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Ramon Saizarbitoria

De
254 pages
Avec Bernardo Atxaga, Ramon Saizarbitoria est un des auteurs contemporains majeurs en Pays Basque. Pourquoi n'a-t-il pu à ce jour accéder à une visibilité internationale ? L'analyse de ses trois oeuvres romanesques publiées entre 1995 et 2000 nous permet d'observer une véritable trajectoire initiatique et les raisons pour lesquelles la nature de son génie le condamne à l'invisibilité internationale.
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POUR DEMAIN
Ur Apalategui
Ramon Saizarbitoria
L’autre écrivain basque CLASSIQUES
RAMONSAIZARBITORIAL’AUTRE ÉCRIVAIN BASQUE
Classiques pour demain dirigée par Daniel-Henri Pageaux
Cette collection rassemble des études sur des écrivains de notre temps, consacrés par le succès dans leur pays (francophones ou de langues ibériques en particulier), pour lesquels il n'existe pas encore d'approches critiques en français. Elle vise donc à diffuser auprès du public étudiant et de lecteurs soucieux de s'ouvrir aux littératures étrangères des parcours et des propositions de lectures, voire une base de documentation bibliographique.
Déjà parus Katia BOTTOS,Antonine Maillet, conteuse de l’Acadie ou l’encre de l’aède, 2011. Sara CALDERON,Jorge Volpi ou l’esthétique de l’ambiguïté, 2010. Silvia AMORIM,José Saramago. Art, théorie et éthique pour demain, 2010. Karin DAHL,La réception de l'œuvre de Stig Dagerman en France, 2010. Bertrand CARDIN,Lectures d’un texte étoilé.Corée de John McGahern, 2009. Juan Carlos BAEZA SOTO,Emilio Prados, L’absolu solitaire, 2008. Philippe GODOY, Le Guépardou la fresque de la fin d’un monde, 2008. Jean-Igor GHIDINA,Carlo Sgorlon, romancier frioulan. Société, mythe, écriture, 2008. Lucia DA SILVA,David Mourão-Ferreira, 2005. Marcelo MARINHO,João Guimarães Rosa, 2003. François PIERRE,Francisco Umbral ou l'esthétique de la provocation, 2003. Françoise MORCILLO,Jaime Siles : un poète espagnol "classique contemporain",2002. Dorita NOUHAUD,Isaac Goldemberg ou l'homme du Livre, 2002. Anouck LINCK,Andrés Caicedo, un météore des lettres colombiennes, 2001. Dorita NOUHAUD,Luis Rafael Sánchez dramaturge, romancier porto-ricain, 2001. Emmanuel LE VAGUERESSE,Juan Goytisolo, écriture et marginalité, 2000. Madeleine BORGOMANO,Ahmadou Kourouma, le "guerrier" griot,1998. Jeanne-Marie CLERC,Assia Djebar. Ecrire, transgresser, résister, 1997. André DJIFFACK,Sylvain Bemba. Récits entre folie et pouvoir, 1996.
Ur Apalategui RAMONSAIZARBITORIAL’AUTRE ÉCRIVAIN BASQUEL’élaboration d’une réponse néo-moderne à la périphéricité littéraire (1995-2000)
Du même auteur La naissance de l’écrivain basque,Paris L’Harmattan, 2000
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-00548-5 EAN : 9782343005485
Préface
Les littératures dites « minoritaires », « moins répandues », etc., e surtout celles qui ont expérimenté une « renaixença » au XIX siècle, apparaissent déterminées par des conditionnements idéologiques. Elles ont une fonction politique, à intensité variable mais constante, en tant qu’elles sont mises au service du raffermissement de la culture et souvent de la langue d’un groupe social dont l’existence dépend de sa reconnaissance interne et externe. La notion de champ littéraire, surtout à travers les concepts indissociables d’autonomie relative et d’hétéronomie, devient très efficace pour l’établissement d’un modèle qui explique l’origine, l’évolution et les problèmes dominants de ces mondes artistiques. Disons que le champ littéraire, dans ce cas, surgit à l’intérieur d’un champ politico-culturel (identitaire) plus large où les pivots politique et artistique, très imbriqués au début, tendent cependant à se différencier avec le temps. Le champ de production idéologique et politique, dont l’activité s’avère essentielle au début pour la construction commune de ce champ identitaire, une fois que le noyau artistique ou littéraire commence à se mettre en place peut contradictoirement devenir, pour ce dernier, un facteur d’hétéronomie. La raison en serait que les répertoires utilisés dans la construction du champ identitaire se maintiennent en tant que phénomènes sociaux avec une certaine inertie qui entrave le domaine de la communication littéraire, de l’écriture mais aussi celui de la lecture. Les littératures émergeantes comme la littérature basque sont ainsi accompagnées, surtout si on les envisage en tant que communication artistique, d’un « bruit » permanent d’ordre politique et idéologique qui affecte le travail textuel et sa réception. La « défense et illustration de la langue » et de l’art, entraîne ainsi un retour réflexif sur la fonction sociale de la littérature elle-même. S’ajoutant aux discours idéologique et politique, surgit alors, surtout dans la première étape du processus, un discours critique, certainement productif du point de vue de la théorie de la littérature, mais équivoque du point de vue de la communication littéraire dans la mesure où ce versant réflexif (éventuellement planificateur) peut encombrer l’écriture de significations non prévues, brouiller en quelque sorte sa transparence et mener la puissance fictionnelle du texte vers le lieu commun. En dépit de cela, une fois que le champ commence à se dessiner, les noyaux artistiques tendent à s’autonomiser car le fonctionnement de la signifiance exige une recherche de nouveauté constante qui provoque chez les agents la mise en place de stratégies de distinction à travers la recherche formelle. Surgit ainsi la figure de l’auteur avec ses prises de position concurrentes à l’intérieur d’un groupe de plus en plus diversifié et ayant
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quitté peu à peu l’uniformité épique première. Le champ littéraire basque se situe actuellement dans un stade qui a largement dépassé l'étape originelle où l’écriture était presque entièrement au service de l’idéologie ; désormais, cette dernière est ressentie comme le poids d’un répertoire devenuhabitussocial, comme un obstacle dont le champ devient de plus en plus conscient. Ramon Saizarbitoria (1944), l’auteur brillamment étudié par Ur Apalategui dans le présent ouvrage, se situe d’une façon très originale dans le champ littéraire : d’une part en introduisant un important renouveau formel à travers notamment l’importation de modèles externes (le Nouveau Roman, par exemple, au commencement de sa trajectoire d’écrivain) et, d’autre part, en intégrant dans le discours fictionnel les éléments symboliques d’un contre-discours métatextuel dont l’objectif n’est autre que de débarrasser l’écrivain basque de la pression idéologique. L’étude d’Ur Apalategui tire profit de la notion de champ dans l’analyse des rapports interlittéraires en découvrant comment certaines prises de position formelles empruntées à un moment donné à un champ extérieur (français en l’occurrence) remplissent des fonctions tout à fait nouvelles dans le champ importateur dont les problèmes sont tout autres. Les stratégies innovatrices consacrent Saizarbitoria dans le champ basque car la masse des lecteurs dudit champ avait commencé à pressentir la stéréotypie thématique et stylistique vers laquelle l’idéologie pouvait mener l’écriture. Il acquiert ainsi un pouvoir symbolique notoire en se situant autonomement dans le champ de production restreinte. Un écrivain n’est pas autonome parce qu’il évite les références politiques, « engagées » ou sociales, mais par le fait (entre autres) de ne pas devoir sa position à des facteurs externes –politiques ou économiques–… et surtout par le fait que ses stratégies s’inscrivent dans l’histoire littéraire interne et réelle de son champ. L’idéologie, qui a joué un rôle fondamental dans le cas de ces littératures mineures, tend à imposer une thématique à fonction politique et parfois même à fournir des règles formelles qui peuvent demeurer comme répertoire d’écriture ou de lecture. Si ces thématiques politiques s’imposent, elles peuvent conduire à l’insignifiance du langage et bloquer le renouveau stylistique. Saizarbitoria ne doit pas sa position dans le champ à des positions politiques, mais à des positions littéraires qui éventuellement peuvent acquérir par surcroît une fonction politique due au pouvoir symbolique acquis dans le champ artistique. Le discours métatextuel plus ou mois explicite dans l’œuvre de Saizarbitoria ne concerne pas seulement la pression idéologique, mais aussi les problèmes complexes dérivés des rapports interlittéraires et de leur « qualité ». D’un côté, les relations nouées avec la littérature « centrale » gouvernée par une grande capitale littéraire– qui offre une certaine reconnaissance, mais qui en échange introduit une vision réductrice, non e plus folklorique comme au XIX siècle, mais tendant à repousser les textes dans une périphérie, à les stabiliser dans une espèce de « hors-champ »
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exotique dans lequel leur lecture est prévisible, monosémique et figée. D’autre part, si l’on pense la notion de champ littéraire en termes internationaux, de nouvelles questions se posent. Le déplacement du texte vers le domaine mondial –viala capitale littéraire, interface entre le domaine national (étatique) et le domaine international– se produit à travers les éditeurs, ces agents doubles partagés entre le monde culturel et le monde économique, voire politique dans la mesure où les appartenances nationales de chacun ne sont pas étrangères à ces relations. Le coût d’une certaine internationalisation –fondée sur des présupposés économiques hétéronomes qui souvent exigent le passage par la langue centrale (l’espagnol ou le français) avant une traduction indirecte vers le marché international– est la condamnation du texte original en langue basque à l’invisibilité. Ur Apalategui fournit une hypothèse (« la victoire de Saizarbitoria sur le plan « local » » n’est pas étrangère à son échec (relatif) sur le plan international, etvice versaqui s’avère très productive pour la réflexion. ») théorique dans la mesure où elle montre clairement l’opposition de ces deux discours : celui du centre dominant qui prévoit le succès extérieur en échange de l’intégration dans le « centre » et celui de la littérature « périphérique » qui résiste tant bien que mal à la réduction exotique qui en résulte. Saizarbitoria semble très conscient de ces positions inconciliables et cherche à son tour à secouer cette réduction à l’insignifiance et à la sétéréotypie moyennant des stratégies dont le succès extérieur peut résulter limité dans un premier temps, mais dont la puissance intérieure est pourtant énorme en tant que « stratégie de distinction ». Il est indéniable que ses prises de position face à l’idéologie mais en même temps formelles, importatrices, etc. lui ont permis de se situer dans la région la plus autonome du champ littéraire basque, dans le champ de production restreinte. Il ne s’agit pas, pour lui, de renoncer au prestige qu’il pourrait tirer d’une éventuelle et possible reconnaissance plus grande du centre espagnol (sous la forme d’un prix national, par exemple), ni de tourner le dos à la probable internationalisation subséquente de son œuvre. Il se garde pourtant bien de paraître en dépendre, et mène dès lors une action réellement complexe, pas exclusivement « littéraire» et qui peut inclure des gestes sociaux marquant sa différence, par exemple, vis-à-vis de Bernardo Atxaga, son grand concurrent basque. Ce dernier, plus visible que lui sur la scène littéraire espagnole et mondiale joue avec moins de réticences le jeu de l’intégration exotisante selon les règles fixées par le centre. L’hypothèse d’Apalategui s’avère très féconde en tant que modèle de réflexion transposable dans d’autres configurations certainement comparables : le contraste des positions de Saizarbitoriavs.rappelle d’assez près celles de Méndez Ferrín Atxaga vs.Manuel Rivas dans la littérature galicienne. La littérature basque semble engagée depuis quelques années dans un double processus d’affranchissement vis-à-vis d’elle-même (face aux conditionnements de son propre contexte dans le temps historique), et
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