La façon des insulaires

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François est "géographe imaginaire" s'amusent ses pairs... Peut-être parce que sa géographie est romanesque, qu'il inspire de curieuses thèses à ses étudiants... Voyageur, il a deux complices avec lesquels il s'aventure hors des sentiers battus. Mais le jour où François fait l'acquisition d'une maison, ses horizons vont se bouleverser. Ce livre peut se lire comme un récit de voyage, un roman de formation, un manuel de toponymie initiatique, une réflexion déroutée sur la vocation du géographe...
Publié le : lundi 1 septembre 2014
Lecture(s) : 13
EAN13 : 9782336354415
Nombre de pages : 280
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Gérard Laplace

La façon des Insulaires

Littératures

Daniel Cohen éditeur

www.editionsorizons.fr

Littératures, une collection dirigée par Daniel Cohen

Littératures est une collection ouverte àl’écrire, quelle qu’en
soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ;
démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il est
difficile de blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût des
genres qui lui ont rallié un large public, il reste que,
prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là, comptables
de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs, ont, jusqu’à
un degré critique, asséché le vivier des talents.
L’approche deLittératures, chez Orizons, est simple — il eût
été vain de l’indiquer en d’autres temps : publier des auteurs
qui, par leur force personnelle, leur attachement auX formes
multiples du littéraire, ont eu le désir de faire partager leur
eXpérience intérieure. Du teXte dépouillé à l’écrit porté par
le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons,
entre tous les critères supposant déterminer l’œuvre littéraire,
le style. Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord
le style, et ensuite le vrai » ; plus tard, le philosophe Alain
professant : « c’est toujours le goût qui éclaire le jugement »,
ils savaient avoir raison contre nos dépérissements. Nous en
faisons notre credo.
D.C.

ISBN :978-2-336-29856-6

© Orizons, Paris,2014

La façon des Insulaires

Du même auteur

Récits, miscellanées et fragments

Ci terre gésir, Essarts,1981
Ciel aux pluriels, Essarts,1997
Carnets de ciels et d’heurs d’un facteur de lavoirs, Paupieres de
terre,2000
Chevêtres au grand divers, L’indicible frontière,2003
L’héritage, Essarts,2004
Recettes de la voie romaine, À pierre vue,2006
Le village et son nom,Àpierre vue,2009
Buer et Bure, Essarts,2013
Notre Dame des Landes, la piste du nom, Essarts,2014
Poèmes
Parcelles de la crête, Tarabuste,1987
Le tajîne ocre, Atelier Ocre d’art,1995
Logos(parmi des photos de Magali Ballet), Essarts,2007

Écrits sur l’art

Ruisdaël, biographie, Essarts,1983
Les référents dans la gravure de René Bonargent, Indifférence,
Critères,1982
Dans l’atelier deJ.P.V., L’oreille électronique,2002
Contes picturaux, de Jean Pierre Brazs (préface), Matéria prima,
2005
Le Grand Nuy, sur des photographies de Magali Ballet, Essarts,
2005
Nombreuses préfaces de catalogues

Ouvrages collectifs
Dans les bruits du monde, Le hêtre pourpre,2000
Chemin des lieux-dits, À pierre vue,2009(préface)
Géotopoét(h)ique de la Creuse, Pascal Ruiz,2011
Roman
La pierre à boire, Orizons,2008

Gérard Laplace

La façon des Insulaires

2014

Dans la même collection

Farid Adafer,Jugement dernier,2008
Marcel Baraffe,Brume de sang,2009
Jean-Pierre Barbier-Jardet,Et Cætera,2009
Jean-Pierre Barbier-Jardet,Amarré à un corps-mort,2010
Michèle Bayar,Ali Amour,2011
Jacques-Emmanuel Bernard,Sous le soleil de Jérusalem,2010
François G. Bussac,Les garçons sensibles,2010
François G. Bussac,Nouvelles de la rue Linné,2010
Patrick Cardon,Le Grand Écart,2010
Bertrand du Chambon,Loin de Vãrãnãsï,2008
Bertrand du Chambon,La lionne,2011
Daniel Cohen,Eaux dérobées,2010
Monique Lise Cohen,Le parchemin du désir,2009
Éric Colombo,La métamorphose des Ailes,2011
Éric Colombo,Par où passe la lumière...,2013
Patrick Corneau,Îles sans océan,2010
Maurice Couturier,Ziama,2009
Odette David,Le Maître-Mot,2008
Jacqueline De Clercq,Le Dit d’Ariane,2008
Jean-Louis Delvolvé,le gerfaut,2013.
Patrick Denys,Épidaure,2012
Charles Dobzynski,le bal de baleines et autres fictions,2011
Serge Dufoulon,Les Jours de papier,2011
Toufic El-Khoury,Beyrouth pantomime,2008
Maurice Elia,Dernier tango à Beyrouth,2008
Raymond Espinose,Libertad,2010
Raymond Espinose,Pauline ou La courbe du ciel,2011
Raymond Espinose,Lisières,Carnets 2009-2012,2013
Pierre Fréha,La Conquête de l’oued,2008
Pierre Fréha,Vieil Alger,2009
Pierre Fréha,Nous irons voir la Tour Eiffel,2012
Jean Gillibert,À demi-barbares,2011
Jean Gillibert,Exils,2011
Jean Gillibert,Nunuche, suivi de Les Pompes néantes,2011
Jean Gillibert,De la chair et des cendres,2012
Jean Gillibert,À coups de théâtre,2012
Gérard Glatt,L’Impasse Héloïse,2009
Günter Grass, PriX Nobel,La Ballerine,2011
Charles Guerrin,La cérémonie des aveux,2009
Nicole Hatem,Surabondance,2012

Henri Heinemann,L’Éternité pliée, Journal, édition intégrale. (4 volumes
parus sur6)L’Éternité pliée,tomeI;La Rivière entre les doigts, tome
II;Graine de lumière,tomeIII;Dialectique de l’instant, tomeIV,2011
Henri Heinemann,Chants d’Opale,2013
François Labbé,Le Cahier rouge,2011
Olivier Larizza,La Cathédrale,2010
Didier Mansuy,Cas de figures,2011
Didier Mansuy,Facettes,2012
Didier Mansuy,Les Porteurs de feu,2012
Gérard Mansuy,Le Merveilleux,2009
Kristina Manusardi,Au tout début,2011
Lucette Mouline,Faux et usage de faux,2009
Lucette Mouline,Du côté de l’ennemi,2010
Lucette Mouline,Filages,2011
Lucette Mouline,L’Horreur parturiente,2012
Lucette Mouline,Museum verbum,2012
Lucette Mouline,Zapping à New York,2013
Anne Mounic,Quand on a marché plusieurs années,2008
Anne Mounic,(X) de nom et prénom inconnu,2011
Laurent Peireire,Scènes privées,2011
Robert Poudérou,La Sanseverina,2011
Robert Poudérou,L’ennemi de la mort,2011
Bahjat Rizk,Monologues intérieurs,2012
Dominique Rouche,Œdipe le chien,2012
Gianfranco Stroppini,Le serpent se mord la queue,2011
Ilse Tielsch,Plage étrangère,2011
BéatriX Ulysse,L’écho du corail perdu,2009
BéatriX Ulysse,Le manuscrit de la Voie lactée,2011
Antoine de Vial,Debout près de la mer,2009
Antoine de Vial,Obéir à Gavrinis,2012
Antoine de Vial,Americadire,2013
Guy R. Vincent,Séceph l’Hispéen,2013.

Nos autres collections :Contes et Merveilles, Profils d’un
classique,Cardinales,Universités, Comparaisonsse corrèlent au substrat littéraire.
Les autres,Philosophie — La main d’Athéna,Homosexualités et
mêmeTémoins, ouHistoirene peuvent pas y être étrangères. Voir
notre site (décliné en page2de cet ouvrage).

À Moran

I

e morceau de tomme blanche venait de lui tomber des doigts
L
et, dans la brande d’ajonc et de bruyère, s’était enseveli à ses
pieds. Ce fauX mouvement était-il le fait de ma question, sa réponse
empêchée ? Ce n’était pas au sens étroit une question, mais une
remarque interrogative, ou inquiète, de ces préoccupations qu’on
sait ne pouvoir partager avec n’importe qui, réservées à quelqu’un
de bien informé et proche, à un eXpert, mais obligeant, celui qui a les
clefs et le dernier mot, souvent laconique.
EXpert ? Comme cette confidence que j’avais faite en d’autres
temps à l’homme de l’art, sur le divan, à propos de mes rêves
tristement achromes : « Je ne rêve jamais en couleur et j’en suis frustré… »
Il n’avait pas relevé. DeuX nuits plus tard, miraculeusement, la
prairie rêvée―une vulgaire pelouse entre des murets pour toute
intrigue―s’était manifestée, d’un vert intense, magnificent, fluo,
dirait-on, pour cette eXtrême luisance et ce rayonnement. Elle
semblait, cette couleur, vouloir subjuguer mon attention, la forcer, elle
avait quitté la prairie, au-dessus d’elle brasillait, couleur impressive,
messagère, qui me disait : « Est-ce clair ? » Mais ce n’est pas tout. Plus
tard, à l’occasion, peut-être des années plus tard, je me suis ouvert
de ce phénomène à un autre prospecteur d’âme, un ami, celui-là, lui
précisant qu’à peine un jour ou deuX après m’être entretenu avec

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« quelqu’un » de mes rêves achromes… Assez vite, affectant pourtant
une forme de distraction lasse, il m’a interrompu―nous étions sous
un parasol, à la terrasse d’un café―Oui, maispour me lancer : «
ce n’était pas confié à n’importe qui, il me semble… » L’air était
entendu, je suis resté coi, n’ai rien voulu éclaircir du « quelqu’un »
ou du « n’importe qui ».
SilencieuX, toujours souplement assis sur une banquette de
granit, un genou blotti contre l’aisselle, Roland, maintenant courbé,
fourrageait dans les vigoureuX ajoncs au risque de se déchirer les
doigts ou de débusquer la vipère. Il avait oublié la tomme blanche
et mon souci, c’est ce que je m’étais dit le voyant bientôt dégager
des bruges, puis hausser vers la lumière, les doigts écartés comme
une duchesse les aurait eus chez le bijoutier ou au-dessus d’une
porcelaine de Sèvres, un joyau rougeâtre qui me semblait être un
petit coléoptère auX élytres courts, gesticulant des pattes et de
l’abdomen, et que Roland précieusement eXposait à ma vue. Je
savais que l’identité de sa trouvaille me serait délivrée par le nom
savant, ainsi que m’y avait accoutumé mon compagnon
d’eXcursion, étant de ces esprits formés à l’Encyclopédie méthodique qui
jusqu’à aujourd’hui épinglent par la docte nomination les habitants
naturels :Silybum marianumpour un chardon,Arrocumulus
stratiformis undulatuspour un ciel à maquereau,Marumba quercuspour
un papillon de nuit. Il faut croire que j’imprime, j’ai retenu ces
agrafes. « S’il eXiste quelque langue adamique, m’avait glissé un jour
Roland, les noms y sont, naturellement, en accord avec les choses »,
appuyant sur « naturellement », faisant grand cas du latin de Pline
(et de Lamarck) laissant entendre que la dernière hampe des plantes
est leur nom. « C’est le double rapport de ressemblance magique,
avait-il surenchéri, et ça, contre toute attente, c’est signé Sartre. »
La langue mère me laisse sceptique. Dans le pot de terre sur mon
balcon, la sauge déploie de nombreuses hampes fleuries. Comme
Roland, homme à apprécier les ortolans et les andouillettes, je sais
d’autres langues en usage qui attifentCapsella bursa pastorisde ses
frusques ordinaires, les drôles : bourse de Judas, cœur de curé, tête
d’aspic, moutarde de Mithridate. Dans le jardin botanique, quelle
que soit la langue en usage, c’est l’étiquette qui nous pique, nous
inocule l’ébriété de l’autre rivage, ce goût un peu plus amer que
les baies.
Un soleil capricieuX avait cinglé sur la prairie ondoyante en
contrebas du petit tertre où nous étions postés ; d’un souffle avait

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soulevé une écharpe de jeune brume s’écoulant à la suite dans le
goulet du chemin blanc auX talus ondés et lourds, étrillés par le vent.
― Parabemus fossor, avait enfin prononcé Roland avant de
restituer le carabe à sa loge. Le staphylin fossoyeur… C’est un petit
carnassier qui chasse au ras du sol ou se contente des rogatons. La
lande est son havre et il disparaît avec elle.
Il continuait de qualifier mais déjà s’intéressait au vaste espace
déployé que nous inspections du regard, paysage d’ivres pacages
et de bosquets tenus par l’ombre, accrochés auX vallonnements et
traversés par l’entaille criante du chemin pierré qui courait, rectiligne
et à soubresauts.
Nous avions partagé quelques fruits que le sac de toile avait mûris
et recuits, avant que Roland ne s’asperge les doigts, replie le couteau
suisse et la cape facteur qui était ressortie à chaque nouvelle ondée.
Je suivais attentivement, mais avec discrétion, les gestes lents et
méticuleuX de l’homme qui réglait ses mouvements sur sa haute idée
de la maîtrise. Quelques pas dans la bruyère, deuX ou trois marches
diablement taillées dans le granit et le chemin nous avait repris. Une
poussière blanche, que la dernière averse avait lactée, séchait sur les
feuilles des graminées.

DeuX vieuX amis, l’esprit indocile, le bel âge, cultivent l’érudition,
deuX ou trois fois l’an se donnent rendez-vous dans la nature de
quelque contrée dont l’un d’euX souhaite eXplorer les trésors enfouis
et les partager avec son complice. Encore une fois cela avait pris la
forme de la marche, sur quelques jours.
C’est un jeu narcissique qui me vient de la dernière enfance,
assagie et secrète. Je doute que l’enfant y ait reconnu un eXercice
de style ; c’est l’alliage de l’immédiat et de la fiction qu’il recherchait
comme le point de vue depuis un échafaudage enviable et périlleuX.
Synopsis, ce terme un jour m’avait été eXpliqué et il me plaisait, je
m’en souviens, l’ai-je adopté pour qualifier… « mes petits narrés »,
car cette dernière formule, je l’ai utilisée, c’est une histoire, en deuX
mots je vais la dire : une jeune amie, à l’époque où j’étais étudiant,
m’avait convié dans la maison de vacances de sa famille, à Loupian,
près de l’étang de Thau. Recueillis, nous marchions dans les dunes,
chacun dans son rêve, un peu comme je marche et rêve aujourd’hui
dans les pas de Roland. À un moment elle s’était tournée vers moi
pour m’interpeller, ébahie : « Tu parles tout seul ? » À quoi j’avais

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répondu un peu hébété : « Oui, ce n’est rien, je m’eXerce à de petites
narrations. » Elle avait fièrement relevé la tête comme fait celui qui
vient de percer une énigme avant de conclure : « Ah oui, ce sont les
petits narrés de François. » La manie est restée ; les courts énoncés,
truffés de facéties, convoient au présent dans la langue composée
certaines de mes aventures plaisantes ou puériles, mes petits événements
et fréquentations. Jamais je ne les ai couchés sur le papier, ni relus à
l’écran ; sans l’encre ils s’évaporent sitôt qu’ils me satisfont et qu’il
m’est possible, sans ânonner, de les restituer à haute voiX.
L’enfance est loin, près des marais où elle rôde encore, une ligne de
peupliers marquant son premier horizon. Ce jour, je marche auX côtés de
Roland sous le ciel à bascule. À peine si je distingue son silence feuilleté
qui me laisse à mes propres élucubrations. Reprenons :
DeuX vieuX complices―oui, le bel âge, ils avaient entendu
l’eXpression le matin même à l’instant de se mettre en marche de la bouche
d’une femme âgée, occupée à lire sous une envahissante glycine, et
qui les avait trouvés fringants et décidés, mais aussi courageuX de
vouloir traverser les monts d’une traite, vu le ciel peu engageant, leur
avait donné sa bénédiction. « Allez, vous êtes dans le bel âge ! »―, un
géographe et un linguiste, de l’espèce solitaire, esprits cultivés, peu
portés à la rébellion et cependant secrètement dissidents, échangent des
souvenirs, comptent leurs années de professorat, à mi-voiX s’inquiètent
de l’époque, vilipendent le cynisme et l’insignifiance où elle s’avilit. Ils
tiennent à leur discipline comme à l’office et toutefois, il y a déjà quelques
années, ou plus, ils ont amorcé comme un virage, rajeunissant d’autant,
se sont observé d’autres attirances (l’un dirait volontiers « passions »,
l’autre « vocations »). Le linguiste s’est épris des sciences de la nature,
son vrai domaine, et le géographe est hanté par le passage à l’écriture,
ou la littérature, et tâtonne. Sitôt qu’ils se retrouvent seuls, deuX ou
trois fois l’an, à l’écart, c’est un rite, ils se reconnaissent et vérifient cette
interdépendance qui les lie au-delà de l’affection qu’ils se manifestent
sans toujours la formuler. À euX deuX ils sont quatre et se consultent les
uns les autres ; ainsi, par eXemple, le géographe (ou l’aspirant écrivain)
sollicite à l’envi le linguiste (ou le naturaliste, voire, chez le naturaliste,
le botaniste ; et, chez le botaniste, le phytosociologue). Boîtes gigognes,
avec étiquettes.
ProliXe, le petit narré. Rien du vent n’avait porté ces mots
trébuchants à l’oreille de Roland. Je l’observais, marchant dans
son sillage. Il se penchait, pour la caresser, sur le début d’ombelle,
mais ne décochait plus la formule, il m’avait oublié, mesurait le gîte

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d’un semis d’ancolies, laissait son regard courir sur les premières
grappes falotes des filipendules, surprenait le milan où je n’avais
rien soupçonné.
Roland m’a mené auX oiseauX, au brame, sous le lion de Caralp il m’a
couché sur les prairies calcaires à la naissance des graminées, cloué sur
les roches des landes serpentiniques de Mercœur en Corrèze, enlisé dans
les tourbières, déchiré dans d’impénétrables haies naturelles, immergé
la tête dans une fontaine glacée à l’observation d’un rare triton rivé à la
pierre, mais sous la vasque. Je l’ai écouté réveiller les âges
paléobotaniques et rameuter des disparus, suivi dans son antre de naturaliste où
maintes fois, en quelques pas, j’ai fait le tour du monde naturel à hampe,
à rostre, à venin, lancéolé, coupant, traçant. C’était dans sa bibliothèque
encombrée, de celles dont les rayons placides sont assaillis par les
pilastres instables, torsadées, surchauffées, lamées de marque-pages
débordant de toutes parts les volumes où l’on surprend l’usage effréné,
la curiosité chapitrée, à surgeons et à rejets et la quête obstinée du merle
blanc. VolumineuX, l’édifice était couronné, sous les poutres apparentes,
par l’espèce de muséum de l’amateur avec les beauX spécimens, les rares
et les monstres, le tout enveloppé d’arantelles. AuX liasses et enveloppes
sombres amoncelées, signalées de post-it, auX fascicules et courriers
annotés, on comprenait que Roland était en étroite relation avec d’autres
chercheurs qui ne s’effrayaient pas de son éclectisme et dont il était très
volontiers le rabatteur bénévole pour ce qui concernait les milieuX et les
régions où il avait une grande habitude de prospecter. Il lui arrivait ainsi
d’apporter de fières contributions à ces lourdes entreprises que sont les
atlas et les guides. Les rayons de merisier étaient parsemés de ces récits,
journauX, herbiers que l’on doit à ces jésuites aventuriers du Levant,
auX diplomates médecins zoologues qu’on mandatait, à ces hommes de
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navigation et de missions qui avaient, entre lexVet lexVIsiècles, la
flore eXpéditionnaire, les Charles de L’Écluse, les Banks, Tournefort,
Jussieu, Linné et tous ces inventeurs d’arbres à pain, de caféiers et
d’astragales dans les épopées desquelles Roland, autodidacte, puisait
une forme d’idéal de l’esprit, ventilé et accompli par l’eXploration et la
curiosité. Surclassés et vieillis, les gros piliers de la linguistique générale
avaient dégringolé de quelques étages, par inversion formaient à présent
un substrat ; même les ouvrages de toponymie, qui représentaient
pourtant, comme la patronymie, l’un des fers de lance de la linguistique de
Roland, s’étaient tassés.

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l e s o b s e
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f o r m e , ? à
J e l e s c r
s o u d a i n
p é t r i p a
d e s a n t i
l e s n u a g
p r é d i c t i
l e s n u e s
et c’es;t p
l e s m é n a
C e p e n d
l e zé n i t h ,
n e i g e , d
g e s t u e l l e
j’ y c o n s e
v i r t u o s e
e t ; l d e ’ s a eu m t
p u l v é r i s
c―tl h e au ―t sn e r s o b
s o u f f l é s
J e r ê v a s
s o r t u n e
je t t e u n r
Au t r e s s a
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t h è m e l a
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l é g i e r l a

25

d ’ Ov i d e ,
a c c è s , e
t h è m e ,
d i v : e c r ’ t e i s s t
m a t é r i e
jo u i s s i o n
p o s t p o s
n e f ût - c e
l a t i n , c e
―u t r e sD’ a
c e v e r t i g
―au t S i , a
L e c i e l
s ’ e f f a c e
l a n ça , d ’
a v e :Pseud«octsuga! Do u u n g
u n : u r en ! » c Ma n o i
p i t―ié savaide
a v a i ?e―t t pe n
g : S l« i a», s p sm a i n a i ds
s o r t i e : e t
―Fi n a l e m e
r i s q u o n
c o m b l e ,
t o i , c a r
si, elne». Uttnohe
r é c i t , t u
u m n » p o « ot - u t h r r è
l a p r é c o
à c p ôt é r » coa».up u d h
T u v o u d
s o r t s o - i t
s o n n e , l
e X c e p t i o
v a i n e m e
l u i s o u f
c e t t e p o
r e g a r d d
n o m p r
i n s u l a i r

26

m i n e d e
p i è g e . L
―Et n ?o n l e
―S i , m a i s
De n o u v e
c a d e n c é
d ’ u n r e g
c h e t s . Il
l e v o y a i s
d e s r a c i n
―J e m ’Heérbiert o
verbalr é―’ m ee e m n c c
j’ a―d sr e i , pq eu
p r o p r e s
p e r s o n n
c h : C «a n’ »e cC s e t ’ , e s
l e s : J « a e u »n t Por e ’ è au u
d e ». l B a e p a e u
a v e c l e No
r ê v e r i e c
a v a n t n o
c o m m e
d e s m o t
p i e r r e l o
l e ; s ça ; d Xsf ip a e ln é
d ’ âm e s e
l i t h i q u e
a d r e s s e ,
l a p u i s s a
d e Di e u . C
d a n s l e m
c e : T No o m l k m i
l ’ o n p e u
o―m sio n n a ―sfa ud i
T o l? k i e n
―t ac ? q é Gr a
―ilt Eu!veu T ?uQio
s a n s a m
―J u n Vil i e
―t r uAh ?! Un ? i n

27

―l e ? Pi r nr i e J u e Vi
― Mea culpa. Azi éy a d
l e s b r a s
Azi y a d é … N’ o
l e r a p p e
c e q u ’ o n
a r c h é o - l o
g e s t i f s ,
d a n s l e s
p h o n i q u
c a r t e . Qu
c o ïn c i d e
c eR.A.G.A.sR.C,. cpO.R.G. h er h a c t z
s u b s t a n
l o n g t e : m
d e s t e s s
f o r m a t i o
e n c―R o o r e l a s
m u r e t d
rutamuraria, l a―due e f a n r
l ’ ?è Ou r e i , p i l r s i
q u e d c e h s
d e » e s n c― K.A.R.A.Re.G,S.―, n i é c
n a t i v e s
d a n s u n
s u c c e s s i
t e r r e e n
r é v e r b è
s a n t e s i n
c o r p sS.I.U.F.,U .I. o , à
f o n t d e s
l a f a l a i s
L e v i l l a
c h i c o t s
p l u s s é v
m ê m e - c
s è m e , à
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r u i n e s : - d
―Vo y a g e ? C e

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