Mémoire Froissée - Tome 1

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Une grande saga historique en plein Moyen-Âge, entre XIVe et XVe siècles, de la Touraine aux terres de Bourgogne.

Anne a six ans lorsque sa mère est emmenée par l'Inquisition. Elle ne la reverra jamais. Elle s’apprête à suivre son exemple en devenant herboriste et guérisseuse. À travers la France, un destin hors normes la jettera dans une vie semée de violences, de douleurs, de passions, d’émeutes, de recherches alchimiques. L'amour et un enfant la sédentariseront en Champagne. À Troyes, elle fera des rencontres exceptionnelles qui la mèneront à Paris sous la Régence de Charles VI le Fol, sur fond de guerre de Cent Ans.

Un roman pour vivre le Moyen-Âge de l'intérieur, au quotidien, avec les désirs, les frustrations, les émotions, les ambitions et les échecs d'une femme, à la charnière du Moyen-Âge et de la Renaissance, avec l’Alchimie en toile de fond.

Une histoire contée avec un talent extraordinaire par Christine Machureau qui maîtrise son sujet. En partageant l’intimité de son héroïne, nous croisons la grande Histoire qui se joue au fil des pages, dans une exigence de réalité historique et sociologique.
Publié le : jeudi 24 septembre 2015
Lecture(s) : 11
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791094725849
Nombre de pages : 260
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Mémoire froissée
Tome 1
Christine Machureau
LES ÉDITIONS DU 38
Personnages principaux
Anne Rameau, épouse Chauverson :C’est l’héroïne. Majeure et orpheline à quinze ans, elle va bâtir sa vie en fonction du destin de sa mère,herboriste et guérisseuse. C’est une jeune fille courageuse, habitée par la passion du savoir, de tous les savoirs. Bourgueil en Touraine, qui l’a vue naître, sera bientôt trop étroit pour elle… L’occasion va se présenter sous la forme d’un mystérieux livre, abandonné par un vieux juif érudit, médecin, venu d’Espagne. En femme forte et obstinée, elle part sur les routes dans ce XVe siècle ravagé par la Guerre de Cent Ans. Elle veut savoir ce que ce Livre contient, en faire traduire le contenu, l’étudier. Cette soif de connaissances est ce qui anime sa vie et le Livre va bouleverser le cours de son existence. Elle, qui se consacre à la santé des plus démunis va devoir affronter quelques personnages hauts en couleur et en pouvoir. Nicolas Flamel, Charles VII, la Duchesse de Bourgogne et d’autres encore. Elle en donnera un récit qui bouscule notre vision scolaire d’une Histoire bâclée. Marguerite Fougerolles : Il faudra tout le poids de son géniteur putatif pour que cette femme devienne la directrice séculière d’un petit hospice de Troyes.Médecin, alors que l’époque interdit l’Université aux femmes, elle se perd dans un amour impossible. C’est une « Sœur Emmanuelle » avant l’heure dans l’abnégation, mais une véritable « Jézabel » dans son corps. Elle travaille jusqu’à la limite de sa résistance, sublimant ses insatisfactions dans l’application de nouveautés thérapeutiques. C’est une femme comme on les aime aujourd’hui, indépendantes, savantes, amoureuses, sachant prendre le contrepied d’un pouvoir masculin écrasant. Guillaume de Champlitte :le séducteur. Par dérision, par déception… Il a traîné C’est ses bottes bien loin de la France. Devenuchirurgienpar tradition familiale, il exerce à Sens. Porteur d’un grand nom quelque peu terni, rien ne le projette dans l’avenir lorsque l’Amour (avec un grand A) donnera un sens à sa vie. Personnage surprenant, peu sympathique au départ, il se bonifie avec le temps, jusqu’à devenir attachant, loyal, courageux. Il participera à la première dissection du corps humain, autorisée par le Roi. Il nous fera partager l’intimité de Charles VI le Fol dans ses pires moments. Louis Mauduis :le domestique, celui qu’on voudrait tous avoir… Fidèle jusqu’au C’est sacrifice, un peu roublard, opportuniste, totalement dévoué à sa maîtresse, Anne Rameau. Inculte, mais intelligent, il va patiemment tisser une toile qui fera de lui « l’indispensable Louis ». Il est devenu l’Intendant, puis l’homme de confiance… jusqu’à la mort. Il dévoile pour nous le paysage comico-utilitaire des dépendances des grandes maisons bourgeoises. Louis court… Louis sert… Louis veille… Michel Chauverson :Époux d’Anne Rameau. Sous des dehors studieux, c’est unlibraire (recherché jusqu’à la capitale, fournisseur de la Cour de Bourgogne). Il est le modérateur, celui qui réfléchit, dont la vision à long terme assure une pérennité à sa pensée. Cela donc ne vous étonnera pas si je vous dis qu’il est un Alchimiste de renom. Par lui nous dépassons le concept primaire du chercheur d’or pour en faire un savant à la recherche de la Création. Sa réflexion nous mènera de l’infiniment petit à l’infiniment grand… Il avait tant à
transmettre… Il fera de son fils, sans le vouloir, un compagnon Maçon. Marcelline Gournai, épouse Champlitte :l’ado rebelle, C’est la résistante. Elle prend tous les risques pour choisir sa vie. Elle échappe à tout ! Au couvent, au mariage de convenance, à la révolte Cabochienne, à l’occupation anglaise. Elle ira jusqu’aux pieds d’Isabeau de Bavière pour faire approuver ses choix. Puis, le temps venu, elle tiendra sa maisonnée d’une main ferme. Anne Rameau, dont la sensibilité est tout autre, a tout de suite été séduite par cette jeune fille au déterminisme sans faille. Leur amitié perdurera leur vie durant. Rémy Chauverson : De la difficulté d’être le fils unique de deux savants… Rivaliser est stérile, imiter reste frustrant. Une seule voie possible : la différenciation. Pour Rémy, l’architecture est une évidence. Là, cet enfant doué donnera sa pleine mesure. Il apprendra à ses dépens que les « Grands » ont des bassesses. Il tranchera dans le vif son lien le plus cher, à Bruges, qu’il a contribué à embellir. Antoine Groult :Héritier des bâtisseurs orientaux, dépositaire d’un savoir transmis sous le sceau du secret, il ira poser sa pierre à Troyes, Londres, Chartres, Reims. C’est l’initiateur, le parrain de Rémy. Solitaire, on devine l’être généreux, secret, entièrement consacré à son art, adoubé par mille ans d’Histoire. Là aussi… Le doigt de Dieu… Nous rédigeons une note toute particulière sur un personnage qui n’occupe que quelques pages, au début de ce fulgurant récit, mais sans qui rien ne serait arrivé… Il s’agit de : Abraham ben Simon :Abraham, bien sûr, c’est le Juif Errant. Il apparaît là, à un moment charnière, comme la clé du Destin.Le Doigt de Dieuen quelque sorte. Fuyant l’Espagne, il traverse la France malgré tous les dangers, pour transmettre, croit-il, un mystérieux Livre à une nouvelle communauté juive à Amsterdam. Anne va reconnaître un Mage… Elle recueillera cet ouvrage et sa vie basculera, et pas seulement la sienne. Ce Messager continuera son mystérieux chemin, pas différent des chemins des Messagers de Dieu, le chemin des nuages.
« Il faut que je lui dise, que je lui parle du Moyen-Âge, de cet anachronisme si humain… de quelque chose de gigantesque que je viens d’entrevoir à l’instant même, en une fulgurante intuition, et qui contient peut-être l’explication de notre destin, de notre présence ici aujourd’hui. » (Primo Levi. Se questo è un uomo. 1947)
Ii
1382 Il fait frais ce matin, l’air est humide, Dleuté. J’avance à pas songeurs dans la rue des Charretiers. Hommes et femmes sortent et s’attardent sur le haut du talus à droite, pour humer les senteurs du matin. Une légère Drume annonce la respiration de la terre. Une femme, dont j’ai soigné le mari cet hiver, avance devant moi, lourdement chargée de deux seaux de Dois pleins d’eau. C’est la fin mars. Je croise buelbues enfants lobueteux, heureux de constater bue les frimas s’éloignent. Les premiers rayons du soleil leur rendent rires et cris. Il y a moins d’une heure, AdalDert, l’aide-Doucher, est venu frapper à la porte de mon atelier. Sa femme Marie a accouché d’une petite fille il y a dix jours, la cinbuième de la fratrie ; l’enfant se porte Dien et malgré tous les Douillons de la vieille Jehanne bui l’a aidée, Marie, vingt-deux ans, ne se relève pas. AdalDert, l’ouvrier, est inbuiet, elle devrait être deDout à s’occuper des buatre autres enfants, les voisines ont, elles aussi, tellement de charges… Et voici dix jours bu’elles se relaient. Il faut vraiment bu’il soit inbuiet pour venir me chercher en plein jour. C’est un homme de haute stature, rude et timide. Sa tignasse hirsute et déjà parsemée de fils Dlancs encadre un visage où les yeux sont à peine visiDles. Son émotion passe par des mains crevassées, serrées l’une contre l’autre. En deux mots j’ai compris. J’attrape ma pèlerine et ajoute buelbues sachets d’herDes dans ma Desace un peu rapiécée. Lui et sa femme haDitent une petite maison Dasse bui a appartenu aux parents de sa femme. Je pousse le lourd Dattant de Dois et j’entre. La pièce est somDre, dans la cheminée Drûle à petit feu un mauvais Dois bui fume. La marmaille soudain se tait et buatre enfants me fixent de leurs yeux Druns. Une voisine vêt le plus jeune. AdalDert me lance un long regard, prend sa cape et s’avance vers la porte. Cathy, la voisine, rassemDle les trois petits et s’ensauve à deux maisons, chez elle. Nous restons, Marie, le nouveau-né et la fille aînée Aude, sept ans. Aude est mince, Drune, son regard d’une étonnante maturité dissipe à bui retient son attention un regard vert et lumineux. Je la connais Dien. epuis deux ans nous nous croisons souvent, une des rares enfants à me saluer d’un regard de connivence, sans un sourire. Elle est calme, assise au Dord de la couche de sa mère. Je m’approche. J’ai dans les mains un pot de Dois dans lebuel repose depuis buinze jours de l’onguent d’armoise, efficace dans les spasmes post-partum, mais d’un regard, je sais bu’il est inutile et le glisse dans ma poche. Marie a le teint gris. Quelbues mots et j’apprends sa fièvre et son épuisement. Elle n’a jamais ressenti cela pour les buatre aînés. Sa prunelle distille son inbuiétude. On ne m’appelle jamais pour rien, mais souvent trop tard… « La vie s’en va », dit-elle. Un court examen me fait comprendre bu’une délivrance trop rapide a laissé une lente et sourde hémorragie. Aude m’explibue bu’elle se relève trois à buatre fois la nuit pour aider sa mère. « La vie s’en va », dit Marie… Elle a raison. Presbue exsangue, elle a acbuis la lucidité des mourants. – onne-moi un Dol d’eau Douillante, Aude. À mon tour, je me suis assise au Dord du lit et fouille le sac de toile toujours à mon
épaule… Je réfléchis. u sureau et de la pimprenelle, fortement dosés, en décoction, deux fois par heure. C’est amer, mais il y a une chance pour bue le saignement diminue. Lui éponger le corps avec des sels d’alun dilués dans l’eau chaude. Pour s’en procurer, Aude est allée chez Zael le Dourrelier bui s’en sert lorsbue ses voisines lui apportent de petites peaux fraîches.
IIi
J’ai vingt-trois ans et jamais je n’ai puitté ce puartier. Du temPs de mon enfance, ces maisons touchant les chamPs et les bois gardaient un Peu de ProsPérité. Le temPs a Passé, les Anglais et les Bourguignons aussi, mes Parents sont morts et en puelpues années, les gens, les terres, se sont enfoncés dans la Pauvreté, comme toute la contrée environnante. À cinp ou six ans, ce sont les odeurs pui de suite fraPPent l’imaginaire, et je ne Peux dissocier mon enfance de l’odeur de tarte aux Pommes. Ma mère est une femme fraîche, très ProPre, elle sent toujours un Peu la Pomme. Souvent habillée de bleu, sa juPe virevolte au gré de ses activités, et je la regarde. Je ne me raPPelle Pas l’avoir un jour puitté des yeux. C’est avec un sourire heureux pu’elle m’entraîne dans ses randonnées. Nous Parcourons les chamPs, les jardins, les coteaux, les fossés et, Pliée en deux, elle me montre ses découvertes, graines ou herbes, et m’en donne le nom et l’utilité. Ce sont des Promenades régulières, innombrables. Nous rentrons souvent crottées et comPlices. La Grand-rue s’annonce Par un Petit Pont de bois pui rejoint la route d’Orléans pue nous traversons. Nous hâtons le Pas, la nuit va tomber. Déjà puelpues lueurs Précoces de chandelles tremblent à travers les carreaux tout neufs de l’atelier de mon Père. Germain, l’ouvrier, enfile sa houPPelande en refermant la Porte. Il reviendra demain matin. Vite nous entrons, le teint vif et la Parole allègre. Une odeur de glaise humide nous entoure, mon Père est Potier et son regard s’abaisse sur mes sabots pue j’ai oublié d’ôter. On vient de loin Pour avoir les Pots, tournés, recuits, vernis à la temPérature idéale. L’hiver, je Passe de longues heures Près du four à rouler dans mes mains la terre de Touraine. Mais lorspu’a lieu le défournement, je grimPe l’escalier de bois pui mène au Premier étage et redescends de l’autre côté dans le vivoir où ma mère s’active. Notre maison a un étage et des carreaux aux ouvertures. Un sentiment de sécurité, de bonheur m’étreint. L’odeur des herbes pui sèchent, le doux chatouillement des graines pue je maniPule dans les Pots et toujours le visage d’une voisine pui aPParaît dans l’entrebâillement de la Porte, réclamant, tant Pour elle pue Pour ses enfants, sa mère ou son mari, une herbe, une tisane, une Pommade, une recette, un onguent, un conseil. arfois ma mère est aPPelée Par un visage triste. Elle me laisse à la garde de Guenièvre. Je l’ai toujours connue. Au service de la famille dePuis longtemPs, âgée, elle Parcourt la maison de son allure voûtée. Son indulgence PerPétuelle à mon égard me rend agréables ses cheveux gris et ses mains râPeuses à senteur d’oignons. Mon Père fronce le sourcil et semble ne rien Pouvoir faire devant l’activité sans borne pue ma mère déPloie Pour tous ceux pui s’adressent à elle. Les puelpues réflexions de la Part de son éPoux viennent assombrir le regard de cette femme pui souPire. Je ne tarderai Pas à comPrendre ce pui divise mes Parents. Un matin, Peu aPrès le lever du soleil, je viens de puitter la chaleur du grand lit, crapuant de Paille fraîche, pui nous abrite tous trois. Je suis dans le vivoir, balançant mes jambes de gamine menue sous le tabouret. Mon bol de bouillon est troP chaud. Je mâchouille mon Pain, imbibé, friandise rare, de miel de sureau. La rue s’éveille, mais elle me semble Plus bruyante pue d’habitude. Une charrette tirée à vive allure descend notre rue en Pente avec fracas et s’arrête devant notre maison. Quelpu’un heurte la Porte. Ni ma mère ni Guenièvre ne bougent.
Mon Père arrive de son atelier et ouvre la Porte du vivoir. Un homme habillé de cuir, à la cotte noire et rouge lui tend un Parchemin, identifie ma mère pue deux hommes Poussent dans la charrette. La stuPeur nous cloue sur Place. Mon Père fait un geste. On le rePousse. La Porte reste grande ouverte, béante sur un gouffre sans fond. Je n’ai Pas comPris, mais je sais à l’instant pue nos vies ont basculé. Mes yeux sont secs et grands ouverts. Le silence d’une enfant Peut-être terrifiant. Ils ont emmené ma mère, Fleurine, à la puestion. Je ne la reverrai Pas. Il m’a fallu des années Pour grandir, Pour comPrendre. La servante est restée. Quentin, mon Père, a Perdu l’intérêt de vivre. Ses yeux voient un ailleurs où nous n’existons Pas. Muré dans son chagrin, souvent absent, il m’imPose une solitude pui deviendra mon puotidien. etit à Petit Plus Personne ne vient nous voir. Les affaires de mon Père ont Périclité. Un soir, dans ma puinzième année, en sortant de son atelier, il a eu un malaise. Deux voisins m’ont aidée à l’allonger dans son lit et je me suis affairée à PréParer une tisane. Congestionné, il fallait lui enlever un bol de sang. Mais il ne voulait Plus vivre et aucune médecine au monde ne Peut guérir un être pui asPire à sa fin. Deux jours Plus tard, j’étais orPheline. L’abbé eut vite fait de bénir son corPs, son enterrement fut exPédié. La clientèle de Quentin s’étant raréfiée, nous ne sommes Pas nombreux autour de ce trou béant où vont disParaître les restes de mon enfance. Un homme jeune pue je ne connais Pas s’aPProche de moi. La façon dont il torture son large chaPeau entre ses mains en dit long sur son désir de me dire puelpue chose. – J’ai bien connu votre Père, damoiselle, c’est une Perte Pour nous tous. Je le remercie, le regarde sans le voir vraiment, mais il insiste : – Nous Parlions ces temPs-ci du métier, de la glaise, des cuissons. Je m’aPPelle errin, je suis Potier à Beaulieu. Il venait bien avant l’angélus et nous Parlions… J’ai beaucouP aPPris. Un silence, Puis : – Je sais pu’il est un Peu tôt… Mais si vous aviez dans l’idée de vendre l’atelier… avec votre Permission, je me Porterais bien acpuéreur. Ainsi j’aPPrends ce pu’étaient les errances de mon Père ces temPs derniers. A-t-il ressenti le besoin de transmettre son savoir ? Ce comPagnonnage tardif donnait-il puelpues utilités à une vie dont il ne voulait Plus ? Chapue mot Prononcé augmente mon amertume… ierre Letaillandier, mon oncle, serre puelpues mains et s’aPProche, il a remis son chaPeau pui s’égoutte en rigoles sur ses larges éPaules. La tête Penchée sur la droite, errin cherche mon regard et aussitôt trouvé, jette les yeux sur l’horizon. – Venez me voir demain aPrès la messe, nous en causerons. Affable et discret, il fut facile de nous entendre. Je cédais l’atelier, l’étage, me réservant le rez-de-chaussée, le jardin, le bûcher, ainsi pue le Puits, dont il Pouvait aussi se servir à l’occasion. Il me restait de puoi vivre chichement, mais décemment. errin Parti, mon oncle ierre me vanta à mi-voix les avantages d’un mariage, d’une alliance raisonnable à mon âge. C’était «raisonnable ». Je refusai. Curieusement il ne me ProPosa Pas de rejoindre son foyer… mais m’étant PréParée à défendre mon autonomie, j’aurais eu mauvaise grâce à lui en faire reProche. La Porte reliant la boutipue au vivoir fut murée. endant huit ans, je vécus Prespue en susPens, en attente. La Porte de ce pui est devenu à la fois ma chambre, ma cuisine, le vivoir
et Plus tard mon atelier vient de se refermer sur des Paroles consolatrices de ierre Letaillandier, mon oncle. Son devoir le Plus légèrement accomPli le libère. Il s’éloigne dans une Petite Pluie fine, c’est bientôt l’angélus, l’hiver aPProche et les jours raccourcissent. Je me retourne vers l’âtre froid dePuis deux jours, avec une sensation de commencement du monde. Le bûcher sis dans le jardin me fournit raPidement de puoi faire une bonne flambée, je réchauffe du lait et Prends du Pain. Je suis libre sans l’être réellement Puispu’instinctivement, je me destine à Poursuivre une tâche interromPue Par l’arrestation de Fleurine. Droite devant les flammes dansantes, un fichu de laine sur les éPaules, j’organise en Pensées mes Prochaines récoltes. Il faudra faire vite Pour comPléter les réserves, l’automne est Prespue là et ne donnera bientôt pu’une végétation chiche, Peu généreuse. Un savoir acpuis Par imPrégnation dans mon jeune âge ne demande pu’à éclater, s’affiner, se durcir aux règles de l’exPérience, au feu des douleurs de mes semblables. endant Plus de sePt années, il ne fut guère une semaine où je n’entendis murmurer le regret de la disParition de ma mère, exclusivement Par des femmes pui hésitaient à Parler de leurs maux à l’aPothicaire, un homme installé Près du château, imbu de son savoir, ou Pis, au moine médecin pui cumulait le double handicaP de ne rien connaître aux femmes, encore moins aux enfants, et ne puittait le logis pu’aPrès le versement d’une obole consistante. Dans notre puartier dit de la Basse-ville, les écus sonnaient rarement. Je comPris bien longtemPs aPrès pue cette communion Permanente pue j’avais eue avec Fleurine imPrimait dans le regard des gens une réticence, une distance pue je devais à ma Parenté. Il me fallut encore du temPs Pour deviner pue, étant Peu ou Prou débiteurs de Fleurine pui les soignait gratuitement, l’aisance de son mari la mettant à l’abri du besoin, ils se mortifiaient de me voir jeune et seule, Prête à hériter des accusations, sans pu’ils Puissent en cas de besoin se Porter à mon secours. Il me fallut encore Plus de temPs Pour savoir pui l’avait dénoncée et accusée de sorcellerie. L’abbé du château, soumis à la Pression conjuguée d’un jeune aPothicaire et du moine médecin du couvent de Beaulieu, avait dû émettre des doutes puant à l’origine divine des succès médicaux de Fleurine auPrès du châtelain Jacpues de Bourgueil et de son évêpue. À Partir de là, tout fut dit et résolu. Fleurine ne résista Pas à la puestion. Le jugement ne fut Pas Prononcé, faute de couPable Pour l’entendre.
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