Quand la scène fait appel...

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La scène se fait paysage, elle se fait voix, elle fait appel au spectateur. Cet ouvrage propose d'interroger le poétique théâtral : ces métamorphoses de la scène en poème ou du poème en théâtre, tiennent parfois à la langue mais il arrive aussi que les langages propres à la scène produisent des impressions poétiques. Les auteurs cherchent des réponses à ces enjeux transcendant les genres littéraires et artistiques, du point de vue de la réception, de la production... ou de l'un et de l'autre.
Publié le : samedi 1 mars 2014
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EAN13 : 9782336339566
Nombre de pages : 306
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Collection Perspectives Transculturelles Dirigée par J. Poulain, H. J. Sandkühler, F. Triki Sous la direction d’Eliane BEAUFILS
QUAND LA SCÈNE FAIT APPEL…
Le théâtre contemporain et le poétique
Quand la scène fait appel…
Le théâtre contemporain et le poétique
Collection Perspectives transculturelles Dirigée par J. Poulain, H.J. Sandkühler et F. Triki La réduction de la mondialisation à la globalisation économique ne fait pas justice au développement des diverses cultures du monde. Ce développement ne saurait en effet être réduit à ce que désire en faire le Fonds Monétaire International : une affaire négociable en termes purement économiques. Il exige en effet un véritable dialogue interculturel qui ne se contente pas de laisser cohabiter les cultures comme des traditions fermées, qui ne désirent s’affirmer qu’aux dépens des autres. Ce dialogue doit pouvoir faire appel aux formes les plus évoluées et les plus réfléchies des diverses cultures qui constituent le patrimoine mondial. Cette collection entend participer à ce dialogue en mobilisant tout le potentiel critique des sciences humaines, des philosophies contemporaines et de la littérature pour dégager ce qu’il y a de véritablement universel dans ces différentes cultures, pour mettre en lumière ce qui résiste en elles à la critique mutuelle qu’elles exercent les unes à l’égard des autres. L’universalisation effective qu’elles parviennent à effectuer d’elles-mêmes doit pouvoir distinguer ses propres résultats des effets polémiques de la guerre des cultures qu’engendre le désir qu’a chacune d’étendre son hégémonie sur les autres. Elle ne forge qu’un être humain capable d’intégrer en lui leurs multiples richesses qu’en laissant advenir à la parole cette autocritique transculturelle, par laquelle advient à l’existence le monde commun auquel elles aspirent.
Sous la direction de Eliane BEAUFILS
QUAND LA SCÈNE FAIT APPEL
e contemporain et le poé e Le théâtrtiqu Ouvrage publié avec le concours de l’Université Paris 8
Illustration de couverture :Atropa, mise en scène de Guy Cassiers au Het Toneelhuis d'Anvers © Koen Broos
© L’Harmattan, 2014 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-02896-5 EAN : 9782343028965
Introduction par Eliane Beaufils
Le dix-neuvième siècle, en particulier la fin du dix-neuvième siècle, est marqué par l’apparition de théâtres grotesques, critiques et naturalistes, décadents, ou simplement, comme celui d’Ibsen, porté par un souci de réel. Un tel théâtre paraît sonner le glas non seulement du théâtre en vers mais de la « poésie dramatique », telle que l’avaient conçue Hegel, Diderot, et plus loin Aristote, telle que pouvait encore sembler l’incarner Hugo. L’avènement d’un nouvel âge théâtral s’accompagne, à l’instigation des metteurs en scène et acteurs autant que des dramaturges, du souci de rompre avec les conventions de représentation théâtrale. L’artiste de la scène entend se saisir des moyens qui lui sont propres, jusqu’à l’incomparable effervescence des années 1910-1930 : du théâtre marionnette de Craig aux gigantesques appareils scéniques de Piscator, en passant par le travail biomécanique sur le corps d’un Meyerhold et l’outrance du jeu expressionniste, « tous les moyens sont bons »… Ce mouvement communément qualifié de délittérarisation du théâtre se veut exigeant, c’est un théâtre poussé à bout, dont la créativité forcenée n’est guère associée à la « poésie théâtrale ». Certes, en France, après le symbolisme, le théâtre poétique reste une constante essentielle en se renouvelant sans cesse : par l’entremise d’un Claudel, d’un Cocteau et plus tard Audiberti, Schehadé ou Vauthier, se perpétue « un théâtre littéraire […] accordant une place importante au verbe, au travail sur le verbe, à 1 l’invention verbale » . Mais on assiste également en France, surtout des années trente jusqu’à nos jours, au développement d’un « autre langage de la scène », servi notamment par les visions
1  Nathalie Macé, « L’engagement de l’écrivain dans le théâtre poétique e français du 20 siècle », in René Agostini,Théâtre poétique et/ou politique, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 29-58, ici p. 30. 7
d’Artaud : épris de l’idée « d’une vie supérieure de la scène », d’une haute poésie née des moyens mêmes du théâtre, déparée de 2 ses allégories poussiéreuses, de ses « codes culturels morts » . Une « vraie » poésie, créatrice, permettant d’accéder à une autre dimension de l’être. Qu’ils soient ou non fondés sur le langage, tous ces mouvements sont libérateurs de théâtre, et en laissant libre cours à l’imagination théâtrale, ils semblent même parfois faire prendre corps à la poésie ; accomplir des « révolutions poétiques » au cœur du théâtre. On y retrouve en effet les maîtres principes décelés par Kristeva chez Mallarmé et Lautréamont : bouleversement des symbolismes en cours jusque dans leurs fondements structurels, sous l’impulsion en particulier de toutes les dimensions jusque là non prises en compte de l’existence (chora sémiotique, bien loin d’être exclusivement somatique ou pulsionnelle). Le théâtre des e e 20 et du 21 siècle n’a-t-il pas bien souvent permis de faire éclore une négativité positive, jouissive, cherchant à atteindre une expression « supérieure » ou du moins renouvelée de l’être ? une « autre » expression de l’homme et/ou des signes ? Si, en vertu d’une méfiance exacerbée envers le langage, le théâtre des metteurs en scène n’a pas toujours usé du qualificatif « poétique » pour qualifier ses entreprises, notamment hors de e France, il semble qu’il ait néanmoins, tout au long du 20 siècle, fait surgir des moments poétiques sur scène. Même politique et fier des missions intellectuelle et pratique dont il s’investissait, n’a-t-il pas, au moins par instants, laisser entrevoir des interstices poétiques, oniriques ou utopiques, où la beauté de la scène puisait aussi en une force particulière de l’expression ? Qu’on pense à toutes les tentatives de Piscator et Brecht e jusque Schleef et les collectifs du 21 siècle, en passant par Heiner Müller, où l’utopie sociale s’est fondée sur une utopie du théâtre… Ou encore, de manière parfois moins politique, à toutes les recherches qui se situent, volontairement ou non, dans le prolongement d’Artaud : les visions de Wilson, leslow motion et les images scéniques, leLiving TheaterJulian Beck, le travail de sur la base préexpressive de l’acteur chez Barba, le théâtre sacré de Grotowski ou Brook…S’il revient parfois dans ces théâtres une 2 Antonin Artaud,Le Théâtre et son double, Paris, Gallimard, 1964. 8
place privilégiée aux images, au corps, à l’expérience auditive, c’est que le théâtre se nourrit de la multiplicité des sens et de celle des médias, qui développent chacun leurs langages, dont se saisissent à leur tour les sciences (iconic turn,performative turnlà aussi on use de l’idée de – semi – révolution). Bien sûr, pour aborder un tel champ d’étude, il convient d’abord de s’interroger plus longuement sur les références du poétique susceptible d’être rapportées à la création globale de la scène, non exclusivement verbale. Souvent les aspirations de la poésie sont livrées par les poètes eux-mêmes, et ce phénomène montre combien le poétique relève d’une quête personnelle ; quête vers une plénitude, utopie d’une résonance avec le monde, appel des mots, de l’imagination ou des sens que peut partager le lecteur. Les aspirations peuvent à première vue sembler contradictoires mais souvent se répondent. Qu’on pense par exemple à l’idée de la poésie comme anti-image chez René Char ; alors que Bachelard l’associe à une image gravée au plus profond de soi…mais tous deux se réfèrent à une expérience de la poésie comme d’un in-ouï insaisissable, qu’on ne saisit que dans l’instant fulgurant de son énonciation, et qui laisse une trace profonde. La question est de savoir s’il suffit de parler des langages de la scène, de cette possibilité de dire le non-dit à l’aide de tous les langages scéniques, qui sont certes des signes, mais capables de supporter une poésie ? Peut-on par ailleurs rapporter le poétique à un événement en un siècle où le théâtre se veut si souvent événement ? Les études de ce volume s’articuleront autour de trois axes principaux de questionnements. Le premier portera sur les formes e que peut prendre une « révolution poétique sur scène » aux 20 et e 21 siècles : quelle dramaturgie, quels signes peuvent commu-niquer une impression poétique ? Mais il convient également de se pencher sur le sens d’un tel théâtre, indissociable de sa forme. Le poétique de Kane et de Dimitriadis se situe sans nul doute dans le prolongement du tragique, en un temps qui le remet en cause. D’autres formes de textes pour la scène relèvent peut-être 3 d’un « théâtre de la pensée » telle que l’envisage Joseph Danan . À moins qu’elles ne relèvent d’une rébellion contre la domination du langage, et plus loin, contre une domination des discours ? Quelle 3 J. Danan,Le théâtre de la pensée, Rouen, Médianes, 1995. 9
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