Brumes

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La poésie de Gérard Bejjani est géographie et paysages, rythmes et saisons. Après Ecumes, son dernier recueil, il nous entraîne sur l'asphalte de la ville, dans la grisaille des tombes, dans les couleurs fauves de l'automne. C'est une plongée dans les tranchées d'un "pays qui s'essoufle", dans sa mémoire poussiéreuse et grise. Illustrations de Maroun Hakim.
Publié le : vendredi 4 septembre 2015
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EAN13 : 9782336388526
Nombre de pages : 70
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BRUMES
PoèmesdeGÉRARDBEJJANIImagesdeMAROUNHAKIM
| BRUMES
| ImaPgoeèsmdeesdMeAGRÉORUANRDHABEKIJJMANI
© L’Harmattan, 2015 5-7 , rue de ’Écoe-Poytechnîque ; 75005 Parîs
www.harmattan.r dîfusîon.harmattan@wanadoo.r harmattan1@wanadoo.r
ISBN : 978-2-343-06711-7 EAN : 9782343067117
Imprîmé par Coret, Imprîmeur, S.A.
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|PRÉFACE|
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La saîson des vagues et des paîsîrs marîns, de a umîère aveugante et de ’étreînte brûante du se et de ’eau beue s’achève. Voîcî que ’automne s’avance et que septembre annonce e retour vers ’écoe. Retour quî est a marque de septembre, son seuî, et que - même orsque ’on n’est pus, et depuîs très ongtemps, nî un enant nî un adoescent - ’on craînt tant. Le premîer de septembre s’accompagne d’une trîstesse ancînante et de queque chose quî ressembe à a peur.« La peur de ne pas 1 savoîr, de ne plus savoîr contînuer ». Ee vîent de oîn, ee étreînt e garçon resté dans a barque et quî« se tord d’încertîtude », ee agîte« l’écolîer quî traverse les pavés trîstes », ee pèse son poîds d’angoîsse sur cet enant d’âge varîabe que chacun de nous porte en uî et paroîs à son însu. Et pourtant î aut aer sur es chemîns, quîtter e sabe des grèves pour es trottoîrs grîs, et« plus seul que le sîlence », écouterpoîds des pas sur les« le chemîns dérobés ». Avancer. Ne pus craîndre a page banche, consentîr à être traversé par a bessure de dîre, capter« ce quî reste encore », ugace paroîs maîs essentîe, et qu’î s’agît de traduîre sur es mouvements du papîer.
1  Les îtaîques sont des cîtatîons extraîtes du présent recueî, sau quand cea est précîsé.
La poésîe de Gérard Bejjanî est géographîe et paysages, rythmes et saîsons. I quîtte à regret ses rîvages d’été, on prend avec uî a mesure de ’arrachement à a mer, on guette sa sîhouette encore vacîante dans« les rues endolorîes », et pourtant, c’est sur ’asphate de a vîe que gronde sa coère, que s’afermît sa voîx, que son soule trouve son ampeur. C’est dans a grîsaîe des tombes, es coueurs auves de ’automne, es pîèces ma écaîrées des aubourgs, es puîes ruîsseantes quî essorent es toîts, que vîbre son crî et s’éargît son audace. Et voîà que« le garçon »- igure essentîee et récurrente de a dramaturgîe de Bejjanî –»« sourît à l’automne .« Nî les corbeaux Famélîques quî cherchent pîtance, nî les mînarets d’ocre où monte à jeun une lente prîère, nî les berges de boue, nî le mîel des prophètes »ne sauraîent e aîre échîr ; î donne de a voîx. Son crî va haut et ort. Maîs« de quoî parlent-elles les langues bîides », ces angues endues et venîmeuses quî sèment a dîvîsîon et actent a séparatîon, s’înterroge e poète ?« Des relîgîons peut-être, des Fusîls en chaleur »et« des Fosses d’efroî ». Rencontre du poème et de a guerre, de a
pume et du eu, de a commémoratîon et du désîr d’oubî. Car î aut aîre e deuî, î aut que repose en paîx ’âme des morts bîen-aîmés, et pour ce aîre, î aut que soîent écrîtes ces paroes déchîrées. Aors Bejjanî dénonce« les cîtés puantes où dorment les puîssants », e pays îvrémaîns mercantîles, toujours« aux en avance dans des poussées de Foî, de crîmes en couleurs, de drapeaux ». On ’aura comprîs, ce deuxîème voet du dîptyque est une pongée dans es tranchées d’un« pays quî s’essoue »,dans sa mémoîre poussîéreuse et grîse, dans ses antômes încontrôabes. Cea se aît au prîx d’une nausée quî, par moments, envahît e cœur et obîge au sîence. Aors»syllabes endeuîllées « les  ne racontent pus d’hîstoîre. Ees se barrîcadent dans ’absence. Maîs es toîes de Maroun Hakîm sont à pour prendre a paroe à eur tour, pour accompîr, ees aussî, ce parcours tortueux entre a mémoîre bessée et e vî présent, entre es morts-vîvants quî peupent a vîe et es oues sîencîeuses quî avancent quand même et quî, dans ce mouvement de ’avancée, réînventent une vîe possîbe. Ses coups de brosse peîns de
vîgueur peîgnent de coueurs de terre et de eu es angoîsses automnaes. Son geste vîrî, rageur paroîs, aît s’éancer es processîons et danser des sîhouettes anonymes en quête de répît. I raconte es oues envoîées, es prîsonnîers quî croupîssent derrîère es grîages de eur oîe, es maîsons ravagées, es corbeaux noîrs et menaçants. Maîs î dessîne aussî es échappées umîneuses vers des montagnes roses et des champs de eurs sauvages, vers des trouées écatantes et des bonheurs possîbes. Dans ses toîes, deux motîs sembent esquîsser en creux e i conducteur de son récît pîctura : des mères, es bras enveoppant ’enant, dîaoguent sîencîeusement avec a vîe quî bat, haos paîsîbes au mîîeu du tumute ; des taches carmîn, coqueîcot, des pavots ou renoncues moqueurs, exposent de rîre au cœur des peurs, parsèment es pages d’înstants suspendus d‘émotîon et de paîsîr însoent. Ces taches rouge vî sont a ponctuatîon de ’hîstoîre, sa respîratîon, son espoîr vîgoureux. On pense à ’îmmense poète turc Nâzîm Hîkmet, quî chanta uî aussî «le ventre sacré »,« la mère aux yeux rouges », 2 « voîx des places en Feu ».
2 Nâzîm Hîkmet,C’est un dur métîer que l’exîl, Le Temps des Cerîses, 2009.
« Il étaît une vîlle, les vents l’ont remplacée. (…) On n’écrîra pas de poèmes sur les vîlles 3 annîhîlées », dît encore Hîkmet. Bejjanî e saît. « La Farce inîra-t-elle un jour ? »s’înterroge-t-î, dénonçant ’ennemî înventé quî se dépoîe dans ’arène de a« vîlle dévastée ». « Comme le scorpîon, mon Frère, tu es comme le scorpîon dans une nuît d’épouvante »uî répond Hîkmet, « et s’îl y a tant de mîsère sur terre c’est grâce à toî, mon Frère. Sî nous sommes afamés, épuîsés, sî nous sommes écorchés jusqu’au sang, pressés comme la grappe pour donner notre vîn, îraî-je jusqu’à dîre que c’est de ta Faute, non. Maîs tu y 4 es pour beaucoup mon Frère ». Laîssons Bejjanî concure. Écoutons son ardeur :« Toute chute est promesse », «Même la in est promesse ».
3 Ibîd. 4 Ibîd.
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