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Romain Gary s'en va-t-en guerre

De
235 pages
Avant d’inventer Émile Ajar, Romain Gary s’est inventé un père. Bâtissant sa légende, l’écrivain a laissé entendre que ce père imaginaire était Ivan Mosjoukine, l’acteur russe le plus célèbre de son temps. La réalité n’a rien de ce conte de fées.
Drame familial balayé par l’Histoire et fable onirique, Romain Gary s’en va-t-en guerre restitue l’enfance de Gary et la figure du père absent. Avec une émotion poignante, le roman retrace vingt-quatre heures de la vie du jeune Romain, une journée où bascule son existence.
Après Les derniers jours de Stefan Zweig et Le cas Eduard Einstein, Laurent Seksik poursuit magistralement cette quête de vérité des personnages pour éclairer le mystère d’un écrivain, zones d’ombre et genèse d’un créateur, dans une histoire de génie, de ténèbres et d’amour.
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Laurent Seksik
Romain Gary s'en va-t-en guerre
Flammarion
© Flammarion, 2017.
ISBN Epub : 9782081343924
ISBN PDF Web : 9782081343931
Le livre a été imprimé sous les références : ISBN : 9782081343900
Ouvrage composé et converti parPixellence(59100 Roubaix)
Présentation de l'éditeur Avant d’inventer Émile Ajar, Romain Gary s’est inve nté un père. Bâtissant sa légende, l’écrivain a laissé entendre que ce père imaginaire était Ivan Mosjoukine, l’acteur russe le plus célèbre de son temps. La réalité n’a rien de ce conte de fées. Drame familial balayé par l’Histoire et fable oniri que, Romain Gary s’en va-t-en guerre restitue l’enfance de Gary et la figure du père abs ent. Avec une émotion poignante, le roman retrace vingt-quatre heures de la vie du jeun e Romain, une journée où bascule son existence. Après Les derniers jours de Stefan Zweig et Le cas Eduard Einstein, Laurent Seksik poursuit magistralement cette quête de vérité des p ersonnages pour éclairer le mystère d’un écrivain, zones d’ombre et genèse d’un créateur, dans une histoire de génie, de ténèbres et d’amour.
Né à Nice en 1962, Laurent Seksik est écrivain et m édecin. Les derniers jours de Stefan Zweig et Le cas Eduard Einstein ont été trad uits dans le monde entier, L’Exercice de la médecine a connu un grand succès. Romain Gary s’en va-t-en guerre est son huitième roman.
Du même auteur
Romans L'Exercice de la médecine, Flammarion, 2015 ; J'ai lu, 2017. Le Cas Eduard Einstein, Flammarion, 2013 ; J'ai lu, 2014. La Légende des fils, Flammarion, 2011 ; J'ai lu, 2012. Les Derniers Jours de Stefan Zweig, Flammarion, 2010 ; J'ai lu, 2011. La Consultation, JC Lattès, 2005 ; Pocket, 2009. La Folle Histoire, JC Lattès, 2003 ; J'ai lu, 2012. Les Mauvaises Pensées, JC Lattès, 1999 ; Pocket, 2001. Biographie Albert Einstein, Gallimard, Folio Biographies, 2008. Théâtre Les Derniers Jours de Stefan Zweig, Flammarion, 2012.
Romain Gary s'en va-t-en guerre
À ma mère chérie.
À toi, papa, Tu étais mon premier lecteur. Au moment où je t'ai fermé les yeux, j'étais en tra in de terminer ce roman, le premier que tu ne liras pas mais dont tu avais aimé le sujet parce qu'il nous ramenait tous deux trente ans en a rrière, au temps où j'étais étudiant en médecine. Du balcon de notre appartement à Nice, au 1 rue Roger-Martin-du-Gard, nous contemplions, toi et moi, l'église russe et le lycée du Parc impérial associé s au souvenir de Romain Gary. Tu m'encourageais en me promettant une carrière de professeur de médecine, tandis qu'en secret je rêva is d'embrasser celle de romancier. Comme les autres, ce roman t'est dédié.
REMERCIEMENTS
À Jean-François Hangouët, directeur du Cahier de l'HerneRomain Gary, à Paul Pavlowitch, pour leur lecture et leurs conseils.
WILNO
26 janvier 1925
1 Nina
Ellel fouilla e premier tiroirdu bahut,ensortit un à un les objets quis'y trouvaient,ses mains agitéesd'un léger tremblement qui n'était pasdû à l'air glacial pénétrantdans la pièce par les intersticesdela fenêtre.Surla table,elledéposa unebrosseàcheveux,deux facturesimpayées, une enveloppedéchiquee, quelques breloques, uncendrieren terrecuite fissuréde parten part. Elle glissa la main au fonddu tiroir. Il n'y avaitriendecequ'ellecherchait. Elleremit letouten vracet entrepritde prospecterdans les placardsde lacuisine. Une fois pris les verreset les assiettes,elle montasurunechaise, vit l'étagèrenue. Ellesoufflasurlebois. Unecouchedepoussresesouleva etretomba aussitôt. Danssonesprit,ce futcommesi le tempsserecouvraitdecendres. Elle descenditdelachaise, alladanssachambre, fouillasouslesdraps,examinasouslematelas, tira la petite malle oùellerangeaitses livres pour les protégerdu froidetde l'humidité. C'étaitcette trentainedes plus belles éditionsdesromansrusseset français qu'elle possédaitet qu'elle avait commandées, ouvrage après ouvrage, à la Grande Librairie Françaisede Varsovieet pour laquelle elle avaitdéboursé au total plusieurscentainesdezlotys. Ledernier ouvragereçu était le premier tomed'uneéditiondeGuerreet paix. Elleavait abandonnédepuislongtempsl'idéed'obtenirun jour lesecondtome. Ellesortit les livres par pilesde trois ou quatreeteut un pincement auurencontemplant le fonddela mallevide. L'argent n'était paslà non plus. Toutenremettant leslivres,ellecalculaitdans sonespritcombienellepourraiten tirersielletrouvait acheteurà Wilno.Maisqui aujourd'huidans le ghetto lui proposerait unesommedécente pources ouvrages pour lesquelselles'étaitruinée ? M. Piekielny à quielles'était ouvertedeson intentiondevendrelacollections'était montré intéressé parMadameBovary,en hommageàson épousedisparueet prénomméeEmma. Ellelui avaitdit : «Vous prenezMadameBovary, prenezL'Éducationsentimentale! On neséparepaslesenfants d'un mêmelit.» Le petit homme avaitdemandédanssa barbesi Emma Bovary était également l'héroïnede L'Éducationsentimentale,sic'en était lasuite. «Non, monsieurPiekielny, ni lasuiteni lepremierépisode.» Le petit hommep avait risai un r tristededéception, avant queson visage nesclaireet qu'il demande: «Et l'argenterie, madameKacew ?Ma proposition tient toujours, voussavez.» Jamaisellenesesépareraitdel'argenterie. Elleretournadans la pièce principale,s'assitsur lachaise,embrassa l'espace videduregard. Le divanroseavait trouvé preneuren premier. PuislaconsoleLouisXV. Lesfauteuils, l'armoireet le grandtapisavaient étéemporsparleshuissiers. La table, leschaisesainsi quelebahut étaient jugés irrécupérables. Elle poussa un longsoupir, plongeason visageentreses mains, puiselle éclataensanglots – quandNina pleurait,ellesemblaitexplorertouteslesressourcesdesa mélancolie,célébreren actes l'immensitédesasouffrance,elle pleuraitcomme les hommes pieux pleurent ladestructiondu Templederusalem, Kol Nidreet Kaddish mêlésdansun mêmeet longsanglot. Elle avait cuen quelques années une tellesommededrames qu'elle avait l'impressiond'avoir reçuen héritagetouslesmalheursdu monde. Ellesortit un mouchoirdesa poche,essuyasespaupières, allaseposterdevant lemiroir,seforça àsourire,reprit la brossedansletiroiret la passadanssescheveux avecdelentsmouvementsdeva-et-vient. On frappa à la porte. Ellesclaircit la voix. — Entre, Roman. La porteens'ouvrant laissadéferlerlaclardu jour. Legarçon vintdéposerun baisersurla joue desa mère,reculad'un pas,s'attardasurson visageetdemanda à Ninasielleavait pleuré. Nina nia du mieux qu'ellepouvait, puis, à nouveau,ellefonditen larmes. Si j'avaispleuré, jeteledirais, n'est-cepas?expliqua-t-elle,desflotsdelarmescontinuant àse déversersursesjoues. Pourquoi tementirais-je? Est-cequ'il y a unehonteà pleurer?