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Publications similaires

Le triomphe des crocodiles Jacqueline Q. Louison
Rien ne laissait présager un tel dénouement!
Dans le troisième volet de la saga, J.Q. Louison nous invite à
pénétrer dans le secret du royaume des batraciens et nous révèle
la clé de l’origine des crocodiles de Bogikamo.
Dans la droite ligne de son «réel imaginaire», Jacqueline Q.
Louison nous dévoile la fi n de l’épopée des hommes politiques
de Katacuna, successeurs du président Koumalan Djoko. Les
dimensions spirituelles se disputent un peuple désemparé Le triomphe
quand la quête du pouvoir reste la motivation des enfants de
Katacuna. des crocodiles
Le triomphe des crocodiles est le troisième et dernier tome de
la trilogie du roman de fi ction Le crocodile assassiné.
Jacqueline Q. Louison est originaire de l’île de
la Martinique. L’écrivaine française a longtemps
vécu en Afrique de l’Ouest et habite aujourd’hui
en Touraine où elle se consacre à l’enseignement,
la recherche et l’écriture. Poétesse mais aussi
titulaire d’un doctorat en anglais, elle est l’auteur
de huit publications, dont un ouvrage scientifi que
en langues et littératures étrangères.
Illustration de couverture : © Ron Chapple Stock
Lettres
desISBN : 978-2-343-04662-4
17 € Caraïbes
Jacqueline Q. Louison
Le triomphe des crocodiles







Le triomphe des crocodiles





Lettres des Caraïbes

Fondée par Maguy Albet, cette collection regroupe des
œuvres littéraires issues des îles des Caraïbes (Grandes
Antilles et Petites Antilles essentiellement). La collection
accueille des œuvres directement rédigées en langue
française ou des traductions.


Derniers titres parus :

RIDEN-SON Arthur, Le second fils de Dieu, 2014.
Juan DEL PUNTO Y COMA, Soirée mondaine, 2014.
Yvelise VETRAL, Racine ? Racines..., 2014.
Louise ADELSON, Tribulations d’une Négropolitaine, 2014.
Carmelle ST. GERARD-LOPEZ, Une lettre à ma mère, 2014.
Juan DEL PUNTO Y COMA, Un écho du tamtam. De
l’interculturalité de la banane plantain et du camembert, 2014.
Gabriella MANGAL, Je ne suis pas morte. Je l’ai cru.
Ce n’était pas vrai, 2014.
Martin MAURIOL, L’Enfant imaginé, 2014.
Fabian CHARLES, Les racines du présent, 2014.
Clarisse BAGOE DUBOSQ, Lucie Solitaire, 2014.
Roland TELL, Un homme d’esclavage, 2013.

















Ces dix derniers titres de la collection sont classés
par ordre chronologique en commençant par le plus récent.
La liste complète des parutions, avec une courte présentation
du contenu des ouvrages, peut être consultée
Jacqueline Q. Louison







Le triomphe des crocodiles

























































Ouvrages du même auteur

Publication scientifique
Les puritains et la fondation spirituelle des États-Unis d’Amérique
(Edilivre-Aparis)

Romans
L’ère du serpent – Le crocodile assassiné Tome 2 (L’Harmattan)
Le crocodile assassiné (L’Harmattan)
Le canari brisé (Ibis Rouge)

Recueil de nouvelles
Cicatrices (Edilivre-Aparis)

Recueil de poèmes
Vision de l’aurore de félicité (Edilivre-Aparis)
Le poète est un peintre (Edilivre-Aparis)
Emotions (Edilivre-Aparis)




Toute ressemblance avec des personnages ou des situations
réels ou connus ne serait que pure coïncidence...







© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-04662-4
EAN : 9782343046624





À ma mère
À ma grand-mère
À toutes ces femmes racines d’Afrique
Transplantées en terre caraïbe
Qui ont forgé mon existence.
















La voix du feu s'entend,
Entends la voix de l'eau.
Ecoute dans le vent
Le buisson en sanglot :
C'est le souffle des ancêtres.
Ceux qui sont morts ne sont jamais partis…

Birago Diop, « Le souffle des ancêtres »,
(du recueil Leurres et lueurs, Présence Africaine, 1960)














PREAMBULE

La mémoire collective efface volontiers le souvenir de
ce qui la traumatise et le temps qui passe contribue
pleinement à l’oubli définitif de faits aliénants pour le
mental.
Certains suscitent l’effroi rien qu’à la prononciation de
leurs noms ; ces individus organisés en bande de
hors-laloi avaient défrayé la chronique dans Katacuna aux temps
anciens. Alors même que tout un chacun pensait les
instigateurs de tueries, viols et autres méfaits disparus
pour toujours, ceux-ci revenaient, sous une apparence
bénigne et trompeuse.
Ces faits n’étaient pas ignorés des détenteurs de
l’histoire du peuplement noir du continent africain. Et
pourtant…
Les êtres humains se prêtent facilement au jeu des
prestidigitateurs et se laissent emporter par leurs
élucubrations... Ainsi leur échappe l’essentiel ; ce qui
gagnerait à être connu…







11Bogikamo

En cette radieuse matinée du mois d’août, Bogikamo
s’éveillait doucement, langoureusement, à la vie qui
l’appelait : l’air, rafraîchi par la végétation luxuriante
exposée partout, invitait à la douceur, à la détente…
Les femmes, actives dès l’aube, avaient préparé le
repas dont l’odeur appétissante ne tarderait pas à faire
surgir sur le pas de leurs habitations enfants, jeunes et
adultes. Le ventre bien rempli, chacun ne verrait aucun
inconvénient à vaquer à ses occupations, couper le bois,
aller pêcher, construire des cases pour de nouveaux
mariés, se rendre aux champs…
Y avait-il plus agréable, plus saine que cette existence
qui fourmillait à plus de quatre cents kilomètres de
Mabeke, la capitale ? Les fruits et légumes cultivés ici
abondaient et les villageoises excellaient dans l’art de les
accommoder pour en faire les mets typiques dont elles
avaient hérité le secret de leurs ancêtres.
« Bogikamo est vraiment un endroit où il fait bon
vivre ! » clamait-on de tous les logis. On disait ses
habitants méprisants et arrogants. Ils n’en tenaient pas
compte. Ici, nul n’aurait pensé à partir ailleurs, cet ailleurs
désignant les autres localités de Katacuna, ce pays de
l’Afrique de l’Ouest qui avait connu des événements si
tragiques qu’ils n’osaient même pas en parler.
Fiers, ils l’étaient de leur chef, Koumalan, envers qui
ils éprouveraient une reconnaissance éternelle. Le défunt
président avait modernisé le village jadis ignoré du
monde, puis devenu le centre de toutes les curiosités
depuis qu’un aéroport avait surgi de la brousse, depuis que
des édifices majestueux y avaient été érigés.
13Parmi eux, une immense église de marbre dont la croix,
visible d’un bout à l’autre du village, rappelait l’homme de
foi qu’il avait été. De prestigieux établissements scolaires
secondaires et supérieurs avaient permis aux enfants et aux
jeunes d’être formés sur place.
« Notre Koumalan était un sage, reconnu par toutes les
notabilités du monde qui lui ont rendu visite ici, dans sa
résidence privée où n’était pas admis qui voulait. »
entendait-on de partout.
La sérénité qui était de mise en ces lieux laissait à
penser qu’on y avait moins souffert que dans d’autres
parties du pays. La population locale semblait être en
parfaite harmonie avec la nature, profitant pleinement de
ce qu’elle lui offrait. Elle n’avait rien à envier aux
habitants de la localité la plus proche, à deux cents
kilomètres de là. L’esprit de Koumalan était-il donc si
puissant ?
De son vivant, alors qu’il avait voulu rendre le lieu où
il avait vu le jour plus avant-gardiste, il s’étonnait de voir
combien ceux qui y étaient nés et y vivaient encore
tenaient à leurs habitudes ; le luxe qu’affichaient ses
visiteurs de marque ne les avait guère éblouis.
Ils aimaient consommer ce qu’ils tiraient de leurs
champs. Le président, tout en le regrettant, respectait ce
choix, car lorsqu’il prenait de la distance par rapport à
l’agitation de la capitale, c’est auprès d’eux qu’il
retrouvait une paix qu’il lui était difficile de ressentir dans
une cité urbaine surchauffée. Il y avait comme une
symbiose entre « ses gens » et lui. Il les connaissait tandis
qu’eux voyaient en lui le reflet du chef idéal. Nul n’aurait
eu l’idée de contester son autorité naturelle.
Le bruit et la fureur régnant dans les villes avoisinantes
n’étaient pas parvenus à déstabiliser Bogikamo. Les
activités avaient continué à s’y dérouler sans accroc.
14L’approvisionnement en denrées alimentaires par les
petites boutiques du coin ainsi que les produits agricoles
cultivés sur place avaient contribué à maintenir tout le
monde en bonne santé. Les villageois avaient été tenus
informés des émeutes, des attaques étrangères et des
dommages subis par les autres groupes ethniques lors de
l’arrivée inopinée de leurs responsables politiques, venus
se mettre à l’abri dans cet endroit isolé et éloigné des
conflits. Ils y avaient trouvé la sécurité qui avait si
lourdement fait défaut dans les autres communes et bourgs
de la contrée.

***

A Bogikamo planait une sorte d’indifférence à toutes
les rumeurs, aux on-dit qui avaient un temps semblé
entacher la réputation du défunt président. Ceux qui
avaient eu le privilège de le croiser, chaussé de bottes et
pataugeant dans la terre imbibée d’eau pendant les saisons
pluvieuses, ne manifestaient aucune considération pour les
héritiers potentiels de Koumalan. Apparemment, ils
avaient bien du mal à « entrer dans les chaussures » de
l’illustre disparu. On ne saurait sans doute jamais lequel de
Gnahoré Charles, Galoua ou Sidibe Paulo aurait été appelé
à être son successeur le plus digne. De son vivant, il n’en
avait désigné aucun officiellement. Ici, les yeux furetaient
mais les langues ne se déliaient pas facilement. Ils
n’avaient pas à intervenir dans des affaires au-dessus de
leur instruction. C’étaient des femmes et des hommes de la
terre. Point.

***

15Ici personne n’ignorait que les trois personnalités s’étaient
rendues en catimini et à tour de rôle au mausolée de
l’exchef de l’Etat, comme s’ils avaient voulu en saisir le
mystère, s’approprier un signe qu’il leur enverrait de
l’audelà, confirmant leur appel. Ils avaient visité chaque
recoin du palais, s’étaient même assis sur les sièges qu’il
avait occupés.
Le bois d’ébène sculpté était resté muet, la matière ne
pouvant en rien révéler l’essence du grand bâtisseur, l’élu
du clan des Djoko. Mais était-il vraiment celui dont la
naissance avait été prédite par d’augustes devins et
véhiculée à travers les siècles par des mythes et des
légendes ?

***

La grande villa des Djoko, transformée par les soins du
défunt président en un magnifique palais royal pour
honorer ses occupants, s’étendait maintenant sur plusieurs
hectares. La succession était désormais inscrite dans la loi,
dans une discrétion toute princière. En ce moment même
les chambres grouillaient d’une animation particulière,
suscitée par la présence d’une bande joyeuse de jeunes
filles et de jeunes gens réunis pour les congés scolaires.
Tous attendaient dans l’excitation la célébration de
l’événement de l’année : la fête de génération. Les rois et
chefs coutumiers locaux, bénéficiant du renfort que
constituait la présence de leurs semblables venus de toutes
les autres régions, sacreraient les nobles descendants de la
nouvelle ère. Les sommités avaient décidé de rompre le
silence respectueux qu’ils avaient observé durant tout le
règne de Koumalan. Ils avaient su ne pas porter ombrage à
sa gloire.
16

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