//img.uscri.be/pth/88fd2b097b7a4d1065d9edbcf6d7cf07366b7a89
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

La pratique intertextuelle d'Alain Mabanckou

De
254 pages
Par une lecture intertextuelle, l'auteur montre en quoi l'écriture romanesque de Mabanckou procède de la poétique transculturelle et transtextuelle. Il en vient à la conclusion que Mabanckou, par des procédés ludiques, comiques et carnavalesques, se joue de tout. Il désacralise le sérieux en le mêlant au trivial, inscrivant son oeuvre dans le courant d'une esthétique de la fragmentation et de l'hétérogénéité.
Voir plus Voir moins
Servilien U k i z e
La pratique intertextuelle d’Alain Mabanckou Le mythe du créateur libre
Espaces EL Littéraires E
La pratique intertextuelle d’Alain Mabanckou
Espaces Littéraires Collection fondée par Maguy Albet Dernières parutions
Elena BALZAMO,». Dix essais sur« Je suis un vrai diable Strindberg, 2014. Fatima AHNOUCH,Littérature francophone du Maghreb. Imaginaire et représentations socioculturelles, 2014. Céline BRICAIRE,Une histoire thématique de la littérature russe e du XX siècle. Cent ans de décomposition, 2014. Elisabeth SCHULZ,Identité séfarade et littérature francophone au XXe siècle, 2014. Jelena NOVAKOVIĆ,Ivo Andrić. Lalittérature française au miroir d’une lecture serbe,2014. Przemyslaw SZCZUR,Produire une identité,le personnage homosexuel dans le roman français de la seconde moitie du XIXe siècle (1859-1899),2014.Nabil EL JABBAR,L’œuvre romanesque d’Abdelkébir Khatibi, 2014.André NOLAT,Les figures du destin dans les romans de Malraux, 2014. Olivier-Pierre THEBAULT,Par-delà l’enfer et le ciel, Essais sur la pensée de Charles Baudelaire, 2014. Textes réunis et présentés par Michèle AQUIEN,L’érotisme solaire de René Depestre, Éloge du réel merveilleux féminin, 2014. Laëtitia PERRAY,La femme dans le théâtre de Robert Poudérou, 2014. Ghada EL-SAMROUT,L’itinéraire mystique dans l’œuvre de Salah Stétié, 2014. Margaret GILLESPIE, Philippe LAPLACE et Michel SAVARIC (dir.),Marges et périphéries dans les pays de langue anglaise, 2014. Fabrice BONARDI (dir.),Parfums de l’âme et autres feux follets, 2013.
Servilien UkizeLa pratique intertextuelle d’Alain Mabanckou
Le mythe du créateur libre
Du même auteur Du mythique au romanesque chez Tutuola. Approche intertextuelle de L’Ivrogne dans la brousse, Sarrebruck, Éditions Universitaires Européennes, 2010.© L’Harmattan, 2015 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-04494-1 EAN : 9782343044941
À Jeannette, Hortense, Christelle, René, Paulette et Laura
CHAPITRE PREMIERDE L’ÉCRITURE AFRICAINE COMME TRAVERSÉE DES FRONTIÈRES
Immergé dans un bain d’événements sociaux, l’hom-me demeure un acteur incontournable d’une littérature ancrée dans une sorte d’imaginaire réaliste. Car, en effet, rappelle Kristeva, l’histoire et la société sont « envi-sagées elles-mêmes comme textes que l’écrivain lit et dans lesquels il s’insère en les récrivant » (Sèméiôtikè, 83). L’auteur s’attelle ainsi à peindre le destin de l’individu dans une société en perpétuelle mutation. D’où le fait que les thèmes soulevés dans le roman francophone africain de l’extrême contemporain débordent les frontières africaines pour tenter de s’inscrire dans l’universel, et pour cause, car « la littérature d’un pays particulier ne peut pas seulement se limiter histori-quement et esthétiquement à celui-ci. L’écrivain est un homme de son époque » (Littérature et politique, 12). Ce propos de Koffi Anyinefa, qui se résume en une véritable quête de décloisonnement et de désen-clavement du texte littéraire, rencontre pleinement celui d’Alain Mabanckou, pour qui le livre de l’écrivain africain ne devrait pas être appréhendé comme une simple photographie de l’Afrique. Car, confie-t-il dans une interview, on ne peut pas être écrivain sans être curieux du monde. Cette posture, qui consiste aussi en
un plaidoyer pour l’ouverture vers d’autres horizons culturels, est si proche en tant de points de celui de Kossi Efoui, qui semble définir l’attitude de l’artiste africain dans le monde littéraire actuel :
Il s’agit de ne plus être présent là où on est attendu, mais systématiquement donner rendez-vous ailleurs, déplacer les questions ailleurs. En fait c’est [l’écrivain] qui invite à d’autres rendez-vous, sur d’autres terrains, où [il] peu[t] proposer d’autres masques. (cité par Albert, 79)
Ainsi envisagée, l’écriture africaine contemporaine se perçoit alors comme une traversée des frontières : ce que note Guy Scarpetta, lorsqu’il remarque que l’écriture fait dériver des continents, survole des territoires, ne cesse de partir, de migrer, de s’exiler. Et il va sans dire que Mabanckou s’inscrit dans cette lignée des écrivains sans frontières. Il « fait déjà partie de ces jeunes écrivains […] qui œuvrent au renouveau de la littérature africaine et dont les écrits ont jeté les prémices d’une nouvelle tendance poétique et romanesque : la littérature de mouvement » (Moukoko, 204). Ses récits constituent en effet un incontestable renouvellement des thématiques, des personnages et des lieux. Afin d’analyser la pratique intertextuelle à laquelle se prête Alain Mabanckou, nous avons opté pour la focalisation de notre étude sur son œuvre romanesque. Un choix qui se justifie avec le propos de Pierre N’Da selon lequel, le roman, par sa souplesse, sa capacité d’adaptation et d’absorption d’autres genres, se veut le champ par excellence d’expérimentations formelles diverses et le lieu d’une écriture plurielle qui se prête bien au jeu de l’intertextualité.
8
Huit romans dont l’écriture se démarque par sa profondeur intertextuelle constituent ainsi le corpus principal de notre étude. Citons par ordre de parution : Bleu-Blanc-Rouge, Et Dieu seul sait comment je dors, Les Petits-fils nègres de Vercingétorix, African Psycho, Verre Cassé, Mémoires de porc-épic,Black Bazar etDemain j’aurai vingt 1 ans. Le propos est d’analyser la façon dont le mélange des genres, la reprise et la répétition au moyen de la citation ou l’allusion, la parodie ou le pastiche, pour ne citer que ces quelques pratiques textuelles au côté de l’humour, constituent des éléments privilégiés pour la lisibilité de la fiction africaine contemporaine. Ce travail, qui s’inscrit dans le cadre plus large des études postmodernes, analyse les enjeux de cette écriture. L’intitulé de cet ouvrage tient de la complexité et la diversité de la pratique intertextuelle de l’auteur. Écriture hybride, mélange des genres, personnages cocasses, idées loufoques, récit en arabesque, construction en abyme, tels sont quelques-uns des éléments constitutifs de l’art créatif de Mabanckou, pour faire procès du monde moderne passé au crible. Mais aussi, tout un lacis intertextuel, ou simplement des clins d’œil à ses pairs en littérature qu’il évoque, invoque et convoque à tout bout de champ, font « de son texte une caisse de résonance où les voix des morts et des vivants se joignent en une élégie [vivante] » (Coussy, 163). Souvent, seul le titre suffit à marquer, de façon explicite, ce lien avec la littérature antérieure. Pour ne
1  Dans les citations, ces œuvres seront respectivement désignées par les siglesBBR,EDS,PFN,AP,VC,MPE,BBetDJV, suivis du folio entre parenthèses. Nous excluons de notre analyseTais-toi et meurs etLumières de Pointe-Noire, dont la parution est annoncée pendant que nous sommes au terme de rédaction de ce texte.
9