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Impressions de voyage : en Suisse

De
376 pages
Fuyant l'épidémie de choléra et les conspirations royalistes qui sévissent à Paris, Alexandre Dumas quitte la ville en mai 1832 pour se rendre en Suisse. L'auteur veut tout voir, tout savoir des curiosités locales, des traditions et des gens. Les Impressions de voyage ne sont pas (uniquement) un guide touristique. Elles se révèlent être une véritable étude d'ethnologie qui explore l'âme des Suisses de la première moitié du XIXe siècle.
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de couverture
t e x t e s e t c o m m e n t a i r e s
Alexandre Dumas Texte établi et présenté par Alain Chardonnens
L i t t é r a t u r e c l a s s i q u e
IMPRESSIONS DE VOYAGE : EN SUISSE
Tome 1 : En Suisse romande et dans les cantons alpins
Impressions de voyage : en Suisse
Tome 1 : En Suisse romande et dans les cantons alpins
Collection Littérature classique Textes et commentaires Cette collection est consacrée à la réédition, l’analyse et la présentation de textes classiques de la littérature mondiale des origines à la fin du e XIX siècle. Titres parus ANONYMES,Maugis d’Aigremont, chanson de gestesuivie deLa morte de Maugis, 2014. Alexandre Ivanovitch KOUPRINE,Monstres insatiables,Traduit du russe, introduit et annoté par Françoise Wintersdorff-Faivre,2013.Alain CHARDONNENS,Terreur prussienne,2012 Jacques LARDOUX,Lessonnetsde William Shakespeare,2012.
Alexandre Dumas
IMPRESSIONS DE VOYAGE: ENSUISSE
TOME1 : ENSUISSE ROMANDE ET DANS LES CANTONS ALPINS
Texte établi et présenté par Alain Chardonnens
L'HARMATTAN
© L’Harmattan, 2015 57, rue de l’ÉcolePolytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978234307017-9 EAN : 9782343070179
PRÉSENTATION DU TEXTEL’année 1832 avait pourtant bien commencé pour Alexandre Du-mas: il venait de conquérir le cœur d’une jeune actrice, Ida Ferrier,et Anthony, sa dernière pièce de théâtre, connaissait un grand succès. Mais une catastrophe s’abat sur Paris: le choléra. Cette maladie provoque le décès de 7000 personnes en avril et l’hospitalisation de 14000 autres. La psychose s’installe. Henri Troyat, biographe de Dumas, déclare :«On dit que l’épidémie, partie d’Inde, a traversé la Perse, gagné Saint-Pétersbourg, puis Londres […]. Frissons, crampes, diarrhées, empoisonnement du sang, faiblesse nauséeuse conduisant à l’agonie, tous les symptômes sont là. Et la science est 1 impuissante à guérir et à définir le mal. »Les Parisiens évoluent dans un monde apocalyptique qu’Eugène Sue dépeindra une décennie plus tard dansLes Mystères de Paris. Dans sesMémoires d’Outre-Tombe,Chateaubriand rapporte les scènes suivantes :« Dans la rue de Sèvres complètement dévastée surtout d’un côté, les corbillards allaient et venaient de porte en 2 porte. Ils ne pouvaient suffire aux demandes […]». Pour conjurer le mauvais sort qui s’acharne sur Paris, Dumas écrit une comédie,Le mari de la veuve, qui provoque l’incompréhension des spectateurs, tétanisés par les avancées du mal contagieux. À son tour, Dumas connaît les premiers symptômes du choléra et engloutit de l’éther pur à la suite d’une étourderie de sa servanteCa-therine, inquiète en raison de l’état de santé préoccupant de son
1 TROYAT, Henri :Alexandre Dumas. Le cinquième mousquetaire. Paris, Grasset, 2005, p. 245. 2 CHATEAUBRIAND,François-René de :Mémoires d’Outre-Tombe, tome cinquième, Liège, Imprimerie, J.-G. Lardinois, 1850, p. 38.
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1 maître. Son état empire. Il est victime d’une syncope . Il s’en remet péniblement, mais se trouve dans un état de faiblesse marqué. Et les ennuis ne font que commencer. Le 5 juin, Alexandre Dumas se re-trouve mêlé à une émeute républicaine le jour des funérailles du géné-2 ral Lamarque , opposant au roi Louis-Philippe. Dans le feu de l’action, il remet aux insurgés 20 fusils utilisés dans le cadre de di-verses représentations théâtrales. Durant la nuit, le pouvoir royal 3 n’hésite pas à massacrer les contestataires à Saint-Merri . Rentrant chez lui, Dumas, affaibli par la maladie, s’effondre et perd connaissance dans les escaliers. Le 9 juin, une gazette légitimiste va jusqu’à annoncer que les soldats du roi ont fusillé Dumas. Ses convic-tions républicaines irritent le pouvoir. L’éventualité d’une arrestation se précise à la suite de l’avertissement que lui adresse Alexandre Charles Anatole Alexis, marquis de Lawœstine, l’un des aides de 4 camp du roi. L’homme de théâtre réalise que son père, le général Dumas, contestant les dérives autocratiques du régime, avait lui aussi 5 subi la colère du pouvoir : Napoléon Bonaparte l’avait brisé, mettant fin à sa carrière et à ses appointements. C’est dans ce climat d’incertitude que Charles Jean Harel, directeur du théâtre de l’Odéon, toujours avide de profits, demande à Dumas de lui livrer une nouvelle tragédie. Ainsi, après avoir réécrit la pièce d’un inconnu (La Tour de Nesle), l’écrivain remetLe Fils de l’émigréà son commanditaire contre la somme de 5 000 francs. Dumas est exténué. Dans ces conditions, décidé à fuir le choléra et la vindicte des cercles monarchistes, il s’enfuit de Paris en diligence le 21 juillet. Belle Krelsamer, sa maîtresse principale, est du voyage. Il veut se re-poser dans cette Suisse, tant vantée par Rousseau dans laNouvelle Héloïse, Senancour dansOberman,Schiller dansTell Wilhelm ou en-core Byron dans son drameManfred. En effet, les voyageurs s’enthousiasment devant les panoramas alpins grandioses et admirent 1 BIET, Christian ; BRIGHELLI, Jean-Paul ; RISPAIL, Jean-Luc :Alexandre Dumas ou les aventures d’un romancier.Découvertes Galli-Gallimard, 1986, coll. «  Paris, mard », p. 64. 2 SCHOPP, Claude :Alexandre Dumas. Le génie d’une vie. Paris, Fayard, 1997, pp. 224-227. 3 LEDDA, Sylvain :Alexandre Dumas. Paris, Gallimard, 2014, coll. « Folio biogra-phies » n°117, p. 157. 4 DUMAS, Alexandre : « Mes infortunes de garde national »,La Presse, 28 sep-tembre 1835. 5 er SCHOPP, Claude : « Napoléon I »,Dictionnaire Alexandre Dumas. Paris, CNRS Éditions, 2010, pp. 417-418.
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les mœurs simples des bergers, ces nouveauxsauvages » épris« bons de liberté qui résistent à la corruption de l’esprit des villes.La Suisse 1 apparaît comme un Édenpréservé, loin de l’agitation parisienne. « Dumas recouvre ses forces en découvrant des paysages qui l’enchantent,déclare Sylvain Ledda.Les pages qu’il tire de ce voyage sont belles, variées dans leur ton, associant un souffle lyrique à une 2 méditation sur sa condition de voyageur. »Ce tour de Suisse dure près de trois mois: l’écrivain et sa maîtresse rentrent à Paris en octobre 1832. Les premiers chapitres du récit de voyage sont publiés en 1833 et 1834 dans laRevue des Deux Mondes. LesImpressions de voyagene sont pas (uniquement) un guide tou-ristique : ils’agit aussi d’un carnet de voyage dans lequel Dumas re-trace l’histoire de la Suisse (de la préhistoire à la Réforme), rapporte des contes et des légendes (fantômes et diables qui peuplent le pays, Guillaume Tell), rend compte de ses rencontres (que ce soit avec de solides montagnards ou Chateaubriand et la reine Hortense) et nous livre ses expériences culinaires (glaces de Lausanne, truites de Bex, bifteck d’ours à Martigny). CesImpressions de voyagese révèlent être une véritable étude d’ethnologie qui explore l’âme de la Suisse et des e Suisses de la première moitié du XIX siècle. Daniel Zimmermann explique la méthode utilisée par Dumas pour bâtir son récit: l’auteur« veut tout voir, tout savoir des curiosités lo-cales, des traditions et des gens. Il se documente dans les biblio-thèques et il interroge les habitants. Veut-il raconter la bataille de Grandson où les Suisses vainquirent Charles le Téméraire, il se rend sur le terrain, vieilles chroniques en main, pour vérifier les indica-3 tions topographiquesqu’elles contiennent». Le texte s’achève avec la mort de deux guides : celle de Jacques Balmat, qui avait atteint le sommet du mont Blanc en 1786 et celle de Payot, qui avait emmené Dumas sur la mer de Glace. Les paysages sont idylliques, mais la montagne peut s’avérer mortelle.De retour à Paris, il apprend que l’épidémie de choléra a reculé et que le roi Louis-Philippe a consolidé son pouvoir. Il ne fait pas bon d’être républicain: un nouveau ministère, dirigé par Soult, a été cons-titué le 11 octobre avec Adolphe Thiers à l’Intérieur et François Gui-1 RESZLER, André :Mythes et identité de la Suisse. Genève, Georg éditeur, 1986, p. 53. 2 LEDDA, Sylvain :Op. cit., p. 159. 3 ZIMMERMANN:, Daniel Alexandre Dumas le Grand, biographie.Paris, Phébus, 2002, p. 310.
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