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Emile Zola : les femmes de pouvoir dans "Les Rougon-Macquart"

De
230 pages
L'attitude de Zola vis-à-vis des femmes semble ambiguë, ce qui constitue une faiblesse chez le romancier. Les personnages zoliens sont notoires pour leur manque de libre arbitre et "subissent" une destinée quasi-inéluctable. Pourtant Zola reconnaît "que la femme est l'axe autour duquel gravite la civilisation". Un regard en profondeur sur la femme zolienne, domestique, femme de pouvoir, jeune vierge ou prostituée, particulièrement dans les Rougon-Macquart, dévoile un pan d'elle jusque-là inexploité : son pouvoir.
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EMILE ZOLA:
LES FEMMES DE POUVOIR DANS LES ROUGON-MACQUART

L'Harmattan, 2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005

@

Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion. harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo. fr

ISBN: 978-2-296-06656-4 EAN : 978229606656-4

CHRISTIAN MBARGA

EMILE ZOLA:
LES FEMMES DE POUVOIR DANS LES ROUGON-MACQUART

L' Harmattan

Approches littéraires Collection dirigée par Maguy Albet

Jeanne FOUET-FAUVERNIER, La Mère du printemps, de Driss Chraïbi. Etude pédagogique, 2008. Émeline PIERRE, Le caractère subversif de la femme antillaise dans un contexte (post)colonial, 2008. Eric SHIMA, A. Césaire, Cahier d'un retour au pays natal et Tchicaya U Tam 'si. Approche comparative, 2008. Claude LEIBENSON, Federico Garcia Lorca: images de feu, images de sang, 2006. Charles SALE, Calixthe Beyala. Analyse sémiotique de « Tu t'appelleras Tanga », 2005. Peggy RAFFY, L'univers d'Axel Gauvin, 2005. Aminta DUPUIS, L'Initiation de Faust et de Parzival. La quête du Graal. Une voie moderne de connaissance et d'amour, 2005. Abdelhaq ANOUN, J.-M Le Clézio. Révolutions ou l'appel intérieur des origines, 2005. Sabine van WESEMAEL, Michel Ho uellebecq. Le plaisir du texte, 2005. M. M'RAIHI, Ismaïl Kadaré ou l'inspiration prométhéenne, 2004. Y. PENG, La Nation chez Alexandre Dumas, 2003. Valéria V ANGUELOV, MEMORABILIA, Récit des origines de l'œuvre de Michel Fardoulis-Lagrange, 2003. Murielle Lucie CLEMENT, Houellebecq, sperme et sang, 2003. Philippe NIOGRET, Figures de l'ironie dans A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, 2003.

A toute ma famille, particulièrement ceux qui sont partis trop tôt et qui ont meublé ma vie de souvenirs inoubliables qui continuent de me soutenir.

REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier tous ceux qui m'ont soutenu, encouragé et conseillé: ma famille et mes amis aux quatre coins de la terre et mes professeurs Wilda Anderson, de Johns Hopkins University, Baltimore, et Jacques Neefs, de Paris 8/Johns Hopkins University et le très regretté Patrick Brady, de University of Tennessee, Knoxville, un de mes mentors

Introduction
Il n'est plus utile de démontrer que Zola a bouleversé le paysage littéraire de la deuxième moitié du 1ge siècleI. Dans une étude sur Emile Zola parue dans La Revue politique et littéraire (mars 1883), Guy de Maupassant déclare: "Zola est, en littérature, un révolutionnaire, c'est-à-dire un ennemi féroce de ce qui vient d'exister,,2. En effet, l'écrivain réaliste n'hésite pas à définir clairement ses ambitions littéraires: sortir des sentiers battus et essayer un nouveau procédé totalement inexploré, procédé qui laissera une marque indélébile sur la pratique littéraire3. Cette transformation de la pratique littéraire, des enjeux et des termes qui régissent la littérature ne s'est point limitée à la littérature 'restreinte', c'est-à-dire au texte écrit. Son influence s'étend sur la littérature entière, qui selon Barthes "prend en charge beaucoup de savoirs [...] historique, géographique, social, technique, botanique, anthropologique. La littérature travaill[ant] dans les interstices de la science,,4. Zola introduit les nouvelles théories sur l'hérédité dans sa création littéraire. Il réussit par là un mariage heureux entre la science et le réalisme. Le proj et réaliste a pour 0bjet d'être sérieux; de mêler les registres stylistiques; de n'exclure aucune classe sociale, aucune catégorie socioprofessionnelle; de rendre le texte lisible mais également d'intégrer l'histoire des personnages dans le cours de l' Histoire contemporaine. Zola y contribue en ajoutant les critères suivants: la description exhaustive du réel; la volonté didactique du texte qui doit être véridique; la confiance accordée à une méthode de
1 Anatole France, en prononçant l'oraison funèbre d'Emile Zola le 5 octobre 1902, affirme qu'il "a honoré sa patrie et le monde par une œuvre immense [et] fut un moment de la conscience humaine". J.-P. Sartre évoque Zola comme un exemple à suivre. Cf. Suleiman, Susan Rubin: "L'engagement sublime: Zola comme archétype d'un mythe culturel" in Les Cahiers naturalistes 67 (1993), pp. 11-13. 2 Cité dans Alain Pagès, Le Naturalisme (Paris: PUF, Collection Que sais-je?), p. 13. 3 Cf. Sven Kellner, Emile Zola et son œuvre ([Dola, France] : Les Deux Colombes, 1994), pp. 5-6, 23, 36. Voir aussi ce que dit Sophie Guermes, La Religion de Zola, Paris: Champion (2003), à propos de l"'élargissement" et l'''agrandissement'' du roman naturaliste à "tous les domaines hUl11ains" 104. p. 4 Roland Barthes, Leçon (Paris: Seuil, 1978), pp. 16-18.

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création à l'image des méthodes d'autres champs de savoir tels que la médecine, la chimie, l'anthropologie; une conception implicite de la langue comme nomenclature et de l'écriture comme pure transparence du réels. Ce mariage résulte en une forme nouvelle du réalisme: le naturalisme selon Zola, lequel écrit de la littérature, une littérature qu'il qualifie d'enquête, enquête des "organes génitaux" de personnages6, enquête d'une dynastie. C'est de la biologie, de la physiologie, de la sociologie, de l'histoire. Zola confesse en effet vouloir faire de "grandes machines", comme il est noté dans le journal des frères Goncourt après la visite que l'écrivain rendit aux deux frères (ibid.). Pour Alain de Lattre, "Zola est un homme d'action. Ce n'est pas un écrivain: il raconte"? La pratique d'écriture de Zola n'est donc pas réduite à l'écriture pure, elle englobe plusieurs domaines tels que la recherche et l'incorporation d'autres' sciences'. C'est dans cette même perspective que l'écrivain demande: "l'heure n'a-t-elle pas sonné de tout étudier et de tout dire? [...] Le roman est devenu [...] assez large pour y faire tenir toute I'humanité"g. L'impression de vrai, de possible poussé à l'extrême chez Zola, se dégagera de la plupart de ses romans, de même que le rôle de première importance qu'il accorde aux femmes dans son œuvre. L'écrivain affirme d'ailleurs s'être "touj ours efforcé dans le cadre modeste de [ses] lettres, de [...] dresser un tableau général, mais vivant, de la société [de son temps]". Il reconnaît "que la femme est l'axe autour duquel gravite la civilisation,,9. Il est dès lors compréhensible que la femme zolienne, personnage principal du roman ou 'simplement' personnage secondaire, soit celle qui au fond fait avancer les choses.
Cf. Philippe Hamon, Le Personnel du roman (Genève: Librairie Droz, 1983), pp.28-29. 6 Emile Zola, Les Rougon-Maequart (Paris: Gallimard, Collection de La Pléiade. 1960), tome 1, Préface, pp. VIII-IX. Sauf indication contraire, cette édition servira de référence pour cette étude et le roman cité sera abrégé, suivi d'un chiffre latin (I-V) représentant le tome, ensuite viendra la page. 7 Alain de Lattre, Le Réalisme selon Zola (Paris: PUF, 1975), p. 20. g Cité dans Hamon, op. eit., p. 31. 9 Emile Zola, "Types de femmes" in La Femme au 1ge siècle (Paris: Liana Levi, 1983), Collection: Les Reporters de l'histoire, p. 22.
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Une lecture plus poussée de Zola conduit à la découverte d'une critique littéraire qui fustige Zola à propos de l'image de la femme dans son œuvre. Si l' œuvre de Zola fut critiquée de son temps à cause des passages pornographiques, blasphématoires ou anticléricaux, la critique moderne relève d'autres aspects de l'œuvre de l'écrivain. Zola est accusé de haine, de mépris vis-à-vis des femmes; la position de la femme zolienne est très critiquée. Pour Pierre Ouvrard, critique zoliste, "la femme apparaît chez Zola comme la tentatrice, et cette image court à travers la série des Rougon-Macquart" 10. Cette interprétation de Pierre Ouvrard serait en partie à comprendre dans le cadre de la place qu'occupe la femme à l'époque de Zola. Le dix-neuvième siècle, particulièrement dans sa deuxième moitié, est un moment où foisonnent différents courants idéologiques en France tels que le nationalisme, le colonialisme, l'impérialisme, les revendications sociales et particulièrement le féminisme. Il n'est pas rare de retrouver ces problèmes et surtout celui de la femme et du rôle qu'elle devrait dorénavant jouer dans la société, dans les œuvres romanesques contemporaines. Ainsi en est-il des propos des deux amies la Vatnaz et Rosanette, personnages de L'Education sentimentale, ayant chacune des vues opposées à propos du rôle de la femme. "L'affranchissement du prolétaire, selon la Vatnaz, n'était possible que par l'affranchissement de la femme. Elle voulait son admissibilité à tous les emplois [...] 'une réglementation du mariage plus intelligente"'. Pour Rosanette, "les femmes [sont] nées exclusivement pour l'amour ou pour élever des enfants, pour tenir un ménage." Rosanette approuve les polissonneries de Hussonnet au club des femmes et elle serait prête à mettre des habits d'homme pour aller "leur dire leur fait, à toutes, et les fouetter" ; enragée, son amie La Vatnaz sort en claquant vigoureusement la porte Il. Ces deux citations résument très clairement les discussions et opinions à propos du rôle des femmes dans la société au temps de Zola. Toute la société se trouve à la croisée des chemins, hésitant,
10Pierre Ouvrard, Zola et le prêtre (Paris: Beauchesne, 1986), p. 76. Il Gustave Flaubert, L'Education sentimentale (Paris: Club de l'Honnête HOlnme, 1971), pp. 295, 305-6.

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quant au chemin à suivre. La lutte pour l'affranchissement et pour l'épanouissement de la femme y est très âpre. On retrouve le camp de ceux qui veulent l'amélioration du statut de la femme, les "féministes" et ceux qui veulent maintenir le statu quo. S'il est vrai que la femme zolienne a beaucoup de défauts, comme d'ailleurs son pendant masculin, elle possède néanmoins un avantage de taille qui fait toute la différence et qui la met dans une position de force vis-à-vis de l'homme. Un regard en profondeur sur la femme zolienne dévoile un pan d'elle jusque-là inexploité: son pouvoir. Et un des aspects de ce pouvoir concerne sa capacité à donner la vie. La femme seule possède le pouvoir de donner la vie, le pouvoir d'enlever la vie, le pouvoir de donner la mort. Elle semble incarner les deux concepts du temps, linéaire par sa chair périssable et répétitif par sa parenté avec la nature dans l'œuvre du romancier. Ce pouvoir donne à la femme chez Zola une place irréductible, place qu'aucun autre de ses 'attributs' ne peut lui ravir. Odile Hansen résume brillamment cette position privilégiée de la femme en déclarant: "on trouve le pouvoir quasi-surnaturel de la mère [donc de la femme, mère en puissance] qui enfante et far conséquent donne vie et mort à sa progéniture [donc à l'homme]" 2. Si, à première vue, l'homme semble être celui qui est au contrôle, force est de constater que la femme est en réalité celle qui tire les ficelles, celle qui contrôle l'homme qui contrôle, ou qui croit contrôler. La série des Rougon-Macquart célèbre ce pouvoir du sexe dit 'faible', et ce pouvoir constitue un programme qui court en filigrane dans la fresque, programme déjà inscrit dans la personne d'Adelaïde Fouque, la matriarche qui rassemble en 'elle' toute l'humanité. Le pouvoir que possède la femme ne se réduit pas à son rôle de géniteur, il se manifeste également à travers sa capacité intellectuelle, symbolique et son rôle de guide, et l'écrivain a su réunir ces différentes manifestations du pouvoir dans un 'seul livre' : Les Rougon-Macquart.

12 Odile R. Hansen, La Chute de la femme: l'ascension d'un Dieu victimisé dans l'œuvre d'Emile Zola ~ew York: P. Lang, c1996), p. XII.

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Les Rougon-Macquart
Cette analyse considérera la série des Rougon-Macquart, avec ses vingt romans qui seront traités comme des chapitres ou des parties d'un même livre, comme une seule œuvre, un seul roman. Zola parle de "ce grand ouvrage [...] qui formera plusieurs épisodes" en référence aux Rougon-Macquart (Préface, I, 3-4). Cette approche est motivée par la cohérence et la complétude de ces romans pourtant autonomes. L'écrivain des Rougon-Macquart a un but avoué: écrire "l'Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire" (ibid.). Cette histoire couvre cinq générations d'une famille ayant pour ancêtre une femme. Bien que chaque roman faisant partie de cette série ait un thème spécifique, la même histoire court du premier au dernier roman: les différents chemins pris par les descendants de la même personne, représentant tous les milieux sociaux, tous les lieux, tous les maux de l'humanité. Emile Zola, en bref, raconte l'histoire humaine dans un mIcrocosme. Les Rougon-Macquart racontent l'histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, comme l'avait souhaité Emile Zola, mais ils vont plus loin. Ils racontent le douloureux cheminement de la nation française conduisant à son émancipation dès avant la Révolution en 1789, en passant par tous les soubresauts politiques et sociaux, pour aboutir à la République. Les racines de la dynastie des Rougon-Macquart, dont la matrice est née en 1768, se perpétuent à travers l' 'enfant inconnu' qui naît en 1874, en pleine Troisième République 'démocratique'.

Monde fictionnel des Rougon-Macquart
L'action dramatique centrale de la fresque des RougonMacquart, pris comme un seul roman, débute en 1851, dans l'Aire Saint-Mittre, (cimetière abandonné au village de Plassans); elle se termine en 1874 dans la maison où Clotilde allaite son fils, non loin de l'ancien Jeu de Mail, terrain vague non loin du cimetière, où sera construit un asile à la gloire des Rougon, soit une durée d'environ vingt-trois ans. Entre ces deux cadres narratifs, celui du début, l'Aire

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Saint-Mittre et celui de la clôture, le Jeu de Mail, il y a des différences sensibles. L'Aire Saint-Mittre est un lieu cloisonné et fermé, c'est un champ de mort, de pourriture, c'est aussi de l'humus d'où sortira la vie, aussi fêlée soit-elle. Ce cloisonnement devient 'décloisonnement' avec le Jeu de Mail, qui n'a pas de mur et qui est un espace ouvert. Ce sera le site d'un vœu, d'un désir et d'une ambition tournés vers l'avenir, bâti pour les générations à venir. Ces deux endroits représentent des lieux d'utilité et de symbolisme différents dans une relation oppositionnelle. D'un côté, il y a l'ouverture, et de l'autre le cloisonnement, un enfermement. Si l'Aire Saint-Mittre est un ancien cimetière qui devient actif la nuit, pendant l'obscurité, et sert de cachette aux jeunes gens, le jeu de Mail, quant à lui, est vivant. C'est un endroit ouvert et dégagé pour se montrer, il n'y a ni arbre, ni mur, ni pierre pour servir de cachette. On y va pour jouer en plein jour sans rien avoir à dissimuler. L'un symbolise le passé et l'autre l'avenir. L'élément de continuité dans ce cadre narratif est Félicité Rougon; elle est le fil conducteur qui relie les deux cadres narratifs par sa présence très symbolique. Elle prend le relais de tante Dide, sa belle-mère, qui a été témoin de l'époque où l'Aire Saint-Mittre était un cimetière; la vieille Félicité Rougon pose enfin la pierre et 'donne naissance' dans ses vieux jours à ce nouveau monument. Zola est connu pour sa capacité à étirer ou réduire le tempsl3 pour des besoins fictionnels. En l'espace tictionnel de vingt-trois ans, toute l'histoire des Rougon-Macquart se déroule. Cette contraction temporelle constitue une première possibilité de l'utilisation que fait l'écrivain du temps. Pourtant, une deuxième contraction temporelle beaucoup plus réduite est possible. Dans cette deuxième possibilité de contraction temporelle, l'action dramatique se réduit à une seule semaine; semaine allant du dimanche soir à l'Aire Saint-Mittre, au début de La Fortune des Rougon, au dimanche en fin de journée à la
13Robert Ricatte note cette capacité de Zola à jouer avec le temps: "La construction romanesque accroît encore cette impression de temps de régresse", "A propos de la La Fortune des Rougon" in Cahiers naturalistes 19 (1961), p. 105.

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fin du Docteur Pascal, pendant que Clotilde allaite son fils: "mais [l'enfant] n'était point sensible à cette fin d'un beau jour... au grand ciel bleu" (Docteur, V, 1216, 1220). Il Y a un déplacement spatial de l'action dramatique qui commence à l'ancien cimetière de l'Aire SaintMittre dimanche au soir, et se termine au Jeu de Mail, dimanche en fin de journée, donnant ainsi une période tictionnelle d'une semaine. Dans cette contraction temporelle et symbolique d'une seule semaine, tous les événements des Rougon-Macquart, au niveau de l'action dramatique, se déroulent. Ainsi en est-il du duel qui oppose Clorinde à Eugène Rougon et sur lequel est bâtie l'intrigue de Son Excellence Eugène Rougon. En effet ce duel n'aurait duré que l'espace d'une séance à l'Assemblée constituante, soit une après-midi; de l'entrée remarquée de Clorinde dans la salle à la sortie de Rougon après son discours triomphal. Le même schéma de contraction temporelle se retrouve dans Le Ventre de Paris. Ce roman s'ouvre sur les maraîchers entrant dans la ville de Paris à l'aube, dans l'obscurité de la nuit et sous les lumières des becs de gaz, et se termine au moment où les revendeuses, ayant fini d'acheter leurs marchandises aux maraîchers, se donnent le 'bonjour matinal'. Dans ce roman dont le cadre narratif est le même lieu clos des halles et ses environs, toute l'action dramatique ne se déroule qu'en l'espace de quelques heures. Les maraîchers ont vendu leurs marchandises avant le lever du jour alors que les vendeurs commencent leur journée. S'il est vrai qu'il y a un déplacement physique des 'objets' que sont les marchandises, des mains des maraîchers à celles des revendeurs, pour se retrouver à leur emplacement final du jour sur les étalages des différents revendeurs spécialisés, les marchandises restent néanmoins dans le même endroit confiné, dans le même espace cloisonné que les acteurs - revendeurs ou maraîchers. Ainsi, l'action se déroule dans un cadre géographique et temporel bien délimité. En procédant par de multiples retours en arrière qui assureront ainsi un emboîtement réussi de l'action dramatique de cette pièce que forment Les Rougon-Macquart, Zola fera tenir l'action dramatique dans un espace narratif et temporel d'une semaine. Ceci est d'autant plus important que le récit de cette action renferme une série de développements narratifs successifs.

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L'action dramatique centrale des Rougon-Macquart peut se réduire aisément à vingt-trois ans, au niveau chronologique, la période historique est par contre beaucoup plus longue. Elle part de 1768, au moment de la naissance de tante Dide, la matrice de la dynastie des Rougon-Macquart, à la naissance de l'enfant de Clotilde et de Pascal, ce nouveau messie, en 1874, soit cent-six ans. La chronologie interne des Rougon-Macquart peut donc être divisée en cinq périodes. La première commence à la naissance d'Adélaïde Fouque et va jusqu'à l'année 1848. S'il est vrai que cette période couvre de grands moments de l'histoire de la France (l'époque des Bourbons, la Ire République, le premier Empire, la Restauration), elle n'est pas d'une grande importance pour l'action dramatique des Rougon-Macquart. La deuxième va de 1848 à 1851, autre époque troublée de l'histoire française (fin de la Restauration et de la lIe République). La troisième commence avec le coup d'État de 1851 qui sert également de base à l'action dramatique des Rougon-Macquart. Cette période est marquante pour la série car tout ce qui se passe avant ou après semble s'y rapporter soit par des retours en arrière soit par des allusions. La quatrième période va de 1851 jusqu'à la chute du second Empire en 1870, un autre moment fort dans Les Rougon-Macquart. La dernière période est celle de la Troisième République, après la guerre francoprussienne. C'est celle de l'espoir, comme l'enfant qui arrive quand tante Dide s'en va.

Personnages
Sans vouloir reprendre l'inimitable travail de Philippe Hamon sur les personnages zoliens14, il sera simplement fait mention d'un aspect spécifique de ces personnages dans cette étude: leur désignation patronymique. Dans son livre, Hamon démontre que le nom, le prénom, le surnom, le pseudonyme, la périphrase descriptive, le titre, les portraits,
14 Hamon, op. cil.

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pour ne nommer que ces éléments-là, permettent "la critique sur le récit, comme le récit lui-même" (ibid., 107); l'étiquette fonctionne donc à deux niveaux complémentaires. Cette étude fera fréquemment usage de l'étiquette (ainsi Philippe Hamon nomme-t-ill'ensemble des marques du personnage) de certains personnages étudiés, elle aidera à nommer et à définir le pouvoir de ces personnages. S'il est vrai qu'en littérature le "nom propre possède des connotations, données par la compétence culturelle, idéologique et encyclopédique du lecteur", et sert de "classement [...] dans un 'monde' particulier" (ibid., 111), l'accent dans cette étude ne sera pas mis sur l' étiquette. Celle-ci, en tant que pseudonyme, périphrase descriptive, titre, portraits ou nom, servira simplement à renforcer l'horizon d'attente ainsi créé. Dans sa préface de La Fortune des Rougon, Zola mentionne "la double question des tempéraments et des milieux" (I, 3) ; à ce 'duo', nous pourrions ajouter un troisième élément: l'époque et le résultat de la combinaison de ces trois éléments donneront naissance à la 'race'. Ces trois éléments réunis forment le socle de l'édifice sur lequel reposent Les Rougon-Macquart. C'est le triangle 'magique' sur lequel sont construites la plupart des actions; toute interprétation possible de cette fresque zolienne y repose. C'est également dans le cadre de ce 'trio' que se manifestera la relation entre les femmes et le pouvoir dans Les Rougon-Macquart. Zola prendra les femmes dans leur contexte personnel et leur assignera des rôles et fonctions qui démontreront le degré de pouvoir qu'elles possèdent.

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Chapitre I : Des femmes dans Les RougonMacquart
I
La femme, contemporaine d'Emile Zola

Le rôle et la place de la femme dans la société sont des thèmes brûlants à l'époque d'Emile Zola. C'est donc tout naturellement que l'écrivain, vivant à une époque où les femmes revendiquent avec véhémence leur égalité avec les hommes, fait cette déclaration en 1897, quatre ans après la sortie du dernier volume des RougonMacquart, Le Docteur Pascal:
La femme, ainsi que l'homme, ne sera jamais que ce que la nature veut qu'elle soit. [...] Dans l'ordre de la justice, dans l'ordre du bonheur, certes la femme doit être l'égale de l'homme. Mais si physiologiquement elle est autre c'est que sa fonction est autre, et qu'elle ne peut que s'atrophier et disparaître à tenter d'en sortirl5.

Cette déclaration d'Emile Zola comporte trois phrases. La deuxième de ces phrases contient deux propositions et la première de ces propositions est subordonnée, et au niveau syntagmatique juxtapose deux autres propositions subordonnées, à savoir dans l'ordre de la justice et dans l'ordre du bonheur. Ces deux dernières semblent avoir pour objet de préparer et de renforcer l'énonciation qui suit, c'est-à-dire la proposition principale, à savoir: la femme doit être l'égale de l 'homme. Or, l'écrivain naturaliste intercale un adverbe de concession à valeur 'réductrice', certes, entre les deux groupes. Dans cette même, deuxième phrase comportant également plusieurs propositions, Zola fait usage ici d'un autre moyen discursif. Il commence par
15Emile Zola, Œuvres complètes, éd. Henri Mitterrand (Paris: Cercle du Livre Précieux, 1966-1970), t. XIV, p. 844. Cette édition sera abrégée en Ge dans la suite de cette étude. Cette citation rappelle ce qu'affirme Jean Borie: "Michelet plaide en faveur de toutes les variétés de la femme humiliée, de la felnme en situation précaire [...]" ; Le Tyran timide (Paris: Klincksieck, 1973), p. 43.

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mais, conjonction adversative, et utilise deux verbes interchangeables, apparentés et sémantiquement négatifs, s'atrophier et disparaître. Les deux phrases se font écho et se complètent de par leurs sens respectifs. Zola contraste ici deux groupes de termes, exprimant des concepts' contraires', voire même' antagonistes', justice, bonheur, égalité d'un côté et s'atrophier, disparaître de l'autre. Or, ces deux groupes sont liés par certes et mais, mots à valeur oppositionnelle qui atténuent la force de la déclaration de l'écrivain; ils semblent indiquer la difficulté, voire l'impossibilité pour la femme d'atteindre l'égalité avec l'homme. Deux obstacles se dressent ainsi sur le chemin de la femme, notamment sa physiologie et ce qui en découle, safonction, et constituent un handicap à vaincre. Zola à travers cette affirmation révèle-t-il sa conviction profonde ou bien s'agit-il d'une simple constatation? Cette ambiguïté se retrouvera également dans l' œuvre de I' écrivain. Dans cette déclaration de l'auteur des Rougon-Macquart, les mots 'justice', 'bonheur', 'égalité', 'physiologie' et 'fonction' (et 'disparition') sont à retenir car ils jouent un rôle primordial. Ils serviront de mots-clés dans cette étude de figures féminines de pouvoir dans la fresque des Rougon-Macquart. Ils seront en outre le prisme à travers lequel seront analysées les différentes instances de ce pouvoir. Quel rôle la justice, le bonheur, l'égalité jouent-ils dans la vie de la femme à l'époque d'Emile Zola? Quelles fonctions lui reconnaît la société? Les vues de Zola-écrivain sont-elles identiques à celles de ses contemporains? Une chose est certaine, l'écrivain naturaliste crée un monde tictionnel parallèle et différent dans lequel évolueront ses personnages; il y incorporera les nouvelles théories de l'hérédité.

Prosper Lucas et l'hérédité A la même époque et en dépit des nouvelles connaissances au sujet de l'hérédité, les croyances sur les femmes ne semblent pas s'être sensiblement améliorées. Certaines 'découvertes' et pseudo-sciences telles que la phrénologie ou l'anthropométrie semblent confirmer la

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position subalterne de la femme en affirmant la primauté du principe mâle dans l'acte générateur. Cette opinion est maintenue en dépit de la parution au 1ge siècle de plusieurs ouvrages 'révolutionnaires' tant sur la physiologie, la médecine que l'hérédité (Physiologie des Passions de Letourneau, L'Introduction à la médecine expérimentale de Claude Bernard décrit comme "une révolution comparable à la publication du Discours de la Méthode" (Préface, I, p. XVI) entre autres); sans oublier Darwin, traduit en 1864 par Clémence Roger. Le Traité philosophique et physiologique de l'hérédité de Prosper Lucas16 est d'une importance capitale pour la cause féministe car ses travaux viendront démontrer le manque de fondement de la position des hommes quant à leurs points de vue vis-à-vis des femmes. En outre, Emile Zola déclare: "Sans indiquer ici tous les ouvrages que j'ai consultés, je citerai seulement l'ouvrage du docteur Lucas..." (Préface, I, p. XVI) ; il est évident que l'ouvrage de Lucas a été l'une des sources de documentation de l'écrivain dans la rédaction de ses romans. Colette Becker affirme que cet ouvrage a contribué à donner à l'écrivain "l'idée d'un roman où l'on montrerait le métissage dans l'adultère. Il existait une loi qui faisait remonter à toute une famille la faute d'un de ses membres,,17. A ce propos, Zola déclare:
C'est [à l'époque de la publication de Thérèse Raquin et Madeleine Férat] que me tomba sous les yeux le gros Bouquin de Lucas sur L 'Hérédité naturelle; je passais un mois à travailler à la Bibliothèque impériale. Dès ce moment, je pris la résolution d'écrire une série d'ouvrages
16Prosper Lucas, Traité philosophique et physiologique de l'hérédité naturelle dans les états de santé et de maladie du système nerveux, avec l'application méthodique des lois de la procréation au traitement général des affections dont elle est le principe... (Paris: Baillière, 1847-1850). 17 Cité dans la préface d'Emile Zola, Les Rougon-Macquart: histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, édition établie par Colette Becker, avec la collaboration de Gina Gourdin-Servenière et Véronique Lavielle {Paris: R. Laffont, 1991-1993),1. I, p. 3.

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à travers lesquels se dérouleraient les manifestations successives de l'hérédité18.

Il est plus que probable que Zola ait également consulté le Traité des dégénérescences, intellectuelles et morales de l'espèce humaine19 du docteur Benedict-Auguste Morel, un des ouvrages les plus connus du jour, traitant de la transmission de certaines dispositions héréditaires. Au départ, Lucas parle de lois: il y la loi de création qui devient procréation, la loi de l'invention qui devient l'innéité et la loi de l'imitation qui devient l'hérédité. L'innéité "[...] représente ce qu'il y a d'originalité, d'imagination, et de liberté [...]", l'hérédité "représente ce qu'il y a de répétition et de mémoire de la vie, dans la même nature,,20. Le produit de l'union de deux conjoints est inné, c'est-à-dire qu'il représente ce qui est original tout en laissant de la place à l'imagination, la 'vie' permettant une certaine 'liberté' dans cette procréation. Lucas se demande "jusqu'à quel degré les êtres engendrés naissent-ils différents des types spécifique et individuel des êtres qui les engendrent ?,,21 Il répond tout de suite en affirmant qu'il n'existe que deux moyens pour résoudre ce problème: l'induction et l'expérience ; il faut observer et ensuite tirer des conclusions. Il sera évident que les lois de la nature ne font pas de discrimination basée sur le sexe en termes de distribution des dons aux êtres issus des mêmes parents. Selon Lucas, l'organisation physique des parents ne se retrouvant pas nécessairement chez tous les enfants au même degré, même entre les jumeaux, les dissemblances peuvent ainsi se retrouver dans la "structure externe, dans la structure interne, dans la constitution, dans le tempérament,,22. Il est à noter que Lucas ne fait nulle mention du sexe dans lequel ces différences seraient les plus marquées, en d'autres termes, la nature ici ne semble faire aucune distincInterview donnée par l'écrivain au docteur Cabanès, " La doculnentation médicale d'Emile Zola", in La Chronique médicale, 15 novembre 1895, p. 677. 19Benedict-Auguste Morel, Traité des dégénérescences, intellectuelles et morales de l'espèce humaine, (Paris: Baillière, 1857). 20 Lucas, op. cil., 1. I, p. 91. 21 Ibid, p. 97. 22Ibid, pp. 103-104. 18

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tion entre les deux sexes. Il continue plus loin en affinnant "il existe constamment et originellement, chez le plus grand nombre, pour ne pas dire chez tous [nous soulignons], une partie de la vie, un organe, une fonction qui laisse à désirer, lacune naturelle,,23; ainsi, chaque être, selon Lucas, a un trait 'défaillant' indépendamment du sexe. Lucas cherche à savoir si 1'hérédité procède des deux sexes ou exclusivement d'un seul. Cette question est d'une importance capitale, car elle sert de base à tous ceux qui utilisent l'hérédité et insistent sur l'apport prédominant de l'un des deux parents dans la procréation pour justifier le maintien d'une situation préjudiciable à tous, homme et femme, comme le reconnaît Victor Hugo24. Ainsi, pour Lucas, les personnes suivantes peuvent influencer l'enfant au niveau de l'hérédité, et chaque groupe de personnes donne lieu à une fonne spécifique d'influence: a)
b) c) d)

"Les auteurs immédiats, ou le père et la mère, donnant lieu a une forme spéciale de l'hérédité: hérédité directe", "Les collatéraux: hérédité indirecte", "Les auteurs médiats, ou les ascendants du père et de la mère: hérédité en retour", "Les conjoints antérieurs: l'hérédité d'influence ,,25.

Après avoir prouvé l'influence primordiale du père chez l'enfant, Lucas prouve également l'influence non moins primordiale de la mère sur son enfant: "l'expérience prouve-t-elle que la nature de la mère transpire dans le produit? Elle le prouve, et les preuves en sont irréfragables : elles découlent des mêmes faits que la représentation de la nature du ftère dans sa progéniture, c'est-à-dire des effets de la copulati on" 6. A l'époque de Zola, la question de l'action élective du sexe joue un rôle important. Sans parler de cette conception en détail, il sera simplement mentionné que cette conception 'élective' repose sur
23

Ibid., p. 116.

24Voir note numéro 23 du présent chapitre. 25 Cf. Lucas, op. cil., t. II, pp. 2-3. 26 Ibid., p. 17.

21

l'hypothèse selon laquelle l'un des parents aurait plus d'influence sur le nouveau-né que l'autre, ou du moins que son influence serait nécessairement plus prononcée dans l'un ou l'autre des traits physique, intellectuel, moral, etc. L'autre conception est réciproque, c'est-à-dire que l'action des deux auteurs peut être réciproque et libre ou non. Il s'en suit qu'il existe essentiellement trois camps: a) b) Les tenants de l'action réciproque et libre des deux auteurs; Les spermatistes pour qui l'unique élément de la génération est le sperme; ce système ancien est ancré dans le Code antique des Hindous, entre autres. Le pouvoir créateur du mâle y est supérieur. Pour les ovistes, l'importance de l'œuf est primordiale et la fécondation n'est rendue possible que par l'existence exclusive du produit féminin27.

c)

Or, d'après Lucas, la mère ne semble pas fournir simplement l'apport 'plastique' ou mécanique et le père la matière réflexive comme il est communément accepté au 1ge siècle. La mère en effet participe autant que l'homme à la procréation et son influence semble être dominante chez le fils alors que celle du père domine chez la fille. Si, effectivement, l'influence du père est dominante chez la fille28, celui-ci serait donc responsable de la soi-disant 'incapacité' de sa fille. Lucas affirme qu'il arrive néanmoins qu'un caractère nouveau apparaisse dans la famille, venant de parents fort éloignés, preuve de la loi de l'innéité29. Emile Zola adopte et adapte pour ses besoins cette nouvelle théorie; elle sera l'une des bases des Rougon-Macquart. L'écrivain fait sienne cette théorie de Lucas:
Il faut poursuivre [les recherches sur 1'hérédité] pendant toute une série de générations, dans la succession de tous
27 28
29

Ibid., pp. 65-69. Cf. Ibid., pp. 10-26.
Ibid., pp. 29-31.

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Les membres des familles, à travers le dédale des lois et des formules de la procréation, dans les milles détours de la marche directe, de la marche indirecte, de la marche en retour de 1'hérédité, compliquée des désordres et des métamorphoses de la maladie30 !

En raison de son autorité dans le monde scientifique de son temps, il est indéniable que les découvertes de Prosper Lucas en matière de reproduction humaine jouent un rôle primordial dans la quête des femmes pour l'égalité avec les hommes, car elles réfutent scientifiquement des positions érigées en dogmes.

Le regard des hommes sur les femmes
Le rôle de la femme est constamment redéfini. La mobilité du rôle et de la fonction de la femme permet à celle-ci de passer aisément du rôle de la prostituée à celui de domestique, ou d'ouvrière; elle peut aussi combiner différents rôles ou fonctions. Cette même époque voit apparaître un autre trait qui est attribué à la femme: la vertu civilisatrice lui est de plus en plus accordée. Cette vertu est si bien acceptée que la nouvelle génération des femmes-écrivains, chrétiennes, appartenant pour la grande majorité à la classe bourgeoise, intègre cette vertu dans leurs traités et dans des ouvrages qui ont tous le même sujet, notamment l'éducation de la femme3!. Si la femme accède enfin à des rôles plus variés, celle-ci reste néanmoins confinée dans un rôle d'objet, subordonnée à l'homme (père ou fils) et doit continuer à correspondre aux fantasmes masculins. Ainsi, la femme continue d'être prisonnière de la pensée paternaliste qui l'enferme dans un cadre spécifique, limitant ce qui est bon et enviable pour elle. "Les femmes! Quelle puissance", écrit Michelet32. Si la majorité des hommes du 1ge siècle ne reconnaissent pas la puissance de la
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31 Marie-Françoise Lévy, De mères en fil/es. De l'éducation des Françaises 18501880(Paris: Calmann-Lévy, 1984), pp. 12-13. 32 Cité dans Une histoire des femmes est-elle possible? Sous la direction de Michelle Perrot (Marseille/Paris: Rivages, 1984), p. 211.

Lucas, op. cil., t. II, p. 847.

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