Sigmund Freud et le fantôme d'Oscar Wilde

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1938: Freud a abandonné Vienne, contraint à l'exil par la montée du nazisme. Dans sa résidence londonienne, il vit ses derniers mois, menant un combat acharné contre son cancer de la mâchoire. Le père de la psychanalyse y reçoit la visite d'un étrange patient qui prétend être le fantôme d'Oscar Wilde, lui-même mort en exil à Paris en 1900, après sa terrible condamnation à deux ans de travaux forcés pour homosexualité. Ces deux géants vont se parler et s'apprivoiser dans une psychanalyse hors du commun, où s'affronte science et spiritualité, rigueur intransigeante et superficialité de haut vol.
Publié le : mercredi 7 octobre 2015
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EAN13 : 9782336391472
Nombre de pages : 144
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Danielle et Christian MorrisSigmund Freud
et le fantôme d’Oscar Wilde
1938 : Freud a abandonné Vienne, contraint à l’exil par la
montée du nazisme. Dans sa résidence londonienne, il vit Sigmund Freud
ses derniers mois, menant un combat acharné contre son
cancer de la mâchoire. et le fantôme d’Oscar Wilde
Le père de la psychanalyse y reçoit la visite d’un étrange
patient qui prétend être le fantôme d’Oscar Wilde, génie
irlandais de la littérature, lui-même mort en exil à Paris en
1900, après sa terrible condamnation à deux ans de
travaux forcés pour homosexualité.
Ces deux géants vont se parler et s’apprivoiser dans une
psychanalyse hors du commun, où s’afrontent science et
spiritualité, rigueur intransigeante et superfcialité de haut
vol.
Ces deux personnages attachants peuvent douter
quelquefois de leur rédemption ou de leur éternité, mais ils se
jouent des mots d’esprit, dont l’un rappelle qu’il les
analyse, et l’autre qu’il en est l’inventeur…
Danielle et Christian Morris habitent à
Roquebrune-sur-Argens, dans le Var, où ils ont
créé , avec leur fls Dorian, la compagnie théâ -
trale de l’Œillet vert. Danielle, écrivain-biographe,
travaille sur la mémoire familiale et anime des ateliers
d’écriture. Christian, son mari, est psychanalyste transgénérationnel.
Tous deux sont membres de la Société Oscar Wilde.
Dessin de couverture de Christian Morris.
ISBN : 978-2-343-06070-5
15 €
THEATRES_PF_MORRIS_SIGMUND-FREUD-ET-LE-FANTOME-D-OSCAR-WILDE.indd 1 16/07/15 18:26
Danielle et Christian Morris
Sigmund Freud et le fantôme d’Oscar Wilde






Sigmund Freud
et le fantôme d’Oscar Wilde

Collection « Théâtres »
dirigée par Denis Pryen et Jérôme Martin


Dernières parutions

Robert POUDEROU, Les polyamoureux, 2015
Marie-Françoise MOULADY-IBOVI, C’est la sorcellerie
Kindoki !, 2015
Rolland BARRAUX, Le bûcher des vanités, 2015
Nicole COUDERC, Toi ma forêt, 2015.
Amadou Édouard LOMPO, Kassaï, la sœur de l’empereur suivi de
Camion-people, 2015.
Cathy NAVAS, La gouvernante, El duende... ¿Dónde está el
duende?, 2015.
Jean-Luc TABARD, Allez vous faire cuire un œuf !, 2015.
Francy BRETHENOUX-SEGUIN, Petites lâchetés, 2015.
Vincent ECREPONT, La chambre 100, 2015.
André DUNES, Néron. Mystère de l’histoire, 2015.
Aurélie VAUTRIN-LEDENT, L’Épanouie, 2015.
Louis VINÇA, Trilogie sahélienne, 2014.
Pascal LARUE, Les Injustes, 2014.
Laura et Stéphane HURT, Panik, 2014.
SAINT-SORIN, Ampélopsis ou les illusions d’une jeune femme,
2014.
Laurent CONTAMIN, Hérodiade, 2014.
Marie-Françoise MOULADY IBOVI, L’imprudence, 2014.
Gad DAHAN, La serveuse du palais, 2014.
Abdelatif ELOUAHABI, L’Intrus, 2014.
Daniel LABONNE, Lafimela, 2014.
Loïc CHONEAU, Je te veux impeccable, 2014.
Léonard GAYA, Fortinbras, ou qui a tué Hamlet ?, 2014.
Grégory VLÉRICK, Une page d’histoire, 2014.
Jean-Paul INISAN, Mohamed et Véronique, 2014.
Michel DESTOMBES-DUFERMONT, L’inutile, 2014.
Jean-Pierre PELAEZ, Le Tartuffe nouveau, 2014.
Corinne FRANCOIS-DENEVE, Scènes de la vie théâtrale, 2014.
Christophe PETIT, Des garçons comme s’il en pleuvait, 2014.
Danielle et Christian MORRIS




Sigmund Freud
et le fantôme d’Oscar Wilde




























Des mêmes auteurs

De Christian MORRIS :
LE TAROT miroir d’éternité, Éditions Charles Antoni L’Originel,
1995.

De Danielle MORRIS :
L’AMI DE BUNBURY ou si Oscar Wilde m’était conté, Éditions
des Écrivains, 2004.















© L’Harmattan, 2015
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-06070-5
EAN : 9782343060705










À notre fils, Dorian




PERSONNAGES



SIGMUND FREUD, psychanalyste.


OSCAR WILDE, écrivain, esthète.


PAULA, employée de maison de Sigmund Freud.


L’ENFANT


LA JEUNE FEMME EN NOIR


ADRIAN MELMOTH


ISOLA, petite sœur d’Oscar Wilde.


LA VOIX OFF




La pièce se déroule dans le cabinet de Sigmund Freud.



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ACTE 1


SCENE 1


Sigmund FREUD entre dans le bureau. Son pas est celui
d’un vieillard. A peine la porte est-elle refermée qu’il
époussette nerveusement la manche droite de son veston.
Il fait quelques pas, montre un rictus (il souffre de la
mâchoire) ; ayant porté machinalement la main à son
menton, il se lisse la barbe.
Sans parler, il se dirige vers le groupe de statuettes
primitives qui décorent son bureau. D’une manière
compulsive, il caresse rapidement la tête de chacune
d’elles. Puis, il s’approche du divan sans regarder son
hôte. Il se penche (nouveau rictus de douleur) et défait le
pli d’un des nombreux tapis qui recouvrent le divan.
Enfin, il observe son nouveau patient, écarquille les yeux,
penche la tête pour mimer la surprise...

FREUD: C’est curieux, j’ai le sentiment que nous nous
sommes déjà rencontrés !

WILDE: Je ne le crois pas.

FREUD: Peut-être étiez-vous présent à la soirée de Miss
Blandish. Non, non !... J’y suis, chez la charmante
madame CROWLEY... ou au thé de Miss Watson.

WILDE: Pas d’avantage. Physiquement, nous ne nous
sommes jamais rencontrés.

FREUD: Bon, bon ! Parce que, voyez-vous, la question est
d’importance ; une question, disons d’éthique ; je dirais
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presque de morale professionnelle. Dans la pratique
psychanalytique, on ne noue aucun lien personnel avec
son patient avant de le rencontrer... et même pendant.
D’ailleurs, vous avez remarqué : je ne vous ai pas serré la
main.
(Wilde opine du chef, amusé).
Mais bon sang, je parle trop. C’est le patient qui doit
parler; je ne m’y ferai jamais. C’est stupide : je passe mon
temps à violer les règles que j’ai moi-même élaborées !
Bien, bien. A qui ai-je l’honneur, je vous prie ? (agacé)
Enfin, je voulais dire : Quel est votre nom ?

WILDE: Oscar Wilde.

FREUD: Comme l’esthète, le dandy ?

WILDE: Comme le poète, le génie. C’est moi, en effet.

FREUD: J’ai vu quelques photographies, des gravures de
l’époque. Vous lui ressemblez, en effet ; c’est étonnant !
Et en plus, vous portez le même nom !

WILDE: Vous n’avez pas bien compris, docteur. Je suis
Oscar Wilde !

FREUD: J’ai écrit des choses sur les mots d’esprit. Vous
devriez me lire !

WILDE: Les mots d’esprit, je les ai inventés. Ceci n’en est
pas un, je suis Oscar Wilde.

FREUD: Voilà bien un symptôme. Si vous étiez Oscar
Wilde, vous seriez un fantôme, et je ne crois pas aux
fantômes. J’ai déjà eu des démêlés avec une sorte de fils
spirituel. Il s’appelait Jung, Carl Gustav. Il faisait tourner
10
les tables. Je l’ai évincé. (Freud s’énerve) Je ne crois qu’à
la science mécaniste, à Descartes, à Newton, vous
m’entendez !

WILDE: Il est vrai que je suis un peu dur d’oreille, j’en
suis même mort. Mais quand vous criez, je vous entends !

FREUD: Eh bien, justement, ne me faîtes pas crier, j’ai un
cancer de la mâchoire !

WILDE: Je sais, en phase terminale.

FREUD: Un fantôme, c’est un symptôme. (Freud
s’amuse) D’ailleurs, ça rime !

WILDE: Une rime pauvre, si vous me permettez.

FREUD: Comme les fantômes, ça n’existe pas ; être un
fantôme, ça veut dire : n’être rien, ne pas exister, ne pas
être reconnu. Souffrez-vous de sentiments de rejet,
d’infériorité ? Cessons cela : quelle est votre souffrance ?
De quoi voulez-vous guérir ? Quelle est la raison de votre
présence ici ?

WILDE: Exister, si je vous en crois, mais... comme
fantôme !

FREUD: Cessons ce jeu ! Qui êtes-vous vraiment,
monsieur ?

WILDE: Mais enfin, je ne cesse de vous le dire ! Je suis
Oscar Wilde, ou son fantôme, si vous préférez !

FREUD: Vous êtes donc un imposteur, tout comme ces
nombreux Louis XVII qui sont sortis de la conciergerie,
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ou ces Anastasia qui prétendaient avoir échappé au
massacre des Romanov.

WILDE: J’accepterais volontiers d’être en si bonne
compagnie. Ces références royales me touchent.
Savezvous que mon parrain fut le roi de Suède ?

FREUD: Tout cela est stupide. Les légendes n’existent
pas. Vous êtes un imposteur. Ou alors, c’est bien pire :
vous seriez atteint d’une de ces psychonévroses que j’ai si
bien décrites (Freud se lisse de nouveau la barbe d’un air
satisfait ; mais, immédiatement après, il fait une grimace
de douleur). Oui, une psychonévrose, une des pires. Dans
le langage commun, vous seriez un fou. Mais alors,
monsieur, je vous demanderais de sortir, car, voyez-vous,
tout le monde le sait, les fous me font peur. J’ai toujours
refusé de les traiter. Ils échappent aux règles du transfert.
Ils me regardent avec leurs yeux fixes (Freud ne peut
réprimer un frisson). Il fait très froid, ne trouvez-vous
pas ? Je vais demander à ma fille de remettre du bois dans
la cheminée.

WILDE: Il ne fait pas froid. Ainsi donc, l’inventeur de la
Psychanalyse a peur des morts et des fous. Mais n’y a-t-il
donc aucun moyen de vous convaincre que je suis un
fantôme ?

FREUD: Je suis un scientifique. Le seul moyen de me
convaincre serait de m’apporter une preuve.

WILDE: Je vais donc essayer. (Wilde se lève, va vers
FREUD et lui parle à l’oreille pendant quelques
secondes…)

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FREUD: Tout cela n’est pas une preuve. Tous ces détails
sont connus du grand public, en tout cas des gens les plus
cultivés, puisque plusieurs ouvrages biographiques vous
ont déjà été consacrés.

WILDE: Personne n’a jamais écrit que j’avais marché à
treize mois et percé ma première dent à...

FREUD: Voyons, ne faîtes pas l’enfant. Ce n’est pas
d’avantage scientifique puisque je ne peux pas vérifier.

WILDE: Je vais donc vous rappeler votre propre
existence. (On devine le discours de Wilde, alors qu’enfle
progressivement l’adagio de Samuel Barber. On sent que,
par instants, Freud fait des efforts insensés pour ne pas
sombrer dans le sommeil.)

FREUD: C’est de notoriété publique; vous êtes un
imposteur.

WILDE: En avril 1858, vous aviez presque deux ans, et
votre petit frère Julius était très malade. Vous étiez
infernal. Vous souhaitiez attirer l’attention sur vous. Vous
êtes tombé dans l’escalier et vous vous êtes ouvert le
menton. Le médecin de famille était au chevet de votre
frère. Il a pu immédiatement recoudre la plaie. Cet
incident vous a laissé une belle cicatrice, cette cicatrice
que vous avez pris tant de soin à dissimuler sous votre
barbe (Wilde dirige un doigt vers le menton de Freud, qui
le repousse brutalement...).

FREUD: Ne me touchez pas, vous êtes fou !

WILDE: Malheureusement, le même médecin n’a pu
sauver votre frère. De nombreuses années plus tard, un de
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