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Benjamin Péret

De
200 pages
Dans ce livre consacré à Benjamin Péret, l'approche intertextuelle sert d'outil pour lire l'écriture automatique. La production poétique de Péret au Mexique incite à convoquer Paalen, Breton et Aragon - malgré lui. Alors se crée un dialogue entre Péret et des poètes comme Perse, Fargue et Baudelaire. Ces échanges avec des poètes et des intellectuels révèlent un autre visage de Péret, celui d'un créateur, d'un lecteur et d'un interlocuteur passionné.
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Eidos RETINA
Série Collection
Richard Spiteri
Benjamin Péret Travail en chantier
Benjamin Péret Travail en chantier
ème Ce livre est le 96 livre de la
dirigée par François Soulages & Michel Costantini Comité scientifique international de lecture Argentine(Silvia Solas, Univ. de La Plata),Brésil(Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia),Bulgarie(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St Clément d’Ohrid),Chili(Rodrigo Zuniga, Univ. du Chile, Santiago),Corée du Sud(Jin-Eun Seo, Daegu Arts University, Séoul),Espagne(Pilar Garcia, Univ. Sevilla),France(Michel Costantini & François Soulages, Univ. Paris 8),Géorgie(Marine Vekua, Univ. de Tbilissi),Grèce(Panayotis Papadimitropoulos, Univ. d’Ioanina),Japon(Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo),Hongrie(Anikó Ádam, Univ. Pázmány Péter, Egyetem),Russie(Tamara Gella, Univ. d’Orel),Slovaquie(Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica),Taïwan(Stéphanie Tsai, Unv. Centrale de Taiwan, Taipei) Série RETINA3 François Soulages (dir.),La ville & les arts11 Michel Gironde (dir.),Les mémoires de la violence 12 Michel Gironde (dir.),Méditerranée & exil. Aujourd’hui13 Eric Bonnet (dir.),Le Voyage créateur 14 Eric Bonnet (dir.),Esthétiques de l’écran. Lieux de l’image 17 Manuela de Barros,Duchamp & Malevitch. Art & Théories du langage 18 Bernard Lamizet,L'œil qui lit. Introduction à la sémiotique de l'image 30 François Soulages & Pascal Bonafoux (dir.),Portrait anonyme 31 Julien Verhaeghe,Art & flux. Une esthétique du contemporain 35 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou36 Pascal Martin & François Soulages (dir.),Les frontières du flou au cinéma37 Gezim Qendro,Le surréalisme socialiste. L’autopsie de l’utopie38 Nathalie ReymondÀ propos de quelques peintures et d’une sculpture39 Guy Lecerf,Le coloris comme expérience poétique40 Marie-Luce Liberge,Images & violences de l'histoire41 Pascal Bonafoux, Autoportrait. Or tout paraît42 Kenji Kitayama,L'art, excès & frontières43 Françoise Py (dir.),rneost-modelatrprésiemàinamuD 44 Bertrand Naivin,Roy Lichtenstein, De la tête moderne au profil Facebook 48 Marc Veyrat,La Société i Matériel. De l’information comme matériau artistique, 1 49 Dominique Chateau,Théorie de la fiction. Mondes possibles et logique narrative 51 Patrick Nardin,Effacer, Défaire, Dérégler... entre peinture, vidéo, cinéma e 55 Françoise Py (dir.),siècleMétamorphoses allemandes & avant-gardes au XX 56 François Soulages & Sandrine Le Corre (dir.),Les frontières des écrans 58 F. Soulages & A. Erbetta (dir.),Frontières & migrationsAllers-retours géoartistiques & géopolitiques60 François Soulages & Aniko Adam (dir.),Les frontières des rêves 61 M. Rinn & N. Narváez Bruneau (dir.),L’Afrique en images.62 Michel Godefroy,Chirurgie esthétique & frontières de l’identité Suite des livres publiés dans la CollectionEidosà la fin du livre Secrétariat de rédaction Gilles Picarel Publié avec le concours de
Richard Spiteri
Benjamin Péret
Travail en chantier
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.editions-harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11209-1 EAN : 9782343112091
Introduction Impasses & issues Avec le passage du temps, la réception de l’œuvre de Péret reste relativement tiède. Décidément les poètes de la même génération ont connu beaucoup plus de succès : Breton est entré dans la Pléiade, Eluard a figuré au programme de l’agrégation et les inscriptions de sujets de thèse sur Aragon vont bon train. Deux obstacles entravant une meilleure connaissance de l’œuvre de Péret se sont avérés inamovibles. Expliquons-nous en comparant la position de la critique d’il y a un demi-siècle avec celle d’aujourd’hui. Dans sonIntroduction à la lecture de Benjamin Péret (1965), Claude Courtot se réfère à une édition de 1962 de l’hebdomadaireArtsPierre de Boisdeffre s’exprime où ainsi : « L’œuvre de Péret est une panoplie de petit 1 ingénieur . » Comparons à une récente monographie sur le surréalisme, qui d’ailleurs est excellente, où l’auteur, un professeur à la Sorbonne, prononce un jugement ayant l’air définitif sur Péret : « son automatisme sans bords, insaisissable en tant que tel, est resté […] sans écho 2 critique ».
1 C. Courtot,Introduction à la lecture de Benjamin Péret, éd. Le Terrain vague, 1965, p. 69, note 4. 2  Michel Murat,Le Surréalisme, éd. Le Livre de poche, coll. Références, 2013, p. 71.
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Claude Courtot identifie encore un deuxième obstacle. « Éliminons, dit-il, la légion d’imbéciles qui font à Péret et à Breton, jugés irrémédiablement subversifs, un procèsmoral3 […] » Breton n’est pas du tout le genre de poète qui attire l’opprobre. Quant à Péret, la situation est différente comme nous-même nous en avons fait la preuve. Invité à participer à un colloque, nous avons analysé le poèmeAir mexicain. Une fois la communication terminée, le rapporteur prend la parole. « Mais Péret est l’auteur deJe ne mange pas de ce pain-», nous rétorque-t-il ! Autrement dit, ce rapporteur, universitaire chevronné d’ailleurs, au lieu d’apprécier comment le poète intègre le discours mythique des Aztèques et des Mayas dans le poème, s’apprête à recourir presque à la censure. Oui, les chercheurs sur Péret, pour arriver à leurs fins, ont des obstacles tenaces à surmonter. Lire Péret pourrait ne produire que de la perplexité. Il y a un demi-siècle déjà, un article sur la poésie de Péret par Léon Robel paraissait rompre les digues et projeter un autre mousquetaire du surréalisme au sein du débat universitaire. Robel, grand connaisseur de la culture russe, a eu l’idée de lire le recueilLe Grand jeu de Péret à la lumière desFêtes agraires russesde Vladimir Propp. L’optique anthropologique s’est avérée intéressante, mais il fallait tenir compte du fait que Péret n’était plus en vie lorsque Propp publia son ouvrage. Afin de rapprocher au poète le savoir culturel, dans le chapitre « Péret, Freud et Frazer », nous avons tenté plutôt de confronter auGrand jeudes textes anthropologiques plus ou moins contemporains. « ‘Quatre ans après le chien’ de Benjamin Péret, prélude à l’amour sublime » montre que nous avons continué à suivre la piste tracée par Robel, car l’expert de la culture russe privilégie ce poème. Nos recherches ont abouti à un résultat intéressant. Notre lecture de « Quatre ans après le chien » révèle l’importance chez Péret de l’autotextualité ainsi que de l’intertextualité. Cette dernière, en particulier, prend une importance considérable. Péret dialogue avec Tzara, poète qui, comme lui, faisait partie du mouvement Dada. De plus, se fait évidente la contamination textuelle de Lautréamont.
3 C. Courtot,op. cit., p. 75.
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Le chapitre « Le ConteLe Dégelet le poème ‘L’Éclat de l’acier’ de Benjamin Péret » met en relief les similitudes lexicales des deux textes. Dans le présent ouvrage où les contes de Péret figurent peu, le chapitre en propose la seule étude. De même, dans « Péret, les androïdes et le théâtre », nous abordons un genre différent, le théâtre. (Rappelons que, parfois, la notion de théâtre refait surface dans les contes où des interlocuteurs engagent une conversation surréelle.)Au Paradis des fantômesest le texte d’une rare pièce de théâtre de Péret qui n’a jamais été jouée. Nous tenons à démontrer que le texte de Péret accueille l’apport de la poésie de Saint-John Perse, prix Nobel, et de Léon-Paul Fargue, lauréat du Grand prix littéraire de la Ville de Paris. D’où les chapitres « ‘Des Cris étouffés’ de Péret, prolongement du chant VI d’ExilSaint-John de Perse par l’intermédiaire (possible) de Caillois » et « Fargue et Péret : deux piétons de Paris et de l’ailleurs ». Le lecteur, en entrevoyant - si ce n’est que momentanément - Péret en la compagnie de Saint-John Perse et de Fargue, deux poètes honorés officiellement, se ferait de lui une opinion positive. La réception critique de l’œuvre d’un écrivain est d’une importance majeure. Durant les années quarante et cinquante, Aimé Patri, un agrégé de philosophie, a inséré dans des revues trois articles sur Péret qui ouvrent un débat aux horizons nécessairement restreints. Pourtant, venant à une période précoce, les réflexions de Patri servent d’exemple à ses successeurs ainsi qu’aux critiques de demain. Faisons ici une parenthèse. Nous avons employé l’approche intertextuelle dans une monographie consacrée à Dernier malheur dernière chance, poème en écriture 4 automatique . Dans ce cas particulier, nous avons attaché de l’importance au temps et à l’espace tout en tenant compte de la culture de Péret. Le poète a écritDernier malheur dernière chanceà Mexico où il s’était refugié pendant la Seconde guerre mondiale. Notre présent ouvrage contient des chapitres qui ont jeté les bases à l’étude de longue
4 Voir monExégèse deDernier malheur dernière chancede Benjamin Péret, éd. L’Harmattan coll. Poétiques, 2008.
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haleine surDernier malheur dernière chance. Nous repérons les réseaux intertextuels reliantDernier malheur dernière chanceavec les écrits de Paalen et de Mabille qui, eux aussi, ont passé les années de la guerre en Amérique latine. Un examen serré du texte du long poème y révèle également la présence d’Aragon, l’ennemi idéologique. Le chapitre « Péret et la silhouette de Baudelaire » a été motivé par la double occurrence dansDernier malheur dernière chancedu « gouffre », terme qui dérive desFleurs du Mal. En outre, il est possible que deux syntagmes intéressants dans l’œuvre de Desnos aient laissé une trace dans le poème de Péret. Font partie également de la section sur la période mexicaine, une étude surAir mexicain« épique », poème écrit après le retour en France de Péret, ainsi que deux chapitres inspirés, l’un par la correspondance entre le poète et Mabille, l’autre par les archives de Seligmann, un autre surréaliste qui s’installa aux États-Unis dès 1939. Le but de notre petit ouvrage consiste à montrer qu’en deçà des révolutions que Péret a vécues réellement ou dans l’imaginaire, il a acquis une culture qui mérite d’être connue. En ce qui concerne la poésie de Péret qui, pour la majeure partie, semble avoir l’inconsistance de l’eau, il est encore plus impératif au critique de procéder avec méthode.
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I Visages multiples d’une œuvre