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L'ermite de la forêt de Broceliande

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64 pages

Il y a fort longtemps vivait en reclus dans la forêt de Brocéliande un ermite au visage émacié et à la longue barbe blanche. Il ne savait même plus depuis combien de temps il était là. Il se nourrissait de baies sauvages, de racines et d’eau claire, et passait ses journées en prières.

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Ajouté le : 26 juillet 2015
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CHAPITRE 1
Il y a fort longtemps vivait en reclus dans la forêt de Brocéliande un ermite au visage émacié et à la longue barbe blanche. Il ne savait même plus depuis combien de temps il était là. Il se nourrissait de baies sauvages, de racines et d’eau claire, et passait ses journées en prières.
Un jour, alors qu’il était agenouillé au pied d’un chêne un enfant vint troubler sa méditation.
- Pardonnez-moi de vous déranger mais je crois que je me suis perdu. Pourriez-vous m’indiquer mon chemin ?
- Qui es-tu, mon enfant, et que fais-tu tout seul dans la forêt ?
- Je suis le fils du seigneur de Laval. Mon chien s’est échappé et je suis parti à sa recherche. Mais je me suis trop éloigné et je suis incapable de retrouver ma route.
- Je ne vois pas de chien avec toi.
- Hélas, non. Je ne l’ai point vu.
Soudain ils entendirent un aboiement et un lévrier surgi d’un buisson sauta sur son jeune maître en remuant la queue en signe d’allégresse.
- Ah ! Te voilà donc ! s’écria l’enfant. Cela fait des heures que je te cherche. Il ne faut pas t’enfuir ainsi, ce n’est pas bien. J’ai eu très peur de ne pas te revoir.
L’ermite sourit à cette touchante scène de retrouvailles. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait vu personne !
Mais il se faisait tard et la nuit allait bientôt tomber. 3
- Tu vas devoir passer la nuit ici. Je te ramènerai à l’orée du bois demain dès l’aube. Tu dois être fatigué et je n’ai pas grand chose à t’offrir pour te restaurer mais je partagerai volontiers avec toi mon humble pitance.
C’est ainsi que le vieil ermite offrit l’hospitalité à l’enfant.
- Comment te nommes-tu ?
- Yann, répondit le jeune garçon.
La cabane de l’ermite ne contenait qu’une pièce fort petite et une pauvre paillasse en occupait une bonne partie. Après avoir mangé quelques baies que Yann trouva délicieuses tant il avait faim, le vieil homme lui proposa de se reposer sur sa couche tandis qu’il passerait lui-même la nuit en prières selon son habitude.
Son lévrier couché auprès de lui, l’enfant s’endormit du sommeil du juste, vaincu par les émotions du jour. Tout à la joie d’avoir retrouvé son compagnon de jeu, il n’avait même pas songé à l’inquiétude qui devait être celle de sa mère, sans nouvelles de lui.
Il fut réveillé par le hurlement des loups dans le lointain et, prenant conscience qu’il n’était pas dans son lit, il poussa un cri qui surprit le vieillard abîmé dans ses pensées.
- Ne crains rien, mon enfant, les loups ne s’approchent jamais. Nous sommes sous la protection de Dieu.
L’enfant se calma et se rendormit. Mais l’ermite se souvint de ce jour lointain, alors qu’il avait à peu près le même âge que Yann, où les loups affamés avaient attaqué les villageois. Il avait assisté à un véritable carnage qui était resté gravé pour toujours dans sa mémoire. Il n’avait dû la vie sauve qu’au sacrifice de sa mère qui l’avait protégé de son corps des dents acérées des loups. Elle n’avait pas survécu à ses blessures, comme beaucoup d’autres ce jour-là.
Elle n’aurait pas dû se trouver là, pas plus que lui d’ailleurs. Ils étaient venus au village pour apporter un peu de nourriture aux vilains qui souffraient de la faim.
4
Les récoltes avaient été mauvaises et, comme un malheur n’arrive jamais seul, l’hiver était particulièrement rigoureux.
Lorsqu’il repensait à cet événement qui avait été la première des nombreuses tragédies qui avaient émaillé sa longue vie, il avait bien du mal à pardonner à Dieu de l’avoir autant maltraité. Pour expier cette mauvaise pensée, il se flagellait avec une lanière de cuir.
A l’aube, le vieil homme réveilla l’enfant.
- Il te faut rentrer chez toi, on doit s’inquiéter de ton absence.
- Les loups sont partis ? demanda Yann.
- Ne crains rien. Suis-moi.
Lorsqu’ils sortirent de la cabane ils s’aperçurent que la neige était tombée pendant la nuit. Ils avaient à peine fait quelques pas dans la poudreuse qu’ils virent une meute de loups s’avancer vers eux. Ils s’arrêtèrent et Yann prit son chien dans ses bras.
- Pas de mouvements brusques et pas de cris, lui dit l’ermite à voix basse. Restez à côté de moi.
Ils s’avancèrent lentement de quelques mètres. Puis les loups et les humains se firent face.
L’ermite étendit le bras en direction des loups, paume en avant comme pour leur intimer l’ordre de ne pas aller plus loin. Les animaux qui étaient menaçants auparavant semblèrent comprendre l’interdiction.
Le lévrier tremblait dans les bras de son jeune maître qui lui murmura à l’oreille :
- Surtout n’aboie pas.
Le face à face dura un long moment. Puis le loup qui devait être le chef de la meute fit volte face, suivi de tous ses congénères.
5
- C’est bon, nous pouvons repartir.
- C’est un miracle ! s’exclama l’enfant. Les loups vous ont obéi.
- Dieu nous a protégés. Gloire à toi, Seigneur, répondit l’ermite en se signant.
Ils marchèrent longtemps en silence avant d’arriver à l’orée du bois. Là, l’ermite indiqua à l’enfant le chemin à suivre.
- Pourrais-je revenir vous voir ? demanda Yann.
- Si tes parents t’en donnent l’autorisation, pourquoi pas. Mais crois-tu que tu retrouveras ton chemin ?
- Mon chien le retrouvera. Il est très intelligent.
L’ermite sourit et bénit l’enfant.
Le château de Laval était en émoi depuis la veille. On avait cherché Yann partout. Sa mère était en pleurs et n’avait pas fermé l’œil de la nuit.
Aussi ce furent des cris de joie qui l’accueillirent, suivis de près par une avalanche de questions et de reproches.
Yann eut bien du mal à se faire entendre dans ce tohubohu mais il parvint à raconter son aventure. Il insista particulièrement sur sa rencontre avec les loups et le prodige qui s’en était suivi. Sa mère le serra à l’étouffer.
- Ne pars plus jamais ainsi sans prévenir.
- J’ai promis à l’ermite de retourner le voir.
- Nous verrons cela. Pour l’instant viens te réchauffer près du feu.
Des flammes rougeoyaient dans l’âtre, apportant chaleur et lumière.
Le père de Yann, le comte de Laval, vint chapitrer son fils mais au fond de lui-même il était heureux de voir que son fils était téméraire. Yann aurait bientôt l’âge d’être confié à son parrain pour qu’il commence son éducation en vue de devenir chevalier un jour. Il serait d’abord page, puis écuyer et apprendrait le maniement des
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