Meurtre en pays maya

De
Publié par

Quelques jours avant la Semaine Sainte, l'idole protectrice du village est volée, puis le joueur vedette de l'équipe locale de football est assassiné. Abilio va devoir empêcher que le chaos ne s'abatte sur son village...
Publié le : mardi 1 juillet 2008
Lecture(s) : 305
EAN13 : 9782296200999
Nombre de pages : 99
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

MEURTRE EN PAYS MAYA

Jeunesse L'Harmattan Collection dirigée par Isabelle Cadoré, Denis Rolland, Joëlle et Marcelle Chassin
Emmanuelle POLACK et Benjamin ROYON, Simon le Voleur du temps. Bilingue yiddish-français, 2008. Rozenn TORQUEBIAU, Le tableau magique de Tanzanie, 2008. Mireille DESROSES BOTTIUS, Les vacances de Térésin, Vakans Térézen - bilingue créole/français, 2008. Edmond LAPOMPE-PAIRONNE, Touloulou au Pays des Mantous, 2008. Edith PAULY, Gigi la grenouille qui voulait voir la mer I, 2008. Francis WEILL, L'inoubliable voyage au pôle Nord de M Mac Ohm et de Wou-wou le chien, 2008. Francis WEILL, Un ébouriffant éléphant. Histoire fantastiques et drolatiques d'Afrique, 2008. Anne LABBE, Asgrim et le cheval dérobé aux dieux, 2008. Carlos Henriques PEREIRA, Jerico, le taurillon de Villa Franca/Jerico, 0 tourinho de Vila Franca {bilingue françaisportugais),2007. Pierre LIMA de JOINVILLE, Quatre compères et le fleur soleil des Antilles, 2007. Françoise KERISEL, Le serment d'Hippocrate, 2007. Houchang MORADI KERMANI, Les invités de maman. Une soirée à Ispahan, 2007. Laurent MONTEL et Sarah GABRIELLE, Éby et son Petit Chaperon rouge, 2007. Patrice BALUC-RITTENER, Nuits de perles amères, 2007. Larissa CAIN, J'étais enfant dans le ghetto de Varsovie, 2007. Yoanne TILLIER, Youssoufet le Pirate de Mayotte, 2007. Marie-Pierre ROBINEAU, Surya part à Kandy, 2007. Stéphanie ROCHEFORT et Valérie CROWLEY, Lefou rire du lion, 2007. Nadia GHALEM, Mamadou et le fantôme de Drummondville, 2007. Noël LE COUTOUR, Le trésor de Galam au Sénégal, 2007. Jacqueline DEBORDES, Rinzin, un petit Tibétain astucieux, 2007.

Fabrice Blazquez

MEURTRE EN PAYS MAYA

L'Hartna ttan

@ L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05886-6 EAN:9782296058866

Dimanche

Qui a volé Maximon ?
Comme tous les dimanches matin, j'attendais à l'embarcadère. A 10h40, la petite vedette en provenance de Panajachell accosta enfin et déversa son flot de touristes. lis étaient une vingtaine ce jour-là, en majorité américains, grands, gros et roses.

-

Buenos dias, good morning, bOnjour, guten tag, buon giorno,

mesdames et messieurs. Maximon, venez voir Maximon, cinq quetzals seulement. Pedrito, mon meilleur ami, partit avec un couple âgé qui marchait avec peine. Ils s'engagèrent dans la rue qui mène du port au centre du village en se dandinant comme des canards. Moi, je capturai toute une famille, les parents et deux enfants de mon., âge. Je les guidai , , vers un garage attenant a notre maison, ou mon pere avait installé Maximon. Mon père était le teline! de Maximon cette année-là. C'était une lourde charge, il devait l'héberger, le nourrir, le protéger. C'est à moi qu'il avait remis la clé et c'était donc moi qui faisais les honneurs du garage, expliquant aux touristes qui était Maximon. Je recevais aussi les offrandes qui seraient utilisées à la reconstruction de l'hôpital. En passant, je fis un petit signe à mon père, droit et fier, le chapeau de feutre sur les yeux, qui guettait les clients sur le seuil de sa galerie: « Flavio Reanda, pintor ».
1 Village du lac Atitltln, Guatemala. 2 Membre principal de la confrérie.

- Ho/a, Abilio, me lança un peu plus loin la vieille
Maria Coj, la doyenne du village. Devant la pension Rosa, je jetai un coup d' œil à l'intérieur, mais Rosita n'était pas encore arrivée. Puis j'atteignis la rue où est construite notre maison. Je passai par-derrière, toujours suivi de ma famille de gringos, et m'arrêtai devant la porte de bois vermoulu, fermée par un lourd cadenas. C'est que notre Maximon est trop précieux pour ne pas prendre toutes les précautions. Je glissai la clé dans la serrure, ouvris et un cri douloureux s'échappa de ma poitrine: Maximon avait disparu ! Je laissai les touristes sur place et dévalai la rue vers l'atelier de mon père. Il était en discussion avec un groupe de dames babillant dans une langue que je ne connaissais pas, mais je l'interrompis en le tirant par la manche: . , ' - P ere, M aXlmon...

- Eh bien, quoi, Maximon? ,

-

TI a ete vo l e. "

Mon père pâlit, s'excusa auprès des clientes et demanda à son voisin, un vendeur de masques, de surveiller sa galerie. Il courut vers la maison et j'eus beaucoup de peine à le suivre. Je le retrouvai les bras ballants, la figure défaite. Maximon avait bel et bien disparu. L'heure était grave, non seulement pour mon père qui en avait personnellement la responsabilité, mais aussi pour tout le village de Santiago Atitlan. Notre Ri Laj Mam, c'est notre grand-père à tous, le protecteur du village, le frère jumeau du Christ. Dans 8

une semaine allaient débuter les cérémonies de la Semaine Sainte. Si Maximon n'y apparaissait pas, si le rituel ne pouvait pas être célébré, qu'adviendrait-il de nous? - Et Anselmo! hurla mon père, où est-il donc ce paresseux? Bien sûr! Anselmo Coj et son fils Guillermo devaient s'occuper de Maximon cette nuit-là, le nourrir, lui donner à boire, veiller à ce qu'il ne manque de rien. Mais ils étaient sans doute en train de cuver leur rhum dans une gargote. Mon père en informa don Pedro, le roox3,puis don Roberto, le maire. Don Pedro est le père de mon ami Pedrito. C'était un homme riche qui possédait le plus gros commerce de vêtements du village. Mon père, lui, était agriculteur. Nous possédions alors quelques acres de terre dans les cantons de TzanjuyU et de Panabaj où poussent difficilement oignons et avocats. Mais il était aussi peintre et avait ouvert l'année passée une petite galerie. TI peignait Maximon et tous les rituels qui l'accompagnent. Quant à don Roberto, le maire, un gros homme aux cheveux graisseux, je ne l'appréciais guère. Parce qu'il se croyait différent de nous. Il s'habillait comme un citadin et ne portait plus nos vêtements traditionnels. TI était aussi membre de l'Église évangélique ELIM et nous considérait, nous les pratiquants des rituels anciens, comme des suppôts de Satan. Pour lui, le Ri Laj Mam n'était que Judas
3

Principal

assistant du telinel.

9

Iscariote, l'apôtre qui a trahi Jésus, Pedro de Alvarado, le sanguinaire conquérant du Guatemala, ou encore saint Simon. Il n'avait rien compris. Maximon n'est rien de tout cela, il est le lien qui nous unit au ciel, le continuateur des cycles naturels. Sans lui, le désordre régnerait sur la terre. Mais don Roberto est mort il y a bien longtemps, , ., A paIX a son ame. N e retournons pas 1a terre ou sont

ensevelis nos Anciens!
En fin de matinée, un attroupement se forma autour de notre maison: membres de la confrérie de Santa Cruz, voisins, curieux ainsi que les policiers chargés de l'enquête. Je restai un moment sur place, essayant de grappiller quelque information. Après tout, j'avais découvert le vol et devais avoir droit à un peu de considération. Mais non, mon père me demanda de déguerpir, de laisser les adultes s'occuper de leurs affaires d'adultes. Bon, puisqu'on ne voulait plus de mOl... Je passai un long moment avec ma mère et ma grand-mère. Mes grands-parents vivaient tout à côté de chez nous. C'étaient les parents de ma mère. Les parents de mon père avaient été tués plusieurs années auparavant lors d'une confrontation avec l'armée. J'allais souvent au parc de la Paix où ils étaient tombés, avec beaucoup d'autres villageois. Mon grand-père, impotent, ne se déplaçait que difficilement. L'Abuela4 était très âgée et malade. Le médecin ne savait pas ce
4

Grand-mère.

10

qu'elle avait. Elle subissait de fortes fièvres qui parfois la faisaient délirer. Nous allions souvent faire des offrandes à Maximon pour sa guérison: cigares, bouteilles de rhum, bougies... Mais s'il n'était plus là, qu'allait devenir ma grand-mère? Dans l'après-midi, j'allai jouer au foot sur la place, en face de l'église. Le curé, Don Mario, nous grondait parfois, surtout si nous étions bruyants ou si le ballon pénétrait dans l'église, par la maladresse du gardien de but. Mais de guerre lasse, il avait fini par nous accepter. Pedrito était arrière dans l'équipe adverse et je pris un grand plaisir à lui passer deux buts. Alors que j'étais sur le point d'en marquer un troisième, je vis Rosita, assise sur un banc, qui ne me quittait pas des yeux. Ah Rosita! C'était ma fiancée, non officielle bien sûr. Elle était plus jeune que moi d'un an, elle avait treize ans, comme Pedrito d'ailleurs. Elle était donc sagement assise dans son huipi! tout neuf, jolie comme un cœur, épanouie comme une orchidée et je voulus croire qu'elle était venue pour moi. Alors je marquai le troisième but. Puis Rosita, Pedrito et moi allâmes au bord du lac. Pedrito se mit à lancer des galets à la surface des eaux et moi je m'assis avec Rosita à mes côtés, face au volcan T oliman. Quelques gouttes de pluie vinrent ternir le miroir du lac. De lourds nuages noirs s'amoncelaient sur la rive nord: la saison des pluies était arrivée. Nous
5

Blouse de femmes, brodée à la main. 11

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.