Jardin de nuit

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"Jardinier bord des paquebots blessés dans les creux des mensonges, Ernest Pépin laboure l'me et l'intelligence de l'le et sème profusion les mémoires nocturnes. Il loue le feu de l'amour. Il faut entrer dans Le jardin de nuit o le pote nous associe au partage des agapes et celui de savourer les fruits de l'intuitive motion. La poésie du quimboiseur guadeloupéen est une invitation vivre la Nuit puise par les regards de la mer des Ténèbres." (extrait de la préfacée de Danile Maoudj)
Publié le : dimanche 1 juin 2008
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EAN13 : 9782296202245
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Jardin de nuit

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57, rue N.D. de Recouvrance 45 000 Orléans @ L'Harmattan, ISBN: 2008

978-2-296-05993-1

Ernest PÉPIN

Jardin de nuit

L'Ecar latelL'Harmattan

Les embuscades

de la nuit
Par Danièle MAOUDj

Ne m'attends pas ce soir, la nuit est blanche et noire. Gérard de Nerval

Jardinier à bord des paquebots blessésdans les creux des mensonges,Ernest Pépin laboure l'âme et l'intelligence de l'île et sème à profusion les mémoires nocturnes. Il loue le feu ardent de l'amour. Il faut entrer dans le Jardin de nuit, titre de son dernier recueil de poésie où le poète nous associe au partage des agapes et à celui de savourer les fruits de l'intuitive émotion. La poésie du quimboiseur guadeloupéen est une invitation à vivre la Nuit épuisée par les regards de la mer des Ténèbres. A pas d'oiseleur, Pépin ensemence la nuit de graines voluptueuses pour croire au miracle de la poésie, et offre le «Sel noir» aux larmes miraculeuses. Eclairé par les lucioles de la solitude, Pépin crève le mal blanc des blessures courtisées par le vomi d'un soleil mort et
boit le pus de la vie sous les peaux noires des déportés.

Sa poésie, prière gouvernail d'un avenir insurgé chante les cantilènes et célèbre son peuple venu de l'Origine. Les mots ont le parfum des horizons d'insomnie où l'on entend le saxophone qui saigne le crépuscule.L'étoile marronnedans la démesure de la nuit bleue et donne la parole à la pluie des cheveuxse désaltérant à la source des forces contraires de l'Histoire. Chevelures lointaines

d' Mrique et de l'Inde sont convoquées au festin commun. Aucune prudence dans le choix des mots, ce sont eux qui prennent la décision d'éclairer une langue de patience au carrefour de toutes les exigences, une langue qui échappe aux embuscades de la nuit. Une langue qui marronne la langue française à l'abri de la damnation des lunes blanches. Les mots côte à côte se bousculent, s'entrecroisent, se mêlent et tissent l'étoffe solaire des sensations de la mémoire et des corps. Toute sa poésie redonne au deuil noir l'espérance humaine. Elle refuse les lamentations pour donner une sépulture à ses morts. Morts engloutis par l'ivresse obstinée d'un Océan envieux. Morts piétinés par les ombres blanches qui n'ont pu endiguer l'énergie de la Terre, elle qui a su re-cueillir le langage de ceux qui furent contraints d'inventer la parole de nuit. Assis sur l'embarcadère des traces, les mots veillent inlassablement sur les souvenirs blessés. Les mots sont là rythmant le deuil et l'amour, les mots sont là pour sauver la mémoire du fond des cales et continuer le destin de ceux qui ont préféré se noyer dans l'angoisse de l'Océan plutôt que de connaître la douleur d'un Destin-nu. Les mots battent du gwo-ka dans le volcan des cœurs et célèbrent les noces de la vie. La peau de la nuit éclaire une poésie au corps à corps où les seins deviennentdes îles et court le frisson humide des couleurs chaudes de la sensualité. La source de l'Origine irradie la chancellerie des cuissesde la Femme primordiale dans un ciel sans péché. Origine perdue dans les Ténèbres et les brumes sans limi~e. La figure de la Femme aux lèvresfardées d'étoiles est l'élue intime au cœur de la mi-nuit des berceuses. Elle ouvre les entrailles de la nuit et confesse le temps 6

des siens, celui d'une civilisation à venir. Le grondement des mots percent l'oreille de la nuit et fait tanguer le lecteur dans le désir fortifié d'encre outrenoire. Les prières se glissent entre les cuisses tremblantes des exils, les prières épèlent la nuit au fil des grappes de l'espoir encore à vivre. En chantant ces lewoz, l'horizon assoupi de l'enfance est désormais réservé à la voix retenue dans le sang obscur de l'ignorance, et désormais réservé à la «canaille désœuvrée de l'Europe» et à ceux qui s'imaginent vivre dans les contrées de l'immortalité... pas assez riches pour savourer l'ambroisie. C'est une fête à toutes les Solitude * qui convertissent leur chagrin en rage de liberté défiant les troupes de tous les généraux. Toutes les Solitude « guerrières de la beauté qui portent haut l'étendard» de la résistance dans l'absolu Nuit. Pépin troque les tempêtes de la mer des Ténèbres pour les vagues du désir salvateur. Clamer la poésie d'Ernest Pépin c'est prendre sa place dans le lit des promesses ensoleillées et prendre rendez-vous avec le sensible et le spirituel. Chaque parole masse les paupières de la nuit jusqu'à les ouvrir à la lumière du jour.

La poésie d'Ernest Pépin illustre

«

la force de ceux

qui n'auront point part aux vérités communes» pour rejoindre la pensée de Georges Heinen. Elle est Colombe aquiline l'initiatrice aux secrets de l'âme, elle éveille la fortune du jour. Sa poésie parfum d'avenir embaume l'audace de toutes les Solitude, elle réconcilie
*

Référence à Solitude, femme guadeloupéenne

qui a résisté aux troupes

de Napoléon.

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avec la «succulence des fruits». Poésie nomade qui remporte la victoire d'être chez elle quels que soient les quatre points cardinaux où elle débarque sans apporter les preuves des mots de l'identité. A vous, Lecteurs, de cueillir les fruits du jardin de nuit dans l'abandon du deuil de la couleur de la peau et fleurir le tombeau de nos corps. Chanter la poésie de

Pépin, c'est retrouver sa peau noire, ce lieu de

«

tous

les inattendus ». Chanter ses poèmes c'est cesser d'être dupes de nous-mêmes parce que toutepeau est un linceul
ou un mensonge.

A vous, Lecteurs, de regarder avec l'auteur les hanches de la nuit insoumises au malheur. A vous, Lecteurs, d'entendre les mots du poète quand palpite le goût du doute et du hasard au cœur des archipels où l'emporte la tentation de l'irrationnel. Seule manière de ne pas perdre ses émotions et refuser tous les embrigadements. Aimer sa poésie c'est rebâtir une généalogie anéantie par les yeux du cyclone au coin
de la nuit qui chuchote à l'oreille coupée des ancêtres et boire

au crépuscule du matin les premiers rayons de l'aimant. Créateur d'alliances et de nouvelles émancipations, l'artiste guadeloupéen ouvre la voie aux connivences de la soif de solidarité et de liberté. Aimer Pépin, maître des cérémonies, c'est se reconnaître dans l'arc-en-ciel des rencontres. Aimer Pépin, c'est célébrer les récoltes de l' incerti tude. Aimer Ernest Pépin, c'est inventer le rituel de la réconciliation et voyager à l'intérieur des archipels du désir pour que flambent les étreintes du soleil et tendre sans cesse vers l'inaccessible rêve.
Bastia, le 7 mars 2008

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