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Ma Syrie

De
249 pages

Ma Syrie, c’est celle du désert, de ce lieu qui est à la fois austère comme peuvent l’être les étendues de pierres où l’on ne sait que survivre, et doux comme un havre à l’écart du tintamarre des cités, comme un thé à la menthe bu devant un feu, la nuit. Dans ce lieu si exigeant et pourtant si séduisant, Adeline Chenon-Ramlat a vécu avec les Bédouins, les « errants » des fonds sauvages, qui sont devenus sa famille de sang, au centre de la Syrie. Elle les a vus en cours de sédentarisation, porteurs du monde immense mais avec les gestes de la modestie propre à ceux qui ne risquent certes pas de « parvenir », entre nobles tentes d'apparat et pauvres maisons de parpaings, à la fois rêveurs, gourmands, imaginatifs et sans illusion. Ceux-là vivent à la frontière entre les campagnes et le désert, dans les tampons entre les rebords de l’Occident et les marches de l’Asie sans fin, entre les postillonnants tourbillons de la modernité et le silence peuplé des passions des très anciens pays. La façon de vivre ancestrale de ces gens est en cours d’extinction. Harcelés dans le Néguev, massacrés en Irak et en Syrie, eux qui ont résisté à beaucoup d’invasions sont en train de se courber sous la tempête. Cet ouvrage les montre juste avant le drame en cours, quand la vie était rythmée par les faucons, les moutons, les olives, les espoirs et les longues veillées. Il est sûr que certains bédouins survivront, mais plus jamais leur vie ne sera pareille. Ce sont leurs habitudes, leurs traditions qui vont être bouleversées, et ce livre souhaite avant tout raconter à quoi elles ressemblent, dans leur unicité. Ici vous lirez le caractère d'un peuple aussi imbriqué dans la nature que fidèle à sa vision du monde.

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MA SYRIE
ADELINE CHENON-RAMLAT
© ÉLP éditeur, 2016 www.elpediteur.com ecrirelirepenser@gmail.com
ISBN 978-2-924550-10-6
Illustration de couverture par A. Chenon Ramlat : Mon beau-frère Hussein en 2001
Polices utilisées pour la composition de cet ouvrage : Linux Biolinum et Libertine, Libération Sans.
Avis de l’éditeur
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ÉLP éditeur est une maison d’édition 100% numérique fondée au printemps 2010. Immatriculée au Québec (Canada), ÉLP a toute-fois une vocation transatlantique : ses auteurs comme les membres de son comité éditorial proviennent de toute la Franco-phonie. Pour toute question ou commentaire concernant cet ouvrage, n’hésitez pas à écrire à : ecrirelirepenser@gmail.com
À Hisham et Charif À Lina Et à nos rêves
MA SYRIE
Leïla Peter : Le château byzantin, depuis le portail familial.
Prélude
Il était une fois en plein désert, un château byzantin. Perdu au milieu de nulle part, unique vestige d’un temps révolu, posé là au centre d’étendues vastes et vierges, pierres ocres et dunes arides, un peu comme un mirage, comme un désir… Un bien beau château en vérité, qui avait connu des fêtes extraordinaires et des nuits argentées. Lui et son com-plice le soleil – dont il resplendissait – avaient vécu mille et une folies, comme on en raconte dans les histoires pour enfants. Ces histoires font rêver tout le monde, les petits comme les grands, mais on parle « d’histoire pour enfants », afin de détourner les jaloux. Autour du château vivaient des moutons. De gros mou-tons aux poils épais et doux. De gros moutons un peu sots (comme aiment l’être les moutons) qui se serraient les uns contre les autres quand il faisait froid, car les nuits sont glacées au cœur des sables. Ils bêlaient pour accueillir le soir, et suivaient leur berger avec obstina-tion, de la mangeoire à la bergerie et de la bergerie aux alentours du château, où ils restaient tout le jour.
Au dessus du château planaient pigeons et faucons. Plus souvent des pigeons d’ailleurs. De sympathiques pigeons gris, roucouleurs et querelleurs, qui n’avaient d’autre souci dans la vie que, justement d’échapper aux faucons et de glaner quelques graines, quelques plantes, ou quelques bouts de pain dispersés par les Bédouins.
En face du château, dans une grande demeure aux murs épais et toute de chaux couverte, vivait un prince du désert, ce qui veut dire à la fois qu’il était roi de l’immensité et chef de peu de choses. Un prince aux grands yeux romantiques et à la barbe douce. Son cœur était pur comme le vent qui berce les rochers, et ses mains solides comme l’olivier qui résiste à l’hiver. Il n’était pas très grand, habitude des Bédouins qui veulent sans doute laisser moins de prise à la brume de l’aube, ni très gros, car le poids encombre pour les longues marches qu’offre le désert. Il était prince en somme et c’est ma foi tout dire.
Adeline Chenon-Ramlat –Ma Syrie– page 7
Notre prince se languissait. Il regardait sa belle mai-son, le château, les moutons, même parfois les faucons que son père capturait pour en faire des chasseurs de roi, et trouvait tout cela fort beau mais sans couleur, délicieux mais sans saveur, tendre mais sans baiser. Vous l’avez compris, il attendait sa belle. Mis que faire quand on est à la fois roi de l’immensité et chef de rien du tout ? Que faire sinon rêver en regardant le ciel ? Que faire quand les voyages à la ville sont longs et compliqués et que là-bas, hélas ! le bonheur ne pointe que rarement son nez ? Des femmes, il y en avait bien, et le désert engendre des bijoux puisqu’il est un écrin. De belles femmes brunes aux saveurs de sable brûlant et aux yeux de lune. De jolies jeunes filles au teint d’amande et au rire de gre-lots, mais notre prince les connaissait toutes depuis l’en-fance et elles manquaient pour lui de saveur, de nou-veauté, de rêve… Il imaginait une femme des montagnes et des mers, une femme qui connaîtrait des choses qu’il n’aurait jamais vues, lui. Une femme qui parlerait des langues
Adeline Chenon-Ramlat –Ma Syrie– page 8
magiques un peu comme les fées, une femme à qui il puisse montrer le désert tout entier et qui le regarderait comme une perle rare. La famille de notre prince était bien sympathique et bien dépitée par le chagrin de ce dernier. Sa mère était de ces femmes qui construisent des temples sans s’en apercevoir, allument la lumière en un éclat de rire et soulèvent les montagnes d’un revers de robe. Elle était forte et fière. Dans la vie, elle avait pétri pains et enfants avec la même énergie généreuse, elle avait soi-gné chèvres et bébés pour tous les villages environnants. Elle avait aimé sa terre et son mari avec ce respect sacré qui vous saute au cœur quand on voit un champ de blé doré. Sa mère était une Bédouine au cœur fier et à l’esprit vif. Tous les enfants se roulaient dans ses jupons, ses remarques étaient craintes des hommes et adorées des tout-petits et elle trônait dans la cour avec la même puissance que l’avaient fait, jadis, les nobles byzantins du château voisin. Le père du prince était plus silencieux. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’était pas là, bien au contraire. C’était
Adeline Chenon-Ramlat –Ma Syrie– page 9
peut-être d’être trop là, justement, qui faisait qu’il n’éprouvait que rarement le désir de signaler sa pré-sence. Dans sa vie il s’était tellement occupé de faucons qu’il avait fini par leur ressembler : droit, libre, efficace. Il surveillait son monde de ses yeux sombres, donnant quelques ordres rapides à droite et à gauche, toisant d’un regard fier l’usurpateur et aimant d’un cœur fidèle et inébranlable l’ami ou le frère. D’un seul coup d’œil, il sentait la chaleur du cœur de son interlocuteur (ce qui est néanmoins assez habituel pour un Bédouin). Son sourire était plein de cette ironie douce que sécrètent les gens qui sont dans les confidences de la lune et savent la valeur d’un mot. Sa main était puis-sante et ses yeux clairs. Il y avait quelque chose de totalement rassurant dans cet homme-là. Notre prince était bien conscient de tout cela et comme lui avait été donné, plus qu’à ses frères et sœurs, les yeux de l’aigle pour comprendre la face des choses, il était d’autant plus désolé de ne pouvoir partager tant de trésors avec un cœur aimant.
Adeline Chenon-Ramlat –Ma Syrie– page 10
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