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Dernier bordel

De
172 pages
Quel lien entre un suicide collectif de lapins sur des aéroports, un complot au Vatican, une invasion de punaises de lit, une histoire d'amour, un projet politique de parité universelle, la disparition du papier toilette et bien d'autres histoires ? Ces courts récits sont parfois cyniques mais toujours drôles. Leur force est de décrire aussi les instants sublimes, forcément rares, qui nous réconcilient avec la vie.
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Quel lien entre un suicide collectif de lapins sur des aéroports, Gérard Pardini
un complot au Vatican, une invasion de punaises de lit,
une histoire d’amour, un projet politique de parité universelle,
la disparition du papier toilette et bien d’autres histoires ?
Le fi l conducteur de ces chroniques est sans nul doute une
certaine désespérance de la vie mais aussi la démonstration
que l’on peut s’en accommoder et y prendre plaisir par
le mensonge, l’orgueil et parfois par l’amour de l’autre. Dernier bordelAu plus loin que l’on puisse remonter dans nos vies, nous
avons ainsi l’illusion d’un pouvoir sur les choses et nos
semblables et nous nous usons à nous protéger en renonçant Chroniquesà nous connaître. Faut-il le regretter ?
Ces courts récits sont parfois cyniques mais toujours
drôles. Leur force est de décrire aussi les instants sublimes,
forcément rares, qui nous réconcilient avec la vie.
Gérard Pardini publie régulièrement des articles et ouvrages
sur les institutions, mais aussi des fi ctions.
Illustration de couverture : Fucking hell; the last mess.
Collection particulière.
Les impliquésISBN : 978-2-343-04161-2
17 € Éditeur
Dernier bordel
Gérard Pardini
Les impliqués
É di teu rLes impliqués Éditeur
Structure éditoriale récente et dynamique fondée par les
éditions L’Harmattan, cette maison a pour ambition de
proposer au public des ouvrages de tous horizons,
essentiellement dans les domaines des sciences humaines et
de la création littéraire.







DERNIER BORDEL


















































© Les impliqués Éditeur, 2014
21 bis, rue des écoles, 75005 Paris

www.lesimpliques.fr
contact@lesimpliques.fr

ISBN : 978-2-343-04161-2
EAN : 9782343041612 Gérard PARDINI





Dernier bordel

*

Chroniques




















Les impliqués Éditeur Du même auteur
Romans
Le machiniste de Saint Pierre ; DCL Éditions ; 2000.
Oggi, Éditions Manuscrit.com ; 2002.
Au Bonheur de la République ; Éditions Manuscrit.com ; 2009.
Le Pacha – De la Corse à l’Egypte, histoire d’un destin ;
L’Harmattan éditeur ; 2011.
Essais
Grands principes de droit constitutionnel et institutions publiques
ere efrançaises ; L’Harmattan éditeur, 1 édition 2007 ; 2 édition 2012.
Introduction à la sécurité économique, Éditions Lavoisier, 2009.
Institutions publiques françaises, MB Édition, 2004.
La protection du littoral,
L’État Républicain et la Corse, L’Harmattan éditeur 2003.
Le célibat des prêtres, Manuscrit.Com, 2005.
Histoire des fonds secrets, Les Presses du Management, 2002.
L’État en fuite, Éditions du Rocher, 2000.
Ouvrages en collaboration :
Prévenir les crises ; Ces Cassandres que l’on n’écoute pas ; C. Roux du
Fort (dir) Armand Colin ; 2013.
Intelligence économique et gouvernance compétitive, 2006, La
Documentation Française.
Les politiques publiques d’intelligence économique, 2008, Collection
« Que sais-je ? » Presses Universitaires de France.
Lobbying, portraits croisés, Viviane de Beaufort (dir) ; 2008, Éditions
Autrement.
Droit de l’urbanisme ; Droit de la responsabilité des fonctionnaires et des
collectivités territoriales ; Coopération intercommunale, Éditions Lamy –
Dalian.Avertissement
Il y a pire que l’envie, c’est le refus de reconnaître…
Pour avoir oublié cela nous avons peu à peu glissé
dans le déni de notre environnement. Au dix-neuvième
siècle nous avons eu foi dans la machine, au vingtième
nous avons exploré ce que nous pensions être les
limites de l’infâme en réalisant des holocaustes que
les plus fous adeptes de Baal et Moloch n’auraient
pu imaginer tout en repoussant les limites de la
connaissance scientifi que. Nous avons aussi pris du
plaisir à nous faire peur en ne réalisant aucune action
forte qui aurait permis d’éviter l’effondrement. Au
nom de la liberté nous avons refusé la sécurité et à
vouloir combattre l’injustice dans tous les recoins
possibles nous avons éprouvé le plaisir malin de jouir
de chacune de nos injustices individuelles. Il aura fallu
la survenance d’une série d’événements tout aussi
absurdes les uns que les autres pour comprendre que
la nuit allait arriver.
7Mais ils continuèrent car leur folie devint acceptable
Librement adapté de Saint Paul
dans la Deuxième épitre à Timothée
L’empire du bien triomphe, il est urgent de le saboter
Philippe Muray ; Essais.Les lapins
C’était un vendredi. Il était 9 h du matin et l’aéroport venait
d’enregistrer son soixante-septième décollage. La tour de
contrôle avait autorisé le départ d’un vol pour Pékin. Le
pilote de l’avion, un indien, jetait un œil distrait sur les
commandes. Il avait introduit les coordonnées de l’aéroport
de destination et fait le choix d’un décollage automatique.
L’avion était aligné dans l’axe de la piste, les réacteurs
montèrent en régime et les freins furent lâchés. Le gros
quadriréacteur pataud roulait depuis quarante secondes
quand le pilote et le copilote se regardèrent, incrédules.
Une sorte de serpent monstrueux était visible à moins de
200 mètres, quasiment au point de non-retour, là où ils ne
pourraient plus rien faire que décoller quoi qu’il arrive.
La chose sortait des espaces herbeux du bord de la piste,
elle semblait épaisse d’au moins deux mètres et occupait
toute la largeur de l’asphalte. Sa couleur oscillait entre
le marronnâtre et le grisâtre et le soleil s’y accrochait
provoquant des myriades d’éclats de lumière sur toute sa
longueur. Le copilote eut le réfl exe d’engager le zoom de
la caméra de décollage située dans le train d’atterrissage et
de déconnecter le fl ux d’images des récepteurs de la cabine
passagers. Cette manœuvre fi t apparaître dans leur écran
de contrôle l’image de milliers de lapins serrés en rang
compacts. L’avion était maintenant à cinquante mètres.
Les lapins se tournèrent tous vers l’avion, et les deux
pilotes, une fraction de seconde, eurent l’impression que
les bestioles fermaient les yeux avant de subir l’impact. Les
trains d’atterrissage du nez et des ailes broyèrent plusieurs
dizaines de rongeurs. L’appareil décolla laissant sur la piste
trois longues marques rougeâtres faites du magma des corps
broyés par les roues.
11Le pilote relata l’incident à la tour et s’entendit répondre :
« Nous allons fermer la piste, des colonnes de lapins
continuent de se former et s’immobilisent sur la piste 1 ;
nous ne comprenons pas ce qui arrive ; les vols vont être
détournés sur Orly en attendant que les équipes au sol
traitent le problème… Bon vol ! »
La même scène se déroula au même instant dans la plupart
des aéroports du monde. Seule l’Afrique australe fut
épargnée par le phénomène.
Le seul point commun à tous ces incidents était que
les aéroports concernés comportaient depuis toujours des
terre-pleins tavelés de terriers de lapins. Ce qui n’avait posé
jusqu’à présent aucun problème.
Des réunions interministérielles furent convoquées dès le
lendemain dans la plupart des pays qui disposaient d’un
gouvernement et d’une administration encore dignes de ce
nom. Il fallait au moins cela pour traiter une telle affaire.
Le seul désastre connu impliquant des lapins remontait à
ela fi n du XIX siècle quand vingt-quatre de ces animaux
introduits par les colons australiens devinrent trente millions
et ravagèrent les plantations agricoles du pays.
Les plus éminents spécialistes des léporidés furent invités
dans des commissions administratives, parlementaires,
exécutives, de consensus (dans les pays les plus écologiquement
sensibles). Aucun d’entre-eux ne fut en mesure de donner
une explication satisfaisante. Certains développèrent
l’hypothèse d’un développement souterrain des lapins qui,
tels des rats, auraient à l’insu des gestionnaires d’aéroports
construit de véritables villes terriers. Les limites des
possibilités offertes par les infrastructures aéroportuaires
ayant été atteintes, les lapins n’auraient plus eu que le choix
de remonter à la surface en masse dans un réfl exe suicidaire
indispensable à la survie de l’espèce. Cette hypothèse était
combattue par d’autres scientifi ques qui brandissaient des
études démontrant que les aéroports étaient des « havres de
12paix » dont la population lapine était estimée en moyenne
à cinquante mille individus par site depuis des dizaines
d’années et que rien ne prouvait que des lapins aient
développé une capacité d’adaptation comparable à celle des
taupes. L’autopsie de quelques lapins écrasés sur les pistes
ne révéla aucun signe qui aurait pu valider une telle théorie
tel que la cécité ou l’allongement des griffes. Ce à quoi,
les tenants de l’hypothèse de la vie souterraine rétorquaient
que les lapins pouvaient très bien sortir de leurs terriers
profonds la nuit et donc ne pas avoir besoin d’adapter leur
morphologie.
Des émissions de télévision traitèrent de la reproduction de
ces mammifères, expliquant doctement que trois portées
par an et par lapine en moyenne était quelque chose de
monstrueux, d’intolérable. Cela constituait bien la preuve
de l’ineptie des gouvernements qui ne s’étaient pas saisis de
la question quand il en était encore temps.
On interviewa des ruraux qui raisonnaient du point de vue
de l’équilibre agro-sylvo-pastoral. L’un d’entre-eux résuma
bien l’affaire :
— Quand l’herbe, elle est trop courte, les vanneaux et les
mouettes trouvent facilement leur nourriture, les rapaces
voient les lapins se promener dans l’herbe et c’est beaucoup
mieux ; le problème, c’est que cette herbe haute, il y en a de
moins en moins…
Il présenta dans une émission à forte audience ce qu’il
appelait une coulée à lapin. En trois coups de bêche il
montra une sorte de réseau de terriers dans lesquels les
lapins installent leurs garennes. Mais comme plus personne
ou presque ne savait ce qu’était une garenne, le journaliste
parla d’autoroute à lapins. L’expression eut un grand succès.
Elle fut reprise 100 000 fois en moins de trois heures sur les
réseaux sociaux, preuve de la pertinence de la thèse.
Un rapport conjoint des ministères de l’Agriculture, de la
Défense, de l’Écologie, des Transports et de l’Intérieur livra
la version offi cielle :
13« Les lapins se sont installés dans des sols sableux, bien
drainés, qui caractérisent la plupart des aéroports et qui
sont adaptés à la fabrication de leurs garennes. Le sable qui
a été rapporté au moment des travaux de construction des
pistes a obligé les lapins à creuser plus bas, dans un sol plus
argileux, plus compact, plus humide, qui se prête moins à
la fabrication des garennes. Ils ont peu à peu modifi é leurs
habitudes et on estime qu’en vingt générations, une part
importante des colonies de lapins n’est pratiquement plus
remontée en surface. Ce sont les lapins dits de « surface »
habitués au bruit des avions et mithridatisés au kérosène
brûlé qui les ravitaillaient. On peut vraisemblablement
affi rmer que ce modèle sociétal n’était pas idéal et faute
de le faire évoluer, car les capacités neurologiques du lapin
sont faibles, les rongeurs, jusqu’à présent riverains heureux
des aéroports, ont commis une sorte de suicide collectif,
tels ceux constatés chez les dauphins ou baleines qui sont
également des mammifères. »
Comme il n’y eut aucun autre accident grave d’aviation
dans le monde, hormis quelques sorties de piste dans des
aéroports secondaires, l’affaire fut vite oubliée.
14Triomphe de l’ADN
Je contemple devant moi, autour de moi, l’avenir de
l’humanité. Trente mille ans de chaos potentiel, comprimés
en un seul millénaire… Hari Seldon ; L’aube de Fondation ;
1inventeur de la psychohistoire .
Le chercheur chinois qui pilotait le projet d’ordinateur
biologique était un fan d’Isaac Asimov. Depuis l’âge de dix
ans il lisait et relisait le cycle de Fondation. Cela avait guidé
ses recherches sur le stockage de données dans l’ADN. Il
était convaincu que l’avenir de l’humanité était depuis
l’origine codé dans les gènes. La diffi culté résidait dans le
rassemblement des informations contenues dans la totalité
des gènes de l’ensemble des espèces vivantes. Il avait vingt
ans en 2011 quand fut annoncé dans l’indifférence générale
que la Terre comptait en fait moins de neuf millions
d’espèces vivantes alors que le chiffre de cent millions
servait jusqu’alors de base de référence. À cette époque 15 %
de ces espèces étaient connus. En l’état de l’informatique
edu début du XXI siècle, il ne pouvait espérer de son vivant
décrypter le matériel génétique existant à la surface et sous la
mer. Si les espèces visibles à l’œil nu pouvaient espérer être
recensées, la tâche s’annonçait rude pour les plus de six cent
mille espèces de champignons, moisissures, protozoaires
et organismes unicellulaires dont seulement quelques
milliers étaient connus. Pour identifi er et cataloguer le
reliquat, il fallait une rupture technologique.
Dans le mois qui suivit l’énigme des lapins suicidaires,
son équipe de chercheurs annonça la mise en service
1 Terme apparu en 1934 pour la première fois mais véritablement promu par Isaac
Asimov avec sa trilogie « Fondation » publiée en 1951.
15d’un super calculateur fonctionnant avec des bactéries
mutées permettant de stocker plusieurs milliards de
téraoctets de données. Il avait quatre-vingt-un ans, l’âge
auquel Hari Seldon était mort. C’était à ses yeux un
signe du destin. Ce qui était un roman des années 1950,
prenait corps. Il ne croyait pas à la psychohistoire. Il y
a longtemps qu’il avait abandonné le projet de déceler
le futur à partir du calcul de probabilité. L’homme était
tellement stupide, que la mise en équation de la prise de
décision ressemblait à une farce et à un rêve de politicien.
Par contre éliminer la stupidité des gènes était peut-être
encore possible. C’est cet espoir ténu qui avait maintenu
intacte sa foi d’adolescent.
Son laboratoire avait réussi à programmer des bactéries
capables de transmettre leurs données à leur descendance
ce qui permettait une conservation quasi illimitée des
informations. Le projet avait débuté en 2007 quand une
équipe de l’université japonaise Keio était parvenue à
2encoder l’équation E=MC , dans l’ADN d’une bactérie.
Cinq ans et plusieurs milliers de générations de bactéries
après, l’information était toujours présente ce qui avait
ouvert la voie à un projet industriel de bio stockage à partir
d’organismes à cellule unique. Chaque cellule disposant
d’un chromosome unique constitué d’un fi lament hélicoïdal
d’ADN peut se répliquer sans perdre l’information codée
à l’origine. La diffi culté était de coder suffi samment
d’équations pour rendre possible une capacité de calcul et
surtout de pouvoir agréger suffi samment de bactéries pour
réaliser des équations complexes et du calcul aléatoire.
Les chercheurs chinois avaient fi nalement réussi à réaliser
des calculs de fractales grâce à des transferts d’informations
horizontaux allant de cellule en cellule par l’intermédiaire
des fi laments d’ADN.
Cela paraissait défi er l’entendement mais devenait lumineux
quand on réalisait que mille milliards de bactéries pesaient
un malheureux gramme. Le cœur du nouvel ordinateur ne
16