DO MASSÉ

De
Publié par

Dadassègbo, le roi de l'univers, avait une particularité, il avait déjà quarante femmes. Pourtant, au cours d'une de ses sorties, il remarqua la fille d'un paysan, d'une beauté hors du commun. Seulement, elle avait un défaut : elle n'avait qu'un bras. Dadassègbo, le roi de l'univers, demanda la fille en mariage. Le paysan lui répondit qu'il avait déjà quarante femmes qu'il redoutait que sa fille manchote ne puisse pas honorer cette quarante et unième place qui lui offrait. Partez à la découverte du Bénin, vous découvrirez la richesse de la culture Fon et l'importance de la parole du conteur qui transmet les valeurs de cette société.
Publié le : mercredi 1 janvier 2003
Lecture(s) : 285
EAN13 : 9782296304444
Nombre de pages : 123
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Do Massé
CONTES FONS DU BENIN

Collection La Légende des Mondes dirigee par Isabelle Cadoré, Anne Pouget

Dernières parutions

Pascal BACUEZ, Contes swahili de KilwaIHadithl za kiswahili kutoka kilwa (contes bilingues), 2000. Youcef ALLIOUI, Contes kabyles - Deux contes du cycle de l'ogre, 2001. Pascal BACUEZ (collectés et traduits par), Les ruses de la malice, contes swahili, 2001. Noël LE COUTOUR, Contes de malice et de sagesse, 2001. Catherine CASTALI, Lafête des Lumières, 2001. Marie-Christine CABAUD, Ombres et fantômes du Népal - Contes du rire et de l'aigre, 2001. Mariana Cojan NEGULESCO, Le méchant Zméou - contes roumains, 2001. Noël Le COUTOUR, Penda la belle bambara, 2001. Youcef ALLIOUI, Contes kabyles, 2002. Victor NIMY, Kalla la noyée, 2002. Victor NIMY, Maa Mboyo, 2002. Adèle CABY-LIVANNAH, Contes et histoire du Congo, 2002. Slimane CHABOUNI, Le Roc du Midi suivi de Moche, 2002. Xavier LUFFIN et Espérance KANA, Lorsque les Bruxellois d'ici et d'ailleurs racontent, 2002. Maud LOISILLIER, Le vase chinois, 2002. Jean et Olivier Sauvy, Monts et Merveilles au Pays de Fujiyama, 2002. Ling Di Shi, La Chine de mes ancêtre, Contes chinois, 2002.

Christine Adjahi Gnimagnon

Do Massé
CONTES FONS DU BENIN

Collaborateurs: Ayékobinon Yapetchou, pour les récits Robert Tohomè, pour les illustrations

L'Harmattan 5-7, rue de I'École- Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

@L'Hannatlan,2002 ISBN: 2-7475-3351-4

A mes enfants: Elvire-Badjagbé, Enanfa-Isabelle et Lansou-Amaud. qui ont toujours prêté une oreille attentive à leur culture d'origine. A mes petits-enfants: Maxime-Fayémi, Eddy-Ayéfouni, Axel-Finagnon A ma belle fille Sandrine Et plus particulièrement à mon époux Sossa-Joseph qui m'a toujours encouragée et soutenue.

Christine Adjahi Gnimagnon

Mes sincères remerciements à :

Céline Kula Kim, pour ses conseils et son aide précieuse. Monique, Bernadette, Hélène, Mireille, Michèle, Chantal, mes amies de toujours. Yvette,

Père Michel Dujarrier, pour son travail méticuleux Nicole, Bernard, Maurice, Alexandre. Tous ceux et celles qui ont contribué à l'aboutissement de ce travail. Enfin, je remercie très spécialement Marc Antoine pour sa précieuse contribution. C'est un témoin et un passionné de la culture béninoise qu'il a appris à connaître lors de son séjour au Bénin. C'est un honneur pour moi qu'il ait accepté de préfacer ce recueil. Je l'ai choisi pour ses qualités d'homme et de professeur exceptionnel qui a formé au Bénin des hommes et des femmes dont je fais partie.

9

Avant propos
'Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle" 1

Cette célèbre formule m'a décidé à faire revivre par l'écrit, la mémoire si riche des anciens du village Tanvê au

Bénin.

.

En effet, la plupart des anciens de nos villages racontent beaucoup de contes dans les veillées familiales; chaque personne du clan familial s'efforce de retenir ces contes qui circulent de génération en génération. Malheureusement ceux-ci risquent de disparaître un jour si rien n'est fait pour les consigner par écrit. Je me souviendrai longtemps encore de ces soirées à la belle étoile à écouter ces contes et légendes qui commençaient par cette formule: Do ( raconte) Massé (j'écoute) Ces contes et légendes, sont porteurs de leçons de morale, de philosophie, pour nous guider dans la vie. Je revois au milieu du cercle de famille, ce noble vieillard qui savait mettre en scène des animaux, des personnages mythiques, en contant leurs aventures, leurs exploits et leur ruse. Ces récits, basés sur la vie, la vérité, les faits vécus parfois, les expériences de chaque jour, sont racontés avec une telle conviction et un sérieux qui ne permettent pas de douter de la mission dont est investi le conteur: instruire, éduquer, guider, distraire. Depuis l'aube des temps, le conte fait partie de la vie sociale des peuples noirs. Dès l'enfance, on est entraîné à observer, écouter, retenir. Ainsi tout événement s'inscrit dans

1

Amadou Hampaté Ba, écrivain africain d'origine malienne Il

la mémoire comme dans une cire vierge; tout le monde sait raconter, suivant en cela la tradition orale. Depuis quelques années, je parcours en France écoles, collèges, associations, et je me rends dans diverses manifestations pour dire des contes africains repérés ça et là dans des ouvrages d'auteurs différents. A chaque fois, je me rends compte que l'intérêt des auditeurs ne cesse de grandir; leur désir de connaître cet aspect de la culture africaine est évident. Souvent, à la fin de mes séances, les gens viennent me voir pour me demander si j'ai un livre de conte. J'ai alors décidé un jour ,de répondre à leur légitime avidité. Ainsi, je suis retournée au Bénin et je me suis plongée dans les récits qui avaient nourri mon enfance grâce à un conteur émérite et réputé du village de Tanvê au Bénin, le sage Ayékobinon Yatpéchou. Comme ce conteur traditionnel ne lit pas, n'écrit pas et ne parle pas français, j'ai donc recueilli tous ces contes dans la langue Jon. 2 De retour en France, avec l'aide de mon mari, j'ai commencé le dur travail de traduction et d'écriture pour chaque conte3. C'était long, très long. Au cours d'un second voyage, j'ai rencontré un jeune talent du village qui a fait les illustrations avec sa propre vision de la vie au village. Ce recueil qui est le fruit de ces efforts conjugués et d'autres qui suivront aideront à sortir de l'oubli les richesses de la culture orale du village de Tanvê au Bénin.

Christine Adjabi Gnimagnon
2 langue Jon, l'une des langues des régions centre et sud du Bénin.

3 Le choix de l'alphabet français pour transcrire les noms et les termes de la langue Jon est volontaire. Il s'agit de faciliter la lecture et la compréhension aux non initiés de cette langue. 12

Préface
« Grand-Ma, tu me racontes une histoire? »

Cette requête, sans doute vieille comme le monde, combien de temps l'entendrons-nous encore? Dans une société de plus en plus mondialisée, globalisée, uniformisée, le conte aura t-il encore sa place? Dans notre XXIème siècle tout neuf, le conteur survivra t-il à

l'ordinateur? On peut se poser la question avec anxiété, avec
angoisse même, car l'oralité, c'est tout un pan essentiel de la Culture Universelle qui est en péril. Dans notre société européenne, que reste-t- il de cette belle tradition des veillées paysannes autour de la cheminée? Cette cheminée qu'on a essayé de sauver, de réinsérer dans nos intérieurs modernes, facteur d'ambiance non négligeable. Mais pour quel usage? Les grands-parents et les parents se révèleront-ils plus forts que le téléviseur, et parviendront-ils encore à capter l'attention des jeunes et des moins jeunes? Il ne s'agit pas là d'archaïsme, d'une quelconque nostalgie un peu rétrograde d'un passé disparu. Nous avons soif de poésie, nous avons besoin du conte et du conteur. Léopold Sédar SENGHOR, notre grand maître à tous, l'a bien compris, lui qui évoque, de façon bouleversante, cette nostalgie: « Je me rappelle lesjours de mes pères les soirs de Djilor, Cette lumière d'outre-ciel des nuits claires, sur la terre douce au soir. Je suis sur les marches de la demeure, profonde obscurément. Mes frères et mes sœurs serrent contre mon cœur, leur chaleur nombreuse de poussins. Je repose la tête sur les genoux de ma nourrice Mga, de Mga la poétesse. Ma tête bourdonnant au galop guerrier des dyoung-dyoung, au grand galop de mon sang de pur-sang, ma tête mélodieuse 13

des chansons lointaines plaintivement de Koumba l'orpheline. Au milieu de la cour, le ficus solitaire, et devisant à son ombre lunaire, les épouses de l 'homme, de leurs voix graves et profondes comme leurs yeux et les fontaines nocturnes de Fimla. Et mon père étendu sur des nattes paisibles, mais grand, mais fort, mais beau. Homme du royaume de Sine, tandis qu'alentour, sur les koras, voix héroïques, les griots font danser leurs doigts de fougue, tandis, qu'au loin, monte, houleuse de senteurs fortes et chaudes, la rumeur classique de cent troupeaux» 4 L. Senghor, le poète mondialement reconnu, l'agrégé de grammaire, serait-il un attardé de la savane? Je sais bien que pour goûter totalement la douceur poignante de telles pages, il faut avoir connu la magie sans égale des veillées africaines... C'est pourquoi nous apprécions que dans la lignée de tels maîtres, des voix jeunes, dynamiques, passionnées nous rappellent que ce grand art de l'oralité résiste au temps et à la modernité" uniformisatrice ". Ces voix, bien souvent, participant à «l'échange culturel mondialisé» dont on peut rêver: la langue française', ce bel outil, cette arme sans égale au service de ce que 1'homme a de meilleur, a traversé les océans et les déserts. Elle nous revient enrichie et épurée, chargée de saveurs nouvelles, et, avec elle, s'offrent à nous les trésors sans limite des cultures d' Outre-Mer caribéennes, africaines amérindiennes, polynésiennes... et tant d'autres! Trésors menacés, eux aussi, comme l'est là-bas, mais à un degré moindre, l'oralité. «Un vieillard qui meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.» Alors, quand des jeunes prennent la relève, tiennent le flambeau haut levé, comment ne pas se réjouir?
4

L. Senghor, poète et écrivain Sénégalais 14

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.