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Ce regard qui n'a jamais cessé d'être

De
214 pages
Depuis le jour de notre première rencontre, 63 années se sont écoulées durant lesquelles le seul fait d'être ensemble nous a rendus heureux. Et pendant tout ce temps nous avons connu un bonheur, persuadés qu'il durerait toujours, car cette fin inexorable à laquelle personne n'échappe, nous ne l'avions pas imaginée, n'y avions jamais pensé...
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Renée Birman
Ce regard qui n’a jamais cessé d’être Récit
s É d i t e u r
Ce regard qui n’a jamais cessé d’être
Les impliqués Éditeur Structure éditoriale récente et dynamique fondée par les éditions L’Harmattan, cette maison a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire.
Renée Birman
Ce regard qui n’a jamais cessé d’êtreRécit Les impliqués Éditeur
© Les impliqués Éditeur, 2014 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-343-03758-5 EAN : 9782343037585
Ces pages dédiées À l'homme de ma vie, à lui qui a tenu à ce que l'on sache combien nous nous sommes aimés, et pour cela, un jour m'a demandé si je voulais bien écrire, narrer cet attachement qu'il avait toujours considéré si fort entre nous, sans jamais auparavant l'avoir dit.  Or ni lui ni moi ne nous doutions que ce jour ne précédait que de quelques mois à peine, « le jour fatidique » qui marquerait la fin de notre vie à deux.  Aussi, ce dernier soir à l'hôpital, la veille de « l’inexorable fin », cette tristesse sur son visage, tandis que je m'apprêtais à le quitter tout en aspirant qu'à me retrouver au lendemain pour être à nouveau près de lui. Savait-il que nous n'allions plus nous revoir ? Moi je ne le savais pas. Je ne savais pas qu'après autant de lendemains où le seul fait d'être ensemble avait suffi à nous rendre heureux, il n'y en aurait plus d'autres !  Alors je vais écrire, je vais l'écrire notre histoire, cette merveilleuse histoire que naïvement nous croyions devoir durer toujours. Toutes ces années vécues assimilables à un roman qu'il avait dit vouloir intituler «Ce Regard» songeur ajoutant à voix basse, comme s'il se parlait à lui-même «ce Regard qui n'a jamais cessé d'être !»  Désormais, là où il m'attend le sait-il que depuis son départ, mon regard, pas un seul instant ne l'a quitté, car dans toutes mes pensées il est présent, de même que toutes les nuits dans chacun de mes rêves.  Sait-il aussi que tant que je vivrai ce Regard sur lui ne cessera d'être. Je voudrais tant qu'il le sache.
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 Pourquoi cette aggravation subite de son état, cette grande fatigue incompréhensible, alors que de bons soins depuis son hospitalisation laissaient espérer la guérison d'un ulcère à la cheville et d'une escarre au talon apparus juste un an avant ce changement surprenant. L'épuisement physique et moral, diagnostic des médecins, dont il n'arriverait pas à se remettre, allait en moins d'une semaine, m'enlever pour toujours l'homme de ma vie, me laissant seule, sans lui, désemparée.  Une dizaine d'années auparavant, avait été décelé un durcissement des artères de ses jambes, " artérite " dit-on, mais si peu importante qu'il fallait à peine s'en soucier. Néanmoins très bien suivie, stable tout ce temps, nous avions pu continuer à mener une vie normale jusqu'à la dernière année de cette décennie, laquelle en s'achevant, mettrait un terme à notre bonheur que nous pensions naïvement devoir durer encore.  Handicapé par ce mal et une douleur lancinante, ayant de plus en plus de difficulté à se déplacer, étant de moins en moins actif, il avait cependant des moments de quiétude au cours desquels, pendant que je m'affairais aux tâches quotidiennes, il m'appelait gentiment, déplorant que je ne puisse rester davantage auprès de lui.  « Je ne te vois pas beaucoup », disait-il. Alors émue, je m'arrangeais pour venir sans tarder m'asseoir près de lui, comme nous le faisions déjà chaque jour en prenant le café après déjeuner. Et nous parlions, parlions sans tarir, toujours tellement à nous dire, si bien que l’ennui n’avait jamais pu s’immiscer entre nous.  Il se plaisait à évoquer notre passé, heureux comme je l’étais moi-même d’avoir su ensemble profiter de tout ce que la vie peut offrir de bon, d’intéressant, de curieux, de merveilleux, heureux que nous ayons tant vu, tant visité,
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tant exploré de régions, de pays, tant contemplé de ruines, de vieilles pierres, de sites archéologiques, heureux de le constater à chaque fois qu’une émission de radio ou de télévision nous en donnait l’occasion. Et saisissant cette opportunité je lui faisais entrevoir l’avenir après sa guérison, persuadée que nous seraient accordées encore quelques années de vie heureuse.  « Nous sommes si bien tous les deux » éprouvait-il le besoin de dire fréquemment.  « Tous les deux ». Trois mots qui m’étaient si chers, d’innombrables fois les ai-je prononcés, écrits !  Comment aurais-je pu imaginer qu’un jour ils n’allaient plus rien signifier.  Et parfois nos bavardages nous entraînaient jusqu’à l’heure du déjeuner, ce moment considéré comme le meilleur de la journée ainsi que le dîner. Assis côte à côte, le plus près possible l’un de l’autre nous effleurant, ce moment pendant lequel il semblait moins souffrir en appréciant comme habituellement les mets que je cuisinais. « Quand prends-tu le temps de faire tout cela, me disait-il, admiratif, répétant à divers propos « tu es terrible ».  Bien que moins aisément, il vaquait à tout ce qui le concernait – toilette, lecture, écriture, rangements, et avec sa même vivacité d’esprit, suivait avec intérêt l’actualité et les événements.  Il savait tant de choses en Histoire et en petite histoire, en géographie, en littérature, c’était un autodidacte. Quelquefois il s’amusait à m’interroger et si ma réponse était bonne, il était ravi, ne tenant pas compte de ma réprobation à ce jeu qui me donnait l’impression de repasser le bac.
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