Dorian Evergreen

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Dorian Evergreen de Bernard Viallet est un nouveau recueil de nouvelles de l’auteur et le titre éponyme du premier texte de l’ouvrage.
Neuf autres nouvelles le suivent. On y retrouve à chaque fois l’humour de Bernard Viallet et son esprit malicieux qui ne se laisse pas faire par le monde moderne et le critique efficacement dans une dérision jubilatoire.
L’anticipation et le fantastique sont souvent représentés dans ces textes, aussi bien dans Dorian Evergreen dont le nom, on le devine, dévoile un clin d’œil au célèbre portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, que dans les Thanatophores ou SOS MACHOS, qui évoquent respectivement le contrôle des naissances et l’euthanasie.
Bernard Viallet se moque allègrement des contradictions de notre époque et nous entraîne à rire avec lui de celles-ci.
Ces nouvelles, toujours très bien écrites, se dévorent copieusement. Elles se révèlent également éclectiques, lorsque l’auteur nous conte les aventures d’une vieille péripatéticienne en fin de carrière enlevée par un ancien client amoureux sous les yeux de son antique proxénète, où lorsqu’il dépeint l’univers glauque de deux « pointeurs » violeurs et assassins d’enfants pas du tout pénitents.
Certains de ces écrits sont consultables sur le site de l’auteur.
On ne peut que recommander la lecture de ces nouvelles très fraîches, à l’humour bien placé, qui affirment encore un peu plus le talent de leur auteur.
Publié le : dimanche 26 août 2012
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DORIAN EVERGREEN
(et autres nouvelles
BERNARD VIALLET
DORIAN EVERGREEN
(Et autres nouvelles)
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A Joëlle, E
mmanuelle, Marianne et Benoît.
DORIAN EVERGREEN
F rançois Régis d’Autun, le présentateur-vedette de la chaîne de télévision Channel Two, n’en peut plus de l’étrange petit bonhomme rondouillard assis en face de lui qui n’arrête pas de répondre à ses questions par une suite de sottises invraisemblables. - Mais est-ce que vous vous rendez vraiment compte de ce que vous me racontez, Monsieur Evergreen. Vous osez affirmer que vous avez été fait prisonnier à la bataille de Pavie en compagnie du roi François Ier ? - Absolument, j’étais à l’époque un de ses valets de pied comme on disait. Ah ! C’était un grand roi notre François, un bel homme, bien planté, robuste et sportif. Pourquoi nous a-t-il entraîné dans cette Lombardie ? Et qu’est-ce qu’ils ont mis comme temps pour apporter la rançon…soupira le bonhomme. - Enfin, Monsieur Evergreen, si vous étiez à Pavie, cela voudrait dire que vous avez environ cinq cent ans, c’est inconcevable, inimaginable… - Je suis peut-être encore plus âgé que vous ne l’imaginez, François-Régis, fit l’autre avec un fin sourire. J’ai également assisté au supplice du dernier grand maître des Templiers, Jacques de Molay, brûlé vif sur le bûcher de l’îlot aux Juifs, à la pointe de l’île de la Cité sur l’ordre de l’abominable Philippe le Bel, sadique, faux-monnayeur et mécréant s’il en fut ! - C’est étrange, mais vous en parlez, comme si vous l’aviez connu, remarqua le présentateur. - J’ai été un intime de Monsieur de Molay, c’était un des plus grands esprits de son temps, un initié, un personnage hors du commun. Sa mort fut un grand malheur pour l’humanité. Sur le plateau de l’émission « Les Coulisses de l'Etrange  », l’ambiance est électrique, le standard saturé d’appels de téléspectateurs furieux qu’on les prenne pour des crétins et d’autres qui veulent à tout prix connaître le secret de l’éternelle jeunesse de ce petit monsieur en redingote verte et gilet chamarré. La régie n’arrête pas d’appeler d’Autun dans son oreillette pour l’aider à piéger
Evergreen. - Donc, si j’ai bien compris, vous êtes immortel, vous venez tout bonnement nous l’annoncer à la télévision et vous vous imaginez que les téléspectateurs vont vous croire ? - Pas du tout, j’ai un secret qui me permet de vivre plus vieux que mes contemporains, mais pas de vivre éternellement. - Vous avez signé un pacte avec le diable, comme le docteur Faust ? lança le présentateur, pensant le coincer. - Non, j’ai simplement étudié, énormément étudié… - Et vous avez fait une découverte essentielle au sujet du processus de vieillissement humain, je suppose ? - Vous me permettrez de rester discret sur la question, elle est beaucoup trop grave. Et puis, après tout, croyez-vous que mon sort soit à envier ? Tous mes amis sont morts depuis bien longtemps et la vie moderne m’insupporte tout particulièrement. Jingle. Page de publicité. Quelque part dans la capitale, Marc-Antoine de Charlus, obscur avocat au barreau de Paris, est vautré devant son poste de télévision. Pour couper le son, il appuie sur une touche de la télécommande, reste un bon moment songeur puis attrape son portable pour appeler son vieux copain journaliste free-lance, Arsène Furet. Il faut absolument le mettre sur le coup avec son acolyte le papparazzo Jacques dit « Coco » Tardif. Charlus est certain qu’ils tiennent là un scoop aussi formidable que rémunérateur. Il suffit qu’ils arrivent avant que Dorian Evergreen ne quitte les studios du « Hameau de la Communication  » d’où l’émission est diffusée en direct, le filent discrètement et l’affaire est dans le sac. - Pas de problème, Charlus, lui répond-il. C’est comme si c’était tiaf « Les Coulisses de l'Etrange  » se terminèrent dans la confusion la plus totale. Il fut vaguement question d’un élixir et d’un caisson hyperbare, puis sans transition, on passa à la séquence suivante avec une sorte de fakir qui utilisait de grandes aiguilles pour se transpercer les joues et la langue. Finalement l’émission se termina par le numéro d’un contorsionniste qui peina à s’insérer dans une minuscule cage de verre. Il était temps d’éteindre le poste et d’aller se coucher.
Le lendemain matin, tous les médias, presse, radio et télé ne parlaient plus que d’Evergreen. « Escroc ou immortel ? » titrait un journal. « Jusqu’où peut bien aller la télé-réalité ?  » se scandalisait un autre, plus intellectuel. Les « Echos de la Plaine » se fendaient d’un magnifique article du Furet intitulé : « Quand la télé se moque du monde ». Après un court résumé de l’émission de la veille, le lecteur pouvait pénétrer plus avant dans l’intimité de l’étrange personnage. Il apprenait qu’il vivait dans un petit pavillon de banlieue, à Montreuil, sans chauffage ni électricité mais avec une vingtaine de chats. Chez lui, aucun appareil moderne, ni ordinateur, ni radio, ni télévision, pas même quelconque un réfrigérateur. Le mobilier datait d’un siècle ou plus et son propriétaire n’aimait rien tant que se vêtir comme s’il était encore sous Napoléon III, jouer du piano et monter à cheval. Charlus referma le journal en se disant que ses amis lui devaient une fière chandelle. Du jour au lendemain, le bonhomme était devenu une vedette des médias. Il se répandit dans de nombreuses autres émissions de télé ou de radios, sans jamais rien révéler de plus sur son secret. Jusqu’au jour où éclata le scandale de l’élixir de longue vie. Une publicité fut éditée dans les journaux télé avec la photo d’Evergreen et un slogan : « Doublez ou triplez votre durée de vie en prenant chaque jour trois cuillerées à soupe de notre élixir !  ». La bouteille était facturée la bagatelle de 50 dolros avec un certificat de garantie orné de la signature du charlatan de la télé. Bien entendu, il s’en vendit des centaines peut-être même des milliers, tant la crédulité humaine est grande et son désir de jouissance insatiable. L’ennui, c’est qu’un petit vieillard en fit une cure et décéda au bout de trois semaines. La famille porta plainte pour escroquerie et abus de faiblesse. Sans enquête préliminaire vraiment sérieuse, le juge d’instruction plaça Evergreen en détention provisoire et c’est là que maître Charlus intervint. Sa défense fut des plus simples : Evergreen n’était pour rien dans la vente de cet élixir. Elle ne lui avait rien rapporté. Un autre escroc s’était servi de son nom et de son image pour vendre sa potion à des naïfs. Une rapide enquête permit d’ailleurs de découvrir qu’Evergreen n’avait pas menti. L’élixir, qui, après analyse, se révéla n’être qu’un simple distillat de menthe, thym et verveine, était fabriqué en Chine
et exporté par une société anonyme basée aux îles Caïmans. Il ne fut guère difficile à l’avocat d’obtenir la relaxe de son client. Mais le mystère restait entier. Quel était le secret de cet homme ? Avait-il vraiment vécu aussi longtemps ? Comment cela était-il possible ? Evergreen invita plusieurs fois Charlus à Montreuil pour des dîners aux chandelles. Il réussissait fort bien des recettes un peu désuètes sur son antique cuisinière à bois… Selon lui, il devait sa longévité à une hygiène de vie très stricte. Il se disait végétarien comme les pythagoriciens et les yogis, commençait toutes ses journées par un jus d’herbe de blé ou d’orge, (le vrai élixir ?), pratiquait l’oxygénation, le yoga et la méditation. Il avait été initié à toutes ces techniques par de grands sages hindouistes et avait l’air de s’en porter fort bien. Il ne se déclarait pas immortel, mais plutôt d’une longévité exceptionnelle. -Et puis, j’ai eu d’illustres prédécesseurs : Cagliostro, Joseph Balsamo ou le comte de Saint-Germain… -Ainsi qu’ « Highlander » au cinéma, mais tout cela ce n’est que de la fiction… Vingt ans passèrent. Un soir, Evergreen, sur lequel le temps semblait n’avoir nulle prise, appela son avocat au téléphone. Ce dernier ne reconnut pas sa voix. C’était celle d’un grand malade, d’une sorte d’agonisant. Il se précipita à Montreuil pour se trouver face à un individu ridé, courbé en deux, amaigri, amoindri. Il était devenu totalement méconnaissable. - C’est la fin, Charlus, lui dit-il. Je n’en ai plus pour bien longtemps. Une violente quinte de toux s’empara de lui. Il se laissa tomber dans un fauteuil et s’éteignit très vite dans un dernier spasme. Evergreen n’était donc pas immortel, mais avait-il vraiment vécu aussi longtemps qu’il l’avait prétendu ? Sans doute allait-il emporter son secret dans la tombe ? Charlus en était là de ses réflexions quand, se tournant vers le fauteuil, il eut la stupéfaction de ne retrouver à la place de son cadavre, qu’un tout petit tas de cendres… Quinze jours plus tard, un certain Ettore Pozzo Longo apparaissait dans une émission de la RAI. Il déclarait avoir été au camp du Drap d’or avec Charles-Quint et au pont d’Arcole parmi les impériaux bousculés par Bonaparte. Le plus étrange c’est qu’il
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