L'Inconnu de la Saint Blaise

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Comme tous les ans à la Saint-Blaise, le Pétassou, figure emblématique du village, traverse les rues avec à sa suite des enfants rieurs prêts à crever la vessie de porc gonflée sur son dos. Mais, cette année, la fête va tourner court. Le Pétassou est retrouvé mort. Sylvestre, le fils de l’adjoint au maire, qui devait revêtir le costume cousu par Marie, la fille du maire, a fui le village en compagnie de sa belle. Et, sous le costume, on découvre le corps d’un inconnu. Qui est-il ? Qu’est-ce qui a poussé les deux amoureux à dissimuler leur fuite ? Le maire et son adjoint enquêtent…


À la fois illustrateur et écrivain, Alain Delage s’investit tout particulièrement dans la vie culturelle et associative de sa région. Ce passionné d’Histoire, natif de l’Hérault, a déjà publié sept ouvrages à vocation patrimoniale depuis 2001 ; Les Secrets de Fontvives est son premier roman.
Publié le : samedi 19 septembre 2015
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EAN13 : 9782812913563
Nombre de pages : 272
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À la fois illustrateur et écrivain, Alain Delages’investit tout particulièrement dans la vie culturelle et associative de sa région. Ce passionné d’histoire, natif de l’Hérault, a déjà publié sept ouvrages à vocation patrimoniale depuis 2001 ; L’Inconnu de la Saint-Blaise est son deuxième roman.

LINCONNU
DE LA SAINT-BLAISE

Du même auteur

 

Aux éditions De Borée

 

Les Secrets de Fontvives

 

Autres éditeurs

 

Ainsi font les Fonsois…

Éclats de larmes

Gajan en Gardonnenque

Le Canton de Saint-Mamert-du-Gard

Les Pays gardois en 200 questions

Nîmes de A à Z

Nîmes, regards croisés

 

alain.delage9@sfr.fr

 

En application de la loi du 11 mars 1957,
il est interdit de reproduire intégralement ou partiellement
le présent ouvrage sans autorisation de l’éditeur ou du Centre français
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© img, 2014

ALAIN DELAGE

LINCONNU
DE LA SAINT-BLAISE

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À Chantal, mon épouse,
pour son soutien de tous les instants.

 

À Régis Valgalier,
inconditionnel de l’histoire de Trèves,
pour son aide très précieuse.

 

Avertissement de l’auteur

Ce livre est un roman.

Comme son nom l’indique et selon la définition du PetitLarousse, c’est une « œuvre d’imagination, un récit en prose d’aventures inventées ou transformées, que l’auteur a combinées pour intéresser le lecteur. »

N’essayez pas de trouver, dans des documents de l’époque, tel ou tel personnage. Ils sont, comme les faits et le déroulement des événements, une pure fiction imaginée par votre serviteur… sauf une seule créature que vous ne tarderez pas à découvrir.

Quant aux décors ou références historiques, eux sont réels et le village de Trèves existe bel et bien, dans le nord-ouest du département du Gard, sur les Causses, à la limite de l’Aveyron. Vous n’avez plus qu’à tourner la page pour le découvrir…

 

Alain Delage

I

Le conseil municipal

Trèves (Gard) – vendredi 1er février 1884 – soirée.

 

« PUISQUE NOUS SOMMES AU COMPLET, le premier conseil municipal de l’an de grâce 1884 peut être ouvert. Qu’on se le dise ! »

Comme à son habitude, Léonard Vernhet1, maire de Trèves – petite localité située entre le causse Bégon et le Causse noir, à la limite du Gard et de l’Aveyron –, avait ouvert cette séance de l’assemblée communale avec une certaine solennité et des mots choisis. Les conseillers municipaux s’y étaient habitués.

Depuis les dernières élections municipales et son accession au pouvoir suprême local, il prenait de grands airs. Toutes les assemblées débutaient et étaient clôturées par des phrases pompeuses, alambiquées, d’un autre âge.

Certains ne manquaient pas de sourire, voire de rire, à chaque fois, mais cela ne changeait rien. D’autres attendaient qu’il ait terminé sa mise en scène. Tous avaient l’impression d’assister à une représentation théâtrale dont l’acteur principal était leur premier magistrat.

« Mais il manque Pierre, de la Mouline. »

C’était le premier adjoint, Hubert Biou, qui venait de prendre la parole, sans qu’on la lui donne. Bien qu’en accord avec Léonard, sur le fond, il ne manquait pas de faire remarquer ses différences sur la forme. Brave homme trapu, au regard clair de ceux qui ont une vision saine et honnête des choses, il n’avait jamais voulu se présenter à la fonction de maire. Malgré ses trois mandats successifs dans l’ombre immédiate du maire précédent, il avait refusé la place d’honneur que les autres conseillers lui proposaient. Il ne se sentait pas capable d’exercer cette tâche alors qu’il connaissait mieux que personne tous les dossiers depuis près de vingt ans. Issu d’une très vieille famille trévezaise2, la modestie de celui que tous appelaient affectueusement « Bébert » était très appréciée sur les bords du Trévezel3.

Beaucoup d’habitants préféraient parler de leurs affaires avec lui plutôt qu’avec Léonard, jugé plus austère et beaucoup moins réceptif ou accessible à leurs préoccupations.

« Il s’est fait excuser, il a une vache qui a quelques problèmes de vêlage et il a préféré ne pas la laisser seule pour l’instant. »

Celui qui venait d’intervenir n’était autre que l’instituteur, Mathieu Reboul, dont c’était la première affectation.

Il n’était pas conseiller municipal mais assurait, comme bon nombre de ses collègues, le secrétariat de la mairie et la rédaction des comptes rendus des séances du conseil municipal. Cela lui permettait d’augmenter ses appointements.

C’était d’ailleurs entre les murs de sa salle de classe, située au premier étage du bâtiment communal4, qu’avaient lieu les réunions en hiver. En effet, celle du rez-de-chaussée, affectée officiellement à la mairie, n’étant pas chauffée, les élus « s’exilaient », durant la mauvaise saison, de préférence dans la pièce occupée par l’enseignant assurant le poste de secrétaire. Au cas présent celle des garçons.

Dès que les élèves avaient quitté leurs bancs, en fin d’après-midi, les dix élus de la commune prenaient leur place. Cela permettait de profiter de la chaleur du poêle entretenu toute la journée par les enfants.

Afin de ne pas prendre du bois dans la réserve de combustible, alimentée par l’apport journalier d’une bûche par chaque enfant, il avait été décidé que leurs aînés feraient de même.

Il était amusant de voir les élus se rendre à la convocation du maire avec un rondin de bois sous le bras. Tout le monde trouvait cette contrainte tout à fait normale sauf, bien sûr, Léonard. Il pensait que sa condition méritait mieux que cela, qu’il n’était pas l’égal des élèves et il avait beaucoup de mal à s’appliquer à lui même ce qui était imposé aux autres depuis des années. Il estimait qu’il devait tenir son rang.

Pour les différentes réunions successives qui avaient siégé dans cette salle depuis que l’école existait, cette pratique était rentrée dans les mœurs. Dès que le poêle à bois était allumé, chacun fournissait sa bûche.

Léonard s’ingéniait à chercher des excuses pour ne pas participer à cet effort commun. Hubert le lui faisait remarquer avec le maximum de tact, d’autant que cette contrainte ne s’appliquait qu’à la saison froide et donc ne concernait que trois, voire quatre séances seulement par an. Rien n’y faisait, le maire se croyait au-dessus des partis.

Ce soir-là, pourtant, il avait fourni sa contribution. Peut-être avait-il eu peur qu’au moment de présenter ses vœux on ne lui rétorque que le premier à formuler devrait être le respect des habitudes locales.

Ce ne fut pas le cas et la séance débuta avec le premier dossier.

Léonard reprit la parole :

« La première affaire que nous devons débattre a déjà été évoquée, mais on n’a pas encore trouvé de solution jusqu’à aujourd’hui. Émeline Vidal se plaint que sa maison est hantée. Dès la nuit tombée, elle prétend entendre des bruits de chaînes dans toute la bâtisse. Son sommeil est perturbé par des bruits épisodiques mais bien distincts et ce n’est que lorsque le jour est levé qu’elle retrouve le calme dans sa demeure.

– Elle ne touche pas trop à la bouteille, lors de son repas du soir, par hasard ? questionna un des conseillers. Si je me souviens bien, ce n’est qu’à la saison froide qu’elle entend ce genre de bruits, non ? Déjà l’hiver dernier elle en avait parlé. Alors une petite goutte avant d’aller se coucher permet de se réchauffer l’intérieur.

– Effectivement, en été, elle n’évoque pas ces désagréments et je ne la vois venir se lamenter qu’aux premières gelées », poursuivit le premier magistrat afin de couper court à la dernière intervention qu’il trouvait un peu déplacée vu l’âge avancé de la plaignante.

C’était d’ailleurs son âge qui la faisait réagir de manière beaucoup plus insistante. Un rien la déstabilisait et elle se faisait un monde de peu de chose alors que, quelques années auparavant, elle aurait pris le même événement de manière beaucoup plus philosophique et détachée.

« Il se peut que ce soit un fantôme frileux, argumenta un autre conseiller en éclatant de rire. »

Tout le monde s’associa à cette remarque et l’ambiance tourna en quelques secondes à l’anarchie. Chacun y allait de son bon mot, discutant avec son voisin ou apostrophant un interlocuteur sur le banc d’à côté.

« Un peu de calme, reprit Léonard en tapant du plat de la main sur son bureau d’écolier, je veux bien croire que c’est très désagréable pour elle et qu’il est normal qu’elle vienne m’en parler. Elle vit seule et vous savez que, dans ces cas-là, il est très difficile de prendre sur soi certaines situations et surtout si celle-ci est d’ordre surnaturel, du moins c’est ce qu’elle croit.

– Peut-être, mais je pense que vous n’avez pas été élu pour vous occuper des esprits malfaisants ou bienveillants, mais pour diriger les affaires de la commune. »

L’instituteur venait de s’immiscer dans le débat alors qu’il n’y avait pas été invité et cela déplut au maire.

« Monsieur l’instituteur, sachez que vous ne faites pas partie de cette assemblée et que, si nous avons besoin d’un conseil, nous vous le demanderons bien volontiers en temps utile, mais veuillez ne pas en prendre l’initiative. Je vous demande donc de bien vouloir ne pas interrompre nos débats et de reprendre votre plume pour noter les éléments qui vous serviront à rédiger le compte rendu de cette réunion. J’espère que vous m’avez bien compris. »

La manière dont Mathieu Reboul baissa la tête vers sa feuille montra qu’il avait reçu l’observation qui venait de lui être faite.

Sa jeunesse le rendait fougueux et imprévisible. Il ne pouvait pas s’empêcher de donner son avis même lorsqu’il n’était pas interpellé.

« Ceci étant dit, nous allons poursuivre notre conseil. Où en étais-je ?

– Au fantôme d’Émeline…

– Oui, si vous voulez, au fantôme d’Émeline. Donc, que pensez-vous de tout cela et que puis-je faire pour la tranquilliser ?

– Moi, je pense que l’on devrait faire une veillée de magie noire et passer une soirée à faire tourner les tables, chez elle.

Comme ça, on connaîtrait l’identité de son bruyant colocataire. On saurait ainsi ce qui lui ferait plaisir pour qu’il lui foute la paix, reprit un conseiller.

– Et si c’était l’un de ses nombreux galants qui vient lui tirer les pieds, la nuit tombée, dit un autre.

– Ben là, on n’est pas sortis de l’auberge, car elle en a eu des aventures, dans sa jeunesse, soupira un troisième.

– Et pas que dans sa jeunesse, je te l’assure », murmura un quatrième dans l’oreille de son voisin.

Les rictus moqueurs des différents membres du conseil municipal commençaient à virer au rire. Tout le monde connaissait la réputation sulfureuse de cette veuve, ancienne tenancière d’une taverne réputée du bas pays.

– Ne pensez-vous pas que l’on devrait en parler avec le capélan5. Il s’y connaît dans tout ce qui touche au surnaturel. En plus, il aura les mots qu’il faut pour rassurer une de ses plus vieilles bigotes, car elle en passe du temps à l’église.

– Mais elle va nous le dévergonder. Si elle passe une seule nuit à chasser le revenant, en tête à tête avec lui, on risque de le voir ressortir le sourire aux lèvres et d’ici à ce que le fantôme participe à leurs ébats pour une…

– Il est peu respectueux de parler ainsi d’une dame de cet âge, essaya Léonard pour apaiser les propos.

– Peut-être ! Vous avez raison, mais ce que l’on vous dit, c’est la vérité. Allez demander aux buissons du Trévezel, ils pourront vous raconter ses premiers ébats amoureux, au bord de la rivière. Vous n’étiez pas encore au village, et encore moins maire, qu’elle avait déjà cette réputation.

– Ce n’est pas le sujet de notre discussion. Il faut l’aider à retrouver la sérénité que son âge avancé lui doit. J’en parlerai au père Ollier et nous irons lui rendre visite dès demain pour l’apaiser. À tous les deux, nous trouverons les mots justes.

– C’est vrai qu’à deux ça sera mieux. Elle sera vraiment… rassurée et au cas où il y aurait une défaillance de l’un, l’autre pourra assumer.

– Cela dégénère ! » conclut le maire en tapant, une nouvelle fois, du plat de la main sur la table.

Petit à petit, le silence était revenu dans les débats et Léonard pensa qu’il valait mieux en rester là plutôt que de passer encore de longues minutes à écouter les balivernes de ses conseillers.

« Passons à la deuxième affaire. Il nous faut décider du prix des concessions du cimetière. Certaines viennent de se libérer, dans le nouveau cimetière, et il faut les remettre en vente.

– Pourquoi ? Les morts sont partis ?

– Bien sûr que non, mais celles qui ne sont plus entretenues ou dont il n’existe plus de descendants peuvent être reprises.

– Et les morts, qu’est-ce qu’ils en pensent ? questionna le plus jeune des conseillers.

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