Cette lumineuse rupture

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Pierre Sidran, jeune interne en médecine, se trouve saisi par la Déclaration de guerre et cantonné à Germicourt. Un amour fou éclate entre lui et Gilberte. Il reçoit l'ordre de mission souhaité qui le précipite vers le nord dans la guerre et c'est l'horreur des combats, les explosions, la peur, la confusion, les marches, les évacuations, la tâche terrible de soigner les blessés. Le retour est difficile, et la guerre les a changés, son expérience à lui est incommunicable, et il ne comprend pas ce qu'a pu être pour Gilberte la cruauté de l'attente. Ils se retrouveront cependant. Est-ce la guerre, est-ce l'amour, ou les deux à la fois, qui a produit en lui « cette lumineuse rupture » ?
Publié le : dimanche 8 mai 2016
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EAN13 : 9782140009587
Nombre de pages : 262
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Georges Guidoni
Cette lumineuse rupture Roman
Les impliqués É d i t e u r
CETTE LUMINEUSE RUPTURE
Les Impliqués Éditeur Structure éditoriale récente fondée par L’Harmattan, Les Impliqués Éditeur a pour ambition de proposer au public des ouvrages de tous horizons, essentiellement dans les domaines des sciences humaines et de la création littéraire. Déjà parus Le Boiteux (François),Florilège imaginaire, nouvelles, 2016. Aclinou (Paul),Le Vodoun : leçons de choses, leçons de vie, essai, 2016. Kouamé (Jean Claude),Étrange arc-en-ciel dans le ciel africain, roman, 2016. Makosso-Akendengué (Léonard),Notre frère et ami le caméléon, récit, 2016. Versini (Charles),Message corse, récit, 2016. Chanas (Léna Léticée),Autopsie, slam, 2016. Djadal-Rab (Issa Brahim),Hymnes à une Révolution, essai, 2016. Madaule (Jacques),Autobiographie de ma mère, récit, 2016. Gossan (Davy),L’argent.Comment s’en procurer pour de bon ?,2016.Coezy (Ericque),Le pouvoir noir en question, essai, 2016.
Ces dix derniers titres de ce secteur sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site : www.lesimpliques.fr
Georges Guidoni
Cette lumineuse rupture
Roman Les impliqués Éditeur
© Les impliqués Éditeur, 2016 21 bis, rue des écoles, 75005 Paris www.lesimpliques.fr contact@lesimpliques.fr ISBN : 978-2-343-08983-6 EAN : 9782343089836
Cette lumineuse rupture Fait rêver une âme que j’eus De sa secrète architecture.
Paul Valéry, « Les Grenades »
-I-Une modeste contribution
-I-
Sur le trottoir mouilléde la rue principale de Germi-court, faiblement éclairée par les lampes peintes en bleu, Pierre Sidran avançait, distinguant à peine dans les vitrines luisantes de pluie où il cherchait son image, une silhouette massive et impersonnelle. Le malaise qui pesait sur lui dans la brume froide de cette nuit de guerre semblait para-lyser les rares passants : formes indistinctes ouatées de silence. Au commencement de son séjour, la ville lui avait paru belle, longée au nord par la Marne qu’accompagnait dans son cours une escorte bruissante de peupliers, ennoblie par la cathédrale gothique qui dressait ses ogives face à la plaine, rendue précieuse et fragile par ses vieilles maisons Renaissance échappées miraculeusement aux destructions de l’autre guerre… Mais maintenant, il ne voyait plus sur les boulevards de la sous-préfecture que les façades cra-quelées sur lesquelles suintait la pluie, et sur les rives du fleuve, le balancement glacial des arbres que le vent froid venu des plaines de l’est agitait en sifflant. Lugubres nuits ! C’est lorsque le soir tombait qu’il maudissait le plus son destin car une nouvelle journée de sa jeunesse venait d’être gaspillée et perdue à jamais. A la tristesse de la nuit s’ajoutait la mélancolie du temps perdu. Jeté là par le hasard des affectations, comme une bûche prête à alimenter le brasier qui brûlait un peu plus à l’est, l’armée exigeait de lui l’immobilité du soliveau et la pas-sivité de la matière. La pluie tombait plus dru, effaçant son reflet dans les glaces. Il essayait de scruter le visage des inconnus qu' il
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croisait, hommes et femmes indifférents et silencieux, bien enfermés dans leur carapace de peau, et songeait à son étonnement d’enfant, venu du village de sa grand-mère où chacun participait à l’intimité des autres, découvrant la solitude des citadins. C’est au milieu de l’agitation de la rue qu’il se sentait le plus seul : il lui semblait baigner au centre d’une épaisse couche de gaz irrespirable qui éloi-gnait toute vie et à l’intérieur de laquelle il asphyxiait. Il ne pouvait trouver en lui ni autour de lui, le point d’appui, le balancier, qui lui aurait permis de reprendre son équilibre et d’échapper à l’angoisse. Il marchait comme un automate. Le boulevard menait à la gare et il entendait déjà chuin-ter la vapeur des locomotives. L’odeur de charbon et de ferraille surgissait à sa mémoire comme si elle imprégnait vraiment ses narines et, tandis que dans le lointain une machine sifflait, il lui semblait respirer dans un wagon surchauffé la poussière métallique, la fumée et le relent âcre des compartiments bondés de voyageurs. L’Hôtel de la Gare dégorgeait de sa porte-cochère les privilégiés qui pouvaient prendre le train et qui se diri-geaient, bagages en main, vers les départs : rien ne trahis-sait une allégresse que Pierre leur supposait parce qu’il l’aurait lui-même ressentie. Partir, partir… ils se hâtaient, simplement. La maison du docteur Vidrenque faisait face à l’hôtel : grande bâtisse banale et triste, façade grise balayée par la pluie, calfeutrée d’égoïsme, bardée de vanité bourgeoise dans l’absurde satisfaction d’une illusoire pérennité. Une plaque de cuivre luisait faiblement dans la pénombre. Le bouton de la sonnette paraissait usé, érodé, se disait-il par les doigts crispés et tremblants qui l’avaient utilisé à la recherche d’un soulagement ou d’un espoir. Quel remède allait-il demander, quel espoir quémander ? Il lui semblait que rien ne parviendrait à combler ce vide qui l’accablait.
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Derrière la porte s’ouvrait un vestibule peu accueillant : le plafond trop haut, l’éclairage parcimonieux, les boise-ries sombres, les meubles anciens, les tapis usés, compo-saient un décor d’austérité dans lequel on imaginait mal le va-et-vient des clients aux heures de consultation et le passage rapide et affairé d’une infirmière en blouse blanche. La maladie devait prendre dans ce lieu ténébreux le caractère inéluctable d’un châtiment mérité. C’était un exemple à ne pas suivre, plus tard, une faute à ne pas commettre. Quelques minutes après qu’une vieille dame l’eut prié d’attendre, le Docteur Vidrenque lui apparut, grand, glabre, les lunettes cerclées d’or laissant passer un regard précis et sans aménité : – Que me vaut l’honneur de votre visite ? dit-il, dési-gnant un siège. – Je suis venu Monsieur, vous rappeler des souvenirs. Je suis le fils d’un de vos anciens camarades, Sidran, il était étudiant en pharmacie. – Ah, parfait. Asseyez-vous, Sidran. Je me souviens très bien de votre père. J’allais quelquefois le voir au labo-ratoire de parasitologie de la Faculté de Pharmacie lorsque je préparais un travail sur l’amibiase, il était très serviable, très compétent, se destinant au professorat, mais je crois que la guerre, l’autre, lui a coupé les ailes. Où est-il instal-lé ? – A Gap, Monsieur. – Ah ! oui, en effet, vos grands-parents habitaient un village dans la montagne dont votre père m’avait parlé quelquefois. Pays magnifique. Vous avez du avoir une jeunesse sportive, neige l’hiver, ski, patinage, montagne l’été, alpinisme peut-être ? C’est ce qui explique vos larges épaules. En quelle année la guerre a-t-elle interrom-pu vos études ?
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