Mademoiselle Sey

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Ravagé par une personnalité borderline, Daniel est dévasté par une mélancolie récalcitrante ponctuée d'histoires sans lendemain. A-t-il d'autres choix que de renoncer à aimer ? Sans doute pas. Pourtant, un jour tout a basculé. Contre toute attente, il s'engage en politique à l'approche des élections, battant le pavé de la ville, tracts à la main.


Au hasard d'une rue, il rencontre une certaine Mademoiselle Sey. Toute une vie qu'il croyait perdue, resurgit. C'est le coup de foudre. Il n'a dès lors qu'une idée : lui avouer ses sentiments. Sans y parvenir.


Un 1er mai, terrifié par son incapacité à agir, il commet l'irréparable en se défenestrant. Seulement, il plonge dans un coma jugé irréversible. Emprisonné dans un corps inerte, il parvient difficilement à admettre l’effroyable issue. Mais, de l'autre côté, une surprise de taille l'attend... Fallait-il pour autant se résoudre à abandonner la vie ?

Publié le : mercredi 2 septembre 2015
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EAN13 : 9782372221986
Nombre de pages : 53
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Mademoiselle SEY

 

Marcel Lourel 

 

Mademoiselle SEY

© Marcel Lourel – Bookless-editions

Juin 2015

 

 

 

 

Je veux remercier Madame Martine Boudreau, directrice de « Un mot par un autre », pour ses conseils avisés, sa souplesse et la qualité des échanges. À bien des égards, elle a permis que ce livre aboutisse.

Marcel Lourel

Du même auteur :

Liberté… Liberté Chérie - Éditions Ex Aequo, 2015.

À huis clos - Collection Paulette-Donjon - Éditions du 38, 2015.

On a tué le Caporal Oscar - Éditions Infimes, 2014.

Lettres à mes anges - Hugues Facorat Éditeur, 2014.

40 % d’alcool en volume - Jérôme Do Bentzinger Éditeur, 2013.

Les Propos.Essai sur quelques éléments guidant la vie quotidienne - Éditions Publibook (à compte d’auteur), 2013.

Autre ouvrage :

Closon, C. & Lourel, M. (2013) (Éds). La conciliation vie travail – vie privée : les questions en chantiers. Paris : Éditions L’Harmattan.

« Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.»

Dépôt légal : SGDL

 

 

À mes enfants

 

Camille et Arthur

Avec mon amour

 

Pour eux

Chant 1 

 

 

Sans que j’y prenne garde, ma vie s’est arrêtée brutalement. Comme un canasson que l’on mène à l’abattoir, je n’ai plus envie d’avancer, je n’ai plus le souhait de prendre un énième coup de trique, alors je me suis arrêté.

Un 1er mai, dans un accès de rage, d’autres diront de désespoir amoureux, je me suis suicidé. Je m’appelle (je m’appelais) Daniel de Narval, je suis né à l’automne 1971 et suis mort au printemps 2014.

Il y a des jours fériés plus moroses que d’autres. Un jour, j’ai fait l’inventaire de ma vie, de ses joies, de ses réussites et de ses amertumes. La quarantaine bien tassée, j’ai fait aussi l’inventaire de ma psyché. Ce n’est pas glorieux.

Il faut s’y résoudre : je suis borderline. C’est bête, mais c’est comme ça. Je n’ai pas choisi.

Je ne suis pas psychologue, encore moins psychiatre, et même pas thérapeute à la petite semaine. Alors, comme tous les abrutis moyens en quête d’une pseudoscience facilement ingérable, j’ai jeté un coup d’œil sur Wikipédia. 

Le verdict tombe. À la section « troubles de la personnalité borderline », on peut lire :

« Le trouble de la personnalité borderline est décrit comme un schéma envahissant d’instabilité dans les relations interpersonnelles, de l’image de soi et des affects, également marqué par l’impulsivité commençant chez le jeune adulte et présent dans un grand nombre de contextes. Il faut au moins cinq des neuf critères présents pendant un laps de temps significatif :

  • efforts effrénés pour éviter un abandon réel ou imaginé ;

  • mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l’alternance entre les positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation ;

  • perturbation de l’identité : instabilité marquée et persistante de l’image ou de la notion de soi ;

  • impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour le sujet (par exemple : dépenses excessives, sexualité, toxicomanie, alcoolisme, jeu pathologique, conduite automobile dangereuse, crises de boulimie ou d’anorexie) ;

  • répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d’automutilations ;

  • instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur (par exemple : dysphorie épisodique intense, irritabilité ou anxiété durant habituellement quelques heures et rarement plus de quelques jours) ;

  • sentiments chroniques de vide ;

  • colères intenses (rage) et inappropriées ou difficulté à contrôler sa colère (par exemple : fréquentes manifestations de mauvaise humeur, colère constante ou bagarres répétées, colère subite et exagérée) ;

  • survenue transitoire dans des situations de stress d'une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères.

En somme, le trouble de personnalité limite est principalement caractérisé par :

  • la peur du rejet et de l’abandon ;

  • l’instabilité de l’humeur ;

  • la difficulté à contrôler les pulsions, les actions, les réactions, les actes impulsifs souvent néfastes ;

  • les relations interpersonnelles instables ;

  • une difficulté avec l’intimité ;

  • une dissociation et une méfiance importante en présence de stress. »

Putain de merde ! Tel est pris qui croyait prendre puisque c’est mon portrait craché ! Exception faite des crises de boulimie ou d’anorexie, j’aurais pu cocher toutes les cases sans difficulté.

Alors, je me suis foutu en l’air au propre comme au figuré. La signature de toute une vie.

Comme un regain, un ultime sursaut, j’avais expédié un SMS la nuit précédant l’acte puis plus rien. Trois étages plus bas, après un vol plané sans parachute, je me retrouve affalé contre le bitume. Défenestré, incapable de bouger ou d’émettre le moindre son. Une atroce douleur envahit la cage thoracique, semblable à un coup de poignard. Je suffoque.

C’est disloqué comme une poupée jetée au sol, les yeux révulsés, un filet de sang suintant de mes narines que je suis étendu contre le tarmac. Fines gouttelettes rougeâtres roulent sur le sol. Regard étincelant de terreur. Mais, après un moment qui m’a semblé une éternité, j’ai découvert, la mine un peu abasourdie, que je n’étais pas au bout de mes surprises. Le fait est que j’ai raté mon départ et me retrouve dès lors emprisonné dans un corps familier devenu, par la force des choses, absolument étranger.

Chant 2 

 

 

Mercredi 19 mars 2014

Je pensais en être débarrassé. Quelques mois se sont écoulés. Il faut s’y résoudre, depuis la mort de ce foutu chat plus rien ne va. Le supplice du quadrupède a largement été détaillé1. C’est un fait, Oscar le chat me manque. C’est le commencement de la fin. Un comble ! 

Ce soir, je me sens déprimé. Vraiment déprimé. Je ne sais pas pourquoi. Ma gorge est nouée, ma tête est comme vissée sur mon cou, tandis que la cigarette poursuit son inexorable chemin. Elle se consume dans le cendrier. Les pilons de poulet rôtissent paisiblement dans le four.

Une fois de plus, je vais dîner seul. Pas un chat, pas une âme qui vit et la télévision est l’unique source sonore. Le spectacle est ridicule. Pire, pathétique.

Un premier verre de whisky a été descendu. Désormais, la question qui se pose est de savoir si je vais m’en verser un second avant ou après avoir déposé les galettes de légumes surgelées dans la vieille poêle à frire.

C’est très con, mais c’est à peu de chose près ce à quoi se résume ma soirée. Il est presque 20 heures.

Pourtant, la journée fut belle et j’ai bien rigolé en arpentant les rues de la ville qui m’a si doucement accueilli.

Les galettes de légumes étaient pourries. Mon frigo a 15 ans, il congèle très mal et la nourriture en pâtit. Du coup, j’ai dû me rabattre sur du taboulé. Résultat des courses, je me retrouve avec un poêle à frire pleine d’huile non utilisée, et un taboulé (même repas que ce midi) à ingurgiter.

Le comble est que je n’ai absolument pas faim. Néanmoins, je dois bien me résoudre à nourrir ce corps que j’habite un temps. C’était sans compter mon deuxième verre de whisky quasiment vide.

Tout bien considéré, je me sens bien triste, désabusé, désespérément seul et abandonné.

Un jour, j’ai souhaité vivre parmi les hommes, faire de mon mieux, pas plus, pas moins, en attendant de rentrer chez moi. Il ne s’agit pas d’un passe-temps, mais bel et bien d’un souhait, celui d’imiter le Jardinier. Mon Seigneur.

Bien que je n’aie absolument pas le niveau, j’essaie quand même, sinon à quoi bon ?

Plus j’avance dans le temps, plus je prends conscience des nombreuses limites qui entravent ce que je pensais être une vie, ma vie. En fait, un écran de fumée.

In fine, j’ai tout raté ou presque. Des idées suicidaires s’invitent désormais presque chaque jour.

Cette nuit, la petite souris est passée. Cette pensée me réconforte.

Pourtant, je sens bien que mon esprit est altéré, raté, sans doute indigne d’une vie belle et sensée. Celle que j’aurais aimée et qui bien loin des rivages, s’échoue dans l’abîme et les larges murs d’une épaisse brume ; s’agissant d’une malodorante atmosphère, à bien des égards, polluée.

Mon corps s’affaisse alors que ma tête s’apprête à imploser. Je cesse de combattre, m’abandonne à la cause qui n’en est pas une, celle-là même qui conduit tous les condamnés à la potence.

J’habille mon foie d’un troisième verre, mes pensées ralentissent, la télévision vocifère un feuilleton à la con, et moi je suis las d’être déshabillé. En définitive, je coupe le son, et le silence retentit. Maintenant, ne subsiste qu’un épais nuage de vide, douce consolation d’un espace creux embrassant un être qui l’est tout autant.

Je n’envisage rien, ne vois rien et absorbe verre sur verre, me laissant guider là où les sillons du cœur n’ont plus à souffrir. Les mots s’enchaînent, me déchaînent d’un temps ivre de souplesse, n’en était pas moins dur contre son auteur.

C’est alors que je comprends à demi-mot combien il eut été plus doux de se laisser mourir, de déposer les armes et d’offrir aux détracteurs le délicat festin de la charogne que je suis.

Sans nul doute ai-je mérité cette vie qui, au fond, n’a jamais été vraiment la mienne.

Chaque jour, je vois la vie des miens s’afficher naturellement. Ce qui est la moindre des choses. En même temps, j’observe à quel point celle qui m’a été confiée est dénuée de certitudes, de sens profond, d’amour et de tout le reste. J’avance par procuration, dans l’attente du prochain coup de fouet, d’une autre convoitise, d’un prochain dégoût. Un dolorisme que je n’ai pas choisi, qui s’offre, s’impose comme le jour et la nuit.

Pendant ce temps, le « repas-seul » refroidit et je suis là.

Chant 3 

 

 

Désormais, plus j’avance, plus je constate à quel point toutes mes démarches sont vaines. Vaines, vides de sens et dépourvues de substance. Qu’importe les domaines, tout ce que j’ai amorcé ou tenté d’entraîner grâce à un investissement substantiel, se solde par une désillusion grandiloquente. Fallait-il se résoudre en baissant les bras ? Sans doute, puisque rien de ce que j’ai pu faire n’a été inscrit dans une continuité teintée de réciprocité.

Rien.

Finalement, j’en tire une conclusion assez simple : celle du désengagement et de la mise en retrait de toute action.

Certains, jadis, m’ont blâmé à cause de mon indisponibilité, aujourd’hui, d’autres m’écartent à cause de la couleur de mes yeux qui n’est pas la bonne. Tous ont des exigences et ne proposent rien en contrepartie.

J’ai décidé de servir l’homme à bien des égards. Néanmoins, je me heurte à des systèmes qui n’accordent aucune place à ceux qui veulent un vrai changement, un changement radical.

Beaucoup se servent à l’obole tout en expliquant à d’autres comment ils peuvent se priver d’un gobelet. C’est lamentable, abject, c’est une certitude.

Moi, je n’ai jamais été un ange. Ce que je fais, je l’accomplis à cause de la foi. Une foi sans doute relative, puisqu’elle n’est partagée par personne. À vrai dire, je n’en ai rien à foutre. Seulement, un minimum de place doit être accordé aux exilés et j’en suis. Or, rien n’est fait. On préfère soigner les manières, les bienséances et l’absurde au détriment de la volonté intrinsèque qui guide les hommes.

Les bien-pensants diront que je ne suis pas le seul, mais alors, où sont donc les autres ?

La certitude d’être seul s’impose une fois de plus comme une évidence. Seul le glissement dans une fosse étroite écaille le poisson qui se sait privé d’eau. Je fais de mon mieux pour servir une cause humaine qui ne m’a pas apporté le retour escompté. Qu’à cela ne tienne puisque l’amour véritable n’attend rien en retour.

En avançant, je m’aperçois à quel point le monde auquel j’appartiens demeure dans l’obscurantisme, la méconnaissance profane d’un temps resserré. Je me sens, jour après jour, un peu plus vivant, proche de la mort aussi.

Tous ceux en qui je croyais m’ont tourné le dos. Que ce soit réellement ou symboliquement. Qu’en est-il de l’espoir ? Il existe et j’aimerais y consentir. Seule ma foi dans le Seigneur est vive, ardente et les quolibets ne m’atteignent pas. Heureusement.

Ces derniers temps, j’ai rencontré une foule de gens formidables. Aujourd’hui, comme chaque jour, j’ai fait de mon mieux, pas plus, pas moins, pour servir l’homme. Comme à chaque fois, la fin est proche, et il n’en sortira rien de bon. Je me suis déchiré. Qu’importe ce que je fais, les portes finissent toujours par se refermer.

Chant 4 

 

 

Ce soir, j’ai froid. Chacun de mes os est glacé. Je suis seul, demeurant dans un silence polaire.

 

 

Chant 5 

 

 

4 h 37 du matin. Encore un réveil quelque peu matinal. Cette foutue chaudière est encore en panne. Le cadran affiche 17.5°. J’ai froid et les extrémités de mes doigts sont glacées.

Comme chaque matin ou presque, je me lève un peu angoissé. J’ai souvent mal au ventre. Il faut dire que je mange assez mal, régulièrement déséquilibré, et tout le reste.

Mes mains tremblent un peu. Je me sais fatigué au quotidien, du matin jusqu’au soir. J’aimerais, en fait, j’aurais besoin d’être rassuré, dorloté, aussi partager les émotions, bonnes ou moins bonnes. Or, il n’en est rien. Du coup, j’autoconsomme ce qui me fait défaut, phagocyte l’essence individuelle d’une chose habituellement commune. En somme, tel un cancer, je me meurs en me bouffant à petit feu.

J’ai voulu aimer, donner ce que j’avais et même ce que je n’avais pas. Ce qui fut fait. Maintenant que la dépouille est ce qu’elle n’aurait jamais dû quitter, me voici enfin révélé.

J’en viens à aimer passionnément mon Seigneur.

En tant qu’homme, il en est tout autrement puisqu’un assourdissant silence ronge l’individu.

J’aurais aimé avoir la joie d’aimer et d’être aimé. Il n’en est rien non plus.

J’aurais aimé avoir la joie de donner la vie, encore. Il n’en est rien.

J’aurais aimé fonder une famille, mais mes enfants sont loin.

Dans l’absolu, ni femme, ni enfants, ni amis proches, ni foyer, mais un vide fracassant.

Voilà que je ne suis plus. Un prophète parmi d’autres dans mon pays.

De plus, tous ceux et celles en qui je croyais m’ont abandonné, trahi, voire les deux à la fois. Pourtant, j’ai pardonné et rien n’y a fait. Leurs cœurs sont restés inchangés. De marbre.

Jadis, j’ai cherché un amour que jamais je ne retrouverai. C’est maintenant une certitude.

Parfois, j’en viens à me dire que je devrais peut-être faire comme d’autres, à savoir : m’envoyer en l’air de temps en temps juste (je...

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