La demoiselle de Rosling

De
Publié par

30 juin 2014. Alors qu’il visite le parc du château de Rosling, en Bavière, François Thiébaud-Leconte est surpris par un terrible orage. Il se réfugie dans la grotte de Pan, interdite au public. Quand l’orage se calme, il découvre à ses côtés, assise sur le banc de pierre, une jeune femme en larmes, bizarrement vêtue d’une longue robe d’époque XVIIIe.

Elle tient des propos incohérents, se croit le 30 juin 1753, et soutient qu’elle habite le château de Rosling, propriété de son oncle Maximilien de Lüttenberg qui l’a recueillie à la mort de ses parents.

François, tout en cherchant une explication rationnelle à cette fantasque situation, se laisse peu à peu prendre au charme de la jeune Luise de Wildbach. Il l’emmène chez lui, bien décidé à démêler le vrai du faux de cet imbroglio spatio-temporel, aidé par ses amis, et surtout par le professeur Hans-Martin Weber, un érudit spécialiste du XVIIIe siècle, séducteur et libertin qui ne laisse pas Luise indifférente.

Une belle histoire romantique, pleine d’humour, qui nous fait naviguer du XVIIIe au XXIe siècle, et n’est pas sans rappeler par certains côtés les romans de Jane Austen (accommodés à la sauce moderne et bavaroise).
Publié le : mercredi 20 janvier 2016
Lecture(s) : 22
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782374530956
Nombre de pages : 140
Prix de location à la page : 0,0052€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
Extrait
Son blue-jean était trempé, son tee-shirt et sa veste lui collaient aux épaules ; quant à ses mocassins italiens, qu’il avait achetés très cher pas plus tard que la semaine précédente, il se dit avec amertume qu’ils étaient fichus. Pour comble, il n’était pas près de pouvoir rejoindre le parking : les grondements croissants du tonnerre annonçaient l’approche du pire de l’orage. Impression confirmée par la couleur du petit morceau de ciel qui se découpait entre la voûte de pierre de son abri et la cime des arbres : de gris, il était passé à un noir encre de Chine.

Il n’aurait pas dû se trouver là. À un détour de l’allée forestière qu’il suivait au hasard de sa promenade, il avait soudain buté sur une chaîne tendue en travers du chemin. Un écriteau y était suspendu : « L’accès à cette partie du parc est formellement interdit au public ». À cet instant précis, il avait entendu au-dessus de sa tête le martèlement des premières gouttes de pluie sur les feuilles.

Il s’était demandé quoi faire : l’orangerie aurait pu fournir un abri, mais elle était loin, et le château lui-même encore plus loin. Il avait soudain avisé une autre pancarte, accrochée au tronc d’un arbre à une dizaine de pas à l’intérieur de la zone interdite. L’écriteau, à demi effacé, pendait lamentablement, mais on pouvait encore y lire les mots « Statue et grotte de Pan » surmontés d’une flèche.

Une grotte, c’était exactement ce qu’il lui fallait ! Sans se poser davantage de questions, il avait enjambé la chaîne et couru dans la direction indiquée par la flèche.

Trente mètres plus loin, il avait dévalé un escalier aux marches disjointes, traversé au sprint un carré d’herbes folles occupé en son centre par un bassin d’eau verdâtre, et s’était précipité dans la grotte de Pan.

En fait de grotte, il ne s’agissait que d’une modeste alcôve, profonde tout au plus de quelques mètres, un décor artificiel comme on en construisait dans les parcs au XVIIIe siècle. Au fond, un banc de pierre attendait les promeneurs. Il s’y était assis, bien obligé de prendre son mal en patience. Il avait juste levé les yeux vers le plafond de pierres meulières mal ajustées, après avoir avisé le panonceau fixé à l’entrée : « Risque d’éboulement – Défense absolue d’entrer ». Il se rassura en se disant que si l’édifice avait tenu deux siècles et demi, il tiendrait bien une heure de plus.

En examinant le paysage du fond de sa tanière, la première chose qu’il avait remarquée était, juste devant l’entrée, le socle solitaire d’une statue disparue ; sans doute celle du dieu Pan, qu’on devait avoir mise à l’abri en attendant sa restauration. Les gouttes de pluie dansant sur le marbre ébréché du socle déserté offraient un spectacle fascinant, mais il n’avait plus le cœur à la poésie. Cet orage était une perte de temps rageante. Il aurait mieux fait de revenir directement à sa voiture une fois la visite du château expédiée, au lieu d’arpenter ce parc sans grand intérêt. L’énervement le gagna. Cette journée n’était de toute façon pas une bonne journée, et cet orage était la cerise aigre sur le gâteau raté.

La visite du château de Rosling s’annonçait pourtant comme un moment délicieux. Depuis cinq ans qu’il vivait à Munich, il pensait avoir écumé tout ce que la Bavière comptait de châteaux, abbayes, églises baroques et musées ; aussi avait-il été heureusement surpris en découvrant l’existence d’un château rococo qu’il ne connaissait pas. Mais il avait été abusé par le lyrisme des habiles communicateurs des services du tourisme de l’État de Bavière. En fait de visite, seul le rez-de-chaussée du château était ouvert au public, et une bonne partie du parc restait fermée. Personne ne lui avait jamais parlé des charmes du château de Rosling ; en conséquence de quoi il aurait dû se méfier…

Traverser les salles lui avait pris peu de temps. Comme l’indiquaient les immenses panneaux multilingues qui achevaient de tuer l’ambiance, la plupart des pièces avaient été refaites de fond en comble, sur la base de rares dessins anciens et de photos prises avant les destructions de la Seconde Guerre mondiale. Le mobilier d’origine avait été pillé en 1945, « mais des recherches dans les anciens inventaires ainsi que des restitutions avaient permis de remettre en place un mobilier comparable ». Les dorures, les miroirs, les stucs, les faux marbres, les tentures de soie, comme les vernis trop neufs de tableaux, tout brillait d’un éclat factice. Il avait eu rapidement l’impression de se mouvoir dans un décor de cinéma.

Quand tout a été à ce point restauré, remplacé, recréé, gratté, repeint, comment démêler le vrai du faux ? Où étaient les objets capables de raconter, à ceux qui savaient les écouter, ce qu’était autrefois la vie en ces lieux ? Était-ce bien ce fauteuil qui était là en 1755, sur lequel la Margravine de Bayreuth s’était laissée tomber pour détendre ses jambes fatiguées du voyage ? Où Voltaire s’était confortablement calé pour enchanter son auditoire ?
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.