L'oracle de Faringha

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Un silence de mort s'abbatit sur le Stade du Retour, lorsque les deux athlètes furent face à face sur le ring. Les tambours se turent comme sous l'effet d'un sortilège. Le public médusé, découvrait pour la première fois l'adversaire d'Ahmed Abdallah. Un blanc colossal, terrifiant. Un vent d'anxiété souffla sur le Stade. un roman qui fait découvrir la guinéé et son histoire.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
Lecture(s) : 461
EAN13 : 9782296332416
Nombre de pages : 124
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Collection Jeunesse dirigée par Isabelle Cadoré,Denis Rolland et Joelle Chassin Dernières parutions

ANTON É., Esprit serpent, 2000 AZULÉJOS M., Tir Gaste et le mystère de l'œil de la mer, 2002 BOUTSINDI P.-S., L'enfant soldat, 2001 CADORÉ 1. et H., Le violoniste (bilingue créole/français), 2000 COJAN-NÉGULESCO M., Au temps de Dracula, 2000 COSTE A. et SOULA N. (sous la direction de), Samba et la reine des mangues, 2002 ESTRADÈRE H., La boîte magique de Toudou, 2001 GILBERT V., Shambala ou l'exil de Sonam, le jeune Tibétain, 2001 GOURITIN B., Traque au djinn dans l'archipel des Comores, 2001 KAMB J., Le petit clown à l'étoile, 2001 LOGIÉ-LAMBLIN D., Salima a disparu. Une enquête au Maroc, 2001 OUWEHAND N., Jerry de Capricorn School à Pietersburg, 2002 DANGOISSE Arnaud, Mathieu et l'enfant du Rwanda, 2002. ESTRADEREHélène,Le Cahier bleu de Johann-Paul Unger,2003 RIBIS M., L'étrange trésor de l'île Vanille, 2003 DIMANE Y., Meriem et LaNuit du Destin, 2003 LE BONNIEC Yanis, Thia et Le voLcan (bilingue créoLe réunionnaislfrançais), 2003. POUGET -TOLU Anne, le Pêcheur de perles, 2003 CADORE I. et H., Le poignard (bilingue créoLelfrançais),2003 SAAD Michel, SoLo et deux grains d'océan. Madagascar et la Réunion, 2003 DOUMBI-FAKOL Y, On a voLéLacoupe d'Afrique, 2003 Ariel et le dirham magique, conte des Mille et une Nuits, imaginé, écrit et illustré par les élèves de 6e primaire de l'Institut Notre-Dame de Laeken de Bruxelles, 2003 KERISEL F., Esope au pays des philosophes, 2003 RESPLANDY Guillomette, Théo et la maison dans les arbres, 2003.

L'Oracle de Faringhia

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4980-1

Boubacar DIALLO

L'Oracle

de Faringhia

Roman

Illustration: Mory Diané

CHAPITRE

I

Doll Baldwin, alias Ahmed Abdallah, alias Ie Mégatonne Nair, était né il y a de cela 22 ans, à Charleston, en Caroline du Sud. Fils aîné d'une famille de descendants d'esclave, il était depuis l'âge de 20 ans, le maître incontesté de la catégorie des poids lourds. Son palmarès élogieux qui affichait 75 combats, 72 victoires dont 70 avec K.O., avait de quoi donner des sueurs froides à ses adversaires les plus déterminés. Mais outre ses performances, les mensurations de Ahmed Abdallah aussi, étaient à elles seules capables de faire tressaillir le plus audacieux des pugilistes. Ahmed Abdallah n'avait pas volé son nom de guerre de Mégatonne Noir; c'était effectivement une force de la nature, un de ces africains américains qui semblaient plus tenir du héros de bande dessinée que de I'homme ordinaire. Cependant, selon les témoignages de ses challengers, l'aspect le plus terrifiant de Doll Baldwin, était ses yeux de myope. Sur le ring, il était impossible de déterminer la direction de son regard, donc de savoir de quel côté il allait frapper. Pour certains observateurs toutefois, son point fort, c'était son jeu de jambes, un jeu de jambes qui fascinait comme la danse du cobra.
Depuis deux semaines déjà, Ahmed Abdallah avait repris les entraînements. Chaque matin, il se levait à 4 heures du matin et courait sur une distance d'environ une dizaine de kilomètres, suivi par ses deux entraîneurs. Ceux-ci s'installaient à bord d'une camionnette équipée d'appareillages électroniques ultrasensibles, captant, affichant et analysant la moindre pulsion de l'athlète. Après la mise en train, c'était le travail des jambes, du

regard et des biceps, à l'intérieur d'une salle de boxe qui ressemblait plus à un laboratoire qu'à un gymnase. Puis venaient les séances de combat avec des adversaires souvent plus coriaces que les vrais qu'il devait affronter. Mais le clou des séances d'entraînement d'Ahmed Abdallah, le moment le plus spectaculaire, était celui des exercices de combats virtuels. Surveillé par plus de cinq caméras électroniques multidimensionnelles, Mégatonne en gants et culotte de match, pénétra dans une vaste salle aux murs tapissés de matelas. Il portait un casque à images virtuelles qui lui couvrait toute la tête. Pendant ce temps, ses deux entraîneurs, deux Américains Blancs, d'âge mûr, suivaient la rencontre dans une cabine où ils voyaient apparaître sur un écran géant, Doll Baldwin et son adversaire virtuel. Lorsque le casque s'illumina pour faire apparaître le monde virtuel, Ahmed Abdallah ne put s'empêcher de pousser un cri de stupeur. L'Adversaire qui venait de se matérialiser sous ses yeux n'était autre que BARRY Steelgolv Junior, alias l'Ombre de la Mort, l'homme qu'il devait affronter dans trois mois à Las Végas. Ahmed Abdallah était fasciné comme l'oiseau qui voit le serpent fondre sur lui. Il n'avait encore jamais vu d'aussi près l'Ombre de la Mort, l'Américain Blanc qui n'avait pour le moment à son palmarès que dix combats, mais sur ces dix,dix K.O. dont deux mortels. Instinctivement Ahmed Abdallah commença son fantastique jeu de jambes. Pourtant, il recula plus qu'il n'avança, dominé d'une bonne tête par le colosse blanc. Rapide comme l'éclair, Abdallah lança son fameux poing gauche, son poing démon qui 8

lorsqu'il faisait mouche pouvait étourdir le boxeur le plus endurci. Malheureusement, l'Ombre de la Mort veillait. L'image esquiva le coup contre-attaquant simultanément. En combat virtuel, on ne reçoit pas de coups et quand on en donne, on ne rencontre que le vide, l'adversaire étant virtuel. Cependant, cet exercice n'était pas sans comporter des avantages. Il permettait de travailler les réflexes et le jeu de jambes mieux que les exercices classiques. Jusque-là, les adversaires des combats virtuels étaient d'anciens champions retraités comme Mohamed Ali et Mike Tyson, dont les réflexes, postures et réactions étaient intériorisées par un ordinateur qui réglait automatiquement leurs répliques. La rencontre avec l'image de l'adversaire réel, se dit Abdallah, était une innovation. Probablement espérait-il que l'Ombre ne bénéficiât pas d'un programme aussi sophistiqué. Quand Ahmed Abdallah ôta son casque et sortit de la salle de jeux virtuels, il se retrouva dans la cabine où ses deux entraîneurs avaient suivi la rencontre. Maître Wallace, le doyen se chargea de présenter les conclusions du duo: - Abdallah, il va falloir jouer serré. Tu dois davantage te contrôler. Tu semblais au cours de la simulation très troublé. En plus tu dois surtout miser sur la contre-offensive pour venir à bout de ton adversaire. Dans l'ensemble, nous sommes optimistes. Steelgolv Junior n'est pas aussi invincible qu'on le pense. Il n'est pas encore le Super Mégatonne qu'on essaye de nous faire croire. La simulation a fait apparaître ses limites. Il est vulnérable du côté gauche. Voilà son point faible. Il faut l'exploiter si tu veux parvenir à le terrasser et donner ainsi la

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preuve qu'en réalité, il ne peut y avoir de Super Mégatonne. Mégatonne est unique dans sa lignée et imbattable.
Ahmed Abdallah écoutait attentivement, hochant de temps à autre la tête. Dans la salle de simulation, il était déjà arrivé à la plupart de ces conclusions. Cependant, l'optimisme affiché de ses entraîneurs ne parvenait pas à dissiper ses inquiétudes. Son instinct d'ancien caïd des banlieues de Charleston, lui disait que l'Ombre de la Mort était plus dangereux que ne l'avait pressenti Maître Wallace. Il y avait quelque chose dans le regard de cet homme qui le mettait mal à l'aise, quelque chose d'indéfinissable qui lui donnait chaque fois l'impression d'être en présence d'une puissance maléfique. Steelgolv, se dit Abdallah, était l'incarnation du démon; les moyens rationalistes comme la mise en condition, les jeux de jambes et de regard, les combats simulés, ne pouvaient l'envoyer au tapis. Abdallah était de plus en plus persuadé que c'était du côté des pratiques occultes qu'il trouverait la solution au casse-tête Steelgolv. Cependant,il hésitait à confier ses sentiments à ses entraîneurs, tous deux Blancs, donc à priori des rationalistes dans l'âme. Ils ne manqueraient sans doute pas de lui dire que c'étaient ses origines africaines qui lui donnaient cette vision du réel. Ahmed Abdallah garda donc pour lui ses impressions.

Après la douche et le rhabillage, Abdallah quitta le centre d'entraînement et, encore soucieux, s'assit sur la banquette arrière de sa limousine qui le ramena vers la maison paternelle. Il était suivi de loin par la voiture d'escorte. Bien que millionnaire, Abdallah n'était pas encore marié. Il avait beaucoup de prétendantes, comme il sied à un champion du monde, jeune et beau. Mais il avait décidé pour le moment de surseoir au mariage. Il avait racheté une luxueuse propriété à la périphérie de 10

Charleston. Il Yvivait entouré d'une pléiade de domestiques et de gardes du corps.
Les parents d'Abdallah étaient jeunes encore. Son père, Monsieur Gary, n'avait que 47 ans tandis que sa mère n'en avait que 42. La famille, réduite, comprenait en outre, le jeune frère de Abdallah et sa petite sœur, la benjamine. A son arrivée, il fit rapidement les ablutions, étala un tapis sous la véranda en direction de la Kaaba avant d'accomplir la prière de l'aprèsmidi. Dans la famille, seul Ahmed Abdallah avait embrassé la foi islamique. Il s'était converti le lendemain de son sacre comme champion du monde. Sa prière terminée, Ahmed Abdallah vint s'allonger sur une chaise pliante à côté de son père. C'était son ami et son confident.

- Papa Gary, commença-t-il, aujourd'hui j'ai pris contact avec mon futur adversaire, celui qu'on a surnommé l'Ombre de la Mort. Mon sixième sens me dit que cet homme est plus dangereux que le serpent dont il porte le nom!
Papa Gary s'étonna: - Fils, je croyais que votre rencontre n'avait lieu que dans trois mois. Ou bien vous avez anticipé sur le programme? Abdallah expliqua:

- Papa, j'ai rencontré cet homme en séance de combat virtuel. Pour tout te dire, il me donne la chair de poule. Il est plus que l'Ombre de la Mort; il est l'incarnation même du démon. Et tu sais papa que mon intuition me trompe rarement.
Il

- Fils, je te crois. Moi-même, cet homme ne me plaît pas. Il a un air indéfinissable. Je l'ai vu la dernière fois à la télévision. Mais ne te décourage pas fiston. Chaque fois que tu pries demande au Dieu de la Kaaba de t'aider. Tu pourrais même aller te recueillir à la Mecque avant la rencontre. Le soir, un peu avant le crépuscule, Ahmed Abdallah prit congé de ses parents. Il remonta dans sa voiture blindée pour rentrer chez lui discrètement mais puissamment escorté. L'heure de la prière du crépuscule avait sonné. Prestement Abdallah fit les ablutions, étendit un tapis rembourré en direction de la Mecque avant de s'absorber dans le rituel d'adoration d'Allah, le Maître des mondes. Ahmed Abdallah menait une vie de reclus. Il avait bien sûr des maîtresses. Mais, il les rencontrait le moins possible, surtout en période de préparation de combat. Dans une des pièces de la résidence, spécialement aménagée, il fit quelques exercices de culture physique, visionna pendant une demi-heure le film de son combat virtuel avec l'Ombre de la Mort puis se mit au lit. Le lendemain, le boxeur se leva tardivement, c'était un vendredi saint donc un jour de repos. Il devait prendre un bain rituel, revêtir ses plus beaux atours et s'enduire le corps de parfum pour se rendre à la mosquée pour la grande prière hebdomadaire. Après ces préparatifs, Ahmed Abdallah s'enferma dans son bureau, comme il le faisait souvent les matins, pour lire son courrier, la presse et expédier les affaires courantes. Sa secrétaire particulière qui l'y attendait, lui présenta, dès qu'il s'installa dans le fauteuil pivotant, une enveloppe kaki en précisant: 12

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