Le siège d'en face...

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Catherine prend les transports en commun comme chaque jour pour se rendre à son travail.
Pourtant sa vie bien tranquille va basculer lorsqu'elle va trouver un smartphone sur le siège d'en face où se trouvait un charmant jeune homme, quelques minutes auparavant.
Publié le : lundi 19 décembre 2011
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Nombre de pages : 12
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Le Siège d’en Face
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Le Siège d’en Face
Le siège d’en face…
Yann Julien
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Le Siège d’en Face
Copyright 2011 Yann Julien Tous droits réservés pour tous pays
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Auste Squarepants,
Ima e de couverture IMG_1217 » November 4, 2006 via Flickr, Creative Commons Attribution (CC BY)
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Le Siège d’en Face
Le siège d’en face… Yann Julien
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Mercredi, 23h15.
Le Siège d’en Face
Un homme s'assied au bord d'un lit, un téléphone portable à la main. Il se retourne et vérifie que la femme allongée derrière lui a toujours les yeux clos. L'absurde de la situation le fait sourire. Il pose le portable et entreprend une fouille dans le sac à main de la femme. Des doigts, il en effleure le contenu et laisse de côté ce qui ne l'intéresse pas. Il trouve enfin l'objet de sa recherche : un petit carnet sur lequel est inscrit : « Journal de Catherine ». A l'heure des blogs, des réseaux sociaux et du tout internet, l'homme est surpris qu'elle utilise ce moyen d'un autre âge pour raconter sa vie mais s'en trouve soulagé. Sur ce carnet, des pages griffonnées, avec une écriture arrondie, fine. Il tourne les pages rapidement et s'arrête sur la dernière page. «Ce matin, dans le bus, j'ai trouvé un smartphone.» L'homme sourit.
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Mercredi, 7h30.
Le Siège d’en Face
Catherine patiente à l'arrêt de bus, un livre à la main. Les voitures défilent tandis qu'elle se penche pour voir si le véhicule arrive. Un coup d'oeil à sa montre lui indique que le bus a déjà – et encore – dix minutes de retard. Malgré son sens du civisme et de l'écologie, ce matin elle envie les gens qui ont la liberté de pouvoir se rendre à leur travail en voiture. Soudain le bus est là, une rumeur de soulagement monte parmi les futurs passagers. Ici, pas de place numérotée ; même si l'arrêt se situe en début de ligne, les bonnes places, pour passer un voyage « agréable », sont très prisées. Cathy referme son livre, si elle veut être à égalité avec les autres voyageurs, elle ne doit pas être distraite par la perte de sa page. Si chacun porte le masque de la bienséance – combiné parfois à celui de la morosité, intérieurement, tout le monde veut batailler pour trouver la place désirée. Cathy y parvient et s'aperçoit que tous ont réussi dans cette entreprise. Elle se plonge dans son livre et n'en sort que rarement. Elle prend alors le temps d'observer les voyageurs. Bercée par les descriptions à l'intérieur de son roman, elle tente de deviner la vie et la personnalité des gens en fonction de leur tenue, leur posture, leur vocabulaire... Sur le siège en face d'elle, un homme, sensiblement de son âge, surprend son regard inquisiteur qu'elle balade de passager en passager. Il a le visage carré mais des traits assez doux. Il sourit laissant apparaître des fossettes sur ses joues. Gênée, Cathy se replonge dans son livre, sans vraiment assimiler ce qu'elle lit. Bien que bienveillant, le regard de cet homme lui rappelle trop celui de l'individu qui occupait cette même place les deux jours précédents. Un regard mal placé, auquel Cathy n'avait pu se soustraire qu'en faisant l'autruche dans son bouquin, elle continuait cependant à sentir ce regard insistant qui l'a rendait mal à l'aise.
Alors qu'elle lit, sa vision perçoit la silhouette floue de l'homme qui se lève et quitte son siège. Le bus s'arrête, se déleste de quelques passagers et reprend son trajet. Cathy a toujours l'oeil attiré par la place – presque – vide. Un téléphone portable se trouve là, à moitié caché entre l'assise et le dossier. Elle regarde autour d'elle, aucune trace de l'homme qui se trouvait là. Que faire ? pense–t–elle. Se sentant comme une petite fille dérobant un bonbon chez le marchand qui aurait le dos tourné, elle plonge sa main en direction du cellulaire. Personne ne prête attention à son activité ; tous semblent plonger dans leurs réflexions que seule la proximité de leur destination pourra les en sortir. Ne sachant ce qu'elle en fera, Cathy tient toujours le smartphone coincé fébrilement entre ses doigts : elle pourra toujours le restituer en toute bonne foi à son propriétaire. Si toutefois il vient le lui réclamer. Le terminus. Tout le monde descend du bus. Profitant de cette mini–cohue, Cathy fourre le portable dans son sac en même temps que son livre avant de se diriger vers le métro. Elle n'aime pas lire dans le métro ; l'impression qu'on lit par–dessus son épaule, des mecs lourds qui l'interrogent sur les « performances » du héros, lui ont fait abandonner la lecture en trajet souterrain. Ses réflexions se tournent naturellement vers ce smartphone. Le répertoire va–t–il la renseigner sur une personne à contacter, contient–il des données personnelles ? Cela permettrait–il une heureuse rencontre ? Qu'en fera–t–elle si elle ne retrouve pas son propriétaire ? Le garder ? Le sien est une antiquité, mais lui permet de téléphoner durant des heures. L'annonce de son arrêt prochain la tire de ses pensées. 6
Le Siège d’en Face
La matinée de travail est chargée et passe lentement, Cathy attendant avec impatience le moment où elle pourra explorer ce téléphone et en apprendre plus sur son mystérieux propriétaire.
La pause de midi, d'ordinaire dédiée à un repas rapide et léger accompagné d'une session de lecture est remplacée par un examen complet du contenu du smartphone. Le fond d'écran représente un chiot qui pointe sa frimousse, comme s'il allait lécher l'appareil. Ce choix de photo a accentué l'impression de douceur qui semblait émaner de son voyageur de ce matin. Le smartphone étant, selon les différents médias, une extension de soi, Cathy espère en apprendre encore plus sur la personnalité de son propriétaire. Le portable hélas ne dévoile pas d'autres secrets : le répertoire se limite à un médecin, banquier, garagiste, assureur, rien d'intéressant, ni pratique pour demander à un docteur si un de ses patients n'aurait pas perdu son téléphone. Une amélioration avec les textos, même si elle se résume à une seule conversation : « Bon anniversaire Maman ! A ce soir au resto, bises. » « Merci mon grand, je t'embrasse bien fort. Maman. » Deux éléments positifs : ce texto adressé à sa maman renforce le bon feeling que Cathy a de cet homme et elle a enfin un numéro à contacter. Cependant, le téléphone sonne dans le vide. La messagerie robotisée de l'opérateur invite à laisser un message, mais Cathy raccroche et s'interroge : depuis une demi–journée que ce téléphone est en sa possession, aucun appel. Pas même du propriétaire. Une collègue rentre dans son bureau, l'interrompant dans sa réflexion ; elle vient pour papoter et si d'habitude Cathy apprécie ce genre de discussion, elle meurt d'envie de retourner dans les entrailles de ce téléphone. Un bip retentit. Cathy jette un coup d'oeil discret. Une enveloppe clignote sur l'écran. – Tu ne regardes pas ? demande la collègue de Cathy. – Si... dit Cathy faussement désintéressée. Elle s'exécute, la photo d'une femme allongée dans un lit s'affiche, un foulard pourpre masquant le haut de son visage. Cathy rougit. Sa collègue remarque son trouble et préfère la laisser « en tête à tête avec ce message ». La photo est accompagnée d'un petit texte : « Ça te plait ? Bisous... ». Ainsi IL n'est pas seul dans la vie. Cathy a une nouvelle personne à contacter, mais au vu de leurs échanges, il lui semble inopportun de téléphoner en prétextant avoir trouvé le portable... Selon la nature réelle de l'interlocutrice, Cathy passerait soit pour la femme, soit pour la maîtresse du propriétaire. Mauvais point pour elle, même si son rêve furtif du « mystérieux passager d'en face » s'écroule à l'instant même. Elle décide cependant de poursuivre son investigation sur les photos. Un seul album est présent. Avide de curiosité, Cathy va pour cliquer sur l'icône intitulée « Véronika » lorsque son téléphone de bureau sonne. Son chef, la demande, privant Cathy de tout laps de temps qui lui permettrait de consulter le smartphone.
Sur le trajet retour en bus, Cathy cherche, en vain, à apercevoir l'homme croisé ce matin. Arrivée assez tard chez elle, elle retrouve son fidèle Isidore, un chat roux, plutôt chat de gouttière que d'appartement, qui utilise la fenêtre de la salle de bains comme chatière.
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Le Siège d’en Face
Elle expédie son repas assez rapidement, se gardant l'exploration approfondie du smartphone en guise de dessert. Sans surprise, le dossier « Véronika » contient différentes photos de la femme dans une pose suggestive. Quelque chose, un détail, attire pourtant l'attention de Catherine. Son bras. La position de celui–ci n'aurait jamais pu lui permettre de prendre elle–même la photo. Pourquoi lui aurait–elle demandé dans son message si ça lui plaisait ? QUI avait pris la photo ? se demande Cathy, un retardateur, une autre personne ? Cathy est en pleine confusion. Elle veut rendre ce smartphone, mais ne souhaite plus particulièrement rencontrer l'homme à qui il appartient. Elle ouvre l'application GPS. Si l'historique internet du portable n'avait rien révélé, celui du GPS en revanche contient trois adresses. Elle les regarde une par une. La première ne lui semble pas inconnue. A haute voix, elle lit l'adresse de son lieu de travail. Celle qui la suit est celle de son arrêt de bus. Entre effroi et incompréhension, de la sueur perle à son front. La dernière adresse l'alarme encore plus : il s'agit de celle de son domicile.
Il faut qu'elle prévienne la police. Le smartphone, qui s'était montré muet depuis le début de la journée reçoit un appel. La sonnerie, très désagréable, fait sursauter la jeune femme. Sur l'écran s'affiche non pas le nom d'un contact, mais un numéro de téléphone. Le numéro de téléphone fixe de Cathy. Pétrifiée par la peur, impuissante, elle assiste à la lente ouverture de sa porte de chambre. Cathy fixe cette direction imaginant la pire des personnes se présentant face à elle. Isidore vient de rentrer dans la chambre en ronronnant. Soulagée, Cathy se lève, remplie d'adrénaline qui lui permet de trouver un semblant d'énergie pour faire face à la situation. Elle abandonne le smartphone, qui a repris ses sonneries dans le vide, et évolue dans l'obscurité de son appartement, ayant le léger avantage de la connaissance des lieux. Elle entend alors une respiration lente et se retourne brusquement.
Lorsqu'elle reprend conscience, elle ne parvient pas à ouvrir les yeux, quelque chose appliqué sur son visage l'en empêche. Une présence semble s'affairer sur elle, mais elle ne sent plus ses membres. Elle ne peut parler non plus, émettant juste un son grotesque. – Pas la peine de t'activer ma jolie, dit une voix assez désagréable. Je t'ai injecté un puissant sédatif, accouplé à de la belladone. Tu ne peux plus bouger. Son ton est froid, chirurgical. La panique monte encore en Cathy. – Tu avais quelque chose qui m'appartenait, je suis juste venu le chercher. Tu ne m'en veux pas si je prends un petit souvenir ? Elle perçoit comme une lueur vive à travers ce qui obstrue sa vue. Un foulard, un flash, s'écrie–t–elle intérieurement. Véronika ! Il me prend en photo ! L'homme enlève le foulard et plus que son sourire glacial, c'est son regard qui l'effraie. Elle le reconnaît, ce regard, cet homme. Ce n'est pas l'homme charmant qu'elle avait vu le matin même dans le bus, c'était celui qui y était plusieurs jours auparavant. Celui qui l'avait déshabillée du regard. Lorsqu'il s'aperçoit qu'elle l'a reconnu, il sourit, satisfait. – Merci à ton chat de m'avoir indiqué le chemin pour rentrer, achève–t–il. Puis, Cathy abandonne, le sédatif faisant effet. Elle ferme les yeux et se sent partir.
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Mercredi, 23h15
Le Siège d’en Face
L'homme s'assied sur le bord du lit, prend le sac à main de Cathy, en retire son journal, le lit et arrache les dernières pages.
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Jeudi, 7h20.
Le Siège d’en Face
L'individu qui se trouvait chez Cathy se dirige vers un arrêt de bus. Il y aborde un homme, assez charmant, celui–là même qui avait souri à la jeune femme la veille. L'individu lui donne le téléphone et discrètement, du doigt, il désigne une fille qui attend le bus. L'homme charmant a bien repéré leur prochaine victime. Il consulte les photos du smartphone : un seul album appelé « Catherine » y est présent.
Il sourit, creusant ainsi des légères fossettes sur ses joues.
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A propos de l’auteur :
Rocked by popular culture, Yann Julien quickly imagined stories in which the hero he invented for himself evolved.
Currently working in mechanical design, he decided to start writing to give free rein to his desire to tell stories...
Bercé par la culture populaire, Yann Julien a très vite imaginé des histoires dans lesquelles évoluaient les héros qu'il s'inventait.
Travaillant actuellement dans le domaine de la conception mécanique, il décide de se lancer dans l'écriture pour laisser libre court à son envie de raconter des histoires...
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Les commentaires (1)
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mediter

Une jolie plume pour une histoire doucement morbide... J'ai apprécié !

mercredi 21 décembre 2011 - 14:35
yannjulien

Merci beaucoup !

mercredi 21 décembre 2011 - 15:27