Arcanes dormants

De
Publié par

Voici 32 signes, où mythes et poésie se rencontrent. Ces lettres palpitent, respirent, vivent entre elles et érigent un monde d'histoires. Une combinatoire réalisée dans un instant aussi furtif que les dernières secondes du sommeil, une fumée stagnante, agitée un moment par une bouffée d'air. Juste un soupir, exhalé par le rêve de l'écriture arrivant à l'éveil de la lecture et flottant dans les cordes de la lumière. Déroulant sur des banderoles de croyance, l'espace où le divin est libéré.
Publié le : jeudi 2 juin 2016
Lecture(s) : 4
Tags :
EAN13 : 9782140011382
Nombre de pages : 102
Prix de location à la page : 0,0071€ (en savoir plus)
Voir plus Voir moins
7 jours d'essai offerts
Ce livre et des milliers d'autres sont disponibles en abonnement pour 8,99€/mois
l’écriture arrivant à l’éveil de la lecture et Lottant dans
Edgard Vidal
Edgard Vidal
Arcanes
dormants
Déambulation esthétique
Arcanes dormants
Dessins de Margarita Saad
Arcanes dormants
Écritures Collection fondée par Maguy Albet Bodin (Véronique),La place des murmures, 2016. Lissorgues (Yvan),Manuelita, 2016. Hériche (Marie-Claire),Ferme la porte. Die Tür Zu, 2016. Danbakli (Yves),Le Festin des loups, 2016. Grellard (Jean-Mary),La Clé du Nil, 2016. Krassilchik (Irène),Jours intranquilles au paradis, 2016. Armand (Jean),Enfer et contre tous, 2016. Clos (Yvonne),Quand je serai une dame et que tu seras morte, 2016. Cladart (Thierry),Une bien étrange compagnie, 2016. Fontaine Kerbellec (Laurence),Carmencita ou l’aqueduc aux oranges, 2016. Renaud (Dominique),Le Voyage imaginaire, 2016. Schved (Jean-François),La Croix byzantine. Aïvali ou la mémoire des oliviers, 2016. Cervoni (Alain),La Voie de l’orphelin, 2016. Sanchez (Patricia),L’Aube d’été, 2016. Labrique (Myriam),L’Âme du palmier, 2016. * ** Ces quinze derniers titres de la collection sont classés par ordre chronologique en commençant par le plus récent. La liste complète des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le site www.harmattan.fr
Edgard Vidal Arcanes dormants Déambulation esthétique
Dessins de Margarita Saad
Du même auteur Un dieu plié, Paris, Edilivre, coll. « Classiques », 2014. Littérature et société du Rio de la Plata (1870-1940), Publibook, coll. « Recherches », 2012. © L’Harmattan, 2016 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-08750-4 EAN : 9782343087504
Paris,
1. La première lettre
Dans les notes manuscrites d’un vieux texte, écrit sur la peau d’un jaguar, on lit l’histoire de la première lettre dormante : « J’étais parti encore un enfant, poussé par la nécessité, loin de la mère, du père, des frères et des amis. Mes pas sur le chemin désertique me menaient vers un pays lointain. C’était midi et au loin derrière moi j’entendais les derniers bruits du marché au village. Soudain le ciel est devenu tellement noir que les corbeaux planant sur ma tête se sont dilués lentement dans la plus grande obscurité. Le soleil, plus noir que la nuit, était à peine un fin et opaque anneau de lumière. Au milieu du chemin, confondue avec les pierres, brillante comme une étoile, était la lettre. -Je suis la mémoire des dieux, m’a-t-elle dit. Ouvre-moi, et tu connaîtras les noms et les nombres de l’invisible, les dieux ju-
7
meaux et la déesse aux trois faces. Tu pourras visiter les animaux sacrés, le taureau dont la couleur des poils change à chaque heure et dont chaque mouvement révèle l’avenir, les vieux crocodiles ornés d’anneaux d’or et de bracelets d’argent, nourris au pain, au vin et au miel, les chats momifiés. Aussi Genius qui à la forme d’un serpent sera présent, Ganéça l’éléphant au gros ventre monté sur un démon en forme de rat, Huitzilopochtli, au corps bleu et à la jambe gauche couverte de plumes de colibri et Angra Mainyu en-touré de ses insectes nuisibles et des fauves faméliques.Je l’ai prise et je l’ai ouverte et j’ai vu alors les mys-tères s’enflammer et prendre forme devant moi. J’ai eu peur et tout de suite j’ai fermé la lettre. Les choses alentour sont devenues soudain lugubres et la mélanco-lie a rempli les lieux. Elle a répété :Je suis le cœur et le poumon des mythes. Grâce à moi, tu pourras vivre avec des géants et des nains, des bois qui parlent et des rivières célestes et connaître la magie des talismans, des philtres et des poisons, la connaissance du pouvoir des dents du dragon, des griffes du phénix, du sang de sanglier, des larmes des nymphes. Les fils de la nuit et les fileuses du destin t’offriront le pouvoir de te transformer en animal vorace ou en oiseau de proie et te permettront d’entrer dans le ventre du jardin où gît l’œuf primordial.Lorsque je l’ai dépliée, j’ai rejoint la horde des morts qui se promènent l’hiver en saccageant la terre. J’ai con-sulté l’oracle du soleil sur le mont flottant et j’ai traversé les quatre portes de la bordure des mondes infinis où sont nées les lettres de l’alphabet divin. Craignant que ces inutiles aberrations, que ces délires sans sens, enva-hissent le monde, j’ai fermé la lettre rapidement.
8
Elle m’a encore interpellée :Je suis les lèvres de la poésie. Récite-moi et la vérité ne sera plus qu’une pierre étouffante qui nous fait couler sous le flot éternel du sens. Tu sentiras comme dans ton propre corps la transparence de l’air, la respiration de la mer, le métal qui s’effondre sous la caresse du feu. Du noyau indi-cible de ton être monteront les eaux souterraines de la folie, les fantômes que la vie rejette, les syllabes révélées du rêve.Silencieuse comme une fleur, doucement comme un baiser, la lettre s’entrouvre à nouveau. Et, de la terre, des flocons d’écume se sont envolés comme des hiron-delles à front blanc, une pluie d’étincelles tomba sur mes épaules et j’ai eu accès à l’ordre géométrique qui définit l’humain en le faisant semblable aux animaux et aux plantes, semblable au sommeil sidéré du minéral. Mais dans mon cœur la foi au sacré était ramollie, éteint le désir d’inconnu, tellement lointain l’appel du mer-veilleux, que, réticent à y croire et sans compassion, j’ai jeté la lettre et j’ai continué mon chemin. Alors la machine du monde s’est mise en branle, et le chemin est devenu cruel, terrible et angoissant. Com-ment, disais-je avec regret, ai-je quitté pour la cité les villages pleins d’oiseaux, les quartiers pleins des plaisirs simples ? Comment suis-je allé de la maison des chan-sons à la demeure des machines, du cosmos non abandonné à la nature abandonnée ? » Si par hasard, lecteur futur, tu retrouves la première lettre et tu te poses les mêmes questions sans réponse, après avoir vécu les constellations embrasées de la vie, c’est peut-être que, dans ce diamant prêt à s’ouvrir dans
9
Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.