La lionne

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Bertrand du Chambon poursuit ici la saga commence avec "Flavie ou l'échappe belle". Depuis que nous avions laissé Flavie en Europe, revenue du Brésil o elle avait t esclave puis richissime princesse, nous avons pu craindre qu'elle ne se perde au fil de ses aventures. Cette fois, vers 1820, elle part pour l'Afrique, afin de poursuivre sa lutte contre les trafiquants d'esclaves. Une part mystérieuse de ce continent va s'ouvrir, livrant ses ahurissants secrets Flavie et sa compagne Inaua. Les deux femmes connaîtront chacune la forme étrange et sinueuse de ce qu'elles se refusent nommer leur destin.
Publié le : dimanche 1 mai 2011
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EAN13 : 9782296457997
Nombre de pages : 305
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Littératures
www.editionsorizons.com
Littératures est une collection ouverte, tout entière, àl’écrire, quelle qu’en soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ; démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il est difficile de blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût des genres qui lui ont rallié un large public, il reste que, prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là, comptables de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs, ont, jusqu’à un degré critique, asséché le vivier des talents. L’approche deLittératures, chez Orizons, est simple — il eût été vain de l’indiquer en d’autres temps : publier des auteurs que leur force personnelle, leur attachement aux formes mul-tiples du littéraire, ont conduits au désir de faire partager leur expérience intérieure. Du texte dépouillé à l’écrit porté par le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons, entre tous les critères supposant déterminer l’œuvre littéraire, le style. Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le vrai » ; plus tard, le philosophe Alain professant : « c’est toujours le goût qui éclaire le jugement », ils savaient avoir raison contre nos dépérissements. Nous en faisons notre credo.
ISBN:978-2-296-08783-5
© Orizons, Paris, 2011
La lionne
daNSlamêmecollectIoN
Farid Adafer,Jugement dernier,2008 Marcel Baraffe,Brume de sang,2009 Jean-Pierre Barbier-Jardet,Et Cætera,2009 Jean-Pierre Barbier-Jardet,Amarré à un corps-mort,2010 Jacques-Emmanuel Bernard,Sous le soleil de Jerusalem,2010 François G. Bussac,Les garçons sensibles,2010 François G. Bussac,Nouvelles de la rue Linné,2010 Patrick Cardon,Le Grand Écart,2010 Bertrand du Chambon,Loin de Vārānasī,2008 Daniel Cohen,Eaux dérobées,2010 Monique Lise Cohen,Le parchemin du désir,2009 Éric Colombo,La métamorphose des Ailes,2011 Patrick Corneau,Îles sans océan,2010 Maurice Couturier,Ziama,2009 Odette David,Le Maître-Mot,2008 Jacqueline De Clercq,Le Dit d’Ariane,2008 Charles Dobzynski,le bal de baleines et autres Ictions,2011 Toufic El-Khoury,Beyrouth pantomime,2008 Maurice Elia,Dernier tango à Beyrouth,2008 Raymond Espinose,Libertad,2010 Pierre Fréha,La conquête de l’oued,2008 Gérard Gantet,Les hauts cris,2008 Jean Gillibert,Exils,2011 Gérard Glatt,Une poupée dans un fauteuil,2008 Gérard Glatt,L’Impasse Héloïse,2009 Charles Guerrin,La cérémonie des aveux,2009 Henri Heinemann,L’Éternité pliée, Journal, édition intégrale. Gérard Laplace,La Pierre à boire,2008 Didier Mansuy,Cas de Igures,2011 Gérard Mansuy,Le Merveilleux,2009 Lucette Mouline,Faux et usage de faux,2009 Lucette Mouline,Du côté de l’ennemi,2010 Anne Mounic,Quand on a marché plusieurs années...,2008 Enza Palamara,Rassembler les traits épars,2008 Béatrix Ulysse,L’écho du corail perdu,2009 Antoine de Vial,Debout près de la mer,2009
Nos autres collections :Profils d’un classique, Cardinales, Domaine littérairese corrèlent au substrat littéraire. Les autres,Philosophie — La main d’Athéna, Homosexualités et mêmeTémoins,peuvent pas y être ne étrangères. Voir notre site (décliné en page2de cet ouvrage).
Bertrand du Chambon
La lionne
2011
Ce que la main ne perçoit pas, le cœur le sait.
Ibn Arabi
Chapitre 1
ous ne me connaissez pas. Je n’ai encore jamais écrit de livres. V Seulement des lettres. Beaucoup de lettres. J’ai écrit ce livre pour tenir la promesse que j’avais faite à Flavie : raconter la suite de nos aventures. Elle avait écrit, il y a quelques années, un récit qui contait notre périple depuis le Brésil jusqu’au nord des États-Unis de l’Amérique, en passant par la jungle, l’Amazone, les îles Caraïbes. Nous avions passé par Haïti. Nous avions passé par La Nouvelle-Orléans. Nous étions passées par des épreuves nombreuses. En raison de ces faits, Flavie m’avait dit : Inaua, s’il m’arrivait malheur, tu raconteras notre histoire. Je voudrais que tu racontes la suite, s’il te plaît. Par dignité, je n’ai pas osé lui dire que je ne m’en sentais pas capable. Car je n’en suis pas digne. Flavie est une femme éduquée, qui est née dans l’aristocratie, en France : dans une région qui s’ap-pelle le Bourbonnais. Elle s’est enfuie au Brésil pour échapper à la Terreur. Elle a épousé le duc de Toiros, qui était un monstre et un assassin. Cet homme comptait parmi ses esclaves une chose de rien du tout, une fillette, une « pièce de Guinée » : c’était moi. J’ai écrit : « il me comptait ». C’est la vérité vraie. Nous étions comptées chaque jour car nous étions susceptibles de nous enfuir : de marronner. Nous pouvions être des nègres marrons. Ils ont osé nous appeler de la sorte. C’est Flavie qui m’a dit de m’enfuir avec elle. Nous nous sommes enfuies dans la jungle. Nous étions des fuyardes.
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Bertrand du Chambon
Ils ont fait de nous des fuyardes. Je ne sais pas écrire, et de plus je suis pleine de rancœur, ou de rancune - je ne sais pas quel est le terme exact en français, et je m’en moque. Une négresse, une fuyarde !… À leurs yeux, ma peau avait la cou-leur de la boue. Nous étions attachés à leur terre et nous en faisions partie. J’ai été un caillou. J’ai été un caillou ! On pouvait me mettre dans un lance-pierre ou faire de moi la part du mortier ou un bout de masure. Voyez comme j’écris mal : un bout de masure. Quels mots affreux. Quelles sonorités stupides. Dans ma langue à moi, le doezia, je chante. À lon-gueur de journée, je chantonne et murmure et récite des comptines de mon pays pour ne pas oublier ma langue maternelle. Celle de mes ancêtres, celle de ma forêt. C’est la langue de la forêt profonde. Je chante les mots de mon enfance, les mots que disaient ma mère, mes grands-mères et mes tantes. Les mots ont un goût dans ma langue : c’est le goût du lait des seins de ma mère, des seins de mes tantes. Leurs seins tombaient et il en issait du lait et ce lait était fait de mots. Ici ce n’est pas pareil. Vos mots à vous sont durs. On ne les chante pas. Vous méprisez les chanteurs, les musiciens. Encore plus étrange : vous allez voir les musiciens le soir, seulement le soir, mais vous ne les écoutez pas. Vous les regardez. Vous ne savourez pas la musique. Vous ne dansez pas avec vos cuisses et vos fesses. Je déteste votre langue. J’écris désormais dans votre langue: celle de l’ennemi. Car vous êtes mes ennemis, ne vous y trompez pas. Ne me croyez jamais des vôtres. J’écris dans votre langue parce que je l’ai promis à Flavie, c’est tout, mais vous, je vous conchie. Nous les personnes forestières dont vous avez fait des esclaves, nous chantons toute la journée, nous sommes comme les oiseaux de la forêt, nous pépions rien que pour vous faire chier, et du haut de nos très grands arbres nous vous chions dessus. Oiseaux-mouches. Nous sommes des oiseaux-mouches. Les barreaux de la cage sont trop larges pour nous et nous passons au travers. J’écris dans votre langue qui essaie de me transformer en pierre, en fer, en métal. Mais j’ai été un caillou chez vous, je sais ce que c’est qu’être un caillou, et je peux vous dire que, fût-ce un
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