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La promesse

De
69 pages
Un vieil homme, Florentin, attend sur le quai d'une gare, dans son costume trop grand, le lieu est désert. Cet homme est inquiet. Il se retourne sur sa longue vie, fatigué, il se perd dans son passé. Il cherche sans doute l'instant, la faute, le point de départ de la chute. Elsa, une jeune chanteuse, gagnante d'un concours télévisé, arrive, elle semble perdue dans ses bagages luxueux. Elle pleure dans les bras de Florentin. Hervé, à la recherche de son chat les rejoint. Le dernier train va arriver... Trois personnages, un seul destin.
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Enunanuel

Erida

La promesse

L'Harmattan

Personnages: Florentin, 75 ans. Elsa, 20-30 ans. Hervé, 30-40 ans. La femme de la fin, 75 ans.

Le quai d'une gare.

Il fait nuit. Un homme arrive sur le quai d'une gare, il porte des vêtements de belle coupe mais un peu trop grands. Il traîne derrière lui une valise. Une énorme valise. Il la tire avec difficulté. Il respire profondément et regarde autour de lui. Le lieu est désert. Il est essoufflé. Il se dirige vers le banc, sous l'horloge. Il sort un mouchoir blanc de sa poche, l'étale avec lenteur sur le banc et s'assied. Il se ravise. Il reprend son mouchoir, le replie avec soin et le replace dans la poche de son manteau. Il se tourne vers l'horloge, elle indique dix heures vingt. Il vérifie en regardant l'heure indiquée sur sa montre. Elle n'indique pas la même heure, il règle l'heure de sa montre. Il fait quelques pas. Il ny a personne. Il se dirige vers le bord du quai et regarde de chaque côté, aucun train n'arrive. Il s'assied sur sa valise et attend. Silence. Un chat miaule. L'homme sourit. Il se lève et se dirige vers le chat. Il miaule de nouveau.

Florentin Petit, petit... Allez, montre-toi!
Il attend, rien ne se passe. Il se dirige vers sa valise, la couche à terre, elle est devenue très lourde. Il peine à ne pas la laisser tomber lourdement. Il sort une clif de sa poche et l'ouvre. Il fouille et sort une boîte de thon. IlIa pose à terre et riferme sa valise à clef. Il a beaucoup de mal à remettre sa valise debout. Il y parvient avec difficulté. Il ramasse la boîte de thon, sort le mouchoir blanc de sa poche et l'étale sur sa main. Il cale la boîte de thon dans la paume de sa main et sort de sa poche un couteau suisse. Il commence à ouvrir la boîte de thon. Il fait sauter le couvercle de la boîte et se dirige vers l'endroit d'où les miaulements provenaient. Il pose la boîte de thon à tem et attend. Il reph"ele couteau, son mouchoir et les range. Il s'éloigne enfaisant mine de ne pas prêter attention au chat. Il tourne lentement son visage vers la boîte de thon et attend.

Florentin

Tu peux venir.
Rien ne se passe. Il s'appuie contre la valise et ne regardeplus la boîte de conserve,iljette un coup d'œilfurtif Florentin Voilà, je te laisse dîner. Je ne regarde pas.

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Silence.

Florentin Ne sois pas sauvage, c'est moi qui devrais avoir peur, je ne suis plus d'ici. Tu ne vas pas me dire que tu as peur d'un vieil homme comme moi. Tu dois être habitué au vacarme des trains... (II retourne vers le lieu où il a posé la boîte de thon.) Tu n'as peut -être pas faim.
Silence. Il referme son manteau.

Florentin Tu ne crains pas le froid, toi. Un peu la pluie. Tes maîtres ont dû te donner un nom.
Le chat miaule de nouveau.

Florentin Je ne parle pas chat. TI faut que je te trouve un nom... J'ai eu des bêtes moi aussi, mais des chiens... Peut-être à cause de ma femme. Je ne sais pas. Ça ne s'est pas fait avec des chats. J'ai eu trois chiens. TIs sont tous morts. Ça ne dure pas très longtemps un chien quand on y pense. Quinze ans, tout au plus. J'ai eu des épagneuls bretons. C'est beau un épagneul breton... Ça rapporte bien le gibier, paraît-il... Mais n'aie pas peur, je n'ai jamais chassé de ma vie. J'ai eu beaucoup de taupes dans mon jardin...
Il regarde sa montre.

Florentin C'est gentil d'attendre avec toi. Tu sais où je vais... Chez mon beau-frère. Etienne. Je ne sais pas pourquoi je continue de l'appeler mon beau-frère puisque ma sœur est morte. A bien y regarder, il ne m'est plus rien. On se connaît depuis soixante-dix ans. TI n'est jamais parti du village. Même pendant la guerre. Sacré Etienne. C'est ma sœur qui a hérité de la maison des parents, alors Etienne y vit. C'est logique. La maison où je suis né, est occupée par un étranger. Pas complètement étranger mais tout de même. TI

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n'a pas d'enfants lui non plus. Je ne sais pas ce que cette maison va devenir.
Silence. Florentin Naître et mourir au même endroit, ça doit être quelque chose. A croire que tu reviens au point de départ. La boucle est bouclée. Heureusement qu'Etienne n'est pas né dans cette maison. Je n'arrive pas à te trouver de nom. Je t'appellerais bien Etienne, mais toi, je t'aime bien. Tu ne m'as pas fait de mal et puis tu n'as pas épousé ma sœur... Et tu ne bois pas...
Silence. Le chat miaule.

Florentin Petit, petit... Tu t'es trouvé une petite chatte qui ronronne et qui se frotte à toi... Petit veinard! Tu n'aimes pas rester seul... J'ai compris, tu es jaloux... Un peu possessif... J'aurais bien aimé savoir de quelle couleur était ta robe...
Il regarde sa montre. Il soupire.

Florentin

Etienne... Tu sais le chat...
Silence. Florentin Même si tu étais seul, je ne pourrais pas t'emmener avec moi. Pourtant, j'aimerais... Etienne ne supporte rien venant de moi. Cette boîte de conserve était pour lui. Tu peux dire ce que tu veux, qu'arriver avec une boîte de conserve, ça ne se fait pas et tu auras raison. C'est exprès! Etienne est un rustre. Les mets les plus fms ou une boîte de thon, c'est du pareil au même pour lui. Alors régale-toi de cette boîte de thon, ça me fait plaisir. Un jour, à la mort de ma pauvre Henriette, c'est ma femme... C'était ma femme, je ne sais pas pourquoi je ne parle jamais d'elle au passé, quarante-cinq ans de mariage, ça marque un homme. Oh, elle 7

n'était pas parfaite, ça non, mais la vie était douce avec elle I Elle pouvait même être peste et un peu pingre aussi. (Silence.)Ça fait dix ans que je suis seul et crois le, ça fait dix ans que je m'amuse. Incroyable I Je n'ai pas vu passer ces dix années. Ma pauvre Henriette, elle doit commencer à trouver le temps long, mais je peux te dire que je n'ai pas vu le temps passer et je peux même affltmer que j'ai pas envie d'arrêter... Je vais mourir d'ennui avec Etienne. J'en ai peur. Je ne sais plus où aller. J'avais bien une amie mais elle est morte la semaine dernière. Régine qu'elle s'appelait. Je la connaissais depuis un an, elle était agréable et elle savait s'amuser I Vingt-cinq ans de moins que moi I Elle m'a fait découvrir l'Afrique et son pays, le Cameroun. Mais il n'y a pas à dire, il fait trop chaud dans ces pays, ce n'est pas humain. Si encore c'était bien climatisé. Elle est partie d'un cancer foudroyant. Maintenant, je suis seul et sans le sou, obligé de supporter Etienne. il va m'en faire voir, ça je le sais. il attend que ça, même... Ce sera sa petite vengeance avant la fin. Parce que ma sœur, épouser un type pareil... Elle aurait pu faire des études, mais non, Etienne il lui a mis le grappin dessus et terminé. Mais elle a vécu heureuse. Je ne peux pas dire qu'Etienne, ilia respectait pas, ça non, je peux pas le dire. Mais ça reste un imbécile. Imagine s'il avait su pour Régine. Une africaine. Une noire I il m'aurait cru fou. Le coup de foudre ça ne se commande pas, même à soixantequatorze ans. En croisière, s'il te plaît I C'est terminé, les croisières. Terminé les vacances. Je regrette juste de pas être mort plus tôt. Avec Régine, ç'aurait été parfait. Gaillard comme je suis, j'en ai encore pour longtemps. Et je bois plus, une promesse... Et je ne fume pas et je me lève tous les jours à six heures I C'est terrible, l'âge qu'on prend, ça nous empêche de dormir. A croire que si on dort trop, on risque d'oublier de se réveiller. Ça doit me travailler moi aussi. (Silence.) ais bon. M
Silence.

Florentin Tu n'as plus personne à qui parler... Moi, non plus. Mais que ça ne t'empêche pas de manger surtout. J'ai perdu Henriette il y a dix ans, j'avais soixante-cinq ans. Ses derniers mots ont été: «ne me regrette pas, amuse-toi I» J'ai pris Henriette au mot. Pas d'enfant, 8