus mis en mémoire récemment que les connaissances plus anciennes, ceci en accord avec les modèles de mémoire à long-terme cités précédemment. Comme le proposent McClelland et al. (1995), les informations sémantiques et encyclopédiques sont toutes acquises via des changements synaptiques dans I'hippocampe et ne sont distinguables en différents types de mémoires que lorsqu'elles sont" encodées" de façon permanente dans le néocortex temporal. Même si l'opposition de ces deux conceptions reste vive [McKoon, Ratcliff & Dell, 1986 ; Baddeley, 1984 ; Hintzman, 1984 ; Kihlstrom, 1984 ; Lachman & Naus, 1984 ; Roedinger, 1984], il n'en reste pas moins vrai que la majorité des chercheurs travaillant dans le domaine de la mémoire accepte l'utilité heuristique de la distinction entre la mémoire épisodique et la mémoire sémantique. En effet, certains auteurs [Anderson & Ross, 1980 ; McCloskey & Santee, 1981] ont suggéré que cette distinction était une manière potentiellement utile de classer différents types de connaissances mais ne correspondait certainement pas à des systèmes indépendants de mémoire. Ces critiques ont conduit Tulving depuis 1984 [Tulving, 1984, 1985, 1986] a adopter l' hypothèse de trois systèmes emboîtés: la mémoire épisodique, la mémoire sémantique et la mémoire procédurale.

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29

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Pour résumer, la mémoire épisodique réfère aux expériences biographiques, alors que la mémoire sémantique se rapporte aux connaissances générales sur le monde. La mémoire sémantique peut être considérée comme la généralisation ou l'abstraction de notions extraites des entités que nous avons perçues et des événements que nous avons vécus. C'est une composante de la mémoire à long terme. Elle permet le stockage des significations des mots et des concepts.

B.

L'ORGANISATION INTERNE DE LA MÉMOIRE SÉMANTIQUE

1.

Représentations perceptuelles et représentations mentales

L'objectif de cette partie est de caractériser la place de l'image par rapport au mot dans les systèmes assurant une fonction de représentation. Le concept de représentation est un des concepts clefs des sciences cognitives. Il est fondamental dans le domaine de la psychologie cognitive, mais aussi en intelligence artificielle, où l'on parle couramment de représentation des connaissances. Jean-François Le Ny en donne la définition suivante, dans le cadre de la psychologie cognitive: Le mot "représentation", quand il ne désigne pas des entités mentales, fait référence à des objets ou événements physiques variés, qui représentent au sens où ils renvoient à des objets ou à des actions autres qu'eux-mêmes. Cette définition permet de distinguer deux types de représentation, la représentation physique ou "perceptuelle", objet de perception, qu'est la représentation figurative ou verbale de l'objet, et la représentation mentale de l'objet, qui permet de penser à l'objet en dehors de tout stimulus perceptuel, mais qui n'est accessible de façon directe qu'au sujet humain qui l'élabore. C'est sous ce deuxième type de représentation que se classent l'image mentale, les unités du lexique mental, les représentations propositionnelles, ... Toute représentation implique l'existence d'une entité représentée (le référent) et d'une entité représentante. L'entité représentée peut être aussi bien un objet concret, un concept abstrait, un événement, un sentiment, une croyance, ... En d'autres termes, toute entité objet de connaissance est potentiellement représentable. L'entité représentante, générée par l'être humain, soit en tant qu'objet physique, soit en tant qu'entité mentale, est une interprétation de la réalité perçue.

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chap. I : Problématique,

le lexique mental

et la mémoire

sémantique.

En ce sens, elle peut être considérée comme un modèle de l'entité représentée. En tant qu'interprétation, elle suppose une sélection, un choix et donc une partialité dans les traits supposés pertinents pour rendre compte de l'objet représenté ou dans le choix du symbole "codant" cet objet. A l'intérieur de la première dichotomie existe une autre distinction qui différencie la représentation analogique de la représentation symbolique. Cette distinction se retrouve comme fondement de deux branches de l'intelligence artificielle. Ici, nous traiterons de la représentation imagée en tant que représentation analogique, et de la représentation verbale en tant que représentation symbolique. Il est à signaler toutefois un point fondamental: toute représentation symbolique n'est pas purement verbale, alors que toute représentation verbale peut être considérée comme symbolique dans le sens où le code verbal est arbitraire ou conventionnel. Dans tous les cas, la représentation permet de penser à l'objet en dehors de sa présence effective. Toute représentation peut être considérée comme une forme de codage de l'objet représenté: ce codage peut être verbal ou imagé, ou prendre d'autres formes dont nous ne parlerons pas ici. Nous tenterons de donner un aperçu sur ces différentes formes de codage dans les sous-parties concernant les représentations verbales et les représentations imagées. Les questions qui se posent au sujet des représentations concernent la nature de leur contenu, l'organisation de celui-ci, ainsi que le type de relations qu'elles établissent avec d'autres représentations ou avec les objets représentés. Comme nous l'avons précédemment mentionné, il est utile de distinguer deux types de représentation, la représentation physique ou "perceptuelle", objet de perception, et la représentation mentale de l'objet. Dans le présent chapitre, il est question des représentations mentales: les images mentales et les représentations verbales. Les représentations physiques ou perceptuelles seront abordées dans le chapitre décrivant les systèmes d'accès à la mémoire sémantique et au lexique.

2.

Représentations mentales

"L'esprit humain est ici le support de représentations, produits cognitifs reflétant ce que l'individu retient de ses interactions avec le monde" [Denis, 1989]. Les représentations mentales ne sont par nature accessibles qu'au sujet. Leur description, par le sujet, correspond à un certain codage de ce qu'il a en tête à un certain moment. De plus, les représentations mentales ne sont pas stables et

31

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

évoluent en fonction du contexte, mais aussi des apprentissages et de l'expérience vécue du sujet. Deux caractéristiques sont attachées aux représentations mentales: ce sont les notions de disponibilité et d'accessibilité. La disponibilité correspond à l'inscription en mémoire à long terme de la connaissance que nous avons des objets. L'accessibilité est ce qui permet que des processus d'activation fassent passer de l'état latent à un état activé des connaissances disponibles. Cette distinction recouvre en partie une autre distinction, celle qui sépare "représentation-type" de "représentation occurrente" [Le Ny, 1989]. Les premières correspondent à l'information dont dispose l'individu à propos d'un objet donné; les secondes correspondent à une actualisation particulière de cette information, celle-ci pouvant prendre des formes plus ou moins fixes et comporter différentes variations. Le terme de représentation mentale peut ainsi être employé dans deux sens qui sont très liés l'un à l'autre, mais qu'il convient de distinguer. Dans une première acception, il désigne des connaissances ou croyances qui sont stabilisées dans la mémoire du sujet. Ces connaissances peuvent évoluer sous l'effet de l'expérience existentielle ou de l'enseignement. Dans un second sens, le terme de représentation désigne des constructions circonstancielles faites dans un contexte particulier et à des fins spécifiques. De ce point de vue, une représentation est élaborée à partir d'un certain nombre d'informations provenant de la situation et d'informations récupérées en mémoire (à savoir des représentations au premier sens): elle n'est donc pas un simple contenu mnésique. Ce deuxième type de représentation est donc le résultat de la construction d'une interprétation. C'est, par exemple, ce qu'on a compris d'un texte qu'on vient de lire, l'idée qu'on se fait d'un problème que l'on doit résoudre. La construction de ce deuxième type de représentation est finalisée, c'est-à-dire orientée par la tâche en cours ou par la nature des décisions à prendre. Pour résumer, les représentations durables ou représentations types correspondent aux connaissances stockées en mémoire à long terme. Leur activation est nécessaire à l'élaboration des représentations occurrentes ou circonstancielles. Dans un cas on active une structure existante (en mémoire à long terme), dans l'autre on construit une nouvelle structure (en mémoire de travail) en fonction à la fois de ce qui est stocké et du contexte.

On distingue trois formes de représentations qui correspondent au trois types majeurs d'appréhension de la réalité: 32

chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

- les représentations conceptuelles. Elles constituent le savoir que nous avons sur la réalité: ce sont les concepts désignés par les mots du langage, les relations qui existent entre eux et les organisations conceptuelles complexes basées sur les concepts et leurs relations. Les représentations conceptuelles sont dans leur expression très fortement solidaires du langage. Elles s'expriment à l'aide de structures prédicatives caractéristiques du langage qui sont à la base de sa fonction majeure: la communication et la transmission d'informations. - les représentations imagées. Elles expriment les structures spatiales caractéristiques de la perception visuelle: la forme des objets, leur taille relative, leur orientation dans l'espace, leur position relative. Ce sont des représentations qui peuvent avoir un certain degré d'abstraction: abstraction intrinsèque de forme de la représentation ou bien abstraction extrinsèque au travers d'une représentation figurative représentant une classe d'objets et non un objet particulier. - les représentations liées à l'action. Le savoir sur les actions concerne à la fois l'aspect sémantique qui nous permet de comprendre les significations d'actions exprimées dans le langage par les verbes et expressions verbales d'actions et d'événements et de programmer nos actions avant de les exécuter, et l'aspect " sensori-moteur " qui dirige et contrôle l'exécution de l'action. Cette dernière catégorie relève préférentiellement de la mémoire procédurale. Nous nous intéresserons plus particulièrement aux représentations conceptuelles véhiculées par le langage et par l'image, pour essayer d'en distinguer les spécificités, mais aussi les points communs. a) Les représentations mentales verbales

Lorsqu'on se réfère aux représentations mentales verbales, il est en général question des représentations lexicales et conceptuelles. Les représentations lexicales constituent le lexique mental. Les représentations conceptuelles, dont la question de la nature est encore à l'ordre du jour, réfèrent plutôt à la mémoire sémantique. Le lexique mental, comme la mémoire sémantique, est une composante de la mémoire à long terme. "Le lexique mental est constitué d'unités, que nous appellerons des" mots" " [Le Ny, 1994]. Comme le souligne Le Ny (1994), " on doit toujours avoir à l'esprit qu'il s'agit de "représentations de mots", en distinguant bien la réalité matérielle, physique, du mot prononcé ou écrit, et la réalité mentale de l'unité qui lui correspond de façon interne dans l'esprit humain" .

33

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Les unités lexicales sont des entités complexes: elles contiennent naturellement des représentations de la forme des mots (leur forme phonique et articulatoire pour tous les locuteurs, et, en outre, leurs formes visuelles pour tous ceux qui savent lire) . L'expérimentation ne permet pas encore de se prononcer sur la nature des représentations lexicales, mais elle permet de recueillir des données sur les relations entre représentations. Nous passerons en revue ces relations dans la partie traitant de l'organisation de la mémoire sémantique et du lexique. Les études expérimentales en psychologie utilisent toutes les catégories grammaticales de mots (noms, verbes, pronoms, connecteurs, ...). Les types de mots qui ont été le plus étudiés sont les substantifs, plus particulièrement ceux qui servent de désignation pour les catégories familières d'objets ou d'individus, par exemple, "table", "chaise", "oiseau", ... De nombreuses études concernent le mot isolé, d'autres concernent le mot dans son contexte phrastique (contexte sémantique et syntaxique). Comment un item lexical représente-t-i1la signification d'un mot? Cette question fait toujours l'objet de débats théoriques. Trois approches théoriques dominent dans ces débats: la théorie componentielle (ou compositionnelle), la grammaire casuelle et la théorie des dépendances conceptuelles. Nous ne parlerons ici que de la théorie componentielle qui est une théorie psychologique inspirée d'analyses linguistiques (dont celle de Katz & Fodor, 1963), qui vise à établir la configuration des unités minimales de signification à l'intérieur d'un lexème4. Pour illustrer cette démarche, citons l'analyse de Pottier relative aux lexèmes de la famille des sièges. A partir des composants: pour s'asseoir, avec ou sans pieds, avec ou sans dossier, avec ou sans accoudoirs, on peut reconstituer la signification primaire des lexèmes pouf, tabouret, chaise et fauteuil. Ainsi, chacun de ces items présente une configuration spécifique de traits, la présence ou l'absence de traits différenciant les items. Cette manière de définir le sens des mots permet aussi de mettre en évidence leur nature polysémique. Considérons, par exemple, le signifié de "canard' qui peut renvoyer notamment à oiseau, journal ou morceau de sucre. La configuration de traits sera différente pour chacun des sens.

4

Un lexème est constitué pour l'essentiel de trois ensembles de traits:
(Weinreich, 1972).

phonologiques, syntaxiques,

sémantiques

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chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

Selon les théories psychologiques, l'unité sémantique de base n'est pas le signifié du lexème, mais un signifié de format plus petit qui peut être atteint par une décomposition adéquate du lexème en traits sémantiques [Le Ny, 1979]. Les traits sémantiques ne sont plus ici de simples descripteurs de signification, mais peuvent être considérés comme des entités de nature psychologique dont certaines n'ont pas de correspondants lexicaux. Cette représentation composée ne peut se réduire à la somme de ses éléments. Le Ny (1989) insiste sur le fait que l'hypothèse compositionnelle implique l'idée d'une relation entre un trait et la représentation composée, relation dont on ignore la nature. Cette théorie est celle qui semble la plus appropriée aux items nominaux qui seront l'objet de notre attention. En ce qui concerne les représentations constituant le lexique mental, il en sera question dans les chapitres II à VI. L'aspect structural sous forme propositionnelle ne sera pas abordé, car il fait essentiellement référence à l'aspect phrastique qui n'est pas notre objet d'étude. L'objet de notre étude repose sur l'activation des représentations sémantiques par les représentations incidentes que sont l'image et le mot isolé. Les significations activées par ces deux types d'items sont des représentations permanentes. Ces significations font partie du savoir que nous avons constitué progressivement à partir de l'apprentissage de la langue: ce savoir est stocké en mémoire à long terme; il fait partie des structures de connaissances qui sont bien stabilisées, que nous n'avons pas à construire chaque fois que nous les utilisons et que nous nous contentons de récupérer. Nous sommes bien conscients que se limiter aux mots isolés va nous priver de toute une partie interprétative que l'on retrouve lors de la lecture d'une phrase ou d'un texte sachant que la phrase et le texte ne se réduisent pas aux significations des mots qui la composent. Les significations liées aux énoncés, contrairement à celles des mots isolés, ne sont pas stockées en tant que telles en mémoire à long terme (sauf pour certains énoncés stéréotypés). Elles doivent être construites en fonction du contexte de l'énonciation et de la tâche en cours. Ces significations sont donc des représentations au sens d'interprétations, tandis que les premières sont des représentations au sens de connaissances. Cependant, si l'on se réfère à certains modèles d'accès lexical, on peut considérer que le mot, qu'il soit présenté isolément ou dans une phrase, active le réseau sémantique qui lui est associé, et que l'interprétation engendrée par la présentation d'un autre mot va permettre la sélection d'une partie du réseau. En ce sens l'interprétation constitue un autre niveau spécifiant les connaissances qui se maintiennent activées.

35

SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

b)

Les images mentales

Une représentation mentale d'un objet peut être fondée sur une description purement verbale de l'objet, sans posséder une connaissance visuelle de l'objet. C'est ainsi qu'à partir d'un roman, par exemple, nous pouvons construire une représentation mentale d'un environnement (qui peut exister réellement) sans le connaître de visu (c'est-à-dire, littéralement, visuellement). Il est également possible d'élaborer une représentation mentale d'un objet à partir d'une représentation physique de celui-ci, par exemple à partir d'un tableau. On dispose alors d'une représentation de représentation, et donc d'une interprétation de degré deux. L'image mentale est définie par Denis (1991), dans le grand dictionnaire de psychologie, comme étant" une représentation mentale évocatrice des qualités sensorielles d'un objet absent du champ perceptif". " L'image mentale, qui exprime la partie figurable de la représentation sémantique, est une forme de représentation "modale", en ce qu'elle possède une organisation interne héritée d'une modalité sensorielle" [Denis, 1989]. Elle conserve un isomorphisme structural à l'égard de la perception (cela n'est valable que pour l'image mentale). Toutes les modalités sensorielles sont susceptibles de faire l'objet d'évocations imagées: on parle alors d'image auditive, d'image olfactive, d'image gustative, d'image kinesthésique. Les images visuelles sont les plus largement étudiées en psychologie. Les images mentales sont des instruments de la mémoire. Elles redonnent une actualité cognitive à des perceptions appartenant au passé de l'individu. Il est établi, par ailleurs, que la mise en œuvre de l'imagerie mentale est un facteur favorable à la mémorisation d'informations nouvelles. Une interprétation de cet effet facilitateur est la théorie du double codage [Paivio, 1969, 1971], qui postule que l'image mentale permet d'effectuer, en supplément du codage purement verbal des éléments à mémoriser, un codage des propriétés figuratives de ces éléments. Le système de représentations imagées, fondé sur l'expérience perceptive que l'individu a construite de son environnement, ne peut concerner que les entités concrètes et donc figurables. Il a ainsi été montré que l'effet facilitateur pour la mémorisation ne s'opère pas pour des entités abstraites, qui possèdent par nature un coefficient d' imageabilité faible. Nous voyons poindre ainsi la complémentarité des représentations verbales et des représentations imagées. Les représentations verbales peuvent concerner des entités abstraites, autant que concrètes, alors que les représentations imagées sont plus spécifiques d'entités concrètes pour lesquelles elles sont plus efficaces que les représentations verbales pour "coder" l'information. Toute l'information 36

chap. I : Problématique,

le lexique mental

et la mémoire

sémantique.

concernant une scène est présente simultanément, alors que le langage ne permet de fournir l'information que de façon séquentielle. L'image mentale est une représentation de type analogique de percepts, alors que les représentations verbales sont une forme symbolique de représentation.

.

L'investigation des mécanismes cérébraux responsables de l'imagerie mentale, au travers des techniques d'imagerie cérébrale telle que la tomographie par émission de positons (TEP) révèle que la production d'images mentales s'accompagne de l'activation de régions corticales, dont le rôle est établi, par ailleurs, dans le traitement de l'information perceptive visuelle (les aires secondaires de la vision, une activation moindre des aires primaires dans le cas de l'imagerie mentale). Les travaux d'imagerie fonctionnelle renforcent la conception selon laquelle imagerie mentale visuelle et perception visuelle partagent de nombreuses aires de traitement. Les tâches d'imagerie mentale peuvent concerner soit du verbal (imaginer une lettre, un mot), soit de l'imagé (imaginer un objet). Dans les tâches d'imagerie mentale pour le verbal, Kosslyn et al. (1993) ont mesuré l'activité cérébrale lors d'une tâche d'imagerie mentale et dans une tâche de perception visuelle. Les sujets perçoivent une lettre minuscule et ils doivent imaginer la lettre majuscule correspondante à l'intérieur d'une grille 4 x 5 cases. L'une des cases de la grille, précédemment apprise, est marquée d'une croix. Le sujet a pour consigne de décider si la lettre imaginée recouvre ou non la case comportant la croix. La condition contrôle consiste en la perception passive de la grille comportant la croix dans une de ses cases. Les résultats montrent une activation des aires pariétales et temporales bilatérales. En ce qui concerne l'imagerie mentale "imagée", Kosslyn et al. (1995) ont fait écouter passivement à des sujets des noms d'objets (condition contrôle), et fait construire l'image mentale d'objets en réponse à la perception auditive de leurs noms (dans la condition expérimentale). Les images des objets avaient été apprises avant la phase d'enregistrement tomographique. La condition expérimentale comportait trois variantes différant quant à la taille à laquelle les images devaient être formées (rappelées). Les résultats montrèrent une activation de l'aire visuelle primaire (VI). De plus, la partie postérieure de VI, correspondant à l'aire de projection de la fovéa, était plus activée lorsque les sujets imaginaient les images de petite taille, alors que la partie antérieure de VI, correspondant aux aires parafovéales, était plus activée lorsque les sujets imaginaient les images de grande taille.

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SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

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Figure 2 : Zones cérébrales activées lors de l'imagerie cérébrale (~) et la perception visuelle (0).

Ces données fournissent des arguments à l'hypothèse d'une infrastructure neuronale commune aux activités perceptives et imaginatives de la modalité visuelle. Cependant, des zones cérébrales spécifiques de chacune d'entre elles font supposer qu'elles ne mettent pas nécessairement en œuvre les mêmes mécanismes de fonctionnement: le cortex préfrontal latéral supérieur n'est activé que dans le cas de l'imagerie mentale, alors que certaines aires du lobe occipital sont activées uniquement dans le cas de la perception. Cette conception est confortée par l'existence des études neuropsychologiques montrant des cas de double dissociation (préservation de la perception visuelle et altération de l'imagerie mentale, et vice et versa) [Le Bihan et al., 1993 ; Segelbarth et al., 1994 ; Kosslyn et al. , 1993]. Cependant, la lésion cérébrale de ces patients peut affecter les zones cérébrales responsables de la formation des images mentales ou bien l'accès, c'est-à-dire la réactualisation ou le rappel de représentations mentales imagées. La question qui se pose est de savoir si les images mentales ne sont que des événements psychologiques transitoires, c'est-à-dire des sortes de réactualisation sous forme imagée de connaissances présentes en mémoire à long terme mais dont on ne connaît pas la nature, ou bien si elles sont elles-mêmes présentes en mémoire à long terme, comme le lexique mental est supposé l'être. Dans la théorie du double codage [Paivio, 1969], les deux systèmes de représentations sont interconnectés, tout en restant qualitativement et fonctionnellement distincts. Dans le cadre de cette étude, nous n'aborderons les images mentales que par le biais des associations avec les percepts, ceux-ci pouvant activer des représentations mentales de type imagé. L'image comme instrument de figuration mentale des

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chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

objets, est analysée dans les rapports qu'elle entretient avec la signification des lexèmes. En prenant comme hypothèse de travail le caractère analysable de la signification lexicale en unités sémantiques de l'ordre du trait nous accordons une attention particulière aux traits qui décrivent les aspects figuratifs des concepts. Cependant, cette hypothèse ne préjuge pas que toute signification soit réductible aux traits qui la décrivent.

III. lES MODÈLES D'ORGANISATION DE lA MÉMOIRE SÉMANTIQUE A. ORGANISATION CATEGORIESSÉMANTIQUES EN

La notion de catégorie sémantique est à la base des structures conceptuelles.

1.

Introduction

Au travers de la littérature sur la question de la catégorisation, il apparaît deux conceptions principales: la conception classique aristotélicienne ou courant objectiviste qui considère que les membres d'une même catégorie sont regroupés sur la base de leurs propriétés communes, la conception se fondant sur la théorie du prototype ou courant expérientialiste où les membres d'une catégorie sont définis relativement au

-

prototype

qui est l'exemplaire

idéal

- donc

non nécessairement

existant

- le plus

typique représentant le mieux la catégorie. Selon la première conception, quel que soit le niveau, tous les items ou toutes les classes sont équivalents. Tous les membres de la catégorie sont également représentatifs. La deuxième conception, qui repose sur la notion de prototype proposée par Rosch, considère que tous les exemplaires ne sont pas équivalents: ils diffèrent selon leur degré de typicalité, l'élément le plus typique étant appelé "le prototype". Celui-ci peut être vu comme l'instance centrale de la catégorie.

Pour plus de clarté, nous allons proposer quelques définitions: a) Catégorie (i. e. catégorie sémantique) Le dictionnaire Larousse la définit comme" une classe de personnes ou d'objets de même nature".

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SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Dans un cadre plus psycholinguistique, elle se définit comme un ensemble d'éléments possédant en commun une ou plusieurs caractéristiques. C'est une entité de nature cognitive. Il s'agit de la représentation d'une classe d'objets regroupés sur la base du partage de propriétés communes L'étude des catégories naturelles, qui sont le plus souvent désignées par un lexème ("oiseaux", ''plantes'', "vêtements", etc.), fait apparaître leur organisation en réseau hiérarchisés (ou taxinomies) tels que l'appartenance d'une catégorie à une catégorie surordonnée est définie par le fait qu'elle possède toutes les caractéristiques de cette dernière. La catégorie peut être définie en extension ou en intension. Les notions liées à la notion de catégorie, sont celles de : - degré de typicalité de la catégorie: degré de représentativité de la catégorie à l'égard de la catégorie qui lui est surordonnée.

-

niveau de base: niveau d'abstraction de la catégorie dans la hiérarchie à laquelle elle appartient. Ce niveau correspond au " niveau le plus élevé d'une hiérarchie dont les éléments a) ont encore en commun un nombre important de propriétés, b) mettent en jeu des programmes moteurs identiques et c) possèdent des caractéristiques figuratives similaires" [Rosch et al., 1976].

Nous reviendrons plus précisément sur ces dernières définitions ultérieurement.

Il est temps de préciser la distinction en 3 niveaux de catégorisation: - une catégorie supra-ordonnée: catégorie la plus abstraite et inclusive. (ex. : meubles) - une catégorie subordonnée: la moins inclusive et la plus concrète. (ex. : table de cuisine) - une catégorie intermédiaire (ou de base) : catégorie riche en attributs mais bien différenciée. (ex. table) b) Prototype Le prototype est l'élément (instance ou catégorie) qui possède le degré le plus élevé de typicalité à l'égard d'un élément qui lui est surordonné. Au début des années 70, E. Rosch a introduit un nouveau modèle de catégorisation, celui de la prototypicalité. Un prototype n'est pas seulement défini par les différences avec les membres d'une autre catégorie, mais également par des différences avec les autres membres de sa catégorie d'appartenance. Ce modèle 40

chap. I : Problématique,

le lexique mental et la mémoire

sémantique.

admet explicitement que l'appartenance à des catégories est l'affaire de degré, autrement dit que certains membres d'une catégorie le sont plus que d'autres. Les membres les plus caractéristiques d'une catégorie sont appelés des prototypes. Ils existent aussi bien pour des catégories dites "naturelles", telles que couleurs ou fruits, que pour des produits fabriqués, tels que meubles ou voitures, ou pour des catégories sociales comme des professions, des situations de rencontre, des types de personnalité. Les membres considérés comme les plus exemplaires d'une catégorie seront le point de référence dans les jugements portant sur les autres membres. Par exemple, "rose" est la catégorie la plus fréquemment citée par les sujets sollicités d'énumérer les meilleurs exemples de fleurs. Le prototype est généralement considéré comme une sorte de "résumé cognitif', comme un point de référence privilégié de la catégorie surordonnée. C'est lui qui reflète le mieux l"'air de famille" de l'ensemble de sa catégorie. Il est plus rapidement traité que les autres exemplaires dans les jugements d'appartenance catégorielle. En outre, il suscite des réponses plus rapides dans les épreuves requérant la vérification de propriétés. Cependant, il reste difficile de supposer qu'il existe pour chaque catégorie une sous-catégorie unique qui serait, à elle seule, représentative de la catégorie tout entière. Rappelons que le prototype est l'exemple focal, idéal (donc pas nécessairement existant) qui représente le mieux la catégorie. La question est de savoir s'il existe un, et un seul, prototype par catégorie. Cette notion est étroitement liée à la suivante. c) Typicalité Cette propriété caractérise la représentativité d'une catégorie à l'égard d'une catégorie qui lui est surordonnée. Dans la conception aristotélicienne de la catégorisation, l'appartenance d'une catégorie à une catégorie surordonnée est strictement déterminée par le fait que cette catégorie possède un ensemble défini de propriétés. Dès lors, les mêmes critères d'appartenance valent pour toutes les catégories et celles-ci sont considérées comme ayant le même statut à l'égard de la catégorie surordonnée. Les recherches ethnobiologiques et les travaux menés en psychologie cognitive (E. Rosch) remettent en cause la validité de ce modèle, en particulier dans le domaine des catégories dites "naturelles". Les travaux de Rosch attestent que toutes les catégories ne sont pas également représentatives de la catégorie qui leur est surordonnée. Un tel gradient de représentativité fut initialement mis en évidence dans le domaine des couleurs. Par exemple, il existe certaines valeurs de rouge que les individus jugent plus représentatives que d'autres de la couleur rouge.

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SENS DU MOT, SENS DE L'IMAGE

Par la suite, le développement de la notion de typicalité s'est trouvé principalement liée aux études sur la catégorisation des objets naturels. "moineau" ou "hirondelle" sont généralement considérés comme meilleurs représentants (des représentants plus "typiques") de la catégorie" oiseau" que ne le sont "poule" ou "autruche". De ce fait les catégories les plus typiques possèdent les propriétés jugées dominantes de la catégorie surordonnée. Cela est valable aussi pour les objets "artificiels" : ainsi, "marteau" et "tournevis" sont plus typiques des outils que le "rabot" et le "vilebrequin". En outre, il existe un recouvrement important des propriétés caractérisant les catégories les plus typiques. Donc, à l'intérieur d'une catégorie, certaines sous-catégories sont traitées de façon préférentielle et sont susceptibles de tenir lieu de la catégorie totale mieux que les autres sous-catégories. Cordier (80) et Dubois (83) ont établi des normes de typicalité sur la base de production d'exemples représentatifs ou de jugements de représentativité, et défini pour diverses catégories un gradient de typicalité à l'égard de la catégorie surordonnée. Dans certains domaines catégoriels, la validité de ces normes est étroitement liée au groupe culturel à l'intérieur duquel elles sont établies. Cependant, à l'intérieur de ce groupe, les gradients de typicalité recueillis dans diverses études présentent généralement une grande stabilité. Cordier (1994) distingue 2 conceptions possibles du gradient de typicalité. Celui-ci peut représenter: - soit un degré d'appartenance des exemplaires à une catégorie ce qui suppose des frontières floues entre les catégories;

- soit

un degré de représentativité

des exemplaires

d'une catégorie,

les frontières

entre les catégories seraient alors nettes. L'établissement des normes de typicalité fait apparaître l'inégale représentativité des différentes catégories à l'égard de la catégorie qui leur est surordonnée. Les recherches sur le développement cognitif révèlent également que les catégories apparaissent et se développent chez l'enfant dans un ordre qui est lié à leur degré de typicalité. Les effets de typicalité sur différentes conduites cognitives sont aujourd'hui bien établis. Ainsi, dans les tâches de décision, le statut cognitif distinct des différents éléments d'une catégorie est attesté par les jugements catégoriels du type "une tulipe" est plus rapidement classée dans la catégorie "fleurs" que ne l'est "une capucine". D'autre part les éléments les plus typiques d'une catégorie paraissent posséder un relief cognitif (ou "saillance cognitive") qui permet de rendre compte des biais de raisonnement susceptibles d'affecter la conduite d'inférences. Enfin 42