Corridors exquis : Paris - 3

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À celles et ceux qui rêvent d’ailleurs, Serge Clément proposent des petites tranches de vie, des textes épicés qui nous entraînent dans les arcanes du désir… Des femmes et des hommes se cherchent, s'attirent ou s'esquivent dans un ballet sensuel et délicieux. Ils vont partager un moment de plaisir, un moment de bonheur. Dans une heure, une minute, une seconde.

Du premier regard à la passion la plus brûlante, il n’y a parfois qu’un pas, mais le franchirions-nous ? Corridors exquis est une invitation au voyage, la promesse d’un menu gourmand, le présage d’une délicieuse volupté. Des instants d'avant. Juste avant.

Au bout du corridor, l’auteur nous entrouvre les portes, à nos esprits oniriques de les pousser… Embarquement immédiat…


Corridors exquis est composé en triptyque, voici ici le troisième volet, Paris.
Publié le : mardi 24 mars 2015
Lecture(s) : 14
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094725306
Nombre de pages : 28
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7 jours d'essai offerts
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Extrait

Marrakech

J’étais presque endormie, gagnée par cette torpeur particulière que, seules, les après-midi d’Afrique du Nord savent vous offrir. Un peu comme une pâtisserie arabe, grasse et lourde, sucrée et délicieuse. Celle-ci était enveloppée d’effluves de saveurs délicates d’un repas plaisir pris dans le patio ombragé.

Il n’y a rien de plus subtil qu’un moment indécis fait de charme et de silence au point que le basculement est attendu, espéré et approché par petites touches sans s’opérer totalement.


Il y avait encore ces senteurs de fruits frais mêlées des odeurs poivrées d’un hôte charmant que mon corps happait comme une offrande.

Je séjournais au Maroc pour le plaisir de rencontres furtives avec des inconnus, des passagers, des ombres silencieuses et dociles.

Je ne vais pas vous cacher mes penchants et mes besoins. Ni ma manière de mettre en scène mes fantasmes ordinaires. La vie est ainsi faite que chacun n’est à nul autre pareil et qu’il n’y a rien à faire, en ce qui me concerne, pour me contraindre à rentrer dans le rang.

J’ai envie de frissons sans détester la violence. Je vise la volupté d’attirer des hommes, de les chasser même, sans qu’ils se sachent gibier, et de m’afficher hypocritement en proie facile.

Probablement parce que je n’aime pas vraiment les hommes. C’est dit.

Mais ce que je recherche chez eux, c’est l’impossible communication entre deux cultures par une langue inconnue. Ou mieux, le silence.

Une bouche pour se taire, des yeux pour questionner. Le corps pour répondre. Et ça me va très bien comme ça. À ne pas se comprendre, il n’y a pour s’exprimer que des heurts et des surprises, des modes et des pratiques.

Je suis à l’affût de ces gestes-là.

Ensuite, dans mes livres, je décris des rencontres sans dialogue avec des hommes bâillonnés par des femmes castratrices et je les fais glisser ensemble derrière le paravent pour ne laisser voir que des ombres chinoises sur le papier décoré.

Mon éditeur n’avait cessé de rouler des yeux en prenant connaissance de ma nouvelle lubie, comme si mon projet allait faire couler sa boîte, mais je l’avais soupçonné de se calmer ensuite en comptant les tirages futurs à la place des moutons pour s’endormir. Mes derniers titres au contenu sulfureux ayant rempli ses caisses au-delà de ses espérances, et des miennes, il s’était fendu de quelques billets pour me permettre de glaner du vécu délicieux de l’autre côté de la Méditerranée.

Derrière moi, à l’extrémité de la palmeraie, les contreforts du Haut Atlas fermaient l’horizon. Avec ce bleuté si particulier qui me fait toujours rêver aux fiers Touareg. Alors que j’étais en voyage de noces avec un époux déjà assommant, l’un d’eux m’a montré les étoiles au bord de la dune de sable.

De son bras musclé guidant ma main, il a désigné les perles du ciel. À chacune, il a donné un nom dans sa langue et j’avoue n’avoir retenu que le son rauque de sa voix et la fermeté de son corps collé au mien. Les nuits sont fraîches dans le désert. Il se déclarait si protecteur que je n’ai pas cherché à me défaire de ses bras pour courir vers ceux qui m’étaient légalement ouverts. J’ai commencé là ma quête de femme libre et profité de la barrière de la langue pour en faire mon profit.

Vous ne pouvez pas savoir le plaisir qui accompagne des mots incompréhensibles susurrés à l’oreille quand le sable se dérobe dans votre dos, que les grains fins crissent sur votre peau et que le ciel se voile par intermittence au-dessus de vous. Il y a de quoi ne jamais oublier le désert la nuit.


Pour l’heure, j’étais assise contre un panneau de bois orné de sculptures anciennes et je sentais l’odeur un peu forte de la matière lustrée, à l’extrême, par les infinies caresses de corps enivrés. À la rendre immortelle.

J’étais posée sur un sofa moelleux aux motifs géométriques agrémentés de vert et de bleu. Le tissu s’était un peu froissé quand j’avais relevé lentement les genoux et il était resté ainsi quand j’avais encore changé de position. Il faisait des vagues sur l’assise où je frottais mes pieds délicatement comme pour en percevoir voluptueusement la texture de chaque fibre.

J’avais quitté ma robe. Elle gênait mes mouvements et elle n’avait pas lieu d’être un quelconque obstacle pour les moments à venir. Toutefois, j’avais gardé sur mon corps bronzé un string ajouré et un bustier léger dans les tons lilas. Une nudité totale n’aurait pas été de mise. Elle aurait même pu paraître déplacée et heurter la culture de mon hôte.

Il faisait si chaud que les senteurs agréables que transportait la brise me paraissaient empreintes d’une sensualité folle. Je percevais très bien ces choses. Question de moment, d’ambiance. D’envie aussi.

J’ai ramené la main sur la cuisse gauche de ma jambe relevée. J’ai posé l’autre pied bien à plat sur le sofa et j’ai laissé l’autre main pendre au-delà de l’accoudoir. J’ai trouvé immédiatement que j’étais bien ainsi. Ni trop ni trop peu pour le jeu de la séduction.

J’ai fermé les yeux en ajoutant sur mon visage la touche finale, le sourire énigmatique et secret d’une femme que l’on pouvait imaginer plongée dans des rêves inavouables.

Pour paraître me reposer. Ou presque.

Je savais qu’il était là, immobile et voyeur, masqué par les feuilles et les fleurs d’une haie dense. Malgré cet obstacle, je sentais sa présence à deux pas de cette porte entrouverte sur le jardin. J’imaginais son souffle court et je triomphais d’imaginer son regard parcourir mon corps avec une indécence gourmande.

Ensemble, nous avons laissé le temps prendre le sien.

Plus tard, la porte a grincé. Juste un peu. Comme un signal, comme une annonce. Une sorte d’invitation à entrer dans une aventure que j’espérais aussi délicieuse que fugace avant qu’elle ne se mue en souvenir précieux.
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