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LA TRAPPE
Nouvelle
M.I.A
© M.I.A, juillet 2012. Tous droits réservés. Éditions Hélène Jacob, septembre 2012. CollectionThrillers. ISBN : 979-10-91325-07-3
La trappe est parfaitement lisse. Je comprends mieux pourquoi ils m’ont demandé de retirer mes chaussures. Sur ce genre de métal brossé, les chaussettes glissent sans problème ; un peu trop, même. Le moment venu, rien ne viendra gâcher ma chute et je leur offrirai un joli spectacle. Mais il reste encore sept minutes avant l’heure prévue et j’essaye de rester concentré sur la position de mes pieds, qui ont tendance à vouloir s’éloigner l’un de l’autre. La tension, sans doute, qui me fait suer et qui rend mes chaussettes un peu humides, ce qui est diablement vexant. Car il ne manquerait plus que je me casse la gueule avant l’heure. Ça foutrait tout le protocole en l’air et ils semblent sacrément y tenir. Pour que le Gardien me laisse tranquille, je fais donc gaffe à garder les pieds bien alignés de part et d’autre de la ligne rouge et à ne pas bouger un orteil. Ma chaussette gauche a un trou sur le dessus, près du pouce. J’aurais dû penser à ce genre de détail avant de quitter ma cellule et demander une paire de rechange. Même quand il est dans ma situation, un homme a bien le droit à un peu de fierté personnelle, après tout. Maintenant, c’est trop tard et ça va m’ennuyer jusqu’au dernier moment. Inutile que j’en parle à l’homme debout derrière moi, il ne me répondra pas. Une fois qu’on est sur la trappe, on n’a plus le droit de lui adresser la parole, sauf pour la dernière question rituelle. Sept minutes, bientôt six. L’horloge murale accomplit consciencieusement son travail. On pourrait croire que rester debout sans moufter pour quelques poignées de secondes supplémentaires n’est pas bien compliqué… eh bien, si vous le pensez, je vous invite à venir prendre ma place. Parce que le problème, avec la trappe, ce n’est pas seulement qu’elle finisse par s’ouvrir… c’est que ça fait déjà presque une heure que je suis dessus avec une corde autour du cou…
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1 – LA BANQUE
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Tout est parti de travers dès le braquage de la banque. Cinq semaines de préparation pour perdre trois membres en moins d’une heure, moi j’appelle ça un fiasco, même si Ricky a insisté pour qu’on parle juste de « problème ». Ricky était un crétin. Vingt ans à peine, un air de gros dur qui ne trompait personne et une tendance peu convaincante à vouloir se la jouer « vrai professionnel ». Le « problème », comme il aurait sans doute aimé le dire lui-même, c’est que Ricky n’est justement plus là pour en parler, puisqu’il est mort. Pas à la banque, mais quelques jours plus tard, quand on a voulu récupérer ceux qu’on avait perdus pendant le braquage et que le fiasco s’est transformé en désastre total. Non, je dis une connerie… Ricky nous a quittés pendant l’épisode du fourgon, c’est Orson qui y est passé avant lui. Voilà que je m’embrouille… Je pensais pouvoir rester calme jusqu’au bout, mais la trappe me fait le même effet qu’à n’importe quelle autre personne qui serait à ma place. Je suis à deux doigts de me pisser dessus. Si je mets de l’ordre dans ma tête, ça m’aidera à tenir jusqu’à la fin. Peut-être aussi que ça m’évitera de regarder l’horloge qui a l’air de se foutre de moi. Il suffit que je reste concentré et que je reparte bien du début. Pour la banque, nous étions huit, dont deux nanas qui n’avaient rien à faire là, si vous voulez mon avis. Lana, une brune incendiaire aux yeux pas commodes, dont la seule expérience criminelle avait été de partir avec la caisse de son patron et de se faire pincer, et Sally, un petit ange blond au ventre rebondi, qui ne payait plus son loyer depuis des lustres et bouffait dans les poubelles. Sally était enceinte. Ça vous montre à quel point cent millions peuvent motiver les braqueurs les plus improbables. Elles sont mortes elles aussi, à présent. Je suis le dernier à y passer. L’organisation générale du braquage, nous l’avons confiée à Karl, un type qui m’a tout de suite été antipathique mais qui avait de la suite dans les idées, il faut bien le reconnaître. Disons que c’était le moins mauvais de nous tous pour monter un plan valable. Le genre à arnaquer ses petits camarades dès l’école primaire, en leur revendant les billes qu’il venait de leur voler. Je pense aussi que c’était le plus gros salaud de la bande, même en comptant Lucas, qui était pourtant une sacrée pourriture. La preuve, c’est que Karl a réussi à durer un peu plus longtemps… mais moins que moi, ce qui fait que je me pose cette question : est-ce que je ne suis pas le pire de tous, finalement ? Ce qui est sûr, c’est que j’aimais bien le vieil Orson, un barbu ridé qui avait l’air d’être revenu absolument de tout, y compris de sa propre vie. Lui et moi avions de longues conversations silencieuses très agréables. Je n’ai jamais réussi à seulement savoir ce qu’il
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faisait avant qu’on se retrouve tous dans ce bourbier. Je me dis que ça n’a plus grande importance à présent. Il ne reste que moi et ce foutu trou dans ma chaussette qui me fait horriblement honte. Merde, voilà que ça me reprend… La banque que nous avons choisie, parmi les huit agences WSB de la ville, était une petite bâtisse grise, dont la laideur extérieure ne reflétait pas du tout ce qu’elle avait dans le ventre. Nous aurions pu en trouver une plus prestigieuse, mais celle-là était censée être la moins sophistiquée, au niveau surveillance. Enfin, on a surtout fait confiance à Karl sur ce coup-là, vu qu’aucun de nous ne savait trop dans quoi il allait mettre les pieds. Par la suite, on m’a d’ailleurs demandé pourquoi j’avais accepté de me lancer dans un truc pareil, alors que ma seule vraie compétence était le vol de voitures et que ça commençait à dater. Que voulez-vous que je vous dise ? L’idée m’avait juste semblé bonne sur le moment, comme ça a dû être le cas pour les autres. C’est un peu comme demander à un neurochirurgien pourquoi il s’est improvisé cardiologue dans un moment de désespoir. Il a forcément une raison de croire qu’il peut sauter le pas, même si elle vous échappe. Mais je reconnais que je n’avais aucune idée de la tournure que prendraient les événements. Je ne
savais surtout pas à quel point je serais mauvais avec un flingue. Les armes étaient censées impressionner les âmes sensibles, c’est tout. Il n’était pas du tout prévu qu’on les utilise et il n’y avait que Tony et Orson qui semblaient vraiment savoir ce qu’ils devaient en faire. Tony avait été champion de tir dans son bled natal et Orson avait peut-être participé à la dernière guerre, pour ce que j’en sais. Karl était bon lanceur de couteaux, lui. Il faisait des tours pour impressionner les filles, les premiers temps. Genre « je touche une pomme à dix mètres les yeux bandés ». Un salaud et un frimeur en prime… Lucas était juste bon pour cogner et il adorait broyer les phalanges de Ricky à chaque fois que l’occasion se présentait, comme pour lui rappeler qui était le vrai dur, entre eux deux. Il faut dire que le CV criminel de Ricky se résumait officiellement à un incendie volontaire. Face aux quatorze types que l’autre avait étendus dans un bar, un soir de rixe, ça ne pesait pas très lourd. Mais j’ai toujours eu l’espoir secret que Lucas se réveillerait une nuit avec le cul en feu. Malheureusement, je n’ai jamais eu ce plaisir. Enfin, tout ça pour dire que sur le plan des flingues, nous étions mal barrés. Heureusement, Lana était sacrément douée pour battre des cils quand ça devenait nécessaire et Sally était bonne comédienne. Karl a donc décidé de nous concocter – je le cite – un plan de type « psychologique » plutôt « qu’agressif ». Quand je pense au résultat, je me demande s’il n’aurait pas mieux valu choisir directement la deuxième option.
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Derrière moi, je peux entendre la légère respiration du Gardien. Je l’avais presque oublié, celui-là, tellement il est discret. En presque une heure, il ne s’est même pas raclé la gorge une seule fois. Il prend tellement son boulot à cœur que j’ai presque autant de pitié pour lui que pour moi. Enfin, j’exagère un poil quand même… Pour en revenir au plan, l’idée de Karl était assez simple : un chauffeur qui attendrait les autres dans la rue, cinq personnes dans la banque et deux qui auraient à s’occuper du coup de téléphone extérieur. Évidemment, tout le monde a commencé à s’engueuler pour avoir la place au chaud dans la camionnette, ce qui vous montre à quel point nous avions envie d’y aller. Lucas a fini par coller une beigne à Tony, qui était le plus excité, pour qu’il arrête de la ramener et qu’il écoute ce que Karl avait à proposer. Le coup a fait tellement de bruit que ça a collectivement réglé la question en un temps record. Les rôles ont donc été distribués rapidement : les filles, Orson, Tony et moi-même serions dans la banque. Lucas accompagnerait Karl – ils allaient bien ensemble, ces deux-là – pour le coup de fil. Ricky resterait dehors et serait notre chauffeur. Je crois que son côté pyromane imprévisible fichait les jetons à Karl, qui ne voulait pas que son plan échoue à cause d’un feu de poubelle. Et puis il a dû penser que je serais peut-être plus convaincant avec un flingue, lorsqu’il lui a fallu choisir le cinquième homme entre Ricky et moi. Sur ce coup-là, il aurait pu aussi bien jouer la place à pile ou face, quand on voit comme j’ai été mauvais. Mais bon, j’avais envie d’économiser mes dents et je n’ai donc pas voulu contrarier Lucas le molosse, lorsque Karl m’a confié ce rôle. Et puis ça n’avait pas l’air très compliqué, sur le papier. J’étais censé prendre un air méchant, regarder les clients de la banque avec les yeux d’un type qui se rase à la machette et surtout ne parler à personne, afin de rester crédible. Karl m’a répété plusieurs fois que j’avais tendance à être trop sympa. A priori, dans sa bouche ce n’était pas un compliment. Orson et Tony, les pros du flingue, avaient pour mission de donner un peu de réalisme à la scène, en agitant leurs armes d’un air convaincant sous le nez de ceux qui refuseraient de coopérer. Je dois reconnaître qu’ils ont bien joué leur rôle et qu’on aurait pu les prendre pour de vrais braqueurs à l’ancienne. Pour ma part, je crois que j’ai réussi à ne pas être trop ridicule. Enfin… jusqu’à ce que les choses partent en vrille. À 14 heures, nous sommes entrés dans la banque. Nous avions choisi le lundi, Karl ayant passé plusieurs semaines à vérifier les habitudes du Directeur. Le lundi après-midi, il était toujours de congé. Et Karl voulait que ce soit son adjoint qui s’occupe de la demande de Lana, car lui avait des enfants. Le Directeur était célibataire et ne convenait donc pas au plan. Il nous fallait un maillon faible.
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Bref, à 14 heures, nous étions sur place, parmi une petite dizaine de clients. Les filles sont entrées une minute avant nous trois, très exactement. Lana, le décolleté en avant et les yeux humides, a demandé au guichetier d’appeler le Directeur pour une réclamation de la plus haute importance. Pendant qu’elle lui servait son numéro, Sally faisait semblant de consulter le présentoir qui se trouvait au milieu du hall, afin d’avoir l’air occupée. Tony se tenait à une borne automatique, comme pour consulter son compte, Orson simulait une conversation téléphonique à voix basse et moi… j’avoue que je ne sais plus trop comment j’ai donné le change. Heureusement que l’attente n’a pas été longue, car je devais sûrement avoir l’air suspect. Quand l’adjoint du Directeur a fini par apparaître derrière le comptoir pour parler à Lana, Sally a lâché sa brochure et est devenue toute pâle, les mains plaquées sur son abdomen bien visible. Je ne sais pas comment elle s’est débrouillée, mais son faux malaise a fait sensation. Elle s’est effondrée en vrac sur le sol et le seul type de la sécurité qui était présent – et qui semblait terriblement s’emmerder – est venu voir en vitesse ce qui se passait. Pendant qu’il était penché sur elle et essayait de la relever sans toucher à son gros ventre, Orson s’est approché par-derrière et lui a collé discrètement une décharge électrique dans le bas du dos. C’est lui qui avait insisté auprès de Karl pour qu’on essaye de limiter les dégâts physiques et il avait eu gain de cause sur ce point. L’agent s’est donc retrouvé par terre à son tour sans avoir le temps de moufter. Entre-temps, Tony avait quitté sa borne et dégainé, tout comme moi. Des cris ont commencé à se faire entendre quand Sally elle-même s’est redressée, aidée par Orson, et a sorti un pistolet miniature de son sac. De loin, j’ai vu Lana tendre son téléphone au Directeur adjoint, qui est devenu tout blanc à son tour en quelques secondes. Karl et Lucas étaient pile-poil dans les temps. Au bout du fil, la femme et les enfants du pauvre bonhomme devaient être en train de lui expliquer que deux types violents, dont un à qui il manquait la moitié des dents, se trouvaient dans son salon à des kilomètres de là. Je n’ai pas entendu l’échange mais la méthode a semblé convaincante, car il a rendu l’appareil à Lana sans rien dire et s’est tourné illico vers son écran tactile. Pendant qu’elle lui dictait quelques chiffres, j’ai pu voir qu’il s’activait comme un fou et qu’il n’avait pas l’air de vouloir gagner du temps. Jusque-là, tout se passait bien. Karl nous avait dit que l’effet de surprise jouerait en notre faveur. Il faut dire que c’était le premier braquage de banque depuis plus de quinze ans, si je ne me trompe. Le précédent date d’avant la réforme globale du système pénal. À une époque où on pouvait encore taper une pomme sur un étalage sans prendre six mois ferme. Aujourd’hui, il faut être fou pour s’en prendre à un épicier et je ne vous parle même pas des
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banques. Fou ou complètement désespéré, comme nous l’étions. L’avantage pour celui qui en a dans le ventre, c’est que la sécurité est devenue une plaisanterie. Un truc qui sert de décor, qui rappelle l’ancien temps, rien de plus. Ils comptent uniquement sur l’argument de la dissuasion et ça fonctionne parfaitement. Le vol s’est transformé en exception puisque la répression est sans pitié. Qui prendrait le risque de partir immédiatement croupir à l’ombre pour le restant de ses jours ? Au siècle dernier, il paraît que la loi fonctionnait sur la base d’un truc qu’ils appelaient la présomption d’innocence. Un procès pouvait prendre des années et les accusés avaient des droits. Aujourd’hui, les peines sont appliquées immédiatement, grâce à l’efficacité du Module, qui centralise toutes les données. Celui qui vole le lundi et se fait choper le mardi se retrouve en tôle le mercredi, pour six mois au minimum, mais plus souvent pour vingt ans. Simple, rapide et efficace. Sauf si on parvient à ne pas se faire pincer. Ceux qui essayent sont de moins en moins nombreux et ils se contentent de petits délits qui limitent la casse. Personne n’est assez dingue pour imaginer mettre la main sur cent millions d’urkans. Nous avons été les seuls tarés de la planète à envisager la question, sans parler de sauter le pas. Et aujourd’hui ? Il ne reste que moi, sur la trappe. Quand je dis que tout s’est bien passé, je parle du transfert d’argent. Lana a obtenu nos millions en moins de trois minutes et on ne peut rien lui reprocher. Mais Tony a eu envie de jouer au caïd devant les caméras de surveillance, plutôt que de bien faire gaffe aux types qui se trouvaient dans les box derrière le guichet. Je n’ai pas vu exactement ce qui s’est passé, mais l’un d’eux a dû appuyer sur le bon bouton avant qu’Orson ait le temps de rapatrier tout le monde dans le hall. Le résultat, c’est que les flics du quartier sont arrivés deux minutes trop tôt. Nous n’avions besoin que de ces deux minutes pour ressortir, monter dans la camionnette et filer. Ce con de Tony, à vouloir jouer au malin et narguer le système de contrôle plutôt que de bien faire son boulot, nous a privés de cette avance. En franchissant les portes, nous avons entendu les cris et les tirs de sommation, et compris que ça allait mal se passer, surtout que Sally ne pouvait pas courir très vite. Après, je ne me souviens plus de tout. Orson a crié à Tony de ne pas jouer au con et de filer rejoindre Ricky, qui attendait sagement derrière le volant. Lana a traversé en sprintant et je me rappelle avoir pensé que les braqueurs de l’ancien temps avaient bien du courage. Parce que s’il avait fallu faire la même chose avec des sacs pleins de billets sur le dos, personne n’aurait jamais réussi à atteindre le véhicule. Forcément, Tony n’a rien écouté et s’est arrêté en plein milieu de l’avenue en gueulant « je vous couvre ! ». Avec un pauvre flingue contre des Impulse laser, il n’a pas
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couvert grand-chose. Il s’est fait découper en un rien de temps, pendant qu’Orson tirait Sally par la main pour la faire accélérer. Moi, quand j’ai vu les morceaux de Tony par terre, j’ai perdu la tête et commencé à tirer partout en direction des flics tout en continuant de courir, alors que Ricky démarrait déjà. Je crois avoir touché deux vitrines, une voiture et une grosse benne à ordures. Dans la panique, j’ai aussi failli me tirer dans le pied. Mais mes tirs sont passés à plusieurs mètres de la police, qui a dû vite comprendre que j’étais un pauvre amateur et qui m’a bizarrement épargné. Heureusement, Orson et Sally avançaient dans mon dos et je ne les ai pas touchés. Mais ils étaient beaucoup trop lents et Ricky n’a pas voulu les attendre. J’ai juste eu le temps de me jeter par la porte latérale, où Lana me tendait les bras, avant que la camionnette s’élance en fumant des pneus. En tournant la tête, j’ai vu derrière moi Orson qui nous regardait partir, alors que Sally se jetait à genoux les mains en l’air pour échapper au laser. Je crois que le vieux a lu sur mon visage à quel point j’étais désolé, mais peut-être que je me fais des idées. Les flics n’ont même pas cherché à nous poursuivre. Ils devaient compter sur Orson et Sally pour cracher rapidement le morceau à notre sujet. Lana a donc eu la bonne idée d’appeler Karl et Lucas pour leur expliquer la situation et demander un changement de planque. D’après ce que j’ai entendu, Karl était méchamment en colère et il l’a fait savoir. Mais il a fini par confirmer l’adresse de remplacement en gueulant, avant de lui raccrocher au nez. Lorsque nous nous sommes retrouvés là-bas, trente minutes plus tard, nous n’étions plus que cinq et nous avions un gros problème sur les bras. S’ils parlaient, Orson et Sally commenceraient par donner la planque principale, comme cela était convenu. Mais ils finiraient aussi par donner certaines des autres adresses, quand les flics rentreraient bredouilles et énervés. Ce n’était qu’une question de temps. Nous avons passé une sale soirée, à envisager un tas de possibilités. La méthode que nous avons finalement choisie a sans doute été mal appliquée, car le lendemain, nous avions deux morts de plus au compteur. Il ne reste que cinq minutes à l’horloge. J’ai un début de crampe dans le mollet droit. Plus j’essaye de me détendre et plus elle devient douloureuse. Il fait chaud dans cette pièce et j’ai soif. J’ai soif, j’ai mal et j’ai honte de ce foutu trou dans ma chaussette. Mais plus que tout le reste, j’ai peur.
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