Contes, souvenirs d'enfance et histoires

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Ion Creanga est, jusqu'au bout de la langue, un conteur emporté par son récit qu'à son tour il transcende en maître. Quand ses contes et ses histoires nous renvoient au « Décaméron », au « Federigo » de Mérimée ou encore aux « djinns » et autres « éfrits » des Mille et une nuits, ses « souvenirs d'enfance » penchent du côté de « Lazarillo de Tormes » pour offrir un récit autobiographique des aléas d'un gamin tout sauf modèle mais croquant la vie...
Publié le : mercredi 2 mars 2016
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EAN13 : 9782140003837
Nombre de pages : 246
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Né en 1837 à Humulești (Moldavie roumaine), fils de paysan, prêtre orthodoxe (défroqué), puis instituteur, décédé en 1889 à Iași,REANGĂ mérite bien le surnom de « Rabelais roumain », tant pour son œuvre de conteur que pour son destin. Il aura été le tout premier à faire entrer par la grande porte de la littérature roumaine le langage populaire, mélangé à une magistrale narration « cultivée ».
Ion CREANGA
Contes,  souvenirs d’enfance  et histoires Pages choisies
Traduction du roumain, préface et notes de DominiqueILEA
Contes, souvenirs d’enfance et histoires
Lettres Roumaines
Contes, souvenirs d’enfance et histoires
Lettres roumaines Cette collection est consacrée à la littérature roumaine classique et contemporaine. Elle accueille des œuvres traduites du roumain ou rédigées directement en langue française. Déjà parus Lucian RAICU,Cent lettres de Paris, 2016.
Ion CREANGĂContes, souvenirs d’enfance et histoires
Pages choisies
Traduction du roumain, préface et notes de Dominique ILEA
Ouvrage traduit et publié avec le soutien de l’Institut culturel roumain
Première édition :Povești. Amintiri din copilărie. Povestiri,in Scrierile lui Ion Creangă, I, II,éditions posthumes, H. Goldner éditeur, Iaşi, 1890, 1892.
© L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08587-6 EAN : 9782343085876
Un Rabelais du terroir dans la capitale moldave
Né en 1837 à Humule܈ti, village du pays du Neam܊, en Moldavie roumaine,Ion CreangĈmérite bien le surnom de « Rabelais roumain », tant pour son œuvre de conteur que pour son destin. L’aîné des huit enfants d’un couple de paysans libres mais sans terre, il doit à l’ambition de sa mère Smaranda de le voir accéder à la haute prêtrise d’être envoyé, après le cours pri-maire, à l’« usine des popes », l’école préparatoire de Fălticeni, puis, en 1855, au séminaire central de Socola, à Ia܈i. Pour pouvoir être ordonné, il épouse en 1859 la fille du ministre en place de la grande église orthodoxe des Qua-rante-Saints d’Ia܈i, où il est nommé diacre en 1860, l’année même de son inscription à la faculté de Théologie. Il chan-gera trois fois de paroisse. En parallèle, il fait l’Institut normal, puis gagne le con-cours pour un poste d’instituteur à l’école primaire auprès de l’église métropolitaine des Trois-Hiérarques d’Ia܈i, où il en-seigne de 1865 à 1870, muté ensuite en banlieue, à l’école primaire de garçons n° 1. En 1865, sa signature paraît sur l’ouvrage collectifNouvelle méthode d’apprentissage de l’écriture et de la lecture à l’usage des élèves du coursprimaire. Mais les ennuis commencent : en 1871, accusé par le con-sistoire d’aller au théâtre, de tirer des corneilles sur la flèche de l’église, de vivre séparé de corps et de couper ses cheveux,
il se voit défroquer, ce qui entraîne aussi, en 1872, son renvoi de l’école. En 1873, il peut enfin divorcer légalement. Après trois éditions d’un nouvel ouvrage collectif,Le Conseiller desenfants : Manuel de lecture des classes primaires pour les deux sexes avec lettres,caractères et alphabet, comprenant des fables morales et instructivesil retrouve un poste à la (1871-1874), campagne, ce qui lui vaut en 1875, à la faveur d’une commis-sion didactique, de rencontrer le poète Mihai Eminescu (de treize ans son cadet), qui sera son grand ami jusqu’à sa mort (en janvier 1889), et qui l’introduit au cénacle « Junimea » dirigé par l’insigne critique et théoricien littéraire Titu Maiorescu (1840-1917). Il commence à publier dans la revue de ce dernier, Convorbiri literare,contes, ses anecdotes, puis les trois ses premiers volets de sesSouvenirs d’enfance: grâce à un heureux mélange de termes idiomatiques savoureux et d’une magis-trale narration « cultivée », il est le tout premier Roumain à faire entrer le langage populaire par la grande porte de la littérature. En décembre 1889, après quatre années de souffrances, il est emporté par son épilepsie congénitale dans sa fameuse bojdeucă (« chaumière ») de܉icău, et inhumé au cimetière Eternitatea d’Ia܈i. Ses œuvres complètes, posthumes, paraî-tront dès 1890. Même quand il agit en mémorialiste, en pédagogue-mora-liste ou en styliste lyrique émaillant ses phrases de rimes, d’assonances, voire de bouts de poèmes,Ion CreangĈreste, jusqu’au bout de la langue, un conteur emporté par son récit qu’à son tour il transcende en maître, fondant la « substanti-fique moelle » de sources narratives et linguistiques variées, roumaines et d’ailleurs, populaires et cultivées, dans son propre langage succulent, reconnaissable entre mille, bourré d’humour, de dictons et de proverbes (certainssuigeneris).
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Ses commentateurs roumains (dont George Călinescu,Ion Creangă, sa vie etson œuvre,Editura pentru literatură, Bucarest, 1966) et français (Jean Boutière,La vieet l’œuvre de Ion Creangă, Librairie universitaire J. Gamber, Paris, 1930) ont relevé les échos folkloriques russes, polonais, hongrois, allemands, grecs, arméniens, moyen-orientaux – sans oublier le Pañchatantra, lesYsopets, les romans picaresques et la Commedia dell’arte – décelables tant dans sesContesses et Histoiresque dans sesSouvenirs d’enfance. Mais la piste pourrait nous mener bien plus loin encore… Tel unBartlebyle «  rural, decossard » L’histoire du Paresseux,réfractaire par principe à la ruche humaine, préfère se laisser pendre haut et court, plutôt que de faire un com-promis en « trempant tout seul ses biscuits ». L’attitude des « sots » dePetite histoirecelle du père de rappelle Tristram Shandy(qui subit toute sa vie une porte grinçante, sans pen-ser à y mettre deux gouttes d’huile). La revanche féroce des brus maltraitées deLa Belle-mère aux trois brus,et la truculence anticléricale du conte grivoisL’Histoire des histoires ou l’Histoire de la pine,renvoient auDécaméron. DansIvan Tourbinka,le vétéran de guerre russe ayant reçu du « bon Dieu » le pouvoir d’enfermer dans sa musette les démons et jusqu’à la Faucheuse, mais voué à une perpétuelle errance, est un « trompe-la-mort » apparenté auFederigo de Mérimée et auCharlotde Fabio Stassi, voire (mutatis mutandis) auPeer Gyntd’Ibsen. Quant à Chiricăle diablotin deL’histoire de Stan l’Averti, il rejoint leDiable boiteux d’Alain Lesage, les djinns et autres éfrits desMille et Une Nuits: des esprits du mal amenés à servir des humains pour qui ils finissent par se prendre d’une réelle affection, au point de prendre un réel plaisir à faire le bien (celui de leur maître). L’histoire du Cochon (la plus proche du schéma universel des contes de fées) transplante dans le terroir roumain le mythe d’Éros etPsyché: l’héroïne malavisée, séparée par une
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