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La mouche

De
148 pages
Commis voyageur nourrissant des rêves d'exil, standardiste prisonnière de sa fonction, employée méritante attendant son entretien annuel, collègue minable à l'occasion d'un départ à la retraite, salarié stressé lâchant les vannes le vendredi contre un subalterne ne pesant pas plus lourd qu'une mouche, lèche-bottes guettant la promotion, oppresseurs de la première heure, opprimés de tout poil : le monde de l'entreprise n'épargne personne, et surtout pas les faibles.
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Désirée BoillotLa mouche
Commis voyageur nourrissant des rêves d’exil,
standardiste prisonnière de sa fonction, employée méritante
attendant son entretien annuel, collègue minable à
l’occasion d’un départ à la retraite, salarié stressé lâchant les
vannes le vendredi contre un subalterne ne pesant pas La moucheplus lourd qu’une mouche, lèche-bottes guettant la
promotion, oppresseurs de la première heure, opprimés de
tout poil : le monde de l’entreprise n’épargne personne,
et surtout pas les faibles. Nouvelles
Victimes de harcèlement, d’un licenciement abusif, de
l’ennui ou de la tyrannie d’un supérieur hiérarchique,
les salariés de ces douze histoires tentent de s’en sortir,
chacun à sa manière.
Et comme toujours dans la vie, il y a les chanceux, et les
malchanceux.
Désirée Boillot écrit des nouvelles depuis
2002. Une soixantaine de ses textes ont été
primés et fgurent dans des revues ou des
recueils collectifs parus à l’occasion des
concours organisés dans l’hexagone ou en
Belgique. Elle a également achevé deux romans. Elle fait
partie d’une association, « Récits de vie », qui publie ses
textes autobiographiques dans sa revue Plaisir d’Ecrire
depuis 2005.
Illustration de couverture : © Françoise Clerval
ISBN : 978-2-343-05000-3
Prix : 14,50 €
Désirée Boillot
La mouche©L’Harmattan,2014
5 7,ruedel’Ecolepolytechnique,75005Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN:978 2 343 05000 3
EAN:978234305000311
11111111111,1111,1111,11111111111111111,1,11111111111111Lamouche
11Écritures
CollectionfondéeparMaguy Albet
Dauphin(Elsa),L’accident,2014.
Palliano(Jean), LanaStern,2014.
Gutwirth(Pierre), L’éclat desténèbres,2014.
Rouet(Alain), Chacuneen sacouleur,2014.
Cuenot(Patrick), Dieuau Brésil,2014.
Maurel Khonsou etlepapillon,2014.
D’Aloise(Umberto), Mélodies,2014.
Jean MarcdeCacqueray, Lavieassassinée,2014.
Muselier(Julien), Les lunaisonsnaïves,2014.
Delvaux(Thierry), L’orphelindeCoimbra,2014.
Brai(Catherine), UneenfanceàSaigon,2014.
Bosc(Michel),Marie Louise. L’Oretla Ressource,2014.
Hériche(Marie Claire),LaVilla,2014.
Musso(Frédéric), Lepetit Bouddhadebronze,2014.
Guillard(Noël), Entreleslignes,2014.
*
**
Ces quinzederniers titresde lacollectionsont classéspar ordre
chronologiqueen commençantpar leplus récent. Lalistecomplètedes
parutions,avecunecourteprésentationducontenudesouvrages,
peut être consultéesurle sitewww.harmattan.fr
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Lamouche
Nouvelles
L’Harmattan
111111111111111111Dumêmeauteur
Au delàdesdunes
Romanparnouvelles,coécritavecAnnieMullenbach 11
etAlainEmery, 11
EditionsNouvellesParoles,mars2010
Courage, mondouble
Un bleu descimes
Latraversée du désert
Léon
Lemoindre mal
NouvellesparuesdanslacollectionMiniliv’,11
EditionsduBancd’Arguin,janvier2011
Doubleissue
Roman,EditionsZonaires,janvier2014
11111111111111111111111111111111,1111111111111111111111111Letravail,c’estlasanté…
Maisàquoisertalorslamédecinedutravail?
PierreDac
111111111111111111Perlerare
« Soyez là à sept heures trente et je vous préviens : s’il
manquequelquechoseàmonrendez vous,jevousvire.»
C’étaitclair,etmêmelimpide.Elodienes’attendait pas
à ce que le Président Poulard lui dise de paresser au lit le
jour de son départ pour les Etats Unis. Se conformant à
l’ordre, elle était dans la rue à cinq heures trente, au mo
mentoùlescamionspoubellepartaientpourleurtournée;
pourrienaumondeellen’auraitétéenretard.Enpoussant
laportedel’entreprise,elles’estsouvenuedusoulagement
naïfquil’avaitenvahieautrefoisàl’idéedetravaillerdans
l’universdujouet.11
Qu’il lui semble loin, le temps où elle franchissait le
seuil du Palais Bleu entourée de fées et de lutins joyeux,
convaincuequelemomentétaitvenupourelledefaireses
preuves ! Cette expression lui semble dérisoire au
jourd’hui, aussi vide de sens que conçue pour dissimuler
lespireshypocrisies.11
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mobilesursachaise,encompagniedesmotsd’hiersoirqui
tournentcommedeschauves sourisentrelesmurssalesde
sonpetitbureau.Jevouspréviens…Jevousvire…Ilestdu
genrenerveux,PatricePoulard,surtoutquandils’apprête
à partir. Si, par malheur, quelque chose venait à manquer
au dossier, il lui ferait payer cet oubli au prix fort, elle le
sait.
Huit heures vont bientôt sonner. Entemps normal, elle
va chercher un café au distributeur pour se donner du
cœur à l’ouvrage, mais aujourd’hui elle n’en est pas ca
pable,sesjambessonttropfaiblespourlaporter.Sesmains
tremblent,sespaumessontmoites,quantàsoncœur,ilbat
vraiment beaucoup trop fort. Elle doit se reprendre.
L’heure est venue d’enfiler sa peau d’automate en posant
sursonvisageunmasqued’indifférence.L’épreuvearrive,
ellesedessinedéjàdansl’air.Sonoreilleesthabituéeàdé
celerlesoncaractéristiquedespasprésidentiels,pourl’ins
tant imperceptibles dans le hall, mais qu’elle reconnaîtrait
entre mille. Ce sont les pas d’un homme d’affaires qui a
décrochélerendez vousdesavie,despasquisontprêtsà
toutetnesouffrentaucunécartsurlescheminsdelaréus
site,despasquibroient,écrasent,licencient,etquifontre
veniraveceuxlesouvenird’unentretien.
Enentrantpourlapremièrefoisdanslebureauclairdu
Président Patrice Poulard, que les huiles surnomment 3P
dans des sourires entendus, elle n’en menait pas large,
Elodie,avectouscesmoisdechômagequ’elletraînaitàsa
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111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11,1111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111,11111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111,111111111111111111111111
11suite comme des oripeaux pitoyables. Pas large du tout !
Jamais elle n’aurait pensé que sa médiocre petite vie pré
sentaitsuffisammentd’intérêtpourqu’unprésidentdeso
ciété, à la tête d’un gros chiffre d’affaires, la passe un jour
au crible. Vous avez des contraintes ? Des horaires à res
pecter ? Des signes particuliers ? Des enfants ? Vous êtes
mariée ? Pacsée ? A chacune de ces questions, elle a ré
pondunon.Pasdecontrainte,pasd’horaires,pasdesignes
particuliers, pas d’enfants, pas mariée, ni pacsée ni rien,
seulementundomicilefixeenbanlieueEst,deuxheuresde
transport, pas plus, rien d’autre à déclarer. Elle n’était pas
au bout de ses peines. Le président voulait en savoir plus,
toujoursplus.Précisez:vousvivezenconcubinage?Sielle
s’attendait à celle là ! Au pied du mur, elle a rétorqué
qu’elleavaitpourcompagnonunmagnifiquechatdegout
tière, pour qu’il lâche prise. Il n’aurait plus manqué qu’il
apprenne qu’elle partageait son existence avec un ancien
artistedecirque!
Si je n’avais pas été là pour souffler à mon mari que
l’employée modèle, c’était vous, en aucun cas il ne vous
aurait choisie, Elodie. Il a suffi d’une simple intervention
d’épouse pour que les plateaux de la balance penchent en
sa faveur. Geneviève Poulard l’apprécie vraiment beau
coup,Elodie,poursadouceur,sapatience,sadisponibilité,
ses qualités d’écoute au téléphone, et aussi son physique.
De ce côté là, la femme du Président peut dormir sur ses
deuxoreilles;Elodieestaussimochequecorvéable,etc’est
d’ailleurs sur ce dernier critère que Patrice Poulard a jeté
lesbasesdeleurententecordiale.Dixheuresparjourdans
unbureaudesixmètrescarrés,enéchanged’unsalairede
réinsertion complété par des avantages non négligeables,
11
1,1111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111111111111111111111111111111111,111111111111111,1111111111111111,111111111111111111111commelacarteOrange,l’accèsàunself serviceausous sol
du bâtiment, une mutuelle remboursant les dents de de
vant,unMilleBornesencadeaudefind’année…C’étaità
prendreouàlaisser.Elodien’apashésitéuneseconde,elle
a choisi de prendre, de même que Pedro, l’artiste avec le
quel elle vit, a dû renoncer aux feux des projecteurs pour
servirdechauffeuràdestouristesengoguetteàParis.
Quand Patrice Poulard a fait irruption dans la pièce,
Elodie n’a pas eu un battement de cils. Elle a simplement
serrélesdents.Ilsaitquel’odeurducigarelarendmalade,
et c’est pour cette raison qu’il s’applique à répandre la fu
mée de son barreau de chaise partout dans son cagibi. La
fairevireraublancJacobDelafon:c’estlàsonbutettoute
son ambition. Alors il en profite, surtout lorsqu’il s’en va,
il s’en donne à cœur joie. Les petits jeux sadiques ont cet
avantagequ’ilsévitentdedevoirlicencierlesemployéste
naces,maispermettentdelesavoiràl’usure.Ilvaluicoller
lanauséedesavie,pours’amuser.Etpuissiçaneluiplaît
pas, qu’elle aille se faire pendre ailleurs. Ouste ! Une de
perdue,dixderetrouvées;lessecrétaires esclavesprêtesà
occuper des postes suicide se ramassent à la pelle sur le
marchédel’emploi,etaumilieudutas,ilyenadesjolies.
Toutenladévisageantaveccondescendance,ilposeson
porte documents sur le petit bureau, puis il laisse tomber
sacendrelourdedanslepotàcrayonsenmêmetempsque
deux mots qui sonnent comme une détonation : « Mes
papiers ». Aussitôt, Elodie pivote sur sa chaise. Sa main
court, docile, sur l’étagère, attrape le dossier étiqueté :
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11111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111111111,,1111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111,111111111111111111111111111111111111111111111111,111,1111111111111111111111111111111111111111,11111111111111111111111,1111111111111111111111111111111111111
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11«Rendez vousHudson–NewYork»,lebeaudossierrelié
danslequelriennemanque,elleenestsûre.
Il le lui a arraché des mains en soufflant dans sa direc
tion un gros nuage de fumée âcre. Il ne la lâchera pas. La
nauséemonte,touts’estmisàtourner.Qu’est cequ’elleat
tend pour fixer un point devant elle, au lieu du coupe
papierquibrille unpeutropfortdanslepotàcrayons?Il
ressemble étonnamment à ces couteaux mexicains à la
lame aiguisée et au manche sculpté, que les lanceurs pro
fessionnels plantent, à une distance de vingt mètres, juste
au dessusducrânedeleurciblehumaine,souslesapplau
dissementsduchapiteau.Repoussantlavision,ellebraque
son regard sur la poignée de porte, pendant que l’autre
s’agite avec la couverture du dossier. Il la triture, tire des
sus, la rudoie, en casse volontairement la tranche, pour
voir si les pages résistent. Comme c’est le cas, il s’avance,
l’œilmauvais,versl’esclaveblêmequiabloquésarespira
tionenseconcentrantsurlalignebleuedesVosges:«C’est
bienbeaucettepetitebricole,maisj’enairienàfoutre,moi,
du contenant ! Ce qui m’intéresse, c’est le contenu, point
barre!
Ilmesemblequetoutestlà.»
C’est une réponse suffisamment neutre et froide pour
contenir sa colère. Elle a appris à arrondir le dos sans ja
mais rien affirmer. Qu’il la cherche, la petite bête, qu’il
fouille, qu’il s’acharne, en grattant bien dans les angles, il
netrouverarienàredire,ellelesait.Ilestlà,leplanencou
leurdétaillédelavillegratte ciel,avecunecroixmarquant
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1111111,1111111111,1111111111111111,11111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,11111111111111,11111,1111111111111111,11111111111111111111,111111,111111111111111111111,111,111111,111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111111,111111
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