Don Juan et Hamlet (Nouvelle édition)

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Les héros de comédie et de tragédie représentent encore la force de questionnement des choses de la vie et l'esprit de subversion. C'est bien cela que nous rencontrons avec les montages poétiques de Tirso de Molina et son El Burlador (Don Juan) et dans ceux de Shakespeare avec Hamlet et Othello. Peut-on interroger cliniquement les séductions et les jalousies, l'échec du désir, l'excès et l'abus, la jouissance folle et le déni pervers sur la scène du théâtre ? L'auteur tente d'y répondre en plaçant le théâtre au risque de la psychanalyse.
Publié le : mercredi 15 juin 2016
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EAN13 : 9782140012280
Nombre de pages : 300
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structure de Iction, demeurent pour toujours scandaleuses et
Alain Lefèvre
Don Juan et Hamlet Une étude psychanalytique
Nouvelle édition
Psychanalyse et civilisations
Don Juan et Hamlet Une étude psychanalytique
Psychanalyse et Civilisations Collection dirigée par Jean Nadal L’histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d’inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collectionPsychanalyse et Civilisationstend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveil la créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l’enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes. Dernières parutions Pascal HACHET,La terreur en héritage. L’attaque de panique sur le divan, 2016. Louis MOREAU DE BELLAING,Vivre sans le capitalisme, Inconscient et politique, 2016. Albert LE DORZE,La chair et le signifiant, 2016 Charles MARSEL,Psychanalyse de l’inconscient et hypermodernité, Essai d’interprétation du paradigme « Je suis Charlie », 2015 Richard ABIBON,Abords du Réel, Une exploration de l’ombilic des rêves, 2015 Jean-Michel PORRET,La cure psychanalytique de l’enfant, 2015. Marie-Laure DIMON (dir.),Sortir de la masse ?, Psychanalyse et anthropologie critique, 2014. Pascal HACHET,Rahan chez le psychanalyste,2014. Alain DELBE,La voix contre le langage, 2014. Albert LE DORZE,Cultures, métissages et paranoïa, 2014. Louis MOREAU DE BELLAING,La genèse de la politique. Légitimation VI, 2013. Taïeb FERRADJI et Guy LESOEURS,Le frère venu d’ailleurs, culture et contre-transfert,2013. Martín RECA,Heinrich/Enrique Racker, 2013. Michel SCHROOTEN,Pour une psychanalyse de l’enfant adopté, 2013. Claude BRODEUR,Regard d’un psychanalyste sur la société, 2013.
Alain Lefèvre
DON JUAN ET HAMLET Une étude psychanalytique
Nouvelle édition
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08765-8 EAN : 9782343087658
PRÉFACE DE L’AUTEUR
Nos certitudes sociales, psychiques, mentales et affectives, familiales volent en mille éclats dans la civilisation dans laquelle nous vivons. La sexualité, la paternité, la maternité, le désir d’enfant, toutes ces grandes dimensions humaines sont instru-mentalisées par la science et l’industrie. Il y a des avancées, il y a des folies. Faut-il tout accepter ? Faut-il tout refuser ? Seulement, peut-être limiter les jouissances folles. C’est le pari de la psychanalyse en 2016.
Le livre « » paru en 1998 dans la 'RQ -XDQ HW +DPOHW collection «Psychanalyse et Civilisations» répond rétros-pectivement à certaines de ces questions. L’auteur a souhaité le rééditer, car le monde qu’il décrit est un monde où la paternité a volé en mille éclats.
L’ensemble du texte est maintenu, quelques développements qui alourdissaient la compréhension ont été allégés. La forme a été entièrement reprise de façon à faciliter la lecture, le texte est aéré, la calligraphie plus lisible.
La psychanalyse appliquée au théâtre n’est pas notre propos, il s’agit de la lecture d’une logique poétique dans le champ de l’inconscient. Les théâtres éclairent la psychanalyse car ils demeurent un lieu privilégié de nouages d’inconscient. Les
montages poétiques de Tirso de Molina avec « » (O %XUODGRU (Don Juan) et ceux de William Shakespeare avecHamletet Othelloconstituent l’essentiel de nos interrogations. La question centrale est encore celle de la place des héros. Ici, deux grands metteurs en scène de l’inconscient, Don Juan etHamletnous montrent leur savoir-faire. Le pari de l’auteur n’est pas celui de défendre l’humanisme de principe mais de montrer la part d’inhumain dans la condi-tion humaine. S’il s’agit aussi d’impliquer une façon de mise en scène dans la clinique analytique, c’est dans la simple mesure où le traitement de l’inconscient scénique éclaire pour tous la dimension du désir, son symptôme, sa jouissance dans le grand théâtre de l’inconscient psychanalytique. Évidemment, la mise en scène, en tant que seconde écriture qui se fond dans l’œuvre, permet ou pas, aux spectateurs d’entrer dans la structure signi-ÀDQWH GH OD GUDPDWXUJLH ­ FH SURSRV VH UpIpUHU j O·HVVDL VXU OD mise en scène,Le Spectateur Appliqué, ou les complexes familiaux sur la scène des théâtreslivre du même auteur, paru en 2004 chez  l’Harmattan. Le désir de créer caractérise l’artiste. Le produit culturel cherche son consommateur. Au théâtre aussi les jouissances sont folles, le désir de créer est lui-même instrumentalisé par la science des lettrés, la science humaine et l’entreprise culturelle. &RPPHQW À[HU GHV OLPLWHV DX[ MRXLVVDQFHV IROOHV GH OD FXOWXUH de façon à laisser leur place à l’écrivain, au dramaturge et au metteur en scène ? Alain Lefèvre
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OUVERTURE LA PASSE DANS LE THÉÂTRE, UN LIEN D’INCONSCIENT
On disait ici que c’était un Don Juan. Les gens parlaient d’unla belle taille, à l’al-envoûtants, à homme aux yeux lure raide, un peu austère dans un costume sombre et taillé sans joliesse. C’était unespritce qu’il faut, surouvert, juste le monde de la rue qu’il fréquentait. Il séduisait par une tension qui animait son corps. Sa volonté était simanifeste-ment visible qu’il en imposait aux autres, pas seulement aux femmes,àtous. Il était feu et le mettait dans les mots et dans les corps. Ilavaitd’innombrables conquêtes féminines. Quand le feu était déclaré, ill’ashomme fuyait,souvissait. Cet on le suivait. Une fuite incessante,unIl étaitdésir éternel. convaincu de la nécessité de ses actes. Il avait une mine caute dans une tête dégarnie surlehaut. Il était comme Prométhée, FH GLYLQ JpQLH GX IHX ÀOV GXTitanJapet. Un désir promé-théen, une force de Titan, un physiqued’Atlas.Prométhée, dans l’Antiquité grecque, apparaît dans la mythologieclas-sique comme l’incitateur de la première civilisation humaine.
Aprèsavoir formé l’homme du limon de la terre, il déroba le feu du cielpourO·DQLPHU =HXV SRXU OH SXQLU OH ÀW FORXHU SDU Héphaïstos sur leCaucaseoù un vautour lui dévora le foie. Il fut délivré par Héraclès qui tualerapace. Tel était le désir de Don Juan… Cet homme avait le goûtdestours et l’art des détours, un style en circonvolutions et unetemporalide fuite. Le soir il ne portait jamais les mêmes vêtements, il s’échappait tel Protée. Il maquillait quand il parlait. Les mots bondissaient,lesMDPDLV OD IRUPH pWDLWSKUDVHV QH ÀQLVVDLHQW celle d’un sorite. Iln’élaguait point, n’étêtait pas, il bruissait de détails, étalait et arrangeaitlespaquets de mots dans son mouvement de parole. Un sorite ?L’hommen’était pas beau, la beauté pourtant le préoccupait bien, le Bienmontrait souvent dans sa vie son étrange limite, l’étrange dans son curieuxdédoublement le fascinait, la curiosité ce vilain défaut allumaitsesyeux, cet homme qui n’était pas beau, curieu-sement dédoublé,n’étaitpouvait lepas aussi curieux qu’on croire. Une si belle façon de nepasIl enaller à l’essentiel... GLVDLW WRXMRXUV SOXV SRXU VLJQLÀHU SHX /Hpeu,le rien l’amu-sait. La litote ne gouvernait pas toute sa pensée avec ce je ne sais quoi d’imparfait, d’imprécis sans être vague, un recours permaun riennent au rien qu’il plaçait dans ses expressions, de force, un rien d’ivresse, un rien d’enthousiasme. Il utilisait la litote presqueexclusivement pour l’amour et substituait au -jevous aimeun je ne sais - quellittéraire-je ne vous haispoint- Tel était cethomme.
Il allait, botté, masqué, recouvert d’une cape, vers les femmes,àqui, en exorde leurà tout propos, il demandait main. L’ataraxie desaVD ÀJXUHFRQÀDQFH HQ SDUROH GRQQDLW Les mots étaient son sexe, instrument de la langue abusive. La réalité était ses mots défaits etéclaunité entants d’une fragments. Il en voyait une. Il la fourrait danssalangue. Il lui
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rognait l’aile et l’enfermait dans ses métaplasmesjubilatoires. Son corps était la matière de ses mots.
Que veut Don Juan ?
L’époque annonce la fin des héros de comédie et de tragédie.Interrogeons l’époque ! Que dirait la pensée des e «Lumièressiècle (Aufklärung) au sujet dedu XVIII », celle cette agonie de l’èremécanique,TXHOD IDPHXVH ÀQ GH VLqFOH nous évoquons déjà avec des élanspleurnichards juste avant les premières inévitables commémorationsfestives ? Que dit, ici et maintenant, «l’éclairement », que noustraduisonsdu terme anglais, de cette comédie du virtuel, installée dans les grandscasinos des réseaux, grandes surfaces du cyberespace, sorte degalaxiedes hasardsinformationnels? Que dit-il cet humanisme au sujetdescombinaisonsrelationnelles intri-quées de risques imprévisibles etdechances sans précédents? Quel est le constat ?défaiteL’époque serait celle de la desdéterGH OD YLHLOOHPLQLVPHV GHV LOOXVLRQV GX ÀQDOLVPH HW causalité, deladécrépitude des sexes conformes et des caté-gories immuables, de laÀQdes idéologies et des dogmes. Des HVSULWV pFODLUpV QRXV LQTXLqWHQW HQ GLDJQRVWLTXDQW LFL OD ÀQ GH l’histoire, de la philosophie et dupolitique,voire le crépus-cule du sujet et celui de l’inconscient, l’agonie dutravail,non pas à cause du chômage et de ses ravages, mais en liaison avecleboursier, du médium publi-règne du grand capital citaire de l’image virtuelle. L’époque marquerait l’avènement inexpugnable desLQÀPHVERXUVRXÁXUHV GHV HQWUHODFV G·XQH «complexitén’ordonnerait» que plusPlusaucune hiérarchie. de Loi, plus de «symboliqueª OD ÀQ G·XQ XQLYHUV FORV GX VXMHW utopiste, ce serait l’avènement du hasard et desescombinai-sons. Un monde construit avec le fragment et lamultiplicité.
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