La dernière Pluie

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La grande histoire d’amour d’Aline n’était qu’un tissu de mensonges !

Qu’à cela ne tienne, Aline plaque tout : son boulot et la France. Destination : l’Afrique pour se ressourcer et enquêter sur la disparition de l’énigmatique Raphaëlle, belle- soeur de son amie Valérie. Elle découvre un continent fascinant à l’atmosphère et aux coutumes singulières où magie et sorcellerie imprègnent le quotidien. De nombreux personnages ont croisé la route de Raphaëlle… Parmi eux, le Premier ministre, homme puissant et craint, à la trouble séduction. Aline pourra-t-elle poursuivre sa quête ? Saura-t-elle résister au pouvoir d’envoûtement d’un homme et de son pays ?


Écrivain public et autobiographe, Catherine Hervoüet des Forges a fait de sa passion - l’écriture - un métier. Femme engagée, elle nous offre ici un portrait sensible et véridique d’un pays qu’elle connaît bien.
Publié le : dimanche 1 septembre 2013
Lecture(s) : 73
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782812913518
Nombre de pages : 194
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LADERNIÈREPLUIE
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© , 2013 Dépôt légal : septembre 2013
CATHERINEHERVOÜET DESFORGES
LADERNIÈREPLUIE
Remerciements
À Gilbert, ami d’une vie, sans qui ce livre n’aurait jamais été écrit, et à sa famille. À Tassane, troQ tôt disQaru, Qour sa générosité, sa Qatience et son aide. À ma chère Adjara. À mon cher Kossi. À Catherine et Wisdom, Matthieu et Guillaume. À Kokou Mathem A. À Christiane Tchotcho E. À Bernard, Qour sa foi en mes écrits et son soutien. À Nicolas, Qour ses relectures et ses conseils avisés. À tous ceux que je ne cite Qas, amis de longue date, amis d’un jour, d’une rencontre ou d’un regard, mais qui restent dans mon cœur. Merci à ma famille Qour son indéfectible amour.
Toute ressemplance avec des Personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.
1
Une bouffée d’air étouffante et suintante d’humidité l’accueillit en haut de la passerelle. Son sac de cabine à la main, Aline descendit lentement les marches métalliques, prenant garde de ne pas s’empêtrer dans sa jupe longue. Elle était parmi les derniers. Les passagers s’éloignaient devant elle par petits groupes vers l’aérogare. L’anxiété éprouvée pendant tout le vol s’était muée quelques minutes plus tôt en un sentiment de panique, au moment où l’avion perdait de l’altitude et amorçait sa boucle pour l’atterrissage. Elle n’avait rien vu du Sahara pendant ce vol de nuit qui avait été uniformément obscur dès le survol de la Méditerranée. Les heures s’étaient succédé dans l’habitacle qui traçait sa route monotone à dix mille mètres d’altitude. Quelques loupiotes espacées étaient enfin apparues sous les ailes. Non ! Ça n’allait pas être là ? Aline se rassura en se disant qu’il y avait forcément quelque part, en dessous, comme dans toutes les capitales, une piste d’atterrissage balisée de lumières. Les Européens, ses voisins de siège, vivaient bien là, dans les étendues invisibles sous le ventre de l’avion, ou allaient y rejoindre des parents, des amis. C’était donc habitable. Elle posa les pieds sur le tarmac avec un sentiment d’irréalité totale. Les formalités lui parurent interminables. L’angoisse serrait sa gorge. « Dans quel cauchemar suis-je venue me fourrer ? » Dans la petite foule qui se pressait au guichet de la police, sans doute était-elle la seule que personne n’attendait. Qu’allait-elle trouver ? Et si quelque chose n’allait pas dans ses papiers ? Comme s’il avait saisi ses pensées, le policier la dévisagea, comparant attentivement son visage à la photo. Puis il lui rendit son passeport, à regret. Elle se dirigea vers l’étape suivante, la récupération et la fouille de sa valise. Il était six heures trente lorsqu’enfin elle monta à bord d’un taxi déglingué. Le jour hésitait, gris et fatigué d’un combat toujours recommencé contre l’épaisseur moite de la nuit. Elle donna au chauffeur de taxi les éléments qu’elle possédait pour trouver l’hôtel Mawuena. L’homme eut l’air contrarié ; il alla voir un autre chauffeur de taxi, qui en appela un troisième et, après une courte palabre, se remettant au volant, il démarra sans commentaire. De chaque côté de la voiture qui fonçait vers le centre-ville avançait une foule indistincte. On y apercevait des femmes portant sur la tête des bassines remplies de régimes de bananes dressées, d’épis de maïs ou de denrées imprécises. Dans le creux de leurs reins, empaqueté, un enfant à la tête ballottante. Les baraques qui tenaient lieu de magasins se dissolvaient encore dans la pénombre. Un gros fil téléphonique noir pendait languissamment de poteau en poteau tout au long de la rue. Grossièrement équarris, les mâts se souvenaient de la proche forêt. Le monde attendait le lever du soleil qui révélerait ses formes. « Comment peut-on vivre là, dans ce décor ? » se demandait Aline consternée, osant à peine regarder par la vitre. Le véhicule s’éloignait de ce qui lui avait brièvement paru être le centre de la ville. Mais le jour, dans un suprême effort, dissipait l’heure douteuse. Les rayons du soleil, libérés, faisaient jaillir la vie, en galbaient les volumes dans un chatoiement de couleurs et de sonorités. Un autre monde apparaissait. Aline comprit qu’ils arrivaient à destination lorsque, se penchant par la fenêtre de sa portière, le chauffeur stoppa pour s’adresser en dialecte à un passant puis redémarra, tourna à l’angle de la rue avant de s’immobiliser sèchement devant la façade de l’hôtel. Le pourboire lui défroissa à peine les traits. L’hôtelMawuenane possédait qu’un étage. Sa façade naguère jaune orangé avait pris depuis longtemps la couleur indéfinissable de la plupart des constructions en dur, avec ses volets de bois à persiennes d’un gris délavé. Une entrée en plein cintre flanquée de deux colonnes maculées par l’essuyage de nombreuses mains conférait à l’établissement sa respectabilité. Deux marches donnaient accès au salon de l’hôtel, meublé de quelques
fauteuils recouverts d’un vichy rose amorti, tandis que le sol de ciment rouge, au lissé inégal, suggérait la fraîcheur au sein des heures chaudes. Une table basse et quelques petits guéridons au pied sculpté dans un bois lourd apportaient une note de confort local. Les murs, dans la pénombre, paraissaient clairs, revêtus d’un crépi. Dans un angle, un haut tam-tam aux formes effilées complétait le décor, tandis qu’un tissage aux dessins noirs stylisés sur fond blanc s’étirait sur tout un pan de mur. Ce mur séparait le salon de l’intérieur de la maison et rejoignait le plafond par deux rangées de claustras, ouvertures qui invitaient d’hypothétiques courants d’air à passer d’une pièce à l’autre. Une porte grand ouverte, masquée par un rideau de pagne flottant, laissait apercevoir un couloir sombre qui rejoignait une cour jardin un peu négligée dans un écrin violet de bougainvillées. Là se trouvait une petite terrasse ombragée d’un akpatam, ce toit de paille typique des pays chauds, dont le poids reposait sur quelques poteaux de teck brut. Il abritait cinq tables avec leurs chaises, ouvrages d’un menuisier du quartier. Aline trouva une petite fille occupée à balayer le salon. Malgré la fatigue du voyage et son cœur serré, elle s’adressa à elle d’une voix enjouée pour lui demander, en parlant simplement et en articulant bien : – Bonjour ! L’enfant s’immobilisa, saisie d’étonnement. – Bonjour madame, répondit-elle avec application. – Est-ce que je peux habiter ici ? Il y a de la place ? La fillette avait-elle compris ? Elle posa le balai de cocotier contre le mur et disparut en courant dans les profondeurs de la maison. Bientôt, la patronne, robuste femme d’une quarantaine d’années, écarta le rideau, émergeant de la pénombre : – Oh ! madame !… s’exclama-t-elle, le souffle coupé, en la voyant avec sa valise au milieu du salon. Vous voulez rester ici ? Puis, devant le signe de tête d’Aline, elle déclara : – Je vais vous donner la chambre deux. Dedans, il y a un ouécé… Venez, on va monter. Elle s’empara de la valise, visiblement partagée entre l’émotion, la fierté et la crainte qu’inspirait la responsabilité de prendre une Blanche sous son toit. Aline la suivit dans un escalier bétonné qui s’ouvrait à droite dans le couloir. Il débouchait sur un corridor qui faisait la longueur de la maison, jusqu’au pignon éclairé sur toute sa hauteur par des claustras de brique rougeâtre. Il en filtrait une lumière atténuée qui éclairait à peine. La patronne appuya sur un gros interrupteur rond et une ampoule répandit au plafond sa lumière jaune. De chaque côté, des portes. Il pouvait y en avoir en tout une dizaine. Derrière la plupart d’entre elles, sur fond de radio – apparemment c’étaient les informations –, les occupants devaient s’habiller. Il régnait un mélange d’odeurs insolites où dominaient, pareillement âcres, celles de la sueur et de la fumée. Un picotement immédiat à la gorge la fit tousser. Son hôtesse, devant elle, se retourna et s’exclama : – Madame… On va mettre du sent-bon ! Elle tourna une clef extraite du coin de son pagne dans la serrure de la dernière porte et la précéda dans une pièce d’environ vingt mètres carrés plongée dans la pénombre. Faisant résonner un plancher sous ses pas, elle alla droit à la fenêtre sans vitres ni huisseries dont elle ouvrit les volets. La lumière inonda la chambre. Elle était meublée d’un lit à deux places pourvu d’une moustiquaire. Une petite table et une chaise complétaient le mobilier. Aline vit tout de suite la cuvette de céramique rose et son réservoir, auquel manquait le dessus. Chose curieuse, au lieu d’être adossée à un mur, l’installation sanitaire trônait dans un espace qui aurait pu être utilisé pour un coin salon. Une ficelle tendue d’un mur à l’autre soutenait un rideau de coton léger à pois bleus qui, lorsqu’il était tiré, ne devait guère mesurer plus d’un mètre cinquante de long.
– Là, madame, confirma la patronne, vous pouvez tirer le rideau devant le ouécé. Et là, ajouta-t-elle en désignant la partie libre de la ficelle, vous mettez vos vêtements. Il n’y avait pas de cintres. Ni d’armoire. Les vêtements devaient se déposer à cheval sur la ficelle. La présentation matérielle étant faite, la femme lui demanda : – Madame, vous resterez combien de temps ? – Je ne sais pas encore… Un petit moment, je pense. Le « petit moment » évoqua-t-il une plage de temps quelconque dans l’esprit de son interlocutrice ? Habituée sans doute à composer au jour le jour avec les surprises et difficultés de l’existence, elle s’en accommoda. – Alors, conclut-elle, bonne installation. On va vous monter un seau d’eau. Si vous avez besoin de quelque chose, vous me demandez, ou aux servantes, je vais les prévenir. Un seau d’eau ? Une fois seule, Aline contempla, la tête un peu vide, sa valise et son nouvel univers. Elle s’approcha du sanitaire. La tige de la tirette s’élevait droit du fond du réservoir, tel un fer à béton dans un bâtiment inachevé. Le réservoir était vide. L’eau ! Évidemment ! Il n’y avait pas d’eau.
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