Odes (Anacréon, Falconnet)

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OdesAnacréonTRADUIT PAR M. ERNEST FALCONNET (1847)Texte entier sur une seule pageI - Sur sa lyreII - Sur les femmesIII - Sur l'amourIV - Sur lui-mêmeV - Sur la roseVI - ÉrotiqueVII - Sur l'amourVIII - SongeIX - Sur une colombeX - Sur un Amour en cireXI - Sur lui-mêmeXII - Sur une hirondelleXIII - Sur lui-mêmeXIV - Sur l'amourXV - Vivre sans inquiétudeXVI - Sur lui-mêmeXVII - Sur une coupe d'argentXVIII - Sur une coupe d'argentXIX - Il faut boireXX - À une jeune filleXXI - Sur lui-mêmeXXII - Sur les femmesXXIII - Sur l'amourXXIV - Sur lui-mêmeXXV - Sur lui-mêmeXXVI - Sur lui-mêmeXXVII - Sur BacchusXXVIII - À une jeune filleXXIX - Sur le jeune BathylleXXX - Sur l'amourXXXI - Sur son délireXXXII - Sur le nombre de ses amoursXXXIII - Sur l'hirondelleXXXIV - À une jeune filleXXXV - Sur EuropeXXXVI - Il faut jouir de la vieXXXVII - Sur le printempsXXXVIII - Sur lui-mêmeXXXIX - Sur un banquetXL - Sur l'amourXLI - Sur un banquetXLII - ÉrotiqueXLIII - Sur la cigaleXLIV - SongeXLV - Sur les traits de l'amourXLVI - Sur l'amourXLVII - Sur un vieillardXLVIII - Sur BacchusXLIX - Sur un disque représentant VénusL - Sur le vinLI - Sur la roseLII - Sur lui-mêmeLIII - Sur les amantsLIV - Sur lui-mêmeLV - Sur lui-mêmeLVI - Sur l'amourLVII - Sur le printempsLVIII - Sur lui-mêmeLIX - Sur un un tableauLX - Sur une jeune filleFRAGMENTSSur l'amourÉpithalameÉPIGRAMMESSur TimocrateSur AgathonSur CléonorideSur un tableau de ...
Publié le : jeudi 19 mai 2011
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sedOAnacréonTRADUIT PAR M. ERNEST FALCONNET (1847)Texte entier sur une seule pageI - Sur sa lyreII - Sur les femmesIII - Sur l'amourIV - Sur lui-mêmeV - Sur la roseVI - ÉrotiqueVII - Sur l'amourVIII - SongeIX - Sur une colombeX - Sur un Amour en cireXI - Sur lui-mêmeXII - Sur une hirondelleXIII - Sur lui-mêmeXIV - Sur l'amourXV - Vivre sans inquiétudeXVI - Sur lui-mêmeXVII - Sur une coupe d'argentXVIII - Sur une coupe d'argentXIX - Il faut boireXX - À une jeune filleXXI - Sur lui-mêmeXXII - Sur les femmesXXIII - Sur l'amourXXIV - Sur lui-mêmeXXV - Sur lui-mêmeXXVI - Sur lui-mêmeXXVII - Sur BacchusXXVIII - À une jeune filleXXIX - Sur le jeune BathylleXXX - Sur l'amourXXXI - Sur son délireXXXII - Sur le nombre de ses amoursXXXIII - Sur l'hirondelleXXXIV - À une jeune filleXXXV - Sur EuropeXXXVI - Il faut jouir de la vieXXXVII - Sur le printempsXXXVIII - Sur lui-mêmeXXXIX - Sur un banquetXL - Sur l'amourXLI - Sur un banquetXLII - ÉrotiqueXLIII - Sur la cigaleXLIV - SongeXLV - Sur les traits de l'amourXLVI - Sur l'amourXLVII - Sur un vieillardXLVIII - Sur BacchusXLIX - Sur un disque représentant VénusL - Sur le vin
LI - Sur la roseLII - Sur lui-mêmeLIII - Sur les amantsLIV - Sur lui-mêmeLV - Sur lui-mêmeLVI - Sur l'amourLVII - Sur le printempsLVIII - Sur lui-mêmeLIX - Sur un un tableauLX - Sur une jeune filleFRAGMENTSSur l'amourÉpithalameÉPIGRAMMESSur TimocrateSur AgathonSur CléonorideSur un tableau de BacchantesSur la génisse de MyronSur le même sujetÉpitaphe d'AnacréonFRAGMENTSFragments diversOdes (Anacréon, Falconnet) : 1Je veux chanter les Atrides, je veux aussi chanter Cadmus ; mais les cordes de malyre ne résonnent que pour l'amour. Je les ai d'abord changées, puis j'ai fait choixd'une autre lyre, et je célébrai les luttes d'Hercule ; mais ma lyre me répondait parun chant d'amour. Adieu donc, héros ! Adieu pour jamais ! Ma lyre ne peut chanterque les amours.Odes (Anacréon, Falconnet) : 2La nature a donné aux taureaux des cornes, aux coursiers de durs sabots, auxlièvres la légèreté, aux lions un gouffre armé de dents, aux poissons les nageoires,aux oiseaux les ailes, aux hommes la prudence. Il ne restait rien pour les femmes.Que leur donna-t-elle donc ? La beauté, qui leur sert à la fois de glaive et debouclier : celle qui est belle triomphe du fer et du feu.Odes (Anacréon, Falconnet) : 3Au milieu de la nuit, aux heures où l'Ourse tourne près de la main du Bouvier, oùtous les mortels dorment appesantis par le sommeil, l'Amour arrive, et, frappant àma porte, ébranle le verrou : "Qui frappe ainsi ? m'écriai-je. Qui vient rompre messonges pleins de charmes ? - Ouvre, me répond l'Amour, ne crains rien, je suispetit ; je suis mouillé par l'orage, la lune a disparu et je me suis égaré dans la nuit."Entendant ces mots, j'en eus pitié ; j'allume ma lampe, j'ouvre et je vois un jeuneenfant portant des ailes, un arc et un carquois ; je l'approche de mon foyer, jeréchauffe ses petits doigts dans ma main, de l'autre j'essuie ses cheveux inondésde la pluie. Dès qu'il est ranimé : "Allons, dit-il, essayons mon arc ; voyons sil'humidité ne l'aurait point gâté." Il le tend et me perce le cœur comme le ferait uneabeille, puis il saute en riant avec malice : "Mon hôte, dit-il, réjouis-toi, mon arc seporte bien, mais ton cœur est malade."
Odes (Anacréon, Falconnet) : 4Etendu sur les tendres myrtes et sur les feuilles de lotos, je veux boire à longs traits ;l'Amour, rattachant à son cou d'albâtre les plis flottants de sa robe, me verse lenectar de Bacchus. Pareille a la roue d'un char, la vie précipite sa course, et dans latombe il ne reste de nous qu'un peu de poussière.À quoi bon garder ces parfums pour une pierre insensible ? À quoi bon répandredes dons précieux sur la terre ? Pendant que je vis encore, inondez-moi de doucesodeurs, couronnez mon front de roses, appelez mon amie. Avant d'aller me mêleraux danses des morts, Amour, je veux chasser les soucis.Odes (Anacréon, Falconnet) : 5Unissons à Bacchus la rose d'Amour. Le front couronné de la rose des Amours,buvons avec un délicieux sourire. La rose est la plus belle des fleurs ; la rose estl'objet de tous les soins du printemps ; les roses sont la volupté des dieux mêmes.Le fils de Cythérée enlace des roses dans ses beaux cheveux quand il danse avecles Grâces. Couronnez-moi, et la lyre en main, ô Bacchus ! je danserai autour detes autels couverts de roses avec une jeune vierge au sein d'ivoire.Odes (Anacréon, Falconnet) : 6Le front couronné de roses, buvons avec une douce gaieté ! Une jeune fille auxpieds délicats, portant un thyrse, qui frémit, enlacé dans le lierre, danse au son duluth ; près d'elle, un jeune homme à la belle chevelure, à l'haleine parfumée, marieaux accords de la lyre les chants d'une voix mélodieuse. L'Amour aux cheveuxdorés, le riant Bacchus et la belle Cythérée viennent se réjouir au banquet du dieuqui charme la vieillesse.Odes (Anacréon, Falconnet) : 7L'Amour me frappe rudement avec une branche d'hyacinthe et m'ordonne de lesuivre. A travers les torrents rapides, à travers les bois et les précipices, je couraishaletant de sueur ; mon âme errait sur les bords de mes lèvres : j'allais mourir. Maisl'Amour, agitant sur mon front ses ailes délicates, me dit : "Toi, tu ne peux aimer."Odes (Anacréon, Falconnet) : 8Pendant la nuit, je dormais sur des tapis de pourpre, et Bacchus égayait monsommeil. Il me semblait m'élancer d'une course rapide sur la pointe des pieds etfolâtrer avec de jeunes filles ; mais des adolescents plus frais que Bacchus, mevoyant au milieu de ces belles, me poursuivaient par de cruelles railleries. Jevoulais alors leur faire de douces caresses, mais ils m'échappèrent tous avec lesommeil. Resté seul, pauvre malheureux, je cherchais inutilement à m'endormir denouveau.Odes (Anacréon, Falconnet) : 9« Aimable colombe, d'où viens-tu ? D'où naissent les suaves parfums que tuexhales en traversant les airs ? Qui es-tu ? Quel soin t'occupe donc en cet instant ?— Anacréon m'a envoyée vers un enfant, vers Bathylle, qui règne aujourd'hui en
tyran sur tous les cœurs. Cythérée m'a vendue au poète pour une petite chanson.Messagère fidèle, je sers ses amours, et maintenant, quelles douces lettres je portede sa part ! Il dit qu'il va bientôt me rendre la liberté ; mais dût-il me la donner, moije veux rester esclave auprès de lui, car quel plaisir aurais-je à voler dans lesmontagnes, sur les plaines, à me reposer sur les arbres, à manger quelquesgraines sauvages ! À présent je me nourris du pain que j'enlève aux mainsd'Anacréon lui-même ; il me donne à boire du vin qu'il a goûté ; puis je danse, et demes ailes j'ombrage mon maître. Je me couche et je m'endors sur sa lyre. Tu saistout ; adieu, voyageur ! Tu m'as fait jaser plus qu'une corneille. »Odes (Anacréon, Falconnet) : 10Un jeune homme vendait un amour en cire ; je m'approche : « Combien veux-tu, luidis-je, me vendre cet ouvrage de ta main ? » Il me répond en langage dorique :« Prends-le pour ce que tu voudras, car, je vais te l'avouer, je ne suis pas un ouvrieren cire, mais je ne veux pas habiter avec l'Amour, cet hôte, insatiable.— Donne-moi donc, donne-le-moi, pour une drachme, ce charmant compagnon delit. Et toi, Amour, embrase-moi bien vite, sinon je te ferai fondre dans la flamme. »Odes (Anacréon, Falconnet) : 11Les femmes disent : « Anacréon, tu es vieux ; prends un miroir et regarde : tu n'asplus de cheveux, ton front est chauve. »Pour moi, si mes cheveux me restent encore ou sont tombés, je l'ignore ; ce que jesais bien, c'est qu'il sied d'autant mieux à un vieillard de jouer avec les amours etles ris qu'il est plus près de la tombe.Odes (Anacréon, Falconnet) : 12Quelle punition veux-tu que je t'inflige, babillarde hirondelle ? Veux-tu que je tecoupe tes ailes rapides ? Ou bien faut-il, comme le fit Térée, que je t'arrache lalangue ? Pourquoi ton babil matinal m'a-t-il enlevé mon doux songe et Bathylle ?Odes (Anacréon, Falconnet) : 13On dit qu'Atys, mugissant sur les montagnes, appelait la belle Cybèle avec desaccents pleins de délire ; d'autres, après avoir bu sur les bords de Claras l'ondeprophétique de Phébus, dont le front est couronné de lauriers, sont saisis d'unerage frénétique. Moi aussi, enivré de Bacchus, enivré de parfums et de ma bellemaîtresse, je veux avoir mes fureurs.Odes (Anacréon, Falconnet) : 14Je veux, je veux aimer. Amour me donnait ce conseil ; mais moi insensé, je ne suspas le suivre. Soudain ce dieu, saisissant son arc et son carquois doré, meprovoque au combat ; moi, comme autrefois Achille, armé d'une cuirasse, d'unelance et d'un bouclier, je défie l'Amour. Il me lance un dard, je l'évite. Lorsque sesflèches sont épuisées, le petit dieu irrité se lance lui-même comme un trait ; ilpénètre au milieu de mon cœur et m'ôte toutes mes forces. À quoi me sert unbouclier ? À quoi me sert de combattre au dehors quand le combat est au-dedans ?Odes (Anacréon, Falconnet) : 15
Je ne me soucie point de Gygès, roi de Sardes. L'ambition ne me tourmente pas etles tyrans ne me font pas envie. Tout mon soin c'est de verser des parfums sur mabarbe, c'est de placer une couronne de roses sur mon front ; tout mon soin c'est dejouir du présent. Eh ! Qui connaît le lendemain ? Pendant que l'heure t'est propice,bois, joue aux dés, offre des libations à Bacchus, de peur qu'une maladie ne viennete dire : « Il ne faut plus boire ! »Odes (Anacréon, Falconnet) : 16Tu chantes les guerres de Thèbes, un autre chante les combats des Phrygiens,mais moi je chante mes défaites. Ce n'est ni cavalerie, ni infanterie, ni vaisseauxqui m'ont vaincu ; mais une armée d'une espèce nouvelle m'a percé de ses traitsqui partaient des yeux.Odes (Anacréon, Falconnet) : 17Ô Vulcain ! Cisèle-moi cet argent. Ne me fais pas une armure complète ; qu'ai-je àfaire des combats ? Mais une large coupe, aussi profonde qu'il le sera possible. Negrave sur ses contours ni les Astres, ni le Chariot, ni le triste Orion ; que me font lesPléiades et le Bouvier ? Mais représente une vigne verdoyante et des raisins quiréjouissent, et les Ménades qui vendangent. Qu'on y voie un pressoir écumeux etl'Amour et Bathylle avec le riant Bacchus foulant un doux nectar !Odes (Anacréon, Falconnet) : 18Artiste ingénieux, grave-moi une coupe gracieuse, peins-moi la Saison qui nousapporte les roses pleines de délices ; sur l'argent assoupli, représente un joyeuxfestin. Ne grave ni sacrifice étranger ni scènes tragiques ; montre-nous plutôt le filsde Jupiter, le riant Bacchus, et Cypris, prêtresse des amours, encourageantl'hyménée ; grave sur cette coupe les Amours désarmés et les Grâces souriant àl'ombre d'une vigne, riche de feuilles et de raisins ; ajoute encore de beaux enfantsauprès desquels folâtre le blond Phébus.Odes (Anacréon, Falconnet) : 19La terre noire boit l'onde, l'arbre boit la terre, la mer boit les airs, le soleil boit la meret la lune boit le soleil : ainsi pourquoi donc combattre mes désirs quand je veuxboire à mon tour ?Odes (Anacréon, Falconnet) : 20La fille de Tantale fut jadis transformée en rocher sur les bords de Phrygie, la fille dePandion changée en hirondelle. Pour moi, que ne suis-je un miroir pour que toujourstu me regardes ? Que ne suis-je une tunique afin que toujours tu me portes ? Jevoudrais devenir une eau limpide pour baigner ton beau corps ? Je voudraisdevenir essence, ô ma maîtresse ! afin de te parfumer ! Que je sois la bandelettede ta gorge, la perle, ornement de ton cou ou seulement ta chaussure pour être aumoins pressé par tes pieds délicats.Odes (Anacréon, Falconnet) : 21
Donnez, donnez, ô femmes ! Que je boive à longs traits la liqueur de Bacchus !C'est en vain que je bois, je gémis sous la chaleur. Donnez-moi de ces fleursnouvelles, mon front embrasé brûle les couronnes qu'il porte. Mais, ô mon cœur !comment éteindre le feu des amours ?Odes (Anacréon, Falconnet) : 22Sous cet ombrage frais, Bathylle, repose-toi. Le bel arbre ! Il agite délicieusementsur ses rameaux sa chevelure délicate ; la voix persuasive d'une source limpidenous invite auprès de lui : qui donc pourrait passer sans s'arrêter sous ce charmantasile ?Odes (Anacréon, Falconnet) : 23Si l'or pouvait prolonger la vie des mortels, avec quel soin je garderais le mien ! Etquand la mort viendrait, elle en prendrait quelque peu et s'en irait. Mais s'il n'est pasen la puissance de l'homme d'acheter la vie, pourquoi gémir en vain ? Pourquoisoupirer ? S'il faut mourir, à quoi l'or me sert-il ? Oh ! J'aime bien mieux boire, et,quand j'ai bu le doux nectar, me réunir à mes amis et sur une couche moelleusesacrifier à Vénus.Odes (Anacréon, Falconnet) : 24Je suis né mortel et pour parcourir le chemin de la vie : je sais bien la course quej'ai faite, mais j'ignore celle qui me reste encore à faire. Fuyez donc, fuyez donc,tristes soucis ; qu'il n'y ait rien de commun entre vous et moi. Avant d'arriver auterme fatal, je veux jouer, rire et danser avec le joyeux Bacchus.Odes (Anacréon, Falconnet) : 25Quand je bois du vin, les chagrins s'endorment. À quoi bon les gémissements ? Àquoi bon les peines et les inquiétudes ? Il faut mourir, même quand je ne le voudraispas. Pourquoi donc errer dans la vie ? Buvons, buvons le nectar du joyeuxBacchus ! Quand nous buvons, les chagrins s'endorment.Odes (Anacréon, Falconnet) : 26Dès que Bacchus m'apparaît, mes chagrins s'endorment, je crois posséder tous lestrésors de Crésus, et je fais entendre des sons plus aimables. Étendu sur macouche mollement, couronné de lierre, il n'est rien que je ne foule aux pieds.Combattez, moi je bois. Donne-moi ma coupe, jeune enfant ; j'aime bien mieuxtomber ivre que mort.Odes (Anacréon, Falconnet) : 27Quand ce fils de Jupiter, ce riant Bacchus qui délivre les soucis, vient s'emparer demon âme, sa douce liqueur m'enseigne à danser.Odes (Anacréon, Falconnet) : 28
Allons, peintre habile, toi qui règnes à Rhodes sur un art fameux, peins mamaîtresse absente, peins-la comme je vais te le dire. Peins d'abord des cheveuxfins et noirs, et, si la cire le permet, qu'ils exhalent de doux parfums ; sur le côté desjoues arrondies, peins des boucles flottantes, et sous une chevelure d'ébène, peinsle haut d'un front d'ivoire ; aie soin de ne pas confondre et de ne pas séparer lessourcils : fais-les expirer insensiblement à leurs extrémités ; montre avec vérité sesyeux de flamme, azurés comme ceux de Minerve, humides comme ceux de Vénus ;peins son nez et ses joues en mêlant des roses avec du lait ; peins des lèvres oùrepose la persuasion et qui appellent le baiser ; sous un menton délicat, autourd'une gorge d'albâtre, que toutes les Grâces viennent folâtrer : revêts-la de pourpreet ne laisse voir qu'un peu d'attraits, indice d'un beau corps. Arrête, arrête, je lavois ! Ô portrait ! tu vas parler.Odes (Anacréon, Falconnet) : 29Peins-moi mon cher Bathylle comme je vais te le décrire. Que ses cheveux brillantssoient noirs à l'intérieur, dorés vers les extrémités : sans liens et sans ordre, queleurs boucles flottent librement ; que son sourcil plus brun qu'un serpent se dessinesur un front jeune et frais comme la rosée ; que son œil soit fier et tendre à la fois,ayant quelque chose de Mars, quelque chose de la belle Cythérée, et vous laissantsuspendu entre la crainte et l'espérance ; donne à ses joues de rose le velouté de lapêche et répands sur elles, autant que tu le peux, l'incarnat de la pudeur ; pour lalèvre, je ne sais comment tu pourras la rendre délicate et pleine de persuasion ;enfin que la cire soit éloquente dans son silence.Voilà son visage. Que son cou d'ivoire soit blanc comme celui d'Adonis ! Qu'il ait lapoitrine et les mains de Mercure, les cuisses de Pollux et le ventre de Bacchus ; au-dessus de sa cuisse délicate, de sa cuisse brûlante, peins-nous sa naïve pubertéappelant déjà la reine de Paphos.Mais ton art jaloux nous dissimule le contour de son dos ; cependant il est parfait !Que te dire de ses pieds ? Prends donc le prix que tu voudras, et de cet Apollonfais Bathylle ; si jamais tu vas à Samos, de Bathylle tu feras Apollon.Odes (Anacréon, Falconnet) : 30Un jour les Muses ayant enchaîné l'Amour avec des liens de fleurs le livrèrent à laBeauté. Cythérée le cherche, apportant une rançon pour délivrer l'aimable captif : ilaurait sa liberté qu'il ne s'en irait pas ; il reste, car il a appris à aimer sa servitude.Odes (Anacréon, Falconnet) : 31Au nom des dieux, permets-moi de boire, de boire à pleins bords : je veux, je veuxun doux délire. Ils furent en délire après le meurtre de leur mère, Alcméon et Oresteaux pieds d'albâtre. Moi qui n'ai tué personne, m'enivrant d'un vin généreux, je veux,je veux un doux délire. Il était en délire, Hercule, quand il eut enlevé le terriblecarquois et l'arc d'Iphytus ; il était en délire Ajax, qui heurtait l'épée d'Hector sur sonbouclier. Moi, ma coupe en main, la tête couronnée de fleurs, sans arc et sansépée, je veux, je veux un doux délire.Odes (Anacréon, Falconnet) : 32Si tu peux compter toutes les feuilles des arbres et tous les flots soulevés sur lamer, je te fais le seul historien de mes amours. D'abord dans Athènes, mets vingtamours, ajoute quinze encore ; à Corinthe, comptes-en une foule : les femmes sontsi belles dans cette ville d'Achaïe ! Comptes-en deux mille pour Lesbos, l'Ionie,Rhodes et la Carie: « Quoi, diras-tu, toujours ! » Je ne t'ai encore parlé ni de ladélicieuse Canope ni de la Crète, île charmante où l'amour parcourt les cités encélébrant ses mystères. Hé quoi ! irai-je encore te raconter tous les amours de mon
cœur au-delà de Gadès, de la Bactriane, et de l'Inde !Odes (Anacréon, Falconnet) : 33Aimable hirondelle, toi qui chaque année au printemps viens faire ton nid sur nosbords, tu disparais en hiver et tu t'enfuis vers le Nil ou vers Memphis.Pour moi, toute l'année, l'amour niche dans mon cœur ; un nouveau-né se revêt déjàde plumes, un autre est dans l’œuf, un troisième a brisé sa coquille à moitié : onentend le gazouillement perpétuel de la jeune couvée qui ouvre le bec. Les plusgrands donnent la becquée aux plus jeunes. À peine élevés, ils font une nouvellecouvée à leur tour. Que faire ? Je ne puis, hélas ! suffire à tant d'amours !Odes (Anacréon, Falconnet) : 34Ne me fuis pas, ô jeune fille ! en voyant ma blanche chevelure ; parce que tu es lafleur vivante de beauté, ne dédaigne pas ma flamme : vois comme la blancheur deslis se marie bien à des roses enlacées en couronnes.Odes (Anacréon, Falconnet) : 35Enfant, ce taureau me semble représenter Jupiter : il porte sur son dos une femmede Sidon, et de ses pieds il fend les flots écumeux de la mer. Quel autre taureau,échappant aux yeux vigilants du pâtre, franchirait ainsi l'immensité des ondes si cen'est Jupiter lui-même ?Odes (Anacréon, Falconnet) : 36Pourquoi m'apprendre les lois et les sophismes des rhéteurs ? À quoi me serventde pareils discours ? Certes, il vaut bien mieux m'apprendre à boire la douceliqueur de Bacchus, à jouer avec la belle Cypris. Déjà ma tête se couronne decheveux blancs. Enfant, apporte-moi de l'eau et du vin écumant : il plonge mon âmedans l'oubli des peines. Bientôt après tu me couvriras d'un linceul : les morts n'ontplus de désirs.Odes (Anacréon, Falconnet) : 37Vois comme le printemps fleurit, comme les Grâces sèment les roses ! Voiscomme les flots de la mer sourient calmes et unis ! Vois comme le plongeonsillonne l'onde ! Vois comme la grue fend les airs ! Le soleil nous darde tous sesrayons, les nuages passent et répandent leurs ombres tremblantes, la terre secouvre de fruits et montre l'olivier naissant, la vigne se couronne de ses bourgeons :à travers les feuilles, à travers les épais rameaux se montre le fruit impatient.Odes (Anacréon, Falconnet) : 38Je suis vieux, il est vrai, mais je bois plus que les jeunes gens ; et si je veux danser,une outre devient mon sceptre, je n'ai besoin d'aucun appui. Que celui qui veutcombattre se présente et combatte. Apporte ma coupe, jeune enfant, et que le mieltempère le doux vin. Je suis vieux, il est vrai, mais en dansant au milieu de vous,j'imiterai encore Silène.
Odes (Anacréon, Falconnet) : 39Quand je bois du vin, la joie descend dans mon cœur et je me mets à célébrer lesMuses.Quand je bois du vin, je chasse loin de moi les inquiétudes ; les penséesdésolantes s'envolent sur les ailes des vents qui tourmentent les mers.Quand je bois du vin, le joyeux Bacchus me balance dans les airs parfumés aprèsm'avoir enivré de sa douce liqueur.Quand je bois du vin, je tresse des couronnes de fleurs, je les pose sur ma tête et jechante le calme de la vie.Quand je bois du vin, j'inonde mon corps des parfums d'une essence odorante, jepresse dans mes bras une jeune fille et je chante Cypris.Quand je bois du vin, je noie mon esprit dans les coupes profondes, et je folâtrejoyeusement avec un essaim de jeunes vierges.Quand je bois du vin, c'est un gain véritable, le seul que je puisse emporter avecmoi, car mourir est notre lot communOdes (Anacréon, Falconnet) : 40Un jour Cupidon n'aperçut pas une abeille endormie dans des roses ; il fut piqué.Blessé au petit doigt de la main, il sanglote, il court, il vole vers la belle Cythérée :« Je suis perdu, ma mère, je suis perdu ; je me meurs : un petit serpent ailé m'apiqué ; les laboureurs le nomment abeille. » Vénus lui répondit : « Si l'aiguillon d'unemouche à miel te fait souffrir, ô mon fils ! combien penses-tu que doivent souffrirceux que tu atteins de tes coups. »Odes (Anacréon, Falconnet) : 41Soyons joyeux, buvons du vin, chantons Bacchus, Bacchus, l'inventeur des danses,Bacchus l'ami des chansons, Bacchus, le compagnon de l'amour, Bacchus, l'amantde Cythérée, lui qui nous donna la joie, lui qui enfanta les Grâces, lui qui charme latristesse, lui qui endort tous les chagrins. Enfants, apportez-nous un doux mélangede nectar et de miel, et la triste douleur fuira sur l'aile des vents dans les mersorageuses. Prenons cette coupe et chassons les chagrins. Que te servira-t-il degémir sur tes soucis ? Tu ne peux connaître l'avenir ; la vie des mortels estincertaine. Hé bien ! Je veux être ivre, je veux danser, je veux être couvert deparfums et jouer avec de belles femmes. Qu'ils s'abreuvent de chagrins ceux quiveulent s'en abreuver ; mais nous, soyons joyeux, buvons du vin, chantons Bacchus.Odes (Anacréon, Falconnet) : 42J'aime les danses de Bacchus, ami des jeux ; j'aime à jouer de la lyre avec un jeuneet beau convive ; j'aime mieux encore, le front couronné d'hyacinthes, folâtrer avecde jeunes vierges. Je ne connais pas l'envie mordante ; je fuis les traits acérésd'une langue ironique ; je hais les combats que le vin engendre au milieu des festinsnombreux. Avec de jeunes vierges semblables à la fleur nouvellement épanouie,conduisant les chœurs au son de ma lyre, je porte légèrement le poids de la vie.Odes (Anacréon, Falconnet) : 43Heureuse cigale, sur la cime des arbres tu bois un peu de rosée et tu chantes
comme la reine de la lyre. Toutes les belles choses que tu regardes dans leschamps sont à toi, tout ce que produisent les saisons t'appartient. Tu es aimée dulaboureur, car tu ne fais de mal à personne ; tu es honorée des mortels, agréablemessagère de l'été ; tu es chère aux Muses ; tu es chère à Apollon lui-même : il t'adonné une voix harmonieuse ; la vieillesse ne t'accable point. Sage enfant de laterre, amante des chants joyeux, exempte de maux, n'ayant ni chair ni sang, tu essemblable aux dieux.Odes (Anacréon, Falconnet) : 44J'avais un songe. Je croyais courir, mes épaules portaient des ailes ; l'Amour, sesbeaux pieds chargés de plomb, me poursuit et m'atteint. Que veut dire un songepareil ? Je pense qu'enchaîné par beaucoup d'amour, si j'ai pu échapper auxautres, celui-ci me retient pour toujours.Odes (Anacréon, Falconnet) : 45L'époux de Cythérée, dans les antres de Lemnos, forgeait avec l'acier les traits del'Amour. Cypris trempait leur pointe dans la douceur du miel, mais Cupidon y mêlaitde l'amertume. Mars, au retour des combats, secouant sa lame pesante, parlaitavec mépris des traits de l'Amour : « Celui-ci est pesant, dit Cupidon, éprouve, tuverras. » Mars saisit le trait, Cypris sourit et le dieu des combats en gémissants'écrie: « II est lourd, reprends ce trait. — Garde-le » dit l'Amour.Odes (Anacréon, Falconnet) : 46Il est dur de ne pas aimer, il est dur aussi d'aimer ; mais il est bien plus dur encored'aimer sans être heureux. En amour, la naissance est méprisée, la raison et lasagesse sont dédaignées : l'argent seul est estimé. Périsse, périsse le premier quiaima ce vil métal : à cause de lui plus de frères, à cause de lui plus de parents ! Ilengendre les guerres et les meurtres, et ce qu'il y a de pire, c'est que les amantspérissent faute d'argent.Odes (Anacréon, Falconnet) : 47J'aime un vieillard joyeux, j'aime un jeune homme qui danse. Un vieillard lorsqu'ildanse, vieux par ses cheveux blancs, est encore jeune par le cœur.Odes (Anacréon, Falconnet) : 48Le dieu qui rend le jeune homme actif aux travaux, intrépide aux amours et gracieuxà la danse, ce dieu revient et apporte aux mortels un philtre enchanteur, unbreuvage qui chasse les inquiétudes. Le raisin fils de la treille, mûr déjà, maispendant encore au sarment, a Bacchus pour sentinelle : dès qu'il sera coupé, ildissipera toutes les maladies, rendra le corps robuste et donnera l'enjouement àl'esprit jusqu'à ce que brille le nouvel automne.Odes (Anacréon, Falconnet) : 49Qui donc osa graver la mer ? Quel art habile déroula sur ce disque les flots arrondisde l'onde azurée ? Quel est celui dont l'esprit inspiré des dieux a représenté sur ledos de l'humide élément la blanche et douce Cypris, reine des Immortels. Il nous l'amontrée nue : les flots servent seuls de voile aux appas qu'il faut cacher ; elle erre
sur l'eau comme l'algue blanchissante que balance une onde paisible.Le corps soutenu par la mer, elle sépare devant elle les vagues frémissantes etfend pour la première fois les flots répandus autour de son sein de roses, au-dessous de son cou délicat. Au milieu des sillons d'azur, comme un lis enlacé auxviolettes, Cypris brille sur le calme de la mer. L'argent représente des dauphins enchœur et portant l'Amour et le Désir qui se jouent des finesses des hommes. Latroupe des poissons, en cercle sur les flots, caresse la reine de Paphos partout oùelle nage en souriant.Odes (Anacréon, Falconnet) : 50De jeunes hommes avec de jeunes filles portent sur les épaules, dans descorbeilles, le noir raisin et le jettent sur le pressoir. Les hommes seuls foulent lesgrappes, font jaillir le vin de sa prison, chantent à pleine voix le dieu de la treille, endes hymnes consacrés au pressoir, et admirent la nouvelle liqueur de Bacchus quifrémit dans sa tonne. À peine un vieillard en a-t-il goûté qu'il danse d'un pied malaffermi en agitant ses blancs cheveux. L'aimable vendangeur se glisse d'un pasfurtif auprès de la jeune fille accablée de sommeil, dont le beau corps mollementétendu repose à l'ombre du feuillage ; il la sollicite par des caresses prématuréesde se rendre traîtresse à l'hymen. Elle ne croit point à ses discours, et il la forcecontre sa volonté : car Bacchus dans son ivresse joue librement avec le jeunehomme.Odes (Anacréon, Falconnet) : 51Je chante la rose nouvelle au retour du printemps qu'elle couronne. Mon amie,soutiens mes accents. La rose est le souffle pur des dieux, la rose est la joie desmortels, l'ornement des Grâces, la fleur chérie de Vénus dans la saison délicieusedes amours ; la rose est agréable aux Muses, elle fournit de charmantes allégories ;il est doux d'avancer en tremblant la main dans un sentier épineux pour cueillir larose ; il est doux en l'effeuillant de l'échauffer et de frapper cette fleur d'amour dansdes mains délicates et gracieuses.Comme la rose est chère aux poètes dans les repas et sur les autels de Bacchus !Hélas! que deviendrions-nous sans les roses ! L'Aurore a des doigts de roses, lesNymphes ont des bras de roses, Vénus a le teint des roses, selon le langage despoètes ; la rose est précieuse dans les maladies, elle embaume les tombes, ellesait braver le temps : la vieillesse conserve encore les plus suaves parfums de sajeunesse. Racontons sa naissance. Quand la mer engendra de son écume la belleVénus, glissant sur l'onde azurée ; quand Jupiter fit sortir de son cerveau l'altièrePallas, amante des horreurs des combats, la Terre enfanta la rose, fleur admirablequi s'épanouit en mille couleurs. La foule des déités heureuses, présente à sanaissance, versa sur elle une goutte de nectar. Alors on vit s'entrouvrir sur labranche épineuse la rose superbe, fleur immortelle consacrée à Bacchus.Odes (Anacréon, Falconnet) : 52Quand je vois un cercle de jeunes gens, ma jeunesse me revient, et soudain,quoique vieillard, je vole me mêler aux chœurs de la danse. Attends-moi, Cybèle,donne-moi des fleurs, que je me couronne. Loin d'ici la blanche vieillesse ! Jeredeviens jeune ; je veux danser avec des jeunes gens. Qu'on m'apporte la liqueurde Bacchus, amant de l'Automne : on verra la vigueur d'un vieillard qui sait parler,qui sait boire et qui sait délirer avec les Grâces.Odes (Anacréon, Falconnet) : 53Les chevaux portent sur la croupe l'empreinte d'un fer brillant ; le Parthe se reconnaîtà sa tiare ; moi je reconnais de suite ceux qui aiment : ils portent dans le fond de
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