Trois solitudes

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Trois individus ayant vécu à des moments différents de l'histoire sont arbitrairement réunis dans l'espace abstrait d'une scène de théâtre. Il s'agit du marquis de Sade, de l'écrivain romantique Marie Lafarge et d'une mystérieuse espagnole, cloîtrée dans un couvent de Poitiers, la soeur Josefa Menéndez. Chacun d'eux revit son existence et sa passion, exacerbée en raison de l'enfermement auquel il est soumis. L'excès, le délire et la mauvaise foi caractérisent leurs discours jusqu'au moment où ces trois vies brisées se rejoignent en un chant collectif.
Publié le : dimanche 1 juillet 2012
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EAN13 : 9782296499195
Nombre de pages : 146
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    TROIS SOLITUDES  
Collection « Théâtres »   Déjà parus   Bernard ALLOMBERT , Jeanne et Jean, 2012. Farid PAYA, Rostam et Sohrâb , 2012. Martine THINIÈRES, Le Grand Large , 2012. Nassuf DJAILANI, Se résoudre à filer vers le Sud, 2012. Valentin POTIER, Pyongyang , 2012. Jean-Marc BAILLEUX, Hôtel de lEurope , 2012. KWON Ho-ung, Le Parachute , 2011.  PARK In-bae, Le Combat des journalistes du DongA , 2011.  Christophe ROHMER, Moi, Alexandre , 2011. Georges BONNAUD, Electr & Prot. Roméo et Juliette du Cosmos. Vie et transposition théâtrale dun électron et dun proton. Aventures et avatars du premier atome dhydrogène léger , 2011. François JOXE, Quoi quoi ? suivi de Quoique , 2011. Golchehr DAMGHANI,  Petit-déjeuner au chevet de la mort , 2011.  Françoise DELMAS, Rue de la Passerelle , 2011.  VAROUJAN, Moins par moins  suivi de Petrus ou les cheminées dAlfortville , 2011.  Bernard MARTIN-FARGIER, Le voleur transfiguré, 2011. Sylvie BOURGOUIN, Hafsa , 2011. Aurélie VAUTHRIN-LEDENT, Cerise à leau-de-vie , 2011. Mélanie RODRIGUES, News trottoir , 2011 Peter MULLER et Angélique PIRO, Létrange mécanisme de la pensée. Livret conférence-spectacle , 2011. Dominique SABOURDIN-PERRIN, Les confesseurs de Dieu , 2011. Christophe PETIT, Vichy aux Antilles , 2011. Philippe CORVAL, Antigone ou le courage de la liberté , 2011.  Philippe REGNICOLI et Frédéric REY, Al , 2011. Vincent ECREPONT, Les interrompus , 2011. Francy BRETHENOUX-SÉGUIN, Assez , 2011. Bernard PROUST, Habeas corpus , 2011. Suzanne FOEZON, Sainte-Suzanne, pavillon 32, 2011. Geneviève BUONO, Mille et une nuits , 2011.   
  
     
Jean-Marie A POSTOLIDÈS            TROIS SOLITUDES  D.A.F. de Sade, Marie Lafarge, Josefa Menéndez
 
       
Autres ouvrages du même auteur
  Essais Le roi-machine, éditions de Minuit, 1981 Le prince sacrifié, éditions de Minuit, 1984 L'affaire Unabomber, éditions du Rocher, 1996 Tintin et le mythe du surenfant, éditions Moulinsart, 2003 Little Nemo, un siècle de rêves (collectif), Les Impressions nouvelles, 2005 Cyrano, qui fut tout et qui ne fut rien, Les Impressions nouvelles, 2006 Ivan Chtcheglov, profil perdu (avec Boris Donné), éditions Allia, 2006 Les Tombeaux de Guy Debord [Exils, 1999], rééd. Flammarion, coll. "Champs", 2006 Dans la peau de Tintin, Les Impressions nouvelles, 2010 Héroïsme et victimisation [Exils, 2003], rééd. Le Cerf, 2011 Les métamorphoses de Tintin [Seghers,1984; Exils, 2003], rééd. Flammarion, coll. "Champs", 2006 & 2011 L'Archipel Tintin (collectif), Les Impressions nouvelles [2004], rééd. 2012 Roman s L'Indien Lacandon, Sens & Tonka, 2005 L'Audience [Exils, 2001], rééd. Les Impressions nouvelles, 2008 Buvons, buvons et moquons-nous du reste,  un livre + un film, (avec Bertrand Renaudineau), L'Harmattan, 2011 Konoshiko, roman graphique (avec Luc Giard), Les Impressions nouvelles, 2012 Théâtre La Nauf des fous, Albin Michel, 1982 Sade in the Abyss, Nel Mezzo della Vita Press, 2003 Il faut construire l'hacienda, Les Impressions nouvelles, 2006 Sous d'autres noms Doctor Pandarus, The Theoretical Posture, Nel Mezzo della Vita Press, 2002 Guy Debore, Traces, revers, écart [2001], rééd. Sens & Tonka, 2006 Traductions Theodore Kaczynski, L'avenir de la société industrielle , avec une introduction, éditions Jean-Jacques Pauvert, 1996 Theodore Kaczynski, Deux manifestes contre la technologie,  avec une introduction, éditions Climats, 2009 Editions (avec Boris Donné) Ivan Chtcheglov, Ecrits retrouvés , éditions Allia, 2006 Patrick Straram, Les bouteilles se couchent , éditions Allia, 2006 Patrick Straram, La veuve blanche et noire un peu détournée , éditions Sens & Tonka, 2006 Patrick Straram, Lettre à Guy Debord , éditions Sens & Tonka, 2006     
 © LHarmattan, 2012 5-7, rue de lÉcole-polytechnique ; 75005 Paris  http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr  ISBN : 978-2-296-99191 0 -EAN : 9782296991910
Avant-propos   Les trois pièces réunies dans ce volume forment un tout. Elles furent conçues comme les différents tableaux d'un triptyque dont le texte sur le marquis de Sade (1740-1814) constitue le panneau central. Le volet de gauche est consacré à la femme de lettres Marie Lafarge (1816-1852), condamnée  sans doute pour de bonnes raisons  à la réclusion à vie pour avoir empoisonné son mari, quelques mois après un mariage qui ne lui convenait pas. Celui de droite s'attache à une mystique d'origine espagnole, Josefa Menéndez (1890-1923), qui termine son existence à trente-trois ans, dans un couvent de Poitiers, après avoir pendant quatre ans de vie monastique entretenu des rapports quotidiens avec le Christ ou la Vierge Marie. Les expériences étranges dont elle a rendu compte rejoignent, encore qu'avec davantage de naïveté, celles des grands mystiques de l'âge d'or espagnol. Ces trois personnages ont en commun une solitude extrême qui les conduit à des comportements excessifs, que ceux-ci se traduisent par une exacerbation de l'imagination sexuelle, un goût prononcé pour l'atmosphère macabre des romans gothiques ou par un délire mystique qui confine à la psychose, dans notre perception d'aujourd'hui. Je n'ai pas cherché à expliquer leur comportement mais, en m'appuyant sur les témoignages écrits qu'ils ont laissés  car ils ont aussi l'écriture en commun , je n'ai pu prévenir une certaine empathie pour leur quête d'absolu, conscient qu'elle les menait chaque fois à transgresser les valeurs admises par leurs contemporains, qu'elles soient celles de la pudeur, de l'éthique ou de la raison. Si cette sympathie n'avait pas existé, je n'aurais pu les accompagner dans leur solitude. Au-delà des différences immédiatement perceptibles entre ces trois individus, j'ai tenté de tirer de leur rapprochement des harmonies discrètes qui forment la trame poétique de ce travail. On peut lire chacun des textes comme autonome mais ils ont été conçus comme un spectacle total, pouvant être donné en une seule soirée ou bien réparti sur plusieurs jours consécutifs. A l'exception de la pièce sur Sade, qui a été représentée jadis dans une version simplifiée en anglais, et dont la mise en scène iconoclaste  nous avions joué dans des
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toilettes publiques  a fait scandale à l'université Stanford 1 , aucune de ces pièces n'a été montrée au public. Les questions qu'elles soulèvent ont sans doute perdu de leur acuité dans des temps de crise économique qu'accompagnent un repli de la vie intellectuelle et une suspicion légitime envers les explorations artistiques.    JMA 25 janvier 2012       
 
1 J.-M. Apostolidès, Sade in the Abyss, Nel Mezzo della Vita Press, 2003.
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I
 SADE AUX ENFERS     neuf tableaux      
  Sade I    Sade II La marquise de Sade Madame de Montreuil Laure de Noves Premier juge  Deuxième juge Troisième juge Quatrième juge       
 
Personnages
Premier dandy  Deuxième dandy  Premier gardien  Deuxième gardien   Le Rat boiteux  Les filles de joie
Les porteurs  Les serviteurs  Les personnages des Tableaux
      
Laire de jeu est divisée en deux espaces. Dans un coin, la chambre numéro six quoccupe le marquis de Sade à Vincennes. Le décor peut se réduire à quelques éléments, une table, une chaise, une bougie, une écritoire.  La partie centrale est consacrée à la mise en tableaux de lunivers intime du marquis de Sade. Laire de jeu y est plus grande, et avec un décor neutre qui sinspire très librement du Cabinet dAssemblée du château de Silling, tel que Sade le décrit dans Les cent-vingt journées de Sodome : forme semi-circulaire, avec des niches. Au centre, quelques gradins conduisent à une plate-forme étroite, légèrement surélevée. De part et dautre de la plate-forme, une colonne élevée pouvant atteindre le plafond. Le fonds est tapissé de tentures de velours noir à franges dor. Tout ce décor, avec quelques ajustements, peut être utilisé pour les trois pièces du spectacle.    TABLEAU 1                                        LA TOUR DE VINCENNES  Eclairage sur la chambre du marquis de Sade. Il est seul, allongé sur le sol. Il se tient dans une position ftale, le corps recouvert dun drap blanc.  Bruit de clés puis de serrure qui tourne. On ouvre la porte, le gardien entre. Il dépose un bol à terre puis soulève le drap et donne un léger coup de pied au marquis allongé et sans mouvement.   SADE I Je vous prie de m'épargner vos familiarités. Je n'ignore rien de ma position, mais je ne supporterai pas que vous...  PREMIER GARDIEN Là ! là ! Excusez-moi. Monsieur a-t-il bien dormi?  SADE I Oui, je vous remercie. Savez-vous quand on va me juger ? Dites-le-moi. Aurais-je droit à un défenseur ? On avait promis de me libérer après six mois... On me la promis. Les six mois sont passés
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depuis longtemps. Dites-moi au moins si ma femme reçoit mes lettres. Est-ce quelle les reçoit bien ?  PREMIER GARDIEN Ne cherchez pas à me tirer les vers du nez. On ma interdit de répondre à vos questions, vous savez bien. Faites preuve dun peu de patience, voyons. Votre condition n'est pas la pire, ici. Patienter, cest la seule façon de survivre entre ces murs. Croyez-vous ma place meilleure que la vôtre ? Foutre, non !  Le gardien quitte la pièce.  Le marquis de Sade boit le contenu du bol puis sassoit devant sa table. Il commence à rédiger une lettre à la plume doie. On entend parfois sa voix au micro en même temps quil écrit et parfois il parle directement.  SADE I A Madame de Sade, de la forteresse de Vincennes, le 18 avril 1777. Je suis dans une tour, enfermé sous dix-neuf portes de fer, recevant le jour par deux petites fenêtres garnies dune vingtaine de barreaux chacune. Jai environ, dix ou douze minutes dans la journée, la compagnie dun homme qui mapporte à manger. Il est brutal et grossier. Le reste du temps, je le passe seul, à écrire et à pleurer. Voilà ma vie.  SADE I Voilà comment on corrige un homme dans ce pays-ci. Cest pour mon bien, dit-on. Phrase divine où lon reconnaît bien le langage ordinaire de limbécillité triomphante. Cest pour le bien dun homme quon lexpose à devenir fou ; pour son bien quon détruit sa santé ; pour son bien quon le nourrit des larmes du désespoir ! Javoue que je nai pas encore été assez heureux pour comprendre et sentir ce bien-là. Mais prenez garde messeigneurs. Je saurai me venger de toutes vos injustices.  SADE I Oh ! Ma chère amie, quand mon horrible situation cessera-t-elle ? Quand me sortira-t-on, grand dieu ! Il nest rien dégal à lhorreur de mon sort, rien qui puisse peindre tout ce que je souffre. Je nai
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