La voix sépulcrale

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La voix sépulcrale L’homme était debout. Il errait d’un pas hésitant. Sous ses pieds se dérobait une étendue deterre caillouteuse, qui malgré un corps dessaisie de toute force, s’efforçaient tant bien que malde dérocher.

Publié le : lundi 30 janvier 2012
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La voix sépulcrale
 L’hommeétait debout. Il errait d’un pas hésitant. Sous ses pieds se dérobait une étendue de terre caillouteuse, qui malgré un corps dessaisie de toute force, s’efforçaient tant bien que mal de dérocher. Se sentant l’âme dépérit et le corps assaillie par l’angoisse, il s’arrêta un instant et essaya de se rappeler quelque chose qui mettrai fin à ce sentiment qui lui rongeait les boyaux et recouvrait sa peau frémissante de sueur froide. Rien n’y fit, sa mémoire n’avait retenue, ni souvenirs, ni même illusions qui viendraient en cet instant satisfaire son esprit avide de sentence. Il ferma les yeux et vit un noir où des étoiles étincelantes giclaient leurs lumières, telles des estafilades amochant un visage ahuri. Il ouvra de nouveau les yeux. Le noir était toujours là, mais plus hostile. La cécité le contraignit à se toucher. Il découvrit sa nudité. Frustré, apeuré, il s’assoupit en étendant un corps frémissant. Son esprit s’évada et s’adonna non sans complaisance à quelques rêvasseries. Des paroles lui parvinrent.Il saisit des bribes de conversations, de brèves scènes de vie, mais fut surtout pourchassé par d’interminables fantasmes enfantins qui se déroulaient devant lui et venaient brouiller toute l’évanescence de son rêve.Il revit sa grand-mère les joues hâves et la gorge opulente allaitant sept femmes qui s’arrachaient un sein flétrit. L’une d’entre elles qui avait le visage de sa mère se détourna et lui sourit d’un sourire si sournois que le lait dégoulina des commissures de ses lèvres. Il revit les maigres cuisses de sa cousine anémique qu’il avait aimé un temps. Il se retrouva en présence d’une femme noire, nue, chevauchant un tertre et portant une culotte blanche d’hyménée tachée de rouge. Puis une main se tendit vers lui, c’était celle de Hourria la désœuvrée du quartier. Cette main qui portait une languette encrée de vert l’emplie d’appréhension. Elles’approcha de lui en larme et lui chuchota dans le creux de l’oreille d’une voix fluette et de surcroît empreinte de désolation, des mots qui le firent tressaillir.
***
 Lemort se réveilla. Les paroles qu’il venait d’entendre le plongèrent dans la consternation. Ulcéré il se leva avec peine et marcha, résolut à braver les mystères d’une fatalité. Il traîna une jambe ankylosée et avec une peur qui lui étreignit le corps.
Un cri se fit entendre de loin. A corps perdu il s’élança dans l’inconnu, suivant l’écho tout en ânonnant les quelques versets divins qu’il avait appris en bas âge. Un résidu de mémoire qui lui rappelait une enfance insipide où deux petites fenêtres étoilaient ses nuits.
Il avait soif. Fatigué, il pencha sa tête en arrière et tira sa langue. Il s’abreuva de la brume qu’il s’était imaginé un instant plus tôt une vague voulant l’engloutir en son creux. Une brume noire, véritable eau profonde qui absorba et ennoya son corps chétif, pitoyable vision qui se détachait au fond d’un puits.
Le cri se tut mais très vite se mua en une voix apaisante, rassurante, une sorte d’appoggiatures incantatoires qui venaient bercer son âme aigrie. Il lui parut à cet instant que la mort était clémente, douce et raide comme la soie d’une graine.
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