Julien Kilanga Musinde

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Les textes réunis dans ce collectif tentent d'objectiver l'oeuvre diversifiée de Julien Kilanga Musinde. Venus des quatre coins du monde, des intellectuels et des chercheurs de divers horizons rendent hommage à cet ambassadeur de l'université et des lettres congolaises en francophonie. Par son écriture, Julien Kilanga Musinde n'a, en effet, cessé de se raconter, d'accompagner l'Université dans sa marche et de contribuer ainsi à l'humanité du monde.
Publié le : vendredi 15 mai 2015
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EAN13 : 9782336381534
Nombre de pages : 254
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Textes réunis
par Jean-Marie Dikanga Kazadi & Emmanuel M. Banywesize
Julien Kiln Julien Kiln Musinde
UnE parol E En iTinéranc E M u sin d e
UnE parol E En iTinéranc E
irés du colloque international convoqué à l’université de l ubumbashi (r Dc ), en
novembre 2014, les textes réunis dans ce collectif tentent d’objectiver, dans une Tapproche plurielle, l’œuvre diversifée de Julien Kilanga Musinde, écrivain, professeur
des universités, recteur honoraire de l’Université de l ubumbashi (r Dc ), directeur honoraire
à l’o rganisation internationale de la Francophonie (paris) et actuellement professeur à
l’université d’angers en France.
Venus des quatre coins du monde (c anada, France, Belgique, r Dc, etc.), des intellectuels et
des chercheurs de divers horizons rendent hommage, dans cet ouvrage, à cet ambassadeur
de l’université et des lettres congolaises en francophonie. par son écriture, Julien Kilanga
Musinde n’a cessé, en effet, de se raconter, d’accompagner l’Université dans sa marche et
de contribuer ainsi à l’humanité du monde.
avec les contributions de Jean-Marie Dikanga Kazadi – M aurice amuri Mpala-l utebele –
Justin Bisanswa – antoine Tshitungu Kongolo – Jean-paul Biruru r ucinagiza – polycarpe
Kumwimba Kabongo – a. Jano Bakasanda – E. nawej Mukung – Julien Kilanga Musinde –
Kaumba l ufunda Samajiku – Benaouda l ebdaï – Maurice Muyaya Wetu – Gilbert Malemba
n’Sakila – Manda Kizabi – r ichard Mukendi nkashama et nestor Diansonsisa Mwana
r éfexions Bifwelele – christian Kunda Mutoki – Emmanuel M. Banywesize – ildefonse chabu Mumba.
et témoignages
sur un parcours
Ouvrage publié avec l’appui technique
intellectueldu Centre d’études transdisciplinaires stratégiques
(CETRAS, Katanga, RD Congo)
26 €
iSBn : 978-2-343-06458-1
En collaboration avec la cldCollection « Comptes rendus »
fondée et dirigée par Eddie Tambwe Editions
iaunnsaaegcaidngleuailleatnngaie
c ouverture : Serge l auret.
Textes réunis par Jean-Marie Dikanga Kazadi
Jn K a M e : u pro en iér
& Emmanuel M. Banywesize




Julien Kilanga Musinde
Une parole en itinérance

Réflexions et témoignages
sur un parcours intellectuel











Textes réunis par
Jean-Marie Dikanga Kazadi et Emmanuel M. Banywesize




Julien Kilanga Musinde
Une parole en itinérance

Réflexions et témoignages
sur un parcours intellectuel













CLD L’Harmattan
































© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-06458-1
EAN : 9782343064581

Sommaire

Avant-propos
Ulysse sous les tropiques
Ildefonse Chabu Mumba 9

Introduction
Une façon de lire et de saluer Julien Kilanga Musinde et son œuvre
Jean-Marie Dikanga Kazadi 13

Julien Kilanga Musinde, écrivain, universitaire, haut fonctionnaire
international : Une façon de cerner un parcours orphique
Maurice Amuri Mpala-Lutebele 19

D'une lumière l'autre. La pratique polyvalente du roman dans Retour
de manivelle de Julien Kilanga
Justin Bisanswa 31

Trajectoires des élites et formes romanesques : Retour de manivelle
de Julien Kilanga Musinde ou l’odyssée de Josué
Antoine Tshitungu Kongolo 45

Une itération en boucle. Une lecture de Retour de manivelle de Julien
Kilanga
Jean-Paul Biruru Rucinagiza 53

Plaidoyer pour la non-violence à travers Jardin secret de Julien
Kilanga Musinde. Essai de thématique par la citation
Polycarpe Kumwimba Kabongo 71

Julien Kilanga Musinde : de la singularité à l’universalité d’une quête
poétique
A. Jano Bakasanda 91

Poétique du regret et mythe du triomphe dans Les affres du
crépuscule de Julien Kilanga Musinde
E. Nawej Mukung 101

Retour sur mon cheminement…
Julien Kilanga Musinde 125

Éloge de la barbe. Réflexion sur la trajectoire de Julien Kilanga
Kaumba Lufunda SAMAJIKU 137

Julien Kilanga Musinde : local et diasporique
Benaouda Lebdaï 147

Ecce homo : Julien Kilanga Musinde, un sociolinguiste au destin
multiple
Maurice Muyaya Wetu 159

Julien Kilanga Musinde : l’homme et la gestion de l’Université de
Lubumbashi
Gilbert Malemba N’Sakila 171

Julien Kilanga Musinde aux temps de la crise de l’Université de
Lubumbashi.
Manda Kizabi 179

Julien Kilanga et la quête de l’excellence
Richard Mukendi Nkashama et Nestor Diansonsisa Mwana
Bifwelele 183

Le Professeur Julien Kilanga Musinde, tel que je l’ai connu. Éloge d’un
disciple à un maître
Christian Kunda Mutoki 199

L’Université telle que je la vis et telle que je la conçois…
Julien Kilanga Musinde 207

Conclusion
Traversée des signes et des savoirs pour un humanisme unidiversal
dans l’œuvre de Julien Kilanga Musinde
Emmanuel M. Banywesize 223

Postface
L’histoire au présent
Ildefonse Chabu Mumba 235

Annexes

1. Présentation des auteurs 238
2. L’hymne La Kassaparde 244 Avant-propos
Ulysse sous les tropiques

1Ildefonse Chabu Mumba
Université de Lubumbashi

Excellence Monsieur le Gouverneur de province du
Katanga, ici représenté,
Monsieur le ministre provincial de l’Éducation,
Messieurs les membres du Comité de gestion de
l’Université de Lubumbashi,
Monsieur le maire de la ville de Lubumbashi,
Messieurs les Président et vice-président de
l’Université d’Angers,
Monsieur le professeur ordinaire Julien Kilanga,
Recteur honoraire de l’Université de Lubumbashi,
Monsieur le Directeur du CETRAS,
Messieurs les doyens des Facultés de l’Université de
Lubumbashi,
Mesdames et Messieurs les Directeurs des Écoles de
l’Université de Lubumbashi,
Messieurs les professeurs,
Mesdames et Messieurs les membres du corps
scientifique,
Chers étudiantes et étudiants,
Distingués invités,

Tout en saluant votre présence en cet amphithéâtre de la Faculté
des Lettres et Sciences humaines, je ne manque pas de constater
combien laborieux est l’exercice auquel me soumet la circonstance, à
savoir rendre hommage au Professeur ordinaire Julien Kilanga
Musinde. J’ai eu à parler et je parle d’habitude en public, mais en des
circonstances tantôt différentes tantôt quasi similaires à celle qui
nous réunit en ce lieu. Ces circonstances, je les vois surtout

1 Ildefonse Chabu Mumba est professeur ordinaire et recteur de l’Université de
Lubumbashi (Katanga, RD Congo). Ce texte reprend son allocution prononcée à
l’ouverture du colloque organisé par le Centre d’études transdisciplinaires
stratégiques (CETRAS en sigle), en hommage à Julien Kilanga Musinde.

9

xxxxxxxxxxxxxdifférentes : géologue formé et habitué à travailler dans la solitude et
le silence énigmatique des laboratoires ainsi qu’à dialoguer avec des
roches muettes, je suis astreint par la force des choses à parler du
poète au poète lui-même et en plus à rendre hommage à un linguiste,
qui sait apprécier avec compétence l’amplitude des phrases et
l’accent d’intensité des mots de la langue française, notre langue.
L’événement est si grand et le plaisir si intense de recevoir l’illustre
collègue que c’est un effort de titan qu’il me faut fournir pour
atteindre au lyrisme qui convient en pareille circonstance.
Julien, fils du terroir, toi qui es à la fois nôtre par tes origines et
citoyen du monde pour t’être abreuvé aux sources humanisantes des
cultures francophones, si plurielles et pourtant si communes par
cette langue que nous avons en partage, la langue française, la noble
héritière du latin, dans lequel le grand Senghor voyait le creuset de
« l’universel par delà races et religions ».
Julien, en d’autres circonstances et en ce même lieu, je te
gratifierais du « Monsieur le Professeur », du « Monsieur le Recteur »,
et du… que sais-je encore ? C’est pour moi et pour notre université,
cette université qui t’a très tôt découvert poète dans tout ton être, à
savoir dans ta voix modulée de rhétoricien, dans ta démarche alerte
de savant en compétition avec le temps et dans ton attitude recueillie
de philosophe classique, c’est pour moi, disais-je, un moment
d’intenses émotions, celles d’accueillir sous les tropiques le nouvel
Ulysse !
Julien, tu auras été de tous les combats le meilleur chevalier.
J’évoquerais ta prime jeunesse dans l’extrême nord du Katanga, d’où
partir pour la découverte du nouveau monde universitaire de
Lubumbashi comme Christophe Colomb à celui des Amériques.
J’évoquerais ton assiduité au travail, d’abord comme étudiant, puis
comme chercheur, au point d’oublier, enfermé dans ton bureau, que
le jour a cédé la place à la nuit, tout à tes recherches comme
Archimède tout à ses calculs, ignorant la chute de Syracuse, sa ville,
et que l’homme qui l’importunait debout à ses côtés était le
conquérant soldat romain. J’évoquerais ta sagesse et ton courage
pour avoir soustrait notre université à des influences politiciennes
des années 90. Merci et félicitation Julien, Monsieur le Recteur de
l’époque !
Julien, je ne sais pas ce qui se passe « au creux de ton être » ;
c’est plutôt au creux de ton oreille que je voudrais te parler, te parler
de la joie de tes anciens compagnons de carrière, de tes anciens
collègues, ma joie également et surtout ma fierté d’être celui qui
10
accueille l’Ulysse congolais. A l’instar de tes aînés et maîtres, les
Valentin Yves Mudimbe, les Pius Ngandu Nkashama, les Isidore
Ndaywel è Nziem ou les Lutumba Luvilu Na Wundu, ce dernier
auteur de notre hymne national et tous anciens de l’université de
Lubumbashi, tu es le phare qui guide nos jeunes chercheurs vers le
port de l’excellence à travers l’épaisseur des ténèbres de l’ignorance.
Et d’ailleurs, la Kassaparde, hymne de notre université et œuvre de ta
plume, est un viatique pour chacun de nous dans notre quête de
l’excellence.
Je disais que tu étais citoyen du monde ; c’est grâce à tes efforts
et à cette francophonie qui sais nous transformer sans nous aliéner,
qui sait nous rendre autres tout en nous gardant nous-mêmes.
D’ailleurs, tu le disais si bien dans ton allocution à l’occasion de la
remise du Prix Richelieu Senghor en 2008, quand tu déclarais à Paris,
que ce cercle (et partant la Francophonie) était « (un) haut lieu
d’échanges sur de nouvelles voies d’épanouissement de l’humain,
fondées sur la rencontre des expressions culturelles diverses qui les
nourrissent ».
Julien, tu auras mené le bon combat, celui de la Science et du
dialogue des cultures, comme en témoigne la Médaille du Dialogue
des cultures reçue en 2010, au détour de ton recueil de poèmes, « Au
creux de mon être » publié aux éditions du Cygne et savamment
traduits en grec par la poétesse Melita Toka Karachiliou. Julien, j’en
conviens avec toi que les paroles des poètes sont sacrées, si tant est
qu’ils se considèrent eux-mêmes comme des êtres sacrés. Toutefois,
à l’opposé de celui qui a dit qu’« aux âmes bien nées, la valeur
n’attend point le nombre des années », j’estime qu’aux hommes bien
nés, la valeur équivaut au nombre de médailles glanées, et tel est ton
cas, Monsieur le Directeur honoraire des Langues et de l’Écrit de
l’Agence intergouvernementale de la Francophonie, Monsieur le Chef
de Division honoraire de la langue française et des langues
partenaires. Je les cite : Médaille d’or de Mérite d’Art, Science et
Lettres (en République démocratique du Congo), Médaille des
Compagnons de Joachim Du Bellay (à Liré, en France, en 2008),
Médaille du Centre Michel de Montaigne de l’Université de Bordeaux
III, en 2008 ! Tes mérites sont aussi les nôtres, ceux de l’Université de
Lubumbashi.
Pour éviter à mon allocution d’être un conte de mille et une
nuits, je m’empresse de déclarer ouverts les travaux du colloque en
hommage au Professeur ordinaire Julien Kilanga Musinde.
Je vous remercie.
11
Introduction

Une façon de lire et de saluer
Julien Kilanga Musinde et son œuvre

Jean-Marie Dikanga Kazadi
Université de Lubumbashi
Directeur Général du CETRAS

Ce livre s’origine dans le colloque international convoqué à
l’Université de Lubumbashi en novembre 2014, pour réfléchir sur
l’œuvre de Julien Kilanga, Recteur honoraire de cette université,
Directeur honoraire à l’Organisation internationale de la
Francophonie (OIF) et actuellement professeur à l’Université
d’Angers en France. Le thème principal était : Julien Kilanga Musinde,
une vie dédiée à l’université et à l’humanité. Il servait partiellement de
prétexte au CETRAS pour rendre hommage à cet ambassadeur de
l’université et des lettres congolaises en Francophonie. Par son
écriture, il ne cesse de se raconter, d’accompagner la marche de
l’Université de Lubumbashi et de contribuer à la pérennité de
l’homme dans le monde. Il me semble que l’on peut lui appliquer les
mots du Nobel de la littérature, Camillo José Cela qui se confiait ainsi
à Courrier de l’Unesco en 1990 :

« Si je dois établir un contact, avec moi-même comme avec
mes semblables, je dois passer par le truchement de la parole
[…] Pour un peuple, la littérature est tout : elle assure sa
pérennité, bien mieux que l’architecture. Les mots sont plus
durables que la pierre ».

Cela signifie que pour nous, Julien Kilanga Musinde est un
portevoix, au sens césairien, en quête de sa liberté, autant qu’il éveille les
autres à la leur, indépendamment de leur sexe, leur culture, leur
statut social ou ontologique. L’écrivain est un canal de
communication, une voie par laquelle passent des messages et toutes
les voies possibles. Le colloque avait été honoré par la présence, en
plus de celle des intervenants venus du Canada, de France, de
Kinshasa et de Lubumbashi, de Jean Paul Saint-André, Président de
l’Université d’Angers, John Webb, Vice-président aux relations
internationales de l’Université d’Angers et de Chabu Mumba, Recteur
13
de l’Université de Lubumbashi. Ils avaient enrichi les débats par leurs
expériences de scientifiques et de gestionnaires.
Le CETRAS a pour mission principale de contribuer, par des
études et des recherches transdisciplinaires, à la production des
connaissances et des idées, à la marche de la science et à la
construction d’une société nouvelle, au regard de la complexité des
héritages qui tissent notre trame comme société et comme peuple.
eXIX siècle, ne Les bouleversements majeurs dans le monde, depuis le
proviennent-ils pas de la marche des idées, de la recherche
e siècle, les savoirs scientifique et de leurs applications. Depuis le XIX
scientifiques ont maintes fois manifesté le pouvoir de transformer les
hommes, les sociétés et la face du monde. L’agronomie, la médecine,
la pharmacie, la physique, la chimie, les sciences de la vie et de la
terre, la philosophie, la théologie et la littérature ont été décisives. Il
s’agit donc, les collègues et moi, de partir de ce constat, d’en faire une
raison majeure pour penser scientifiquement et activement nos
sociétés dans le devenir du « Tout-Monde », leurs réussites et leurs
difficultés ; pour penser les trajets anthropologiques et les œuvres
d’esprit des femmes et des hommes qui ont dédiés leurs vies à la
science, à la pensée, à l’action aux fins de la promotion d’une
humanité autre et d’un vivre-ensemble autre sur la Terre, qualifiée
par Edgar Morin de « Terre-Patrie ». Tel est le cas de Julien Kilanga
Musinde qui a, par ailleurs, le grand mérite d’avoir encouragé et
accompagné la création du Centre d’études transdisciplinaires
stratégiques.
L’une des figures majeures de l’université congolaise, le
professeur Julien Kilanga Musinde a exercé, de 1986 à 1997, les
fonctions de Secrétaire Général Administratif, Secrétaire Général
Académique et Recteur de l’Université de Lubumbashi. Il a réalisé
tout son cursus universitaire à l’Université de Lubumbashi où il a
bénéficié de l’encadrement scientifique des professeurs V.Y.
Mudimbe (qui l’a pris comme assistant stagiaire au centre
international de sémiologie alors qu’il était encore étudiant en
dernière année), Alexis Takizala (directeur de sa thèse) et Georges
Weisman (qui l’a initié aux secrets de la phonétique et orthophonie
du français). Fonctionnaire international, de 2004 à 2010, il a été
respectivement Directeur des langues et de l'écrit de l'Agence
intergouvernementale de la Francophonie, Directeur à titre
intérimaire de la langue française et de la diversité linguistique et
Chef de Division de la langue française et des langues partenaires à
l'Organisation internationale de la Francophonie à Paris. Il enseigne
14
actuellement les sciences du langage, la didactique du français
langue étrangère, la sociolinguistique, les langues du monde, la
langue française en Francophonie et la méthodologie de la recherche
à l'Université d'Angers, en France, où il est directeur de la filière
didactique des langues, français langue étrangère et du Centre de
langue française pour étrangers. Il vient de créer aux éditions
Riveneuve la collection « itinéraires francophones » dont il est le
directeur. Il est également membre du Conseil d’administration de
l’Université catholique du Congo. Julien Kilanga a été décoré d’une
médaille de mérites des Arts , sciences et lettres par le chancelier des
Ordres nationaux au nom du Président de la République
démocratique du Congo, d’une médailles de l’ordre des Compagnons
de Joachim Du Bellay, d’une médaille de dialogue des cultures à
l’occasion de la remise des prix des mots d’or de la Francophonie
pour son recueil « de poèmes en français et en grec, Au creux de mon
être, et d’une médaille du Centre Michel de Montaigne de l’Université
erBordeaux 3. Il est lauréat du 1 prix de poésie décerné à Paris par
l’Association Europoésie.
En 1990, un discours pathétique met fin au totalitarisme zaïrois.
L’ère du pluralisme politique s’ouvre par un événement tragique sur
le campus universitaire de Lubumbashi, dans la nuit du 10 au 11 mai,
à cause d’une rixe entre étudiants. Il s’ensuit la fermeture de
l’université par le pouvoir public. Le professeur Julien Kilanga, alors
Secrétaire Général Académique, prend conscience de ce qui lui paraît
comme une programmation sournoise de la mort de son Alma mater.
Il active ses contacts nationaux et internationaux, mobilise des
universitaires et les bonnes volontés, engage des négociations
périlleuses avec les politiques et les autorités publiques. Il obtient la
réouverture de l’Université de Lubumbashi dont il devient le Recteur.
Sa tâche est herculéenne. Il doit recoller les morceaux d’un corps
tailladé par les dents de l’opportunisme, remobiliser les étudiants, le
personnel enseignant et administratif, rassurer les uns et les autres,
dans un contexte où la parole libérée s’accompagne d’excès, donner
de garantie au pouvoir public que le campus ne replongera plus dans
les pires violences et trouver des ressources financières nécessaires
à la réalisation des missions de l’université. Il déploie une
communication et un marketing scientifiques efficaces dont
témoignent, d’une part, ses discours rectoraux, partiellement publiés
sous le titre L’université de Lubumbashi, de la crise à la survie ; et,
d’autre part, son autobiographie intitulée La main de la tradition.
L’homme, le destin et l’université. L’œuvre théorique et littéraire de
15
Julien Kilanga Musinde est plurielle. Elle compte notamment des
recueils de poèmes, des romans (traduits en plus d’une langue), des
essais sur le rôle social de l’université, sur l’état et la nature du
français en République démocratique du Congo, sur les pratiques de
la langue française en Francophonie, sur les interférences du
phonétique du français parlé en milieu scolaire, sur le français des
lycéens de Lubumbashi, sur le français et la littérature de la langue
française en contexte multilingue congolais. Ses enseignements de
sociolinguistique à l’Université de Lubumbashi mettaient notamment
en exergue le fait que la langue française et la diversité linguistique
constituent une des faces majeures de l'identité francophone. Pour
lui, la langue française entretient avec d’autres langues de l’espace
francophone des rapports de solidarité et de complémentarité.
Diversement étudiés, les travaux de Julien Kilanga inspirent de
monographies et d’études littéraires, des réflexions en
sociolinguistique, en sociologie et en anthropologie.
Son œuvre poétique et narrative se donne comme un miroir dans
lequel se réfléchit des événements historiques tragiques du peuple
dont il est sorti et des crises de l’université congolaise et, par
ricochet, des universités africaines. De ce point de vue, les études et
les témoignages ici rassemblés sont édifiants. Dans les plis des
poèmes ou des récits, écrits avec la plume du cœur, se profile une
pensée qui se déploie à partir de la faille, à partir des expériences
existentielle et académique d’un homme produit et traversé par les
complexités des sociétés marquées par des héritages multiples, à la
fois solidaires, complémentaires, opposées et contradictoires. Il ne
s’agit pas d’une pensée habitée par le ressentiment et qui, ce faisant,
s’emploierait à distiller la violence, lorsqu’elle n’arrive pas à
légitimer, à l’instar des œuvres de propagandes idéologiques,
quelques mythologies de recommencement du monde dont l’Afrique
actuelle n’a que faire. Il s’agit plutôt d’une pensée qui se veut une
crypte de code moral au bénéfice de l’humanité repensée et enrichie
à l’aune de la complexité du monde ou des cultures en contact. Au
travers de ses écrits, la posture qu’il adopte laisse apparaître les
méandres d’un projet qui vise à faire rencontrer les cultures et les
hommes, à complexifier celle-là, à promouvoir la reconnaissance et
l’acceptation de l’Autre.
En somme, ce qui se donne à comprendre dans les textes des
contributeurs, c’est que Julien Kilanga travaille à ouvrir la culture
africaine (congolaise) à la complexité du monde, en pleine conscience
qu’il est désormais impossible d’espérer vivre, dire et travailler à
16
partir et en fonction seulement de l’imaginaire africain/congolais, en
tenant pour rien toutes les autres expériences qui structurent et
définissent notre présent, l’identité africaine. Ici, ainsi que l’a écrit E.
Banywesize, la complexité du monde vient signifier l’imbrication des
éléments hétérogènes, l’entrelacement de l’ici et de l’ailleurs, la
présence de l’ailleurs dans l’ici et inversement, la relativisation des
identités primordiales. La complexité du monde commande la
conversion à une éthique de compréhension humaine, celle qui
engage chaque homme à s’ouvrir, en connaissance de cause, à
l’ailleurs, à l’étranger et à l’étrange, à se reconnaître dans le visage de
l’Autre, à traiter autrui avec justice et dignité, en l’acceptant comme
un semblable à soi. C’est fort de cela que l’œuvre littéraire de Julien
Kilanga s’adresse à tout homme. L’apprivoisement du singulier est
une voie royale vers l’universel. Aussi se définit-il comme un homme
formaté par

« une triple conscience historique d’enseignant-chercheur
qui s’intéresse à la formation de la jeunesse et qui a contribué à
la mise en place des formations dans des univers variés dans le
monde, d’ancien fonctionnaire international très sensible aux
effets à la fois bénéfiques et nocifs de la mondialisation, de fils
du terroir [du Katanga] qui a évolué dans le monde
universitaire congolais où résident ses racines les plus
profondes ».

Hormis l’introduction et la conclusion, seize textes rendent
compte des facettes de l’œuvre et du parcours scientifique et
professionnel de Julien Kilanga Musinde. Quatorze sont signés par
Justin Bisanswa (Université Laval, Canada), Benaouda Lebdaï
(Université du Maine, France), Manda Kizabi (UNESCO et Université
de Kinshasa) et Kaumba Lufunda Samajiku (Université de Kinshasa),
Gilbert Malemba N’Sakila, Maurice Amuri Mpala-Lutebele, Antoine
Tshitungu Kongolo, Jean-Paul Biruru, Christian Kunda Mutoki,
Richard Mukendi Nkashama, Maurice Muyaya Wetu, Emmanuel M.
Banywesize, Nestor Diansonsisa Mwana Bifwelele (Université de
Lubumbashi, RDC), Edouard Nawej Mukung (Université de Kolwezi),
Jano Bakasanda (Cellule littéraire de Lubumbashi) et Polycarpe
Kumwimba Kabongo (enseignant à l’Institut Technique Salama). Les
deux autres sont des méditations de Julien Kilanga Musinde : l’une
sur son cheminement existentiel et professionnel, et l’autre sur sa
conception de l’université dans le monde globalisé. Ce livre offre
17
donc des connaissances sur cet écrivain-penseur, sur l’Université de
Lubumbashi (et par-delà elle sur l’université congolaise), sur le
rapport entre le pouvoir politique et l’université, sur le rôle de
l’université dans le développement et la prospérité des peuples. Elles
sont instructives sur la place des universitaires africains – en
l’occurrence congolais – dans la production des savoirs et dans la
construction d’une autre société-monde. C’est aussi pour cette raison
que le comité scientifique du Centre d’études transdisciplinaires
stratégiques s’est décidé à les publier, en espérant que leurs
prémices seront discutées, enrichies et insérées dans le débat d’idées
au service de la marche de la science et de « la montée en humanité ».


18


Julien Kilanga Musinde,
écrivain, universitaire, haut fonctionnaire international :
Une façon de cerner un parcours orphique

Maurice Amuri Mpala-Lutebele
Université de Lubumbashi



Dans l’introduction de son Grand dictionnaire de la mythologie
grecque et romaine, Jean-Claude Belfiore nous rappelle, à juste titre,
que
« l’histoire des dieux et des déesses, des héros et des
héroïnes, des rois et des reines, des monstres et des cités … ne
jaillit pas toute formée de l’imagination d’un seul poète. Le
mythe est le fruit d’une interaction, d’une maturation longue et
2complexe, entre les hommes, les lieux et les époques » .

L’histoire de Julien Kilanga Musinde, écrivain, universitaire, haut
fonctionnaire international … relève de cette interaction, de cette
maturation longue et complexe entre les hommes, les lieux et les
époques. Une histoire indissociable d’un agrément mythique. Et à
propos des mythes, la mythologie grecque nous offre
merveilleusement celui d’Orphée, le poète le plus célèbre de
l’Antiquité :

« Les chiens obéissaient à sa voix ; les roches insensibles, les
hôtes les plus sauvages des forêts marchaient en foule à sa
suite. C’est lui qui inventa les initiations et les mystères de
Dionysos ; c’est lui qui, le premier, assujettit la poésie au
rythme héroïque. Enfin il sut, par les sons de sa lyre, toucher le
cœur, émouvoir les entrailles de l’inflexible et inexorable
3Clyménos » .

2 J.-C. Belfiore, Grand Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris,
Larousse, 2010, p. 3.
3 Ibid., p. 469.
19
Une poésie qui charme, qui séduit …

La poésie d’Orphée est également une poésie de combat, de lutte,
de libération. Jason n’hésite pas à l’incorporer dans l’expédition des
Argonautes vers la Colchide pour conquérir la Toison d’or. Sa
musique et ses chants parviennent à bout de toutes les difficultés qui
se présentent au cours de cette expédition. Le navire Argo, les
terribles rochers mouvants, le terrible serpent gardien de la Toison
d’or …, rien de tout cela ne résiste à la puissance de son art. La lutte
pour la liberté chez Orphée se révèle avec acharnement dans sa
périlleuse et courageuse décision d’aller ramener son épouse
Eurydice des Enfers :

« Non seulement il charma le passeur Charon, le chien
Cerbère et les trois Juges des Morts par sa musique, mais il
interrompit momentanément les supplices des damnés : il
adoucit à tel point l’insensible Hadès et son épouse Perséphone
qu’il obtint la permission de ramener Eurydice dans le monde
des vivants » (mythologica.fr/grec/orphée.htm du 20 octobre
2014).

Oser percevoir Julien Kilanga Musinde dans le mythe d’Orphée ne
serait pas, bien entendu, une nouveauté dans la mesure où ce
premier poète est diversement exploité dans des études littéraires.
Quel poète en effet ne voudrait pas se mirer dans ce mythe ? Quel
lecteur ne chercherait pas à retrouver les accents de son poète dans
les neuf cordes de la lyre d’Orphée ? Mais, le lien que je voudrais
établir entre les deux trouve sa pertinence, son originalité, si je peux
le dire ainsi, dans la puissance de la parole, dans la fidélité à la liberté
et, même, dans une idéologie, celle de la réconciliation, communes à
ces deux sensibilités. Une puissance de la parole pour dire une liberté
qui conduit à la réconciliation avec l’Autre.
Cette triple armature sous-tend à la fois l’écriture de Julien
Kilanga Musinde et sa vie socioprofessionnelle. Cette triple armature
fonde l’interaction, la maturation longue et complexe, dont parle
Jean-Claude Belfiore, entre les hommes, les lieux et les époques
connus et vécus par Julien Kilanga Musinde. L’interaction entre le
« Je » Kilanga et l’Autre, entre Kongolo, Lubumbashi et Paris, entre
l’enfance, la scolarité et toutes les étapes professionnelles, cette
interaction plurielle, dans l’espace et dans le temps, devient
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finalement la clé de voûte du parcours orphique de Julien Kilanga
Musinde.

Une puissance de la parole ou une esthétique itinérante

L’écrivain Kilanga a bien compris que l’interaction entre les
hommes, les lieux et les époques à la vocation d’être pensée,
repensée, représentée pour devenir mythe : restituer à la société des
expériences vécues en expérience par une expérience. C’est la source
de sa production littéraire, marquée essentiellement par trois
mouvements, trois mobilités comme traits d’écriture.
La première mobilité est celle du « je » du poète au « je » du
lecteur en passant par le « je » du narrateur : le glissement du « je »
réel au « je » symbolique, pluriel, donc du poète à l’Autre : un
glissement « où se croisent la réalité et la fiction et dans lequel la
réalité finit par se transfigurer pour engager [le] lecteur dans un
univers onirique », précise Kilanga dans le journal El Watan du 6
octobre 2014. Ce glissement se réalise déjà dans ses douze premiers
poèmes, sous le titre Vagissements, sa contribution au recueil collectif
Comme des matins éternels, publié en 1984 à Kinshasa, aux éditions
de l’Union des écrivains du Zaïre. Vagissements c’est d’abord ce cri de
Kilanga nouveau né en poésie, mais c’est surtout ce cri plaintif qui
amorce l’expérience de l’absurde du poète : quatre poèmes
construisent principalement ce schéma de l’absurde, de la prise de
conscience de l’irrationnel de la vie à la quête de la liberté en passant
par les sentiments d’angoisse : « Je pense », « un vide », « je pleure »
et « je cherche » :

« Je pense à l’invisible
Dans un monde insaisissable.
Je pense aux chimères
L’ombre de la douleur »

Mais, dans un mouvement de ressaisissement, le poète se rebiffe :
« Je cherche l’invisible
Dans un monde visible
Au cœur de l’insaisissable »

La quête de la liberté s’ouvre, s’annonce permanente « au cœur de
l’insaisissable ». L’universalité de l’expérience de l’absurde fait
passer ainsi le « je » historique au « je » figuratif. Le même
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glissement se retrouve dans Retour de manivelle lorsque le destin que
Josué entend tisser, assumer, devient un appel lancé à toute la
jeunesse, un destin que cette dernière doit s’approprier à travers
cette question :

« Mais alors, père, vous pensez que je dois arrêter mes
études à ce stade ? Ce serait vraiment une perte pour le village
et surtout pour le pays qui vient d’accéder à l’indépendance et
4qui a besoin de gens ayant fait des études avancées ? » .

La promotion sociale par l’école, au départ individuelle, se
transpose en un impératif pour toute une société, l’impératif de
s’assumer et de prendre en charge son destin. L’impératif que
Kilanga immortalise dans La Kasaparde, l’Hymne aux Kasapards dont
il est l’auteur, quand la communauté universitaire de Lubumbashi
chante :
« Avançons tête haute vers les cimes
Dans la science et la conscience
[…]
Entre les mains de nos guides
Et bâtissons la nation (le Congo)
Pour redorer à jamais le blason de notre Alma Mater ».

Aussi, prenant pour prétexte une destinée individuelle, un récit de
vie, Retour de manivelle se veut surtout le roman d’une société, de
l’Homme. « L’humanité a [ainsi] son histoire intime dans chaque
5homme » . Par ce mouvement fusionnel, de l’écrivain au lecteur,
Kilanga se dit à l’Autre, se dévoile à l’Autre, et, de cette manière, il
rend poreuses les frontières entre sa vie privée et l’imagination. Il
s’efface, se tue même, pour laisser la place au lecteur. Alors, ne lui
appartenant plus, son œuvre charme, séduit … Chacun de nous est
finalement Josué à sa manière. Cette esthétique itinérante provient
sans doute, par filiation, de ce que Justin Bisanswa perçoit comme
« une position d’énonciation doublement excentrée » dans laquelle
s’origine l’œuvre de Mudimbe.
Le lieu constitue le deuxième cadre où s’opère le déplacement, le
mouvement comme trait d’écriture chez Kilanga. Le passage d’un lieu
à un autre indique visuellement un itinéraire. Aussi, la quête de la

4 J. Kilanga Musinde, Retour de manivelle, Paris, Riveneuve, 2008, p. 12.
5 G. Sand, cité par A. Cantin, « Autobiographie », in P. Aron et alii, Le dictionnaire du
littéraire, Paris, PUF, 2010, p. 44.
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liberté du poète, l’ascension vertigineuse de Josué ou même l’option
de la non-violence levée par Mwanda, tout cela s’accorde à
l’interaction de différents lieux, chaque lieu apportant une charge
sémantique particulière à l’ensemble de l’expression. C’est le cas,
dans Retour de manivelle, du cheminement de Longo (territoire
rural) à Ubal (chef- lieu de province) et d’Ubal à Vouillé (capitale d’un
pays européen), cheminement qui marque les différentes étapes de
l’ascension socioprofessionnelle de Josué, la prise en charge de son
destin. Cette mobilité du héros, de la campagne à une capitale
européenne en passant par la ville d’Ubal lui permet de s’approprier
la vie des autres, à travers toutes ces strates sociales, et ainsi
d’embrasser l’ensemble de la société. Dans chaque nouvel espace,
Josué acquiert une nouvelle identité, une nouvelle posture pour enfin
devenir citoyen du monde. « Le roman […] accepte [donc]
officiellement de s’écrire en mode extérieur, revendiquant […] cette
6. déterritorialisation »
Il n’est pas question, pour Kilanga, de récuser son appartenance à
une histoire, à une terre, à une culture, mais il s’agit de vivre un
processus d’acculturation, acculturation entendue non pas comme
« assimilation », mais comme « ensemble des phénomènes qui
résultent de ce que des groupes d’individus de cultures différentes
entrent en contact, continu et direct, avec les changements qui
surviennent dans les patrons culturels originaux de l’un ou des deux
7groupes » . Dans le même sens, Fiston Mwanza Mujila a raison de
dire que « nous vivons à une époque qui fait de nous des hybrides,
quitte à négocier avec des appartenances multiples et parfois
8contradictoires. Je me pense homme », insiste-t-il . La négociation
avec les appartenances multiples doit se faire, selon Kilanga, en
regardant

« la réalité de face pour avoir le courage de concilier les
divergences en vue d’assurer l’équilibre entre [s]a culture
d’origine et les autres cultures d’adoption. La vie et le
développement de ce pays dépendent largement de

6 P. Ndemby, et P.-C. Mongui (dir.), Ces espaces littéraires sans frontières. De la
critique gabonaise aux études francophones actuelles, Libreville, Éditions Odette
Maganga 2013, p. 8.
7 J. Redfield et alii, cités par M.A. Pretceille, L’éducation interculturelle, Paris, PUF
2013, p. 13.
8 D. Ranaivoson, « Entretien avec Fiston Mwanza, dit Fiston Naser », in Études
Littéraires Africaines. Lubumbashi, épicentre littéraire, n° 2009/27, 2009, p. 46.
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l’observance équilibrée des directives de la main de la
tradition. C’est ce retour qui permet de restituer le sens de la
9culture à développer aux contacts des autres » .

C’est là une réécriture de l’histoire, un nouveau discours sur la
question des identités, nouveau discours qu’on retrouve également
chez Achille Mbembe, notamment quand il répond à Arlette Fargeau,
à l’occasion de la sortie de Critique de la raison nègre :

« ma préoccupation est de contribuer, à partir de l’Afrique
où je vis et travaille, à une critique politique, culturelle et
esthétique du temps qui est le nôtre, le temps du monde. […]
Pour ce qui est des Africains, le défi est d’habiter plusieurs
mondes et formes d’intelligibilité en même temps, non dans un
geste d’écart gratuit, mais de va et vient, qui autorise
l’articulation d’une pensée de la traversée de la circulation. […]
Et c’est cette possibilité de circulation et de rencontre
10d’intelligibilités différentes que requière la pensée-monde » .

Des va-et-vient, une circulation, une mobilité, un « retour de
manivelle » qui est loin d’être conséquence fâcheuse d’une action.
L’époque est aussi le lieu où la mobilité fonctionne comme trait
d’écriture chez Kilanga. Les titres de ses recueils de poèmes le
montrent bien : Vagissements, Les affres du crépuscule, Au creux de
mon être …à chaque époque donc ses réalités, ses problèmes, ses
solutions. Mais, d’une époque à une autre la vision s’élargit,
s’enrichit, la maturation s’affermit. De Vagissements à Au creux de
mon être, le chemin parcouru est riche d’expériences, riche de leçons
tirées des « Affres du crépuscule ». Il en est de même de Josué dont la
solide maturité et l’épanouissement total passent progressivement
par son enfance au bord de la rivière Ayamo, puis par sa jeunesse
adulte à Ubal et, plus tard, par sa vie à Vouillé : mobilité qui lui
apporte l’interculturel nécessaire à son identité dynamique,

« une identité africaine qui ne serait pas réductible à la
couleur de la peau de qui que ce soit, [précise encore une fois
Achille Mbembe]. C’est une identité au-delà de la couleur et de
la géographie, dans la mesure où beaucoup d’Africains ne

9 J. Kilanga Musinde, Op. cit., p. 125.
10 A. Mbembe, http://aeud.fr/Le-nouveau-livre-d-Achille-Mbemebe du 22 octobre
2014.
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