Raison et religion

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Raison et religionLéon TolstoïÀ ceux qui demandent mon opinion à savoir s’il est désirable de s’efforcerd’atteindre une conscience complète de sa vie spirituelle intérieure à l’aide de laraison, et d’exprimer les vérités ainsi atteintes en langage défini, je répondraispositivement, affirmant que chaque homme, afin d’accomplir sa destinée sur terre,et d’atteindre le vrai bien-être, - les deux sons synonymes – doit continuellementexercer toutes ses facultés mentales à résoudre pour lui-même et exprimerclairement les fondements religieux sur lesquels il vit –c’est-à-dire le sens de sa vie.J’ai souvent trouvé parmi les travailleurs illettrés qui avaient à s’occuper demesures cubiques, une conviction que les calculs mathématiques sont faux et qu’ilne faut pas s’y fier. Qu’elle provienne de l’ignorance des mathématiques, ou du faitque ceux responsables des calculs les aient souvent trompés, avec ou sansintention de le faire, la conviction que la mathématique est peu fiable et sans valeurpour les besoins de mesures s’est enracinée parmi les travailleurs illettrés, et estdevenue pour eux un fait incontestable.L’opinion similaire a court parmi les hommes – je dirais hardiment, manquant devrais sentiments religieux, – que la raison n’est pas à la hauteur de la solution desquestions religieuses, que l’application de la raison à de telles questions est lasource la plus féconde d’erreur, et que la solution de telles questions à l’aide de laraison est un péché ...
Publié le : samedi 21 mai 2011
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Raison et religion
Léon Tolstoï
À ceux qui demandent mon opinion à savoir s’il est désirable de s’efforcer d’atteindre une conscience complète de sa vie spirituelle intérieure à l’aide de la raison, et d’exprimer les vérités ainsi atteintes en langage défini, je répondrais positivement, affirmant que chaque homme, afin d’accomplir sa destinée sur terre, et d’atteindre le vrai bien-être, - les deux sons synonymes – doit continuellement exercer toutes ses facultés mentales à résoudre pour lui-même et exprimer clairement les fondements religieux sur lesquels il vit –c’est-à-dire le sens de sa vie.
J’ai souvent trouvé parmi les travailleurs illettrés qui avaient à s’occuper de mesures cubiques, une conviction que les calculs mathématiques sont faux et qu’il ne faut pas s’y fier. Qu’elle provienne de l’ignorance des mathématiques, ou du fait que ceux responsables des calculs les aient souvent trompés, avec ou sans intention de le faire, la conviction que la mathématique est peu fiable et sans valeur pour les besoins de mesures s’est enracinée parmi les travailleurs illettrés, et est devenue pour eux un fait incontestable.
L’opinion similaire a court parmi les hommes – je dirais hardiment, manquant de vrais sentiments religieux, – que la raison n’est pas à la hauteur de la solution des questions religieuses, que l’application de la raison à de telles questions est la source la plus féconde d’erreur, et que la solution de telles questions à l’aide de la raison est un péché d’orgueil.
Je mentionne cela parce que le doute exprimé dans la question à savoir s’il est nécessaire de s’efforcer à une conscience distincte de sa conviction religieuse peut être simplement le résultat de la croyance que la raison ne peut pas être appliquée à la solution de questions religieuses.
L’homme a reçu de Dieu un seul instrument pour atteindre la connaissance de soi et sa relation à l’univers; il n’y en a pas d’autre, et c’est la raison.
Cependant, il est informé qu’il peut utiliser sa raison pour solutionner des questions, que ce soit domestique, familiale, commerciale, politique, scientifique, artistique, mais pas pour l’élucidation du problème pour lequel elle lui a été spécialement donné; et que pour élucider les plus importantes vérités, pour la connaissance de celles sur lesquels tient toute sa vie, l’homme ne doit à aucun titre employer sa raison mais doit acquiescer à leur vérité indépendamment de sa raison, l’homme ne peut pas être conscient de quoi que ce soit.
Il est dit, « accepte la vérité de la révélation, par la foi; mais un homme ne peut pas croire indépendamment de la raison. Si un homme croit ceci et pas cela, c’est seulement parce que sa raison lui dit que ceci est crédible et pas cela. Affirmer qu’un homme ne doit être guidé par sa raison est l’équivalent de dire à un homme qui a perdu son chemin dans de noires catacombes que, pour trouver son chemin vers la sortie, il doit éteindre sa lampe, et être guidé, non pas par la lumière, mais par quelque chose d’autre.
Mais il peut être objecté que tout homme n’est pas doué de l’intellect et de la capacité spéciale pour exprimer ses pensées, et qu’en conséquence, une expression inadéquate de ces pensées peut conduire à l’erreur.
À cela je répliquerais les mots de l’Évangile, – que « les choses cachées aux sages et aux prudents ont été révélées aux enfants. » Et cette déclaration n’est ni une exagération ni un paradoxe, comme les gens sont habitués de voir de tels passages dans l’Évangile qui ne leur plaisent pas, mais une affirmation de la plus simple et indubitable vérité qu’en tout, dans l’univers, une loi est donnée que cet être doit suivre, et que, pour rendre chacun capable de reconnaître cette loi, chacun est doté des organes correspondants. Ainsi chaque homme est doté de raison, et à la raison de chaque homme est divulguée la loi, laquelle il doit suivre. Cette loi est cachée seulement à ceux qui ne souhaitent pas la suivre, et qui, afin de l’éviter, rejette la raison, et plutôt de l’utiliser pour devenir familier avec la vérité, accepte de confiance les affirmations de ceux qui, comme eux, ont renoncé à la raison.
Cependant la loi que les hommes devraient suivre est si claire, qu’elle est accessible à chaque enfant. Si bien qu’aucun homme n’a à découvrir à nouveau la loi de sa vie. Ceux qui ont vécu avant lui l’ont découverte et exprimée, et il n’a qu’à vérifier, avec sa raison, et accepter ou refuser ces propositions qu’ils trouvent exprimées dans la tradition; c’est-à-dire, non pas comme il est recommandé par ceux qui désire se dérober à la loi, en vérifiant la vérité par la tradition, mais, au contraire, en vérifiant la tradition par la raison.
La tradition peut provenir des hommes et être fausse; mais la raison vient indubitablement de Dieu, et ne peut pas être fausse. Ainsi, pour la reconnaissance et l’expression de la vérité, aucune capacité extraordinaire n’est requise; mais il faut croire que la raison n’est pas seulement la capacité la plus sacrée de l’homme, mais également son seul instrument pour comprendre la vérité.
Des qualités intellectuelles sont nécessaires, non pas pour l’acquisition et l’expression de la vérité, mais pour la concoction et l’expression de l’erreur. Ayant dévié une fois des convictions de la raison, ne s’y fiant pas, et croyant ce que les autres proclament comme la vérité, les hommes accumulent et acceptent par la foi – pour la plus grande part sous la forme de lois, révélations, dogmes – des propositions si complexes, contre natures et contradictoires, que, pour les exprimer et les adapter à la vie, il faille vraiment des qualités spéciales et une grande acuité d’esprit.
Imaginez seulement un homme de notre monde, éduqué sur la base de n’importe laquelle des confessions chrétiennes, – catholique, grecque, orthodoxe, protestante, – qui souhaite élucider pour lui-même et adapter à sa vie les idées religieuses fondamentales qu’on lui a inoculées dans l’enfance ! À quel travail mental compliqué il doit faire face afin de réconcilier toutes les contradictions inclues dans la foi qu’il a imbibée depuis sa jeunesse.
Un Dieu juste a créé le mal, persécuté l’homme, demande la rédemption, ainsi ce suite; et nous, avouant la loi d’amour et de miséricorde, nous faisons la guerre, volons les pauvres etc.
Dans le but de démêler ces contradictions impossibles, ou plutôt afin de se les cacher à nous-mêmes, beaucoup de capacité mentale et un talent spécial sont vraiment nécessaire; mais pour apprendre la loi de sa propre vie, ou, comme déjà exprimé, pour amener sa foi à une conscience complète, aucune capacité mentale spéciale n’est requise; quelqu’un n’a qu’à refuser d’admettre quoi que ce soit de contraire à la raison, de ne pas rejeter la raison, religieusement préserver sa raison, et ne compter que sur elle,
Si le sens de la vie est obscur à quelqu’un, il ne doit donc pas conclure que la raison n’est pas à la hauteur pour élucider ce sens, mais simplement que trop de ce qui n’est pas raisonnable a été amis sur la base de la foi, et que tout ce qui n’est pas corroboré par la raison doit être mis de coté.
Ainsi ma réponse à la question de savoir si on devrait essayer d’atteindre une conscience complète de sa vie spirituelle intérieure est que, c’est précisément l’affaire la plus nécessaire et la plus importante de nos vies. La plus nécessaire et importante parce que la seule conception raisonnable de la vie est l’accomplissement de la volonté de Celui qui nous a envoyé dans le monde – c’est-à-dire la volonté de Dieu. Et sa volonté n’est révélée, ni par des miracles extraordinaires, ni par le doigt divin l’inscrivant dans la pierre, ni par le Saint-Esprit composant un livre infaillible, ni par l’infaillibilité d’une personne sainte spéciale ou d’un rassemblement de personnes, mais par le travail de la raison de tous les hommes, qui se passent, par les mots et les actes, les vérités qui deviennent de plus en plus claire à leur conscience.
Cette connaissance n’a jamais été, et ne sera jamais complète, mais augmente continuellement alors que la vie de l’humanité avance. Plus nous vivons longtemps et plus nous apprenons plus clairement et plus complètement la volonté de Dieu, et en conséquence ce que nous devons faire pour la satisfaire.
Je suis donc fermement convaincu que l’élucidation et l’expression verbale (qui est un témoignage facilement reconnaissable de la clarté des idées) de toute vérité religieuse qui lui est accessible par chaque homme, aussi petit qu’il puisse se penser lui-même ou que les autres puissent le considérer – le moindre étant essentiellement le plus grand – sont les tâches les plus sacrées et les plus essentielles de l’homme.
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