7 jours d'essai offerts
Cet ouvrage et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois

Publications similaires

Questions économiques à l'ordre du jour

de Presses-Electroniques-de-France

Catéchisme d'économie politique

de Presses-Electroniques-de-France

Vous aimerez aussi

suivant


EAN : 9782335033205

©Ligaran 2015Préface
On parle beaucoup depuis quelque temps de ce que l’on est convenu d’appeler la question
sociale. Nombre de personnes proposent ce qu’elles croient des solutions. Parmi les esprits les
moins doués d’imagination et les plus sceptiques, il n’en est guère qui ne disent qu’« Il y a
quelque chose à faire. »
Le mot de socialisme redevient à la mode et l’on s’en effraye moins. Les variétés de
socialistes abondent : les socialistes anarchistes, les socialistes progressifs ou opportunistes,
les socialistes de la chaire ou économistes socialisants, les socialistes chrétiens, etc.
Tout ce monde paraît convaincu que, d’après les seules lois naturelles, la répartition des
richesses s’opère très mal, très peu équitablement dans les sociétés modernes. « Les riches
deviennent chaque jour plus riches, écrit-on, et les pauvres chaque jour plus pauvres. »
L’industrie crée le paupérisme ; l’abus de la concurrence aboutit au triomphe exclusif du fort, à
l’accaparement des fortunes par la haute finance, la haute industrie, le haut commerce.
Tous ces griefs nous préoccupaient. Ils nous ont porté depuis plusieurs années à étudier,
scientifiquement et expérimentalement, les lois qui président à la répartition des richesses dans
la société moderne et l’effet naturel de ces lois.
Nous soumettons au lecteur le résultat de nos observations.
Ce livre est à la fois un livre de doctrine et, dans une certaine mesure, un livre de
circonstance.
Au point de vue théorique, nous sommes arrivé à la conclusion que presque toutes les
doctrines acceptées en économie politique sur la distribution des richesses sont à refaire, ou du
moins à rectifier.
La célèbre loi de Ricardo sur la rente de la terre n’a aucune application au temps présent, et
avec cette loi tombe le corollaire qu’en avait tiré Proudhon : « la propriété, c’est le vol. »
La loi plus célèbre encore de Malthus sur la population ne trouve guère plus d’application
dans un monde à moitié inhabité, où la circulation des personnes et des produits devient de
plus en plus facile, de moins en moins coûteuse, et où la production des subsistances s’accroît
au point que le prix des denrées principales a beaucoup plus de tendance à s’avilir qu’à
s’élever.
L’image classique de Turgot sur le taux de l’intérêt est ou erronée ou incomplète.
Les réflexions d’Adam Smith, de Turgot, de Ricardo, de Stuart Mill sur le salaire naturel, sur
l e fonds des salaires, sur la puissance réciproque des patrons et des ouvriers, ne méritent
aucune créance, et sont démentis par tous les faits de la civilisation contemporaine.
La « célèbre loi d’airain », qui a servi de thème habituel aux discours du socialiste allemand
Lassalle, n’a jamais eu d’existence que dans l’imagination de Lassalle et dans celle de Ricardo
ou de Stuart Mill.
Bref, presque tout ce que l’école économique classique a écrit sur la répartition des
richesses, quand on le soumet à un contrôle attentif, s’évanouit.
La critique de ces doctrines erronées forme la première partie de ce livre.
Les préjugés répandus parmi les gens du monde ou les publicistes contemporains sur la
répartition actuelle des revenus dans les sociétés civilisées ne sont pas moins nombreux et
moins faciles à dissiper.
L’écart entre les fortunes et surtout entre les revenus est moindre qu’on ne le pense, et cet
écart va en s’amoindrissant.
Le paupérisme diminue, au lieu d’augmenter.Nous sortons de ce que j’ai appelé « la période chaotique de la grande industrie », période
de transformation, d’agitation, de souffrances, de tâtonnements. Sismondi, Villermé, Blanqui
l’aîné ont été à bon droit effrayés de tous les maux que comportait cet âge de transition. Ces
maux sont de nature temporaire : s’ils n’ont pas encore tous disparu, ils sont en train de
disparaître.
La société moderne reprend sa marche vers un état qui sera caractérisé par une beaucoup
moins grande inégalité des conditions.
La question sociale, en tant qu’elle est résoluble, se résoudra d’elle-même, graduellement,
par l’action continue des grandes causes économiques qui sont depuis quelques années en
travail.
Toute action révolutionnaire de l’État pour hâter ce mouvement ne saurait que l’entraver et le
retarder.
Voilà la conclusion qui découle de ce livre. Nous avons rassemblé et soumis au lecteur un
assez grand nombre de faits et d’observations pour qu’il puisse juger lui-même de la vérité de
nos assertions.
P.L.-B.
Novembre 1880.Introduction
De la division de la science économique en quatre parties. – La répartition des richesses a été
jusqu’ici moins étudiée que les autres branches de la science.
Le pessimisme économique et le socialisme. – Préjugés scientifiques et préjugés populaires à
l’égard de la répartition des richesses. – Les trois genres de socialisme. – Critiques qu’ils
adressent aux économistes à propos des machines, de la division du travail, de l’association,
de la concurrence. – Ce que l’on appelle 16 Sysiphisme. – Objection de Mgr de Ketteler à la
liberté commerciale : elle amènerait le triomphe de la nation ayant les salaires les plus bas. –
Réponse à cette objection.
Les théories de Malthus, de Ricardo, de Turgot et de Stuart Mill sur la population, la rente de la
terre et le salaire. – Ces trois théories n’ont pas un caractère scientifique ; elles ne contiennent
que des vérités contingentes et passagères, propres à certains temps et à certains pays.
Réfutation de la doctrine de Malthus par un apologue. – La concurrence des pays neufs, la
baisse du fret maritime et la loi de Ricardo. – Le « salaire naturel la « loi d’airain » de Lassalle ;
Réfutation de cette théorie et du principe de Turgot.
Définition de la civilisation. – Du préjugé que les riches deviennent chaque jour plus riches et
les pauvres chaque jour plus pauvres. – Définition des principaux besoins de l’homme. –
Comparaison des salaires soit en argent, soit ramenés au prix du blé, dans les trois derniers
siècles. – De l’accroissement de toutes les consommations par tête. – De l’amélioration du
logement de l’ouvrier. – D’un progrès plus grand encore dans le vêtement et dans
l’ameublement ; démonstration par le mouvement des prix depuis cinquante ans. – Du
développement des garanties qu’a l’ouvrier contre la maladie, le chômage, la misère. – L’action
des sociétés de secours mutuels et des caisses d’épargne. – Critiques de Proudhon
relativement aux caisses d’épargne ; réponse.
Accroissement des loisirs de l’ouvrier. – Diminution progressive de la journée de travail.
Théorie de Lassalle sur le critérium de la situation de la population ouvrière. – Réfutation de
cette théorie.
Du mouvement général vers une moindre inégalité des conditions.
On divise, d’ordinaire, la science économique en quatre parties distinctes, quatre provinces,
pour employer le langage de l’école. La première concerne exclusivement la production des
richesses : on y recherche les lois générales qui, en dehors de tout procédé technique, donnent
au travail de l’homme vivant en société le maximum d’efficacité. Parmi les phénomènes les plus
importants qu’embrasse cet ordre d’études, on peut signaler la nature et le rôle du capital, la
division du travail, la liberté industrielle, la concentration des ateliers, l’emploi des machines, la
concurrence. Les premiers économistes, Adam Smith, Jean-Baptiste Say et leurs successeurs
ont excellé dans cette fraction du domaine de leur science, ils l’ont pour ainsi dire épuisée, n’y
laissant après eux aucune vérité importante à découvrir. La seconde partie de la science
comprend la circulation des richesses ; elle traite des lois générales qui règlent l’échange, la
monnaie, les banques, le crédit. Sur ces sujets les travaux ont été innombrables ; les doctrines,
cependant, sont moins fixes et moins certaines ; il y a place à des efforts utiles et à des vues
nouvelles. Après ces deux catégories de phénomènes la science économique doit étudier la
distribution ou, plus exactement, la répartition des richesses, ce qui diffère beaucoup de leur
circulation : il s’agit de se rendre compte de la part qui doit revenir en stricte justice et de celle
qui échoit en réalité aux divers facteurs de la production, aux hommes qui détiennent le sol en
conformité avec nos lois civiles, à ceux qui possèdent les instruments de travail, aux hommes
qui ont la conception et la direction des entreprises, à ceux enfin qui prêtent leurs mains ou leur
esprit pour l’exécution ; cette dernière classe d’agents de la production forme en tout pays la
majorité des habitants. Le champ que comprend cette troisième province de la science