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Tristes lectures, extraits...

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À propos de ce livre :
Le texte qui suit est à visée promotionnelle. Il reproduit les dix premières pages de Tristes lectures, paru aux éditions Myriel en juin 2015. Vous trouverez en fin d’ouvrage toutes les informations renseignant sur les modalités d’achat ainsi qu’un texte de présentation de l’auteur.
L’équipe éditoriale, éditions Myriel
Résumé et 4ème de couverture :
Sensible, femme gracile, Julie Rougerie est de ces êtres délicats sur qui s’abat, lâchement, la confusion. Grande lectrice, la jeune femme se plonge si intensément dans la Littérature qu’elle commence à croire en une improbable chose : l’héroïne de son roman préféré existerait bel et bien. Sa voisine, Nathalie Lesueur, serait cette femme que Julie épie, follement, nuit et jour jusqu’à l’irréparable. Comment Julie Rougerie en est-elle arrivée là ? Pourquoi commence-t-elle à épier le meilleur ami de sa proie, un fol projet pour conclusion triste à cette drôle d’histoire ?
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TRISTES LECTURES éditions Myriel, 2015
À propos de ce livre: Le texte qui suit est à visée promotionnelle. Il reproduit les dix premières pages deTristes lectures, paru aux éditions Myriel en juin 2015. Vous trouverez en fin d’ouvrage toutes les informations renseignant sur les modalités d’achat ainsi qu’un texte de présentation de l’auteur. L’équipe éditoriale, éditions Myriel ème Résumé et 4 de couverture: Sensible, femme gracile, Julie Rougerie est de ces êtres délicats sur qui s’abat, lâchement, la confusion. Grande lectrice, la jeune femme se plonge si intensément dans la Littérature qu’elle commence à croire en une improbable chose : l’héroïne de son roman préféré existerait bel et bien. Sa voisine, Nathalie Lesueur, serait cette femme que Julie épie, follement, nuit et jour jusqu’à l’irréparable. Comment Julie Rougerie en est-elle arrivée là ? Pourquoi commence-t-elle à épier le meilleur ami de sa proie, un fol projet pour conclusion triste à cette drôle d’histoire ? À propos des éditions Myriel et de la collection Myriel Littérature: Nées en 2011, leséditions Myrielfont, par leur nom, référence à l’œuvre de Victor Hugo. Soucieuses de redécouvertes, leséditions Myrielsont à la croisée entre Histoire et Littérature, mais pas uniquement. Car à côté de ce que nous espérons faire redécouvrir il y a tout un travail de mise en valeur de nouveaux auteurs, comme l’atteste la collectionMyriel Littérature. Ainsi avance la Littérature, entre redécouvertes, consolidation de ses acquis et trouvailles de ses nouveaux talents.
Thomas n’avait qu’un interlocuteur quand il écrivait le témoignage de sa disparition, c’était moi. Au moment de disparaître, alors qu’il entamait son périple mystérieux, il s’était arrêté près d’unePoste. J’ai retrouvé les traces de son passage sur les bandes vidéo de l’agenceLCLse trouvant tout à côté de là. On le voit, tenant par la main une fillette qui jamais ne bouge, qui jamais ne semble comprendre l’importance de ces instants vécus. Entre la place de parking, où il avait posé sa voiture, et la boite aux lettres, il y a une trentaine de mètres. Si à cet instant, l’enfant avait cherché à se débattre, elle pouvait encore se sauver. Elle ne le fit pas. Je connais Thomas : il a dû tirer prétexte de cette indolence pour se convaincre du bon droit de sa folie. Il est comme ça Thomas : convaincu jusqu’à l’aveuglement pourvu que les preuves l’y invitent. Sur la bande vidéo, on le voit, parfois, en train de parler à son accompagnatrice. L’enfant ne bouge pas, on sent comme une absence de révolte en elle. La peur paralyse son corps frêle. Sur la question, restons-en à une intuition, celle que l’on devine en regardant ces images. L’enfant marche d’un pas fataliste. Ses pas se retiennent de tituber, ils vont à la déroute. Si Thomas lui parle, c’est, certainement, en réponse à ses craintes. Il cherche tellement à passer pour un père qu’il se force à lui parler, s’abaissant jusqu’à elle, comme tendrement. Ainsi font les pères sans enfant : ils miment un comportement, celui de la parenté supposée. On n’y verra rien si je mime la précaution ; ainsi pensent-ils, simple calcul de l’animal humain en cavale. L’enfant joue le jeu, paradoxalement, ajouterai-je. Le jeu n’en est pas vraiment un pour elle. Tout plutôt que l’étreinte, terrible, de cette angoisse lui enserrant la poitrine. J’anticipe ses incompréhensions : elles devaient être extrêmes. L’homme dont elle ne connaissait rien ; celui qui la retenait, contre son gré, depuis plusieurs heures, lui parlait. Alors elle répondait. S’il cédait à la bizarrerie, c’était à dessein : pour tromper son monde. Si elle y participait, c’était par nécessité : pour tromper sa peur. Attelage de la ruse, celle d’un homme à la dérive, et de la fourberie, celle, plus naïve, d’une enfant en manque de solution à opposer au monde. Sur la vidéo, c’est bien lui : aucun doute. Sur le début de sa marche, il fait l’effort de baisser la tête ; histoire de ne pas offrir son visage à qui pourrait le regarder, passants ou caméras, c’est évident. Pour ne pas trahir ses ruses, il se restreint dans sa gestuelle. C’est ce qui le convainc, peu à peu, d’avancer, le visage moins ostensiblement baissé. L’envie de paraître moins suspect le desservira, finalement. Pour glisser ses lettres dans la boite, il lui fallait relever la tête. Pour lire ce qu’il y avait d’écrit sur la boite aux lettres, il expose son visage complètement à la lumière. La caméra l’avait saisi là, à cet instant réclamant sa concentration. Il ne pensait qu’à lire les indications affichées sur la boite ; après-coup, nous, nous lisons, la moindre des ridules coupables de son visage. Il était démasqué, ses lettres postées, il repartait. Le lendemain, je recevais l’une de ses missives. Il avait timbré l’enveloppe pour qu’elle m’arrive le plus vite possible. Il entamait tout juste sa cavale quand je commençais à lire ces mots : « Cher Antoine, “J’ai fini par retrouver la fille de Julie. L’espoir de sauver quelqu’un de ce naufrage n’est pas complètement vain ! Je savais que la petite s’appelait Éléonore et qu’elle avait sept ans lorsque la DDASS l’avait placée. Seulement, je peinais à savoir où l’enfant avait atterri. Pour la retrouver, il m’a d’abord fallu comprendre le drame qui s’était joué. Julie avait trois enfants. Son premier fils, Noël, est mort très jeune d’une arythmie cardiaque. Par peur de perdre un nouvel enfant, Julie a dû être surprotectrice avec ses deux enfants restants. Le deuxième de ses fils surtout, Étienne, suscitait son affection. Sa fille devait peiner pour trouver
sa place entre eux. Réaction de jalousie, accident ou coup du sort, on ne sait trop ; mais, un matin de 2005, le petit Étienne se retrouve à l’eau, dans le lac du bois de Boulogne ; vraisemblablement poussé par sa sœur, qui s’en défendra, dans un premier temps. Finalement, l’enfant avouera : c’est bien elle qui avait poussé son frère, par accident, disait-elle. Julie ne l’a jamais crue. Entre elle et sa fille, la confiance était comme rompue. La DDASS mentionne dans ses archives que la mère avait maintes fois exprimé des menaces contre sa propre fille. Pour épargner l’enfant, elle fut retirée de chez sa mère et placée chez une cousine de Julie. Seulement l’enfant était traumatisée par ce qu’elle supposait des intentions de sa mère. Pour l’aider à oublier, on la plaça dans une famille lui étant complètement étrangère, en Savoie. Interdiction pour sa mère de la rechercher. Première dégradation pour Julie. La petite Éléonore, devenue Emeline, son deuxième prénom, avait pris un autre nom, s’était vue attribuer une nouvelle identité, en quelque sorte. Impossibilité pour sa mère de la retrouver. Deuxième dégradation pour Julie. J’ai retrouvé l’enfant. Si tu lis ces mots, c’est que ma décision s’est exaucée. J’ai décidé d’enlever Éléonore. Ironie du sort, je ferais comme Julie avait fait, lorsqu’elle avait eu à kidnapper la petite Charlotte Bellegrand : je prendrais la place de son tuteur d’habitude. Le mercredi midi, Éléonore doit manger chez une amie de sa mère. Cette dernière peut s’en occuper tous les midis de la semaine, sauf ce jour-là. La copine s’appelle Justine Chéral. Elle habite à un pâté de maisons de l’école. Pour kidnapper Charlotte, Julie avait enfermé Régis, l’oncle de la petite, dans son coffre, puis était allée chercher la fillette. Revenue à la voiture avec l’enfant, Julie l’avait chloroformée. Je ferais la même chose.”
Dans cette histoire, tout n’a été que reports. Report de nos intérêts, retard dans l’attention que nous devons aux disparus peuplant les endroits que n’interrogeons plus. Pour que le commissaire Ogier commence son enquête, il fallait une plainte. Privilège des mieux lotis dont est exclue Éléonore. L’enfant ne compte pour personne, ou presque. S’inquiéter de sa disparition n’allait pas de soi. Sa tutrice travaillait tard le soir de sa disparition. Justine Chéral, qui avait charge d’aller chercher l’enfant à l’école, n’est pas mariée. Thomas la gardait séquestrée dans un box loué à cet effet. Parmi les lettres qu’il avait envoyées, il y en avait une pour la police. Il disait tout du lieu de détention de Justine Chéral. Deux jours avaient déjà passé quand on la retrouvait. La tutrice d’Éléonore était rentrée à 22 heures du travail ce soir-là. Une tuile ! Une urgence sur un dossier ; jargon administratif pour qualifier une désertion. Le sort s’acharnait, l’enfant s’éloignait. Le lendemain, la tutrice se précipitait au commissariat. Le policier la recevant ne croyait guère à l’urgence du cas. Un jour de plus avait passé. Quand Ogier libérait Justine Chéral, la police n’avait toujours pas lié les deux affaires entre elles. La plainte signalant la disparition d’Éléonore dormait dans le tiroir d’un commissariat mal tenu. Thomas se dénonçait de l’enlèvement de Justine Chéral dans son courrier, mais il ne parlait pas d’Éléonore. D’autres jours étaient encore passés. Ogier cherchait à en apprendre plus sur l’enlèvement de Justine Chéral. La tutrice d’Éléonore rencontrait Ogier. Elle lui parlait du drôle de passé de la fillette. Étrangeté qui n’en était pas pour Ogier. Éléonore, fillette disparue, était la fille biologique de Julie Rougerie. Thomas, journaliste ayant travaillé sur l’affaire Rougerie s’accusant de l’enlèvement de Justine Chéral. Les fils se nouaient, Ogier avait la solution : C’est Thomas Eeckout qui avait enlevé la fillette. L’enquête commençait, avec une semaine de retard. La police visitait l’appartement de Thomas. J’y étais passé avant eux. Je garderais mon avance, jusqu’à m’en faire sa propre victime !! Ogier m’avait cerné : pour avancer plus vite que moi, il me ferait suivre. Et moi j’avais foncé !!
Mon histoire : la folie. La folie d’un frère, mon petit frère. Celui que j’ai échoué à protéger. La folie de notre mère ; Carole, femme forte, pour les apparences. Femme en prise, avec ses démons, sa noirceur l’ayant poussée vers des phases de déprime si fortes que, très tôt, nous avons eu, Thomas et moi, à organiser notre vie sans elle. Ses séjours à l’asile étaient si nombreux que sur la fin, ils en devenaient permanents. Son décès, à 47 ans, n’étant que l’entérinement, décisif, d’une absence, déjà effective depuis bien trop longtemps. Ma culpabilité c’est aussi ça. Je refusais à chaque fois que Thomas m’y accompagne dans cet asile. Aller voir un mort qui vit encore n’est en rien un spectacle pour un enfant. On vous parle de l’amour qui soigne, c’est faux. L’enfant aimant reste un monstre de sensibilité incomprise, des autres, et jusqu’à lui-même. Ce qu’il voit l’afflige, c’est une nécessité. À presser son pouce sur un morceau de cire chaude, on voit les effets de déformation caractérisant une matière portée à effusion. Deux minutes avant, le morceau de cire était cassant. Le faire tomber équivalait à le briser. On le chauffe et voilà que la matière s’amollit ; qu’elle épouse les formes de son entour : de l’air et ses agressions, de votre main, de ce qui l’enserre. Un enfant porté au spectacle de sa mère mourant a les mêmes caractéristiques touchant à la déformation de ses beautés et au fracas de son monde intérieur. Une mère s’acharnant contre des démons c’est un spectacle atroce, du genre de ceux qui éreintent vos protections. Moi, pour y aller à l’asile, il me fallait tellement d’abnégation que l’acte s’appelait sacrifice. Thomas s’accrochait à moi pour qu’on y aille ensemble. Je n’avais personne pour le garder, la plupart du temps. Alors nous y allions. Et puis maman était si heureuse de le voir qu’elle me semblait guérir à sa simple vue. Tel un croyant en dévotion, maman rayonnait, littéralement. On la croyait en rémission, pourvu que Thomas se présente face à elle. Ces répits, lâches, n’étaient qu’impuissance obscène. La folie était trop forte pour simplement faiblir devant si faible attaque. Nos discussions, à trois, comme autant de chemins vers la guérison que nous pensions pouvoir engager. Avec le recul, je comprends que la disparition de Thomas était là, dans ce que nous pressentions du pouvoir de la folie sur les êtres égarés. Il a pleuré quand maman est morte. Il a pleuré autant et même bien plus que moi. Nous enterrions une malade que nous nous étions acharnés à vouloir sauver. Là fut la blessure : dans la disparition d’une mère, dans l’échec que notre amour, portant notre conviction de pouvoir la sauver. La répétition, inscrite en chaque chose de cet échec. Ici tient l’explication prouvant l’épuisement extrême que Thomas semblait porter avant de disparaître. Si la blessure fut agissante, tout au long de ces années, c’est parce qu’elle se rouvrait, sans cesse. Normal quand il s’agit de la mort d’une mère. Inéluctable lorsque cette dernière s’aggrave du remord d’avoir échoué lorsqu’il s’agissait d’avoir à la guérir. Au fond l’affaire Julie Rougerie ne fut qu’un tison pour Thomas. Les braises couvaient en son âme. Il a fallu que vienne à lui l’histoire de cette démente pour que, lui, y plonge. Et comme toujours, depuis la mort de maman, il s’agissait, encore et encore, de réparer l’irréparable, de courir derrière un temps s’échappant, n’en déplaise à l’illusion de ses redites. Je lui avais téléphoné un jour. C’était un mercredi, je m’en souviens. Thomas avait sa fatigue des lendemains d’insomnie travailleuse. Il n’osait me l’avouer, mais moi je le devinais. Étrange pudeur du frère devant sa seule famille. Illusoire dérobade de celui que vous connaissez mieux qu’il ne se connait, et qui, par vanité, se fourvoie dans ses mensonges dissimulateurs.
C’est sur l’affaire Julie Rougerie qu’il avait passé sa nuit. Facile de le savoir : ses mots étaient sans spontanéité. Il les cherchait. C’était sa façon de mentir. L’indice qu’il laissait à ma découverte pour me montrer qu’un petit frère vivait encore en cet homme devenu fort. Thomas fut une lumière prouvant la noirceur de nos idées préconçues, idées pleines de faussetés, concernant l’affaire Julie Rougerie. Sans lui, sans ses articles, nous en serions restés à des lourdeurs sur la question. Ses articles avaient ému la profession. Splendides dans le ton, dans la thèse, ils nous aidaient à voir qu’une femme avait vécu avant les accusations. Julie Rougerie, morte folle, elle aussi, rendue à la vie par le temps et le travail que Thomas avait consacrés à sa cause. Voilà notre défunte mère comme vengée. Ce qu’il avait échoué à réussir concernant maman, il avait pu l’accomplir avec Julie Rougerie. La folle s’en était allée, folie confondante, puis folie qui assassine, dans les deux cas. Mais concernant Julie Rougerie, au moins Thomas avait-il réussi à la faire revivre : par les mots. Au fond qui était Julie Rougerie ? Une femme a la lucidité entamée par trop de lectures sérieuses. Une femme ayant fini par croire que l’œuvre des grands auteurs trouve son incarnation charnelle dans la vie de tous les jours. La sienne fut abominable : Un abandon, deux décès d’enfant, une somme d’hallucinations prises pour argent comptant, un enfermement, un internement, puis la mort. Puis pour finir, le drame achevant sa boucle par l’implication de l’innocence, comme il sied à pareille tragédie : l’acte final de Thomas. Sa disparition. Ses heures passées à vouloir écrire sur une folle, jusqu’à engager, contre soi-même, sa propre santé d’âme. Bref au final un constat : Mon petit frère que la folie rattrape sous la forme de sa passion pour l’écriture, le souci de vérité l’exigeant. Les souffrances d’un grand frère s’en plaignant. Un spectre me hante de plus en plus. Sa menace m’effraie : la folie en héritage verra-t-elle son inéluctable avancée s’arrêter là ? Mon frère et ma mère en furent victimes. Et si le prochain, c’était moi ? Me voilà dans la peau d’un héros duHorla. Je la vois, elle est là, et je ne peux qu’en constater l’implacable marche.
Présentation de l’auteur: Grégory VUIBOUT est un auteur francophone né en 1978. Śituant l’essentiel de sa création dans le champ historique et sociétal il est préfacier et auteur de roman et de nouvelles. Titulaire d’une maîtrise d’histoire et d’un DEA de philosophie politique, Grégory VUIBOUT cherche dans la Littérature un espace de création fécond. Passionné par l’histoire intellectuelle ème de 19 siècle, il est un des membres fondateurs des éditions Myriel et à ce titre collaborateur régulier des productions qui s’y publient.
Informations légales sur le livre : Site internet de l’éditeur :edition-myriel.com
Titre :Tristeslectures Auteur : Grégory VUIBOUT Année de parution : juin 2015 ISBN : 978-2-36946-034-3 N° éditeur : 979-10-91260 Nombre de signes : 241 731
Visuel de couv :
Un pour Un
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