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La vie comme un poème

De
128 pages
"C'était l'été, un été beau à couper le souffle. C'était un été aux allures d'incendie, où le soleil célébrait ses noces de sang, où tout brûlait, tout se consumait, tout redemandait à vivre. Un parfum d'éternité s'étirait nonchalamment le long des jours et les filles promenaient dans les rues leurs peaux nues et sombres comme des fleurs." Tristan, Marie, Léo, Jules et Sarah...Une histoire d'amitié et la brûlure d'une rencontre entre deux êtres dans le soleil d'été. Tout brûle. Même l'amour.
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Lucile Bernard
La vie comme un poème
« C’était l’été, un été beau à couper le souffle. C’était un été La vie aux allures d’incendie, où le soleil célébrait ses noces de sang,
où tout brûlait, tout se consumait, tout redemandait à vivre.
Un parfum d’ éternité s’ étirait nonchalamment le long des jours comme un poèmeet les filles promenaient dans les rues leurs peaux nues et sombres
comme des fleurs. »
Tristan, Marie, Léo, Jules et Sarah. On pourrait dire que
c’est l’histoire d’une amitié entre des êtres que tout relie, tout
sépare et leur recherche éperdue du bonheur. On pourrait
dire que c’est l’histoire d’une brûlure, la brûlure d’une
rencontre entre Tristan et Marie dans le soleil d’été. Comme
une histoire d’éternité. On pourrait dire que tout brûle.
Même l’amour.
Lucile Bernard est née en France. Elle vit au
Maroc depuis plus de treize ans. Elle a fondé le
Centre de Création artistique Riad Sahara Nour,
lieu de rapprochement et de dialogue entre les
cultures. Après Dernières nouvelles avant le Photo :
Oumayma jour, La vie comme un poème est son deuxième
El Mejjad ouvrage publié aux éditions de L’Harmattan.
Illustration de couverture : photographie
François Gache.
collection
ISBN : 978-2-343-04228-2
13,50 € Amarante
La vie comme un poème Lucile Bernard






































© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04228-2
EAN : 9782343042282La vie comme un poème Amarante
Cettecollection est consacréeauxtextesde
création littérairecontemporaine francophone.
Elleaccueille les œuvres defiction
(romans etrecueils de nouvelles)
ainsiquedes essais littéraires
etquelques récits intimistes.
Laliste desparutions, avecune courte présentation
ducontenu desouvrages, peut être consultée
surle site www.harmattan.fr
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11Lucile Bernard
La vie comme un poème
roman
L’Harmattan « Tout bonheur est une innocence »
Marguerite Yourcenar Elle avançait devant moi dans la lumière de l’été, pieds nus
contre la mer, ses sandales à la main. Elle avançait, son
visage pâle dressé, fouillant le ciel, suivie par un vol
d’oiseaux blancs qui voletaient derrière elle comme une nuée
d’ailes furtives et blanches. Était-ce, elle aussi, un oiseau
venant à ma rencontre ou une apparition ? La lumière
pleuvait sur elle dans le ciel ruisselant de bleu. Elle avançait vers
moi, c’est tout, du haut de son innocence, les cheveux
défaits, couleur de blé mûr, vibrant sous le soleil d’été et ses
yeux clairs qui buvaient l’horizon. Et moi, je la regardais
s’avancer comme on voit apparaître un soleil brûlant qui
crevait l’intérieur du cœur, bousculait le sauvage. Et moi,
ébloui, je ne pouvais que la prendre, offerte à la mer et aux
dieux, prendre cette image qui fleurissait devant mes yeux
comme autant de certitudes qui brûlaient mes yeux et mon
âme.
À cette minute même, à cette seconde même, seconde
d’éternité, je sus à cet instant qu’elle m’avait pris tout entier
corps et âme. À cette minute même, à cette seconde même,
j’ai su que ma vie basculait, que je n’en reviendrai jamais
de cette histoire. J’étais foutu. Je ne pouvais plus fuir. Elle
était là devant.
9J’avais couru jusqu’à elle, pauvre fou qui essaie
d’atteindre le rivage, miroir, désert, je ne sais plus. Je m’étais
planté devant elle sans égard :
— Vous êtes belle ! je lui avais dit comme ça, à toute
vitesse. Les mots brûlaient ma bouche.
Elle n’avait pas répondu. Elle ne m’avait même pas
regardé. Elle avait continué à marcher sur le sable avec la mer
et le vent. Je l’avais rattrapée :
— … Non… Ce n’est pas ce que je voulais dire
vraiment… Ne vous méprenez pas… Vous devez me prendre
pour un sacré idiot ! Vous êtes… vous êtes comme une fleur
sauvage, une fleur sauvage et douce, comme la mer, le
soleil… Vous marchez comme une reine avec le monde, le
ciel, la terre. Cela m’émeut ! Cela m’émeut, vous
comprenez ? J’étais à deux doigts de me mettre à crier, j’étais en
train de perdre complètement les pédales, je ne sais pas ce
qui m’arrivait.
Elle s’était arrêtée. Elle m’avait regardé avec ses yeux
d’eau claire dans lesquels je tombais aussitôt tout au fond
avec le secret espoir de m’y noyer, de ne plus jamais
remonter là-haut, à l’air libre, sur cette terre où tout était trop
dur, trop désespérant. Elle m’avait regardé un temps si long
que je ne savais plus quoi faire. Alors, sans rien penser,
j’avais pris sa main, tremblant comme un gamin à son
premier amour et on avait marché ensemble jusqu’au bout de
la plage, jusqu’à cet horizon qui courait devant nous contre
le ciel en feu et c’était comme le commencement du monde.
10 Perdu. Il était complètement perdu. Quelque part, il savait
bien qu’il était en train de vivre une histoire de non-retour.
C’était une rencontre aussi inattendue qu’insupportable,
une rencontre qui lui chavirait le cœur de bonheur mais qui
lui faisait mal aussi à en crever. Elle le chamboulait corps
et âme, cette rencontre. Il se retrouvait la nuit, rempli de
nausées, couvert de sueurs froides, plié en deux au-dessus
de la cuvette des WC, parce que c’était toujours la nuit que
c’était le plus difficile, qu’ils remontaient tous les
souvenirs ! C’était toujours la nuit qu’ils se faisaient la guerre,
l’amour et la rage, une guerre sans merci dont il ignorait
l’issue. Mais après tout ça lui était bien égal, il avait déjà
tout perdu.
Plus les jours passaient, plus son mal-être s’intensifiait,
lui donnait envie de fuir. Il aurait donné n’importe quoi,
même leur amour à tous les deux, il était maudit, c’est sûr !
Pour lui, aucune porte de sortie à l’horizon, juste l’ange noir
collé aux trousses, cette fuite en avant aux allures d’éternité.
Le sommeil l’avait quitté. Il se levait le matin, les yeux
creusés de cernes, déjà anéanti à l’idée de cette autre
journée à vivre, à l’idée d’affronter cet amour dévorant qu’il
portait à bout de bras malgré lui. Une rage parfois le prenait,
comme ça, d’un seul coup, l’envie de tout foutre en l’air,
arracher cet amour qui lui collait aux tripes mais en même
temps tout le ramenait à une formidable envie de vivre et il
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