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Azorín (1873-1967)

De
293 pages
En marge du cinquantième anniversaire de la mort de l'Espagnol José Martínez Ruiz (1873-1967), dit Azorín, le présent ouvrage se veut avant tout un hommage à une oeuvre immense. Une approche poétique de sa prose est ici proposée : les principes d'une écriture au jour le jour et les grandes lignes d'un imaginaire, fortement traversé par l'Histoire, par le poids du passé et par des références littéraires, espagnoles mais aussi françaises. La démarche adoptée, largement chronologique permet des recoupements par thèmes ou par genres.
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POUR DEMAIN
DanielHenri Pageaux
AZORÍN (18731967)SUR LES CHEMINS DE L’ÉCRITURE CLASSIQUES
AZORÍN (1873-1967) SUR LES CHEMINS DE L’ÉCRITURE
« CLASSIQUES POUR DEMAIN » collection fondée & dirigée par Daniel-Henri Pageaux Cette collection rassemble des études sur des écrivains de notre temps, consacrés par le succès dans leur pays (francophones ou de langues ibériques en particulier), pour lesquels il n’existe pas encore d’approches critiques en français. Elle vise donc à diffuser auprès du public étudiant et de lecteurs soucieux de s’ouvrir aux littératures étrangères des parcours et des propositions de lectures, voire une base de documentation bibliographique. 44. Bernard MOURALIS,Theo Annanissoh, Sony Labou Tansi, Améla.Lecture de «Le soleil sans se brûler», 2017. 43. Charles W. SCHEEL,Victor Jean-Louis Baghio’o par lui-même. Lettres, journaux, essais et récits inédits, 2016. 42. Milagros EZQUERRO,Juan Rulfo Trente ans après, 2016. 41. Flavia-Mara de Macedo,Monteiro Lobato et la littérature enfantine et de jeunesse au Brésil, 2014. 40. Germain-Arsène KADI,DeChien méchant Johnny d’Emmanuel Dongala àJohnny Mad Dogde Jean-Stéphane Sauvaire. Littérature, cinéma et politique,2013.39. Ur APALATEGUI,Ramon Saizarbitoria l’autre écrivain basque, 2013. 38. Katia BOTTOS,Antonine Maillet, conteuse de l’Acadie ou l’encre de l’aède, 2011. 37. Sara CALDERON,Jorge Volpi ou l’esthétique de l’ambiguïté, 2010. 36. Silvia AMORIM,José Saramago. Art, théorie et éthique pour demain, 2010. 35. Karin DAHL,La réception de l'œuvre de Stig Dagerman en France, 2010. 34. Bertrand CARDIN,Lectures d’un texte étoilé.Corée de John McGahern, 2009. 33. Juan Carlos BAEZASOTO,Emilio Prados, L’absolu solitaire, 2008. 32. Philippe GODOY, Le Guépardou la fresque de la fin d’un monde, 2008. 31. Jean-Igor GHIDINA,Carlo Sgorlon, romancier frioulan. Société, mythe, écriture, 2008.
(suite des parutions dans cette collection à la fin du livre)
DANIEL-HENRI PAGEAUX AZORÍN (1873-1967) SUR LES CHEMINS DE L’ÉCRITURE
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr ISBN : 978-2-343-13098-9 EAN : 9782343130989
PRÉFACE  En marge du cinquantième anniversaire de la mort de Azorín, célébré si confidentiellement en Espagne, en cette année 2017, j’ai voulu apporter, depuis la France que cet écrivain a connue et aimée, un hommage très personnel : une suite de cinq essais librement regroupés sous un titre, ou plutôt un sous-titre, qui rappelle que l’essentiel d’une vie – une très longue vie – a été entièrement consacré à l’écriture. Quand on revient en pensée sur l’œuvre – immense – qu’a laissée Azorín, on ne peut s’empêcher de songer à la fameuse devise antique :Nulla dies sine linea… Pas un jour sans une ligne, ou plus exactement sans un bref article, une chronique. De 1896 à 1965, il en a publié quelque 5.500, selon laGuía bibliográficadressée par E. Inman Fox, auquel ce livre doit beaucoup. La présence si discrète dans l’Espagne d’aujourd’hui de celui qui, sous diverses formes, et à diverses époques, a été au centre de la république des lettres de son pays, rend moins paradoxale son arrivée dans une collection consacrée à des « Classiques pour demain ». Azorín a beaucoup écrit sur les classiques du Siècle d’Or, et sur ceux de notre Grand Siècle, sur les Anciens et les Modernes de part et d’autre des Pyrénées, et il a été – jusqu’à un certain point à son corps défendant – un classique de son vivant. Puis il est entré dans ce que la critique nomme, de façon pittoresque ou pudique, « le Purgatoire des lettres », pour des raisons qui ne sont pas toutes simplement d’ordre littéraire. Quand Azorín meurt en 1967, un critique deInsula, le grand journal littéraire, le met résolument aux oubliettes. En 1987, l’écrivain et philosophe Julián Marías, ami de longue date de l’écrivain (et père du romancier Javier…), ne peut que constater, avec surprise et chagrin, « l’éclipse » de Azorín. Pas même en 1998 – à l’occasion du premier centenaire de cette « Génération de 98 »/Generación del Noventa y ocho– celui qui avait contribué à lancer et à accréditer cette notion, par ailleurs discutable, n’a pu sortir d’un silence et d’un oubli parfois surprenants et à tout le moins injustes. Une simple réédition de
Valencia et deMadrid1998), deux livres de (Alfaguara/Bolsillo, mémoires publiés en 1941, a amené le critique chargé de cette tâche, sans doute délicate, à conclure sa préface d’abord, par l’éloge qu’avait fait deCastilla, le meilleur recueil de « nouvelles »/cuentos, publié par Azorín en 1912, le poète Antonio Machado (mort à Collioure en 1939), puis par ces mots : « Nous aussi, nous devons lui pardonner. » On pourra se demander si le pardon est une catégorie esthétique ou un critère de critique littéraire qui puisse être invoqué au moment d’évaluer une œuvre et une pensée. Peut-être fallait-il (et faut-il encore) simplement faire parler Azorín, le faire entendre. Évoquer aujourd’hui ce grand nom des lettres espagnoles du ème XX siècle, c’est donc décider de rompre un silence, et faire sortir un écrivain hors du commun, à sa manière, de cet espace d’ombres et d’oubli dans lequel on l’a relégué, après sa mort et, plus encore, après 1975. Sans entrer dans le détail d’une longue vie, d’une carrière sans doute trop longue (il était né en 1873…), il n’est pas inutile de rappeler que certains lui ont fait payer cher ce qu’ils ont appelé son « ralliement » (il faut utiliser des guillemets) au régime franquiste. On avancera alors, pour déplacer quelque peu le problème ou le « cas » Azorín, la question de son style, qu’on peut trouver, au choix, désuet, daté. Certains critiques contemporains sont allés dans ce sens. On peut citer Francisco Umbral, lui aussi chroniqueur talentueux, trop tôt disparu, et le portrait au vitriol qu’il a fait de Azorín dans « Les mots de la tribu »/Las palabras de la tribu(1994). Il convient donc d’oublier, autant que faire se peut, quelques décennies d’histoire littéraire ou… d’histoires littéraires et revenir aux textes. Face à une œuvre aux dimensions impressionnantes, il a fallu faire des choix qui se sont ajoutés à ceux qui sont inhérents à toute « lecture », du moins au sens où j’entends cette sorte d’expérience poétique. Lire un texte, c’est de bout en bout entrer en sympathie avec celui-ci, écouter des suggestions verbales, oser s’approcher du mouvement créateur que l’on essaye de cerner, de saisir, d’écouter ; c’est enfin faire en sorte que le trajet de lecture s’approche au plus près du projet d’écriture. La lecture est la recherche de sens, et non la recherche d’unsens. Mais il faut interpréter, donc choisir. Par où commencer une lecture qui était condamnée à être une relecture, venant après tant d’autres que j’ai essayé de ne pas méconnaître, mais dont j’ai souhaité très vite me libérer ? J’aimerais dire tout d’abord que cette étude obéit à un principe simple que j’ai emprunté à une certaine Germaine Necker – la future Mme de Staël –
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au moment où, tout juste âgée de dix-huit ans, elle publie son premier essai critique, une sorte d’éloge de Jean-Jacques Rousseau et qu’elle tient à se justifier en ces termes : « J’ai senti le besoin de voir mon admiration exprimée. » (cité par Jean Starobinski dansTable d’orientation, Éd. l’Âge d’Homme, 1989 : 65). Plus précisément, j’ai tenté de mettre au jour les principes d’une écriture et les grandes lignes d’un imaginaire, fortement traversé par l’Histoire, par le poids du passé et par d’innombrables références littéraires, espagnoles mais aussi françaises. Le portrait que je présente ici – portrait d’un homme, mais aussi, comme on a pu le dire, profil d’une œuvre – a été conçu, au départ, pour un public français, souvent peu au fait de la langue et de la culture hispaniques. Ce livre ne s’adresse donc pas à des spécialistes : il ne leur apprendra sans doute rien. Peut-être même, parfois, ils ne reconnaîtront pas « leur » Azorín. J’ai souhaité, en revanche, donner quelques « clés » pour aborder un certain nombre de textes, parmi les plus significatifs. Mais je ne me suis pas senti obligé de redire ce qui avait déjà été dit et bien dit. La démarche adoptée est donc, avant tout, personnelle ; elle est assez largement et librement chronologique, en ce qu’elle entend suivre les étapes d’une vie, d’une carrière et une suite abondante de publications. Mais elle est également, à dessein, suffisamment souple pour permettre des regroupements, qu’il s’agisse de grands thèmes qui traversent l’œuvre ou de certains genres plus cultivés que d’autres, je pense à la chronique et à la « nouvelle », le récit court, ce qu’on appelle en espagnolcuento et, bien sûr le roman. J’ai accordé une attention toute particulière aux œuvres qu’on peut dire de vieillesse, après le retour de l’exil parisien de l’écrivain, en 1939. J’ai repoussé dans la postface – le plus tard possible… – le moment non pas de dresser un bilan, mais de fixer, de façon à la fois définitive et provisoire, les traits d’un homme et d’une œuvre qui se dérobent à tout essai de synthèse et à tout jugement, sauf si l’esprit partisan l’emporte, au moment de juger, de trancher. Sans fermer les yeux sur le cours du temps et des événements, je n’ai pas souhaité montrer que je savais, avant même d’entreprendre ce travail, où étaient, de toute éternité, le Bien et le Mal. Si je devais justifier cet essai, cette suite d’essais – cinq – autour d’une œuvre majeure des lettres espagnoles, à cheval sur deux siècles, l’unique raison que j’invoquerais, en ce nouveau siècle où je souhaite la faire entrer – la remettre à la place qu’elle mérite – serait
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