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Comment perdre la Troisième Guerre mondiale

De
154 pages
Comment perdre la Troisième Guerre mondiale? Confiez la défense du pays à de jeunes appelés après leur avoir soigneusement ôté toute trace de motivation en leur rappelant qu'ils sont les derniers spécimens à participer au service militaire. Comment transformer ces braves étudiants en bêtes de guerre? Affectez-les à la fanfare militaire et observez comment l'inaction, l'alcool et la promiscuité annihilent toute velléité de réflexion. Pour Jeremy, fraîchement diplômé de son école d'ingénieur, l'enjeu est tout autre: comment ne pas faire de gaffe quand on a tendance à fantasmer sur ses petits camarades? Entre Gilbert l'électricien karatéka au superbe torse et Erwan le malicieux petit clarinettiste, il va devoir faire preuve de discrétion et d'une bonne dose d'autodérision pour se fondre dans cette virile ambiance de médiocrité. La dernière chose à faire serait bien de tomber amoureux. Une écriture mordante et une ironie à toute épreuve sont la marque de fabrique de ce roman qui, sous la forme d'un journal, évoque le quotidien d'un homosexuel qui effectue son service militaire. Et si le ton se veut humoristique, il n'est pas pour autant question de clichés dans ce texte qui, par-delà son thème gay, brocarde cette institution qu'est l'armée tout en constituant un éloge de la camaraderie masculine. Une belle irrévérence donc dans ce texte, de même qu'une foi en l'homme et en son ouverture d'esprit, mené avec éclat par A. Puiraveaud.
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Antony Puiraveaud Comment perdre la Troisième Guerre mondiale Chroniques d’un homo sous les drapeaux Publibook
Retrouvez notre catalogue sur le site des Éditions Publibook : http://www.publibook.com Ce texte publié par les Éditions Publibook est protégé par les lois et traités internationaux relatifs aux droits d’auteur. Son impression sur papier est strictement réservée à l’acquéreur et limitée à son usage personnel. Toute autre reproduction ou copie, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon et serait passible des sanctions prévues par les textes susvisés et notamment le Code français de la propriété intellectuelle et les conventions internationales en vigueur sur la protection des droits d’auteur. Éditions Publibook 14, rue des Volontaires 75015 PARIS – France Tél. : +33 (0)1 53 69 65 55 IDDN.FR.010.0119488.000.R.P.2014.030.31500 Cet ouvrage a fait l’objet d’une première publication aux Éditions Publibook en 2015
« Article 1 – Tout Français est soldat et se doit à la défense de la patrie. Hors le cas du danger de la patrie, l’armée se forme par enrôlement volontaire et par la voie de la conscription. »
(Loi Jourdan-Debrel du 19 fructidor an VI, 1798)
« Qu’est-ce qui est dur et long chez les garçons ? Le service militaire. »
(Blague populaire française)
er Mercredi 1 décembre 1999
« C’est vrai ? Tu pars bientôt faire ton ser-vice militaire ? Bon courage alors, parce que tu vas voir, ils en tiennent une couche. Tu sais que je me suis fait enculer, là-bas ? » Je manque de boire ma bière de travers. Installés dans la cuisine un peu à l’écart du reste des copains qui prennent l’apéro au salon, Fred et moi par-lons de la Grande Épreuve Initiatique qu’est la conscription. Je suis appelé sous les drapeaux dans deux semaines, lui vient de se faire réformer au bout d’un mois après avoir joué le psychopathe. Je me doutais bien qu’il n’était pas le bon interlocuteur pour me re-monter le moral, mais je n’en demandais pas tant. « Justement, je ne savais pas comment t’en parler, mais en fait je suis homo, alors moi aussi j’en veux, des étreintes avec des grands costauds qui sentent bon le sable chaud ! » Euh… non. En fait, décontenancé, je trouve une ré-partie aussi spirituelle que « Ah ? Ouh la la… C’est vrai ? ». Mais que répondre à un ami apparemment hété-ro jusqu’au slip qui me raconte sur le ton de l’anecdote qu’il s’est plus ou moins fait violer pendant son ser-vice ? C’est qu’une confidence pareille, ça nécessite au minimum le visage flouté et la voix trafiquée, ce n’est pas le genre de thème qu’on aborde à l’apéro, une bière à la main ! Mais décidément très viril, Fred se la joue « Même pas mal, simplement j’aime pas qu’on me force ». L’excitation pointe le bout de son dard.
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Histoire de me rassurer sur mon futur proche, je tente la méthode Coué : — T’es peut-être tombé dans une compagnie de ta-rés… C’était pas à Mourmelon, par hasard ? De toute façon, je vais être dans la fanfare, et normalement je rentrerai dormir chez moi tous les soirs, alors ça devrait bien se passer… — Mouais… Ils sont peut-être moins cons quand ils ont un clairon au lieu d’un flingue, mais bon, permets-moi d’en douter. Troublé autant par la soudaineté de cette confession que par l’image du craquant Fred en train de se faire déflorer la rondelle en protestant mollement, j’ai du mal à enchaîner, et nous passons finalement à un autre sujet. La tête appuyée contre la vitre du bus militaire, je re-pense à cette scène. C’était il y a quinze jours. Fred me confirmait les quelques idées préconçues que j’avais sur le service militaire : une sorte de colonie de vacances pour adolescents attardés, avec la même promiscuité propre à engendrer des comportements pour le moins ambigus. C’est donc dans cet état d’esprit qu’en cette funeste er fin d’après-midi du 1 décembre 1999, un mois et demi avant mes vingt-quatre ans, je me fais conduire vers mon lieu d’affectation, ennuyé de perdre quelques mois de ma jeunesse, mais bien décidé à en prendre mon parti et à profiter de cette année sabbatique pour lire, déve-lopper mes talents de saxophoniste, et me rincer l’œil. Mais discrètement. Pas question de jouer la folle du ré-giment. Même si je ne me voile plus la fesse depuis la chaude nuit que j’ai passée il y a dix mois avec ce beau serveur marseillais au torse imberbe et puissant, même si je sais très bien où me mène désormais ma recherche du plaisir, je renvoie encore l’image de l’hétérosexuel potentiellement reproducteur. Pour l’instant, je ne me
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