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Figures de Dieu, entre masculin et féminin : la longue marche

De
124 pages
Cet ouvrage se propose d'interroger la genèse des figures de Dieu dans une longue durée où Adam n'en finit pas de conforter une domination longtemps restée sans partage. En replaçant ces constructions symboliques au coeur des enjeux sociétaux, il explore l'histoire des rapports entre féminin et masculin, depuis l'émergence des pères, patriarches, maîtres, rois et dieux dans les Cités-Etats du Proche-Orient, jusqu'à la résilience des inégalités entre les sexes dans les sociétés de l'âge capitaliste.
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Antoine Casanova
Figuresdedieu, entremasculinetFéminin: lalonguemarche
Préface d’Albert Rouet Postface de René Nouailhat
Antoine Casanova FIGURES DEDIEU,ENTRE MASCULIN ET FÉMININ:LA LONGUE MARCHEPréface d’Albert Rouet Postface de René Nouailhat
L’Harmattan
CollectionHistoire, Textes, Sociétés dirigée par Monique Clavel-Lévêque et Laure Lévêque
Pour questionner l'inscription du sujet social dans l'histoire, cette collection accueille des recherches très largement ouvertes tant dans la diachronie que dans les champs du savoir. L'objet affiché est d'explorer comment un ensemble de référents a pu structurer dans sa dynamique un rapport au monde. Dans la variété des sources – écrites ou orales –, elle se veut le lieu d'une enquête sur la mémoire, ses fondements, ses opérations de construction, ses refoulements aussi, ses modalités concrètes d'expression dans l'imaginaire, singulier ou collectif.
Déjà parus
Monique Clavel-Lévêque,Autour de la Domitienne. Genèse et identité du Biterrois gallo-romain, 2014. Enrique Fernández Domingo, Xavier Tabet (textes réunis et présentés par), e e Nation, identité et littérature en Europe et Amérique latine (XIX -XX siècles), 2013. Laure Lévêque (éditeur),Les voies de la création. Musique et littérature à l’épreuve de l’histoire, 2012. Sidonie Marchal (éditeur),Belfort et son territoire dans l’imaginaire républicain, 2012. Lydie Bodiou, Florence Gherchanoc, Valérie Huet, Véronique Mehl,Parures et artifices : le corps exposé dans l’Antiquité, 2011. Stève Sainlaude,Le gouvernement impérial et la guerre de Sécession (1861-1863),2011. Laure Lévêque (éditeur),Paysages de mémoire. Mémoire du paysage, 2006. Laure Lévêque (éditeur),Liens de mémoire. Genres, repères, imaginaires, 2006. Monique Clavel-Lévêque,Le paysage en partage. Mémoire des pratiques des arpenteurs, 2006.
© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-05876-4 EAN : 9782343058764
PRÉFACEUN CHEMIN DHUMANISATIONEn un nombre restreint de pages, tracer un chemin de la révolution du Néolithique à la révolution informatique, donc parcourir plusieurs dizaines de millénaires, représente quand même une gageure, ne serait-ce que pour se garder des simplifications ! D’emblée, une erreur d’approche guette : habituée aux études paléoanthropologiques, aux recherches de la Préhistoire, la pensée se laisse influencer par des enchaînements de successions qui se croisent, s’éloignent souvent les unes des autres, se retrouvent parfois et s’apparient, mais que l’esprit se représente nécessairement comme une évolution. Cette suite de siècles, malgré bien des obscurités, des inconnues et des hypothèses, trace une continuité, celle de la lente émergence de l’hominisation.Il s’agit de comprendre par quels chemins les hommes sont apparus et ont conquis la terre. Tel n’est pas l’objet de ce livre, écrit, cependant, par un historien.
Monseigneur Albert Rouet Décrire une généalogie ne dit rien de ce qu’en font les héritiers, et peu de choses sur le contenu légué de génération en génération et qui n’est pas qu’un code génétique. Connaître le processus de construction d’une voiture, du bureau d’études au représentant de la marque, ne dévoile rien des intentions d’un éventuel conducteur. Autrement dit, un autre processus s’enclenche avec le premier, inter-réagit avec lui en un croisement d’influences. Ici est en question l’humanisation, c’est-à-dire la manière dont l’homme se comprend, tente de correspondre à l’idée qu’il se fait de lui-même et des autres, de sorte qu’il puisse transmettre à ses descendants son organisation du monde, qu’on peut appeler une culture. Tel est l’objet de cet ouvrage. L’humanisation vise les efforts collectifs pour interpréter l’univers et le rendre habitable à des êtres dont la force physique ne constitue pas le meilleur avantage. Aux millénaires de l’hominisation correspondent autant de tâtonnements, d’échecs et de découvertes, de bonds en avant de l’humanisation. La lente émergence de l’intelligence, dont les premières traces restent tardives et parcellaires, pas toujours compréhensibles pour nous (comment interpréter les peintures rupestres ?), dès qu’elle devient saisissable, apparaît déjà sous les traits d’un système complexe et organisé. e e Ainsi (p. 16), le passage des huttes rondes (IX -VIII millénaires) aux e cabanes rectangulaires (VII millénaire) induit un changement social, donc économique, familial et politique. Même si nous ne savons pas très bien le décrire, ni quelles formes de société en découlent précisément, ce passage oblige à conclure à une modification d’une manière de vivre, donc à l’apparition d’un système nouveau. * * * Une organisation sociale mute par l’adjonction de multiples facteurs directement liés aux conditions de survie. Il faut manger, se vêtir, s’abriter sous peine de mort. Il existe cependant tant de manières de se nourrir, de se vêtir et de se loger que la stricte nécessité n’explique pas ces différences. Intervient alors un autre facteur : la valeur propre attachée à chacun des facteurs, donc une hiérarchie des besoins acquise par l’expérience. Acquise également par des justifications qui empêchent de
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Préface : un chemin d’humanisation tout remettre sans arrêt en question. Le nomadisme a des lois intangibles, l’errance est mortelle. Un système tient par ce qu’il met en œuvre pour ne pas s’effondrer, c’est-à-dire par des convictions qui s’imposent. Celles-ci définissent la place de chacun, qui commande (quelle que soit la manière dont le pouvoir fut obtenu) ou quelles règles régissent la constitution de clans et de familles. Ces convictions découlent d’un autre système invisible qui encadre l’organisation visible : elles s’accrochent à des représentations. Cet ouvrage montre comment, du Néolithique à nos jours, les représentations ont guidé l’humanisation. Certes, elles évoluent elles aussi, au long des âges, mais ne disparaissent pas. Elles sont tellement intériorisées que leur influence reste prégnante, s’adapte à des figures mouvantes, sans pour autant disparaître. Antoine Casanova en examine deux, particulièrement fondamentales : les images de « dieu » (sous quelque nom que ce soit) et les relations entre masculin et féminin. Mais, point important, loin de les étudier séparément, il les met en interaction, voire en dépendance. « Dis-moi quel dieu tu vénères, homme, et je te dirai comment tu considères la femme ! ». D’ailleurs, à notre époque, point n’est besoin d’être croyant en une divinité pour vénérer encore ces antiques « évidences », ces vieux « on a toujours fait comme cela… ». Il y a des dieux innommés sous les propos consciemment affichés. Toutefois, le sujet traité en profondeur comme en ces pages ne saurait se satisfaire de critiques superficielles et éculées. Changer les mots ou les formes du comportement réussit parfois à des accommodements de surface qui maintiennent un subconscient conservateur. Car la question des représentations mérite grande attention. Un fait frappe celui qui, avec ce livre, parcourt le temps : la prééminence quasi générale du masculin. On en sait les raisons biologiques : libres de la maternité, les hommes restent disponibles pour des travaux de force, le gouvernement et la guerre. L’évidence de la force elle-même, donnée plus généralement à l’homme qu’à la femme – « la loi du plus fort » – conduit la société à obéir aux « lois de la nature », mais non à les corriger, ce qu’elle fait en d’autres domaines comme la sélection des végétaux et la domestication des animaux. Malgré de notables exceptions (cultiver la terre revenant aux femmes), cette « loi » générale ne résulte jamais que d’une confiscation du pouvoir, et c’est en ce sens qu’il faut entendre aujourd’hui les « lois » du marché. En tout cas, les panthéons représentent et légitiment ces
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Monseigneur Albert Rouet constructions sociales et idéologiques. Il en découle les images de dieu correspondantes : le chef, le maître, le père, le patron.Roidu latin vient regere;, délimiter droitement un territoire king degignere, posséder les femmes pour assurer la descendance ; dans le Proche-Orient, Baal désignait un dieu, un maître et un époux ! La monotone généralité de cette constante, à travers les âges et les lieux, a fait penser à un principe naturel, alors qu’il ne s’agissait que d’une organisation somme toute aléatoire. D’autres structures eussent pu apparaître, que les ethnologues découvrent parfois en des tribus isolées. Mais surgit une autre réflexion : les structures élémentaires des représentations restent finalement peu nombreuses. S’appuyant sur l’espace et le temps, elles jouent sur des couples binaires : passé/futur, haut/bas, ici/au loin, avant/après… Concevoir le monde à partir de ces assises de la pensée revient à la décrire en termes dualistes. La distinction homme/femme s’inscrit dans cette logique. Contrairement à ce que soutiennent de rapides engouements pour les spiritualités orientales, il n’est pas sûr que celles-ci se préservent de tout dualisme, par exemple au sujet du statut de la femme. Peut-il en être autrement pour une pensée humaine qui s’édifie sur ces éléments premiers ? Tenter de répondre à cette question suppose d’examiner deux points. Le premier point qu’aborde l’auteur de ce livre concerne une réflexion sur les structures élémentaires des représentations que développe la modernité. Le second, que j’ajoute, interroge ces mêmes fondements. Donc commencer par interroger les prolégomènes. Dans la mesure où les images des dieux reflètent et renforcent des compositions sociales, le système se construit en circuit fermé : ciel et terre se renvoient l’un à l’autre. Ils se réfléchissent l’un l’autre, au sens d’un miroir. Or, depuis le siècle des Lumières, de plus en plus profondément et rapidement, les philosophes et les sciences réfléchissent (au sens de creuser) cette réflexion (au sens de reflet). On arrive à un moment où l’homme scrute ses capacités, élargit sa saisie de la nature et son emprise sur elle. Il se réfléchit lui-même, au point que ses outils et ses techniques ne sont plus l’extension de ses membres, mais qu’ils sont pénétrés par une logique interne à leur propre fonctionnement. Ce phénomène commence avec Montesquieu qui ne voit plus les lois tomber du ciel par un trône « de droit divin », mais sortir de la volonté du peuple qui s’approprie «l’esprit des lois». L’en-haut des lois se
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Préface : un chemin d’humanisation retrouve dans l’en-bas des hommes. On en est aujourd’hui à « l’intelligence artificielle ». Or, ce que montre clairement ce livre, c’est que les conséquences anthropologiques de ces avancées politiques et scientifiques conduisent l’homme à se penser lui-même à frais nouveaux, avec d’autres éléments. D’un coup se libèrent de vastes possibles : la démocratie avec les droits de l’homme du seul fait de naître humain, l’égalité hommes/femmes. Il s’agit bien de « possibles ». En effet, si l’antique structure de domination émanait de rapports sociaux, aujourd’hui encore ces mêmes rapports sociaux peuvent confisquer la démocratie au profit d’une oligarchie de l’argent et maintenir les inégalités classiques entre les dirigeants et le peuple, entre hommes et femmes. Pour que ces possibles deviennent réalité, il faut des luttes et des efforts qui placent la justice et la libération au cœur de rapports sociaux qui ne doivent pas être abandonnés à la perversité. Du coup, la responsabilité collective de chaque homme est engagée. Maintenant, le second point que j’ajoute pour prolonger le dialogue. Dans une page de ce livre, l’auteur parle de Jésus de Nazareth (p. 27). À juste titre, il souligne combien son message et ses actes transforment les représentations de Dieu. On sait que l’Ancien Testament, se méfiant des religions vitalistes, n’utilise que très tardivement le nom de « père » pour Dieu. Il lui conserve cependant les attributs de la force et du pouvoir, dont les rêves conduiront à la mort du Nazaréen par ceux qui en escomptent des avantages. Mais Jésus prend le titre de « père » dans son sens le plus radical : celui qui donne la vie et qui l’engendre sans restriction, c’est-à-dire sans entrer en concurrence avec des fils qu’il veut adultes et libres. De ce fait, la valeur première n’est plus la domination mais l’émancipation, donc une naissance voulue et reconnue de l’autre comme autre. Jésus déclare sa mort volontaire pour la raison fondamentale que celui qui se livre à la logique absolue du don ne peut que se livrer totalement. Ici, toute autre approche de dieu chuterait dans l’idolâtrie, c’est-à-dire dans l’imaginaire. Les hommes ont fantasmé leurs panthéons. Ils ont fait eux-mêmes les demandes et les réponses, imaginant les dieux à partir de leurs désirs. C’est vrai, mais il demeure quand même surprenant que ces représentations, naïvement surgies des besoins humains, se soient outrepassées vers l’inconnaissable. Je veux dire ceci : que des guerriers se construisent un dieu de la guerre, des cultivateurs une déesse de la
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Monseigneur Albert Rouet fécondité, qu’ils les dotent d’une force surhumaine, tout cela reste dans la représentation imaginaire. Elle est suffisante à elle-même. Mais que ces divinités s’enfoncent progressivement vers l’unité et vers un infini inconnaissable, d’ailleurs pas toujours reconnu ni vénéré, que le « ciel » des antiques orientaux soit à la fois présent et vide, ces tensions suggèrent qu’outre les besoins à satisfaire, les protections à assurer, on entre dans le domaine d’une autre question, qui dépasse l’imaginaire. Quelles que soient les images, avant elles et après elles, un autre mouvement interroge sur l’illimité du désir. Les réponses peuvent décevoir, la question reste. L’humain pose une question insoluble sur lui-même, sur l’étrange qui l’habite et qu’il ne connaît pas. Précisément, Jésus de Nazareth coupe ses auditeurs des images et des ambitions qui les attachaient, plus qu’au «dieu inconnu» (S. Paul), à leurs propres constructions systématiques. Par cette césure de sa mort, il fait parvenir à l’univers symbolique dans lequel l’homme accède à l’autre et, par contrecoup, à lui-même, dans une mutuelle reconnaissance. L’homme Jésus place Dieu au cœur de ces relations. Les conséquences en sont décisives. L’humanité échappe à la fascination d’un pouvoir sacralisé. Un Homme dit d’autres mots sur l’homme en fondant des relations réciproques de fraternité, en tant que chemin d’humanisation. Il délivre de la hantise du modèle unique, qu’il soit masculin ou neutre, car il remet à chacun les mêmes droits dans la responsabilité de son histoire et dans l’avenir de cette terre. Il abolit la violence de la concurrence dont l’objectif tend toujours vers l’unicité d’un monopole, pour établir la justice dans l’usage des produits de ce monde. Alors, l’homme et Dieu ne sont plus en rapport de représentation, mais d’alliance. * * * Rien n’est joué d’avance, car les plus belles ouvertures peuvent être récupérées et gelées. Le livre d’Antoine Casanova ne décrit pas seulement un parcours, il ne se limite pas à l’analyse de projections mutilantes pour les hommes et les femmes. Sa problématique profonde pointe vers des avancées
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Préface : un chemin d’humanisation indispensables pour sortir du règne injuste de règles financières qui favorisent une oligarchie et d’une morne représentation d’un unique modèle qui servirait l’illusion de devoir ressembler à l’humain au masculin. Car il oblige à accéder, face aux progrès technologiques, à l’ordre symbolique qui, loin des représentations, recherche l’alliance égale dans le respect des différences. En cela, ce livre rend service à l’humanisation. Albert Rouet Archevêque émérite de Poitiers
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