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La légende d´Ercilia

De
131 pages


Halloween est la soirée parfaite pour se raconter des histoires qui font peur...

et se lancer des malédictions !



Des malédictions ? Pff, ca n ́existe même pas !



C ́est bien ce que croyaient Morgane et ses copines Thérèse et Magali jusqu ́à ce que Clarisse leur raconte La Légende d ́Ercilia...






Vivez au côté des quatre adolescentes leur combat contre la terrible sorcière Ercilia.



Un fantastique jeunesse écrit par Christine Rato, dont la plume simple mais efficace ne pourra que vous submerger dans les aventures de Morgane et ses amies.

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Cover Ercilia


ISBN : 978-3-95858-002-2


logo Nats Editions Compress


Première édition Ebook - Octobre 2014

Tous droits réservés


La légende d´Ercilia




Christine Rato



Un grand merci à ma fille et à tous ceux qui ont participé de loin ou de près à la réalisation de ce livre,


C. Rato



Chapitre 1





Tout avait commencé le lendemain de ma fête. J’avais invité mes meilleures amies le soir d’Halloween. Clarisse était arrivée la première et déjà, elle m’agaçait. Faut dire qu’elle était spéciale. Elle se donnait un genre. Avant, elle n’était pas comme ça… arrogante. Je ne sais pas pourquoi elle s’obstinait à être odieuse. Et forcément, cela m’énervait ! Ce jour-là, elle avait claqué ses talons contre le carrelage de ma chambre et s’était admirée devant le miroir. Elle avait soulevé ses cheveux au moins mille fois en creusant les joues à la manière des mannequins. Mais ce qui m’avait particulièrement irritée, c’est qu’elle avait osé venir sans être déguisée comme cela avait été pourtant convenu.

— Je suis déguisée ! affirma-t-elle en noyant davantage ses yeux d’un épais trait de khôl.

Il n’en était rien. Elle portait son éternel cardigan noir troué aux coudes, qui laissait entrevoir son maillot en dentelle à manches longues de la même couleur, et pour finir, un jeans assorti au reste. Ce n’était pas là ce que j’appelais « se déguiser ». Ou alors, dans ce cas, elle l’était en permanence.

En effet, Clarisse s’habillait toujours de cette façon. Tout en noir. En toutes circonstances et des pieds à la tête. Cheveux teints en noir, fard à paupières noir, vernis à ongles noir.

Ce jour-là, elle en avait mis un peu plus que d’ordinaire, c’est tout.

Heureusement que Thérèse avait fait un effort. Même un gros effort puisque je ne l’avais pas reconnue tout de suite. Avec sa cape, sa robe et son maquillage très réussi, il m’avait fallu quelques minutes pour comprendre que c’était elle. Elle avait choisi de se travestir en vampire. Et, discrètement, elle tripotait ses fausses dents. Je me doutais déjà que les canines pointues ne termineraient pas la soirée dans sa bouche. Personne ne tient longtemps avec ce genre de dentition en plastique. En plus de la gêne que cela occasionne, la salive augmente et nous finissons tous, à un instant ou à un autre, par baver tel un chien enragé. Alors nous nous en débarrassons. Et c’est exactement ce qu’avait fini par faire Thérèse, plus tard, au cours de la nuit.

Puis, Magali avait débarqué. Elle avait opté pour un costume de monstre. Et malgré les rondeurs que je devinais sous le tissu vert effet rocaille, elle avait couru alertement dans la pièce en poussant des cris effrayants. Elle s’était prise au jeu d’Halloween. Comme d’habitude, elle avait mis l’ambiance. Oui, grâce à elle, on avait bien ri. Sauf Clarisse qui n’avait pas décollé de devant son miroir.

— Arrête de tourner, tu me déconcentres. J’ai fait déborder mon rouge à lèvres à cause de toi !

Avec Clarisse, c’était toujours la faute des autres ! Elle n’admettait jamais ses erreurs. Je n’avais donc fait aucune remarque. Ce faisant, j’évitais de gâcher ce moment tant attendu. Je n’allais tout de même pas saloper ma soirée à cause de Clarisse et de son épouvantable caractère.

En outre, Magali s’était finalement interrompue, à bout de souffle. Elle avait retiré son affreux masque et j’avais alors pu découvrir son visage radieux.

— Purée… Il fait rudement chaud là-dessous ! s’exclama-t-elle en soupirant bruyamment. Tes cheveux sont aussi crépus que les miens ! ajouta-t-elle à mon adresse.

Cette fille était la personne la plus drôle que je connaissais. Rien ne la démoralisait, toujours incroyablement de bonne humeur. Même quand les choses allaient mal. Elle était capable de remonter le moral le plus bas. Rien ne lui pesait et surtout pas ses quatre-vingts kilos.

Elle ne se compliquait pas la vie. Au contraire, elle la dévorait, la croquait à pleines dents. Elle était un exemple d’optimisme et de bonne humeur.

Et je t’assure que cela n’aurait pas été pour me déplaire d’être comme elle. Sans complexes et sans préjugés. Hériter de son côté désinvolte. Ce côté qui exaspérait justement Clarisse... Magali se moquait bien de paraître ridicule à certains. Elle ne se préoccupait pas de ce que les autres pouvaient dire. Elle ne cachait rien, elle n’avait pas honte de ses rondeurs et se fichait des diktats de la mode. Elle s’habillait avec des couleurs gaies, voire criardes et se parait de bijoux clinquants. Tout l’opposé de Clarisse qui se cachait derrière son maquillage et ses tenues sombres. Pourtant je reste persuadée qu’elle aussi aurait aimé ressembler à Magali avec son insouciance et sa joie de vivre... Et Thérèse aurait également bien pris une part de Magali.

Ah Thérèse… Elle semblait venir d’une autre planète. Totalement décalée. Déjà son prénom, pas très moderne… Comment faisait-elle pour le supporter ? Et ses vêtements… Je me suis toujours demandé où elle pouvait bien les dénicher. En tout cas, pas dans les boutiques à la mode. Elle était complètement hors du temps.

Même ses beaux cheveux blonds, elle ne s’en occupait pas. Abandonnés dans un élastique trop serré, ils tombaient lamentablement dans son dos. Et ses lunettes, dix fois trop grandes pour elle, lui glissaient constamment sur le bout du nez. Quant à ses jambes, elles étaient si frêles que je me demandais comment elle faisait pour tenir debout. Elle paraissait si chétive qu’un simple souffle aurait pu suffire pour la faire s’envoler vers d’autres galaxies. Bref, Thérèse était une personne qui sortait de l’ordinaire.

Assurément, hors de notre époque.

Elle me rappelait le personnage de Luna dans Harry Potter. Elle voyait des choses que les autres ne voyaient pas ou plutôt, elle ne voyait pas les mêmes choses que les autres... Elle était ailleurs et semblait venir d’ailleurs.

Parfois, cela m’aurait arrangée d’être ainsi.

Cela aurait changé mon côté trop « terre à terre », ma perpétuelle rigueur.

Mon caractère volontaire qui ne me permettait pas de lâcher prise et qui, parfois, me rendait colérique d’après mes proches. Quelquefois trop sérieuse et perfectionniste, je n’abandonnais jamais. J’allais au fond des choses pour réussir. Ainsi, je m’attardais sur mes devoirs comme sur mes leçons de piano parce que je n’avais pas de grandes capacités. Ma seule force était mon acharnement. D’après mes proches, je tenais cela de mon grand-père. Mon esprit voulait tout savoir et tout comprendre, jamais il ne trouvait le repos.

Bref, j’ignorais ce qu’était l’ennui.

Et encore plus depuis cette fameuse fête d’Halloween...


Au fait, j’ai oublié de me présenter...


Je m’appelle Morgane, j’ai treize ans et quelques poussières. Les poussières sont importantes… Je ne sais pas vraiment pourquoi mais elles le sont. C’est un plus !

Bref, ce soir-là, je m’étais déguisée en sorcière, d’où les cheveux crépus. La veille, j’avais passé une bonne partie de ma journée à me faire une multitude de tresses pour me friser.

Paraître quelqu’un d’autre m’amuse parfois. Ainsi, c’est avec beaucoup de joie que la jeune fille blonde à lunettes que j’étais s’était coiffée d’un chapeau pointu et munie d’une baguette magique dans le but de se transformer en sorcière. Cachée derrière une tonne de fards et vêtue d’une longue robe en satin rouge surmontée de dentelle, j’étais méconnaissable.

Envolée l’intellectuelle. Disparus les binocles.

Tu admettras, je pense, qu’une sorcière avec des lunettes, ça ne le fait pas !

En tout cas, ça le fait moins !

Les années précédentes, mes parents m’accompagnaient pour faire le tour du quartier et récolter des bonbons. Pas cette fois. Tu vas me dire : normal, à treize ans !

Peut-être. Mais généralement, mon père et ma mère craignaient qu’il ne m’arrive « quelque chose ». Particulièrement lorsque les nuits tombaient vite comme cela était le cas en octobre.

J’étais donc partie seule avec mes amies. Et cela me rendait aussi joyeuse que ça angoissait ma mère. Je l’avais vu dans ses yeux même si elle s’était efforcée de ne pas le montrer en refermant la porte derrière nous. Pendant un instant, prise de culpabilité, j’avais même eu envie de lui proposer de venir et déjà, j’avais abaissé la clenche quand Magali m’avait demandé :

— Tu as oublié quelque chose ?

— Non, répondis-je un peu gênée.

— Alors tu viens ? m’interrogea Clarisse, impatiente.

J’avais finalement retiré ma main pour la glisser dans la poche de mon manteau noir que j’avais enfilé sur les conseils de mon père. Il m’avait dit que l’air s’était considérablement rafraîchi. Et une fois dehors, je constatais qu’il n’avait pas menti.

Le froid fouettait nos visages. Les trottoirs étant étroits, nous avions avancé en file indienne. Clarisse ouvrait la marche, il était primordial pour elle d’être toujours en avant et ce, en toutes circonstances. En revanche, les portes étaient restées fermées. La plupart des gens n’étaient pas encore rentrés chez eux et ceux qui s’y trouvaient nous avaient jusque là ignorées. Nous avions eu beau tambouriner derrière leurs portes et leurs fenêtres et les supplier. Rien n’y avait fait. Nous avions eu beau hurler : « Des bonbons ou un sort ! » Rien ne les avait terrifiés.


À mon grand désespoir, plus personne ne célébrait Halloween.


Je me souviens qu’à cet instant, j’aurais tout donné pour vivre en Irlande ou au Canada, pour admirer les maisons décorées de citrouilles illuminées et suivre les enfants costumés qui hantaient les rues jusque tard dans la nuit, pour les habitants qui vous recevaient chaleureusement et vous offraient d’appétissantes friandises. Bref, pas du tout comme ce trou perdu où il ne se passait jamais rien et où tout le monde se complaisait dans son quotidien sans se soucier de son voisin.

Ce n’était pas juste !

C’était ma fête et on me la gâchait !

J’étais en colère. Aussi avais-je appuyé longuement sur la sonnette de la résidence suivante.

— Ce n’est pas bientôt fini, ce boucan ? vociféra une vieille dame dans l’interphone.

— Joyeux Halloween, Madame ! criai-je en réponse.

— Joyeux Halloween ! répéta le chœur de mes amies.

— Dégagez ou j’appelle la gendarmerie ! hurla alors la femme, furieuse.

Ma première réaction avait été de lui expliquer que l’on ne faisait aucun mal, que l’on voulait juste quelques bonbons mais voyant d’avance que cela ne servirait pas à grand-chose, j’avais capitulé et avais préféré poursuivre mon chemin. Toutes les filles m’avaient alors suivie à l’exception de Clarisse qui n’avait pas pu s’empêcher de presser sur la sonnette de l’interphone et de hurler à l’intention de la dame :

— Va en Enfer, vieille peau !

Puis, elle s’était mise à détaler et... nous aussi !



Chapitre 2





Voilà comment Clarisse pouvait créer des ennuis... Même si cette fois-là, nous n’avions pas été victimes des conséquences de ses actes. Bien sûr, je m’étais tout de même retournée afin de m’assurer que la vieille dame ne nous pourchassait pas avec un fusil ou je ne sais quoi d’autre...

Puis, arrivées au coin de la rue, nous nous étions arrêtées. Magali, légèrement courbée, les mains sur les genoux, avait repris sa respiration avec peine :

— Non mais t’es pas un peu malade ? T’as vraiment un problème, toi !

— Ben quoi… ? Cette vieille bique n’avait pas à nous parler comme ça ! rétorqua Clarisse.

Thérèse avait alors prononcé d’une voix à peine audible :

— Et si…

— Et si quoi ? l’interrompit violemment Clarisse. C’est juste une vieille qui n’aime pas qu’on la dérange ! conclut-elle en croisant les bras contre sa poitrine (un geste qu’elle effectuait souvent lorsqu’elle était contrariée).

— Heureusement que ce n’est pas une sorcière ! Nous serions transformées en grenouilles à l’heure qu’il est ! avais-je alors lancé pour détendre l’atmosphère.

C’était râpé. Seule Magali avait franchement ri à ma remarque. Thérèse se remettait difficilement de sa peur, quant à Clarisse, elle grimaçait en haussant les épaules. Encore un autre souci avec Clarisse : les plaisanteries des autres n’étaient jamais assez drôles. Je veux bien admettre qu’il y avait mieux comme blague mais au vu des circonstances, elle était tout de même amusante. En tout cas, elle ne méritait pas autant de mépris.

Quelle mouche l’avait piquée, ce soir-là ? Pour qui se prenait-elle donc ?

— C’était juste pour rire ! précisai-je.

J’avais tout de même essayé de lui soutirer un petit sourire. En vain. Elle boudait. Les bras toujours croisés sur sa poitrine. Heureusement que Magali était là. Elle nous avait raconté des blagues toutes plus délirantes les unes que les autres et Clarisse avait fini par se dérider un petit peu. Nous avions poursuivi notre chemin dans une quasi obscurité puisque la nuit avait commencé à tomber et que, dans certaines rues, les lampadaires n’étaient pas allumés. Fort heureusement, j’avais pensé à prendre ma lampe de poche. Cela ajoutait une atmosphère un peu fantomatique. Particulièrement lorsque la brume s’était levée et que la pluie s’était mise à tomber. On s’imaginait voir surgir des buissons un féroce loup-garou ou un mort-vivant échappé du cimetière à trois mètres de là. Les frissons étaient de la partie et ce n’était pas pour nous déplaire. C’est alors qu’une âme charitable avait ouvert sa porte.

Ne dit-on pas : « Qui tente sa chance en faisant preuve de persévérance obtient sa récompense ? »

Nous nous étions ainsi retrouvées face à une dame qui nous avait proposé de remplir généreusement nos paniers de guimauves, de sucettes et de bons caramels. Un vrai bonheur. Nous l’avions gracieusement remerciée comme si elle était un ange. Ensuite, nous avions espéré trouver d’autres personnes aussi généreuses mais hélas, nos espoirs avaient été déçus. Alors sur le chemin du retour, nous nous étions assises sur un banc et, serrées les unes contre les autres, nous avions dévoré les gourmandises restantes. Pour ce faire, Thérèse avait retiré ses fausses dents de vampire et les avait rangées dans la capuche de sa cape où elles étaient restées jusqu’à la fin de la soirée.

— C’est bon mais ça colle aux bagues ! remarqua-t-elle.

J’avais acquiescé car j’étais la seule, avec Thérèse, à porter un appareil dentaire. Magali et Clarisse ne connaissaient pas cet inconvénient, elles pouvaient donc sans crainte déguster leurs caramels. Quelle chance !

Deux ans que mon palais ne connaissait plus ce goût onctueux et sucré. Deux ans que je me refusais tout ce qui aurait pu endommager mon « chemin de fer » comme aimait à l’appeler mon orthodontiste. Deux ans que je l’entendais me répéter : « C’est pour ton bien. »

Oui. Mais en attendant le « sourire de star » promis, j’en bavais.

Clarisse prenait un malin plaisir à me narguer en suçant son « Carambar ».

— On devrait rentrer ! Il pleut de plus en plus fort, dis-je en redressant le col de mon manteau.

— Mais il est encore tôt… objecta Clarisse, la bouche pleine.

— Mes parents vont s’inquiéter… expliquai-je en me levant.

Déjà, Thérèse et Magali s’étaient levées tandis que Clarisse continuait à s’empiffrer.

— Clarisse, bouge tes fesses ! lançai-je.

— Minute, je termine…

J’avais envie de la baffer tant elle m’exaspérait. C’était ahurissant de voir à quel point elle pouvait être haïssable, quelquefois. Bien sûr, c’était à prévoir, elle avait pris tout son temps. Même pour jeter les papiers d’emballage dans la poubelle. Ceci étant fait, elle s’était enfin décidée à nous suivre.

Une chose positive : elle respectait la nature.


J’ai l’air de m’acharner sur son mauvais caractère mais je te rassure, elle possède des qualités. Même si j’avais beaucoup de mal à lui en trouver à ce moment-là. Elle avait changé. Moi aussi. Notre complicité d’autrefois semblait s’être quelque peu étiolée. Je la sentais s’éloigner de moi.

À moins que ce ne fût moi qui m’éloignait d’elle ?


Nous avions toujours été différentes mais pendant longtemps cela ne m’avait pas gênée. Alors pourquoi était-ce le cas à cet instant ?