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1940-1945 Résistances et déportations

De
211 pages
Pour construire un avenir plus tolérant et plus humain, un pays ne doit pas oublier ni renier son passé. La Mémoire, ce patrimoine historique et humain, est l'affaire de chacun ; les commémorations ne doivent pas rester l'apanage des anciens combattants. Cet ouvrage développe de nombreuses initiatives et expériences isolées et méconnues qui ont pour objectif de mettre en lumière cet important "travail de mémoire".
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1940-1945
RÉSISTANCES ET DÉPORTATIONS

Cette mémoire, comment la transmettre ?

Du même auteur

Premières…des pionnières, Éditions de l’Officine, 2006. La Déportation en héritage, Éditions ANOVI, 2005. Marie Antoinette-Alexandra Romanov, Souveraines de la couronne à la mort, Éditions de l’Officine, 2003. Les Femmes et la Légion d’honneur, Éditions de l’Officine, 2002. Farah Diba Palhavi-Zita de Habsbourg, Impératrices du trône à l’exil, Éditions de l’Officine, 2002. Sissi-Diana, du rêve à la tragédie, Éditions Buchet-Chastel, 1998 ; Réédition éditions de l’Officine, 2004. Ouvrages coécrits avec Stéphanie Bessière Une nuit sous les étoiles, Éditions L’Harmattan, 2010. Une larme pour l’éternité, Éditions L’Harmattan, 2009.

www.bessiere-livres.com

© L’Harmattan, 2010 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-12760-9 EAN : 9782296127609

Danièle Déon-Bessière

1940-1945
RÉSISTANCES ET DÉPORTATIONS

Cette mémoire, comment la transmettre ?

« Souvenons-nous que l’intérêt qui s’attache au concours national de la Résistance et de la Déportation doit beaucoup à Lucie Aubrac, résistante et enseignante, qui avait saisi l’importance primordiale du témoignage direct auprès des jeunes générations. »

SOMMAIRE Pages

Préface Prologue Chapitre I - Les supports de la Mémoire La DMPA - l’ONAC 1°/ Les musées 2°/ Les livres 3°/ L’audiovisuel 4°/ Les DVD et les CD-Rom 5°/ Internet 6°/ Les expositions 7°/ Les concours 8°/ Les pèlerinages Chapitre II - Les acteurs de la Mémoire 9°/ Les fondations 10°/ Les fédérations et associations 11°/ Les héritiers Chapitre III - Les actions menées en direction de la Mémoire 1°/ Le témoignage 2°/ Initiatives des enseignants 3°/ Initiatives artistiques Chapitre IV - Les réactions des élèves Chapitre V - La Mémoire en dehors du scolaire 1°/ Les commémorations 2°/ Les mémoriaux

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Chapitre VI - La Mémoire demain Comment demain transmettre la Mémoire ? Conclusion Epilogue Remerciements Listing des musées cités dans cet ouvrage

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PREFACE L’ouvrage de Danièle Déon Bessière est un instrument précieux pour tous ceux qu’intéresse le « travail de la Mémoire ». Sa qualité est double. Il est d’abord le fruit d’une recherche systématique sur les supports et les acteurs de la Mémoire ; il est ensuite une étude sur la transmission, c’est-à-dire sur l’action et la réaction entre celui (ou celle) qui transmet et celui (ou celle) qui reçoit. Danièle Déon Bessière est parfaitement qualifiée pour cette étude et d’abord parce que son époux, André Bessière, ancien résistant déporté et animateur d’une association, a chèrement acquis et inlassablement transmis les composantes de la Mémoire, et parce qu’elle-même, psychologue de formation, a réuni une riche expérience dans le travail de la transmission. Cet ouvrage est donc le fruit d’un effort de recherche, doublé d’un rôle d’héritière et d’actrice. Il est normal que cette étude accorde une place prépondérante à la Mémoire de la Déportation, cette entreprise de déshumanisation et de destruction qui marque du sceau d’infamie le système nazi (l’auteur de cette note qui a eu la chance d’échapper à la Déportation, mais a connu l’angoisse des « interrogatoires » de la gestapo s’efforce, dans les témoignages devant les publics scolaires, d’en rappeler le souvenir). C’est bien au niveau scolaire que s’effectue l’essentiel du travail de la Mémoire, et c’est sans doute aux enseignants que ce livre peut être le plus utile, mais pas exclusivement. La répression allemande voulait être une arme de terreur contre la Résistance, tout en consacrant, avec ses complices français, une large part de son activité à la chasse aux Juifs, la Shoah. La résistance civile, puis militaire, prit des formes diverses suivant les époques de 1940 à 1944 et suivant les lieux. Les jeunes restent sensibles aux évènements qui se sont déroulés dans un environnement qui leur est familier, c’est pourquoi les acteurs du travail de Mémoire, qui s’emploient à faire comprendre ce que fut la Résistance, auront grand intérêt à se référer aux musées locaux, aux livres, aux

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expositions, aux commémorations qui rendent compte de cette diversité, de cette décentralisation. Les nombreuses références au Concours National sur la Résistance et la Déportation, une des principales actions concrètes mobilisant les jeunes pour le travail de la Mémoire, nous fournissent l’occasion de rappeler que souvent les lauréats illustrent leur présentation par des exemples ou des citations localisés dans la région qui leur est familière. Enfin je souhaite souligner ce qui pourrait être interprété comme une lacune de cet ouvrage, mais qui, à mes yeux, est une grande qualité. Les associations, les expositions, les livres, expriment une grande diversité d’opinions qui peuvent être qualifiées de philosophiques ou de politiques. Ce livre évite toujours de les mentionner pour concentrer l’intérêt du lecteur sur l’essentiel, c’est-à-dire la Mémoire de la Résistance et du combat commun. La variété des opinions, souvent visibles, est le reflet de la liberté, des libertés, dont le rétablissement était bien le but commun, avec l’indépendance du Pays, de tous ceux dont ce livre explore les combats, les souffrances, les victoires. Cette absence de toute qualification politique est donc un hommage à ce qui fut la marque essentielle de la Résistance française, c’est-à-dire à son Unité. Raymond Aubrac

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PROLOGUE Anciens combattants, résistants et déportés ainsi que responsables d’associations patriotiques et enseignants se posent tous la même question : Comment transmettre la Mémoire ? Les titres que l’on peut lire dans les journaux ou revues du monde combattant témoignent de cette inquiétude : La Mémoire, une clé pour le respect des droits de l’homme, (Le Patriote résistant de décembre 2008) Transmettre la Mémoire autrement, (Le journal de l’ONAC septembre 2009) La Mémoire est un devoir (Le déporté de mai 2009) En effet, les témoins de la tragique période 1939-1945 sont de moins en moins nombreux ou éprouvent des difficultés à se déplacer pour continuer à répondre présents aux sollicitations des établissements scolaires. Les jeunes générations qui ont eu le privilège de les rencontrer, de les entendre et de les questionner ont, à l’évidence, reçu une part d’histoire en même temps qu’un témoignage vivant et concret de ces « héros » anonymes discrets apportant aux professeurs d’histoire géographie un « plus » humain irremplaçable. Il est impossible que le souvenir de cette rencontre ne laisse pas une trace marquante dans le cœur et l’esprit de ces filles et de ces garçons dans leur vie future. Sans doute transmettront-ils, ou ont-ils déjà transmis, ce qu’ils ont compris et retenu de cette expérience exceptionnelle, ne seraitce que dans leur environnement familial. Aujourd’hui, le temps des témoins est révolu. Il faut songer à d’autres moyens pour que l’oubli ne s’installe pas et que les valeurs ne sombrent pas. En effet, transmettre la Mémoire, c’est aussi transmettre des valeurs d’humanité, de

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respect et de tolérance, des valeurs que des hommes et des femmes ont défendu au prix de souffrances physiques et morales, au prix de leur liberté et jusqu’au sacrifice de leur vie. Alors, comment transmettre cette Mémoire ? Oui, comment transmettre cette Mémoire ? Les historiens se sont exprimés et accordés pour affirmer que ce n’est pas à la loi de définir un cadre pour écrire l’histoire, le rôle des élus se situant à un autre niveau, celui des hommages et des commémorations. Craignant de possibles incursions législatives qui attenteraient à leur liberté de chercheurs, certains historiens regrettent que l’histoire « science » soit nettement moins prégnante que l’histoire « Mémoire » dans l’esprit d’un large public et même dans les médias. Certes « Les héritiers des victimes ne sont pas les victimes », mais l’histoire peut-elle servir de leçon si l’aspect psychologique et humain disparaît au seul profit des faits et des dates ? Pour le Grand Larousse : - La Mémoire est un ensemble de faits passés qui reste dans le souvenir des hommes, d’un groupe : la Mémoire d’un peuple. - L’histoire est la connaissance du passé de l’humanité et des sociétés humaines ; discipline qui étudie ce passé et cherche à le reconstituer : les sources, les matériaux, les méthodes de l’histoire. Il m’apparaît, au vu de ce qui précède, que cette Mémoire qui doit aller vers les jeunes générations ne peut exclure, si la possibilité en est offerte, ce que les héritiers sont à même de pouvoir apporter, notamment aux enseignants qui ont en charge l’apprentissage de l’histoire. Transmettre la Mémoire, ce patrimoine historique et humain, demeure la préoccupation de toutes les grandes instances et a déjà fait l’objet de réflexions.

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Certains se sont en effet penchés sur le sujet, des expériences diverses ont été tentées à titre individuel, avec la même volonté et le même but. Toutes sont intéressantes et ont apporté un début de réponse à la question posée et je crois utile de les développer ciaprès. Mais tout d’abord examinons les supports dont on dispose aujourd’hui pour transmettre cette Mémoire.

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CHAPITRE I LES SUPPORTS DE LA MEMOIRE

La DMPA La Direction de la Mémoire du Patrimoine et des Archives est l’une des directions du secrétariat général pour l’administration de la défense. Elle a trois grands domaines de compétences : la Mémoire, la culture et les actions éducatives ; les archives et les bibliothèques ; l’immobilier et l’environnement. Administration centrale héritière des Anciens combattants, la DMPA travaille avec l’Education nationale par le biais d’une commission mixte. Elle est en charge, sous l’autorité du secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants, de l’élaboration et de la promotion de la politique publique de la Mémoire des conflits contemporains. Ses missions recouvrent l’ensemble des actions de Mémoire destinées à transmettre les valeurs qui fondent l’unité nationale et défendent les principes démocratiques. Elle édite une revue mensuelle Les Chemins de la Mémoire. Plaquettes, expositions, publications, sites internet sont mis à la disposition de la politique éducative et à l’enseignement de défense. Cette politique éducative, vecteur de transmission de la Mémoire, encourage une réflexion sur la construction européenne, le respect des droits de l’Homme et du citoyen, et la paix. L’ONAC Au sein de la direction des Missions, le département de la Mémoire combattante est chargé de la définition et de la mise en œuvre de la mission Mémoire de l’Office, sous l’autorité du Secrétaire d’Etat à la défense et aux anciens combattants.

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1°/ LES MUSEES Les musées ont été bien sûr les premiers supports concrets. Certains, montés par d’anciens combattants, résistants ou déportés, font montre d’une très grande pédagogie. J’ai eu l’occasion d’en visiter moi-même, notamment : - Le centre régional d’Histoire de la Résistance et de la Déportation de Castelnau-le-Lez, près de Montpellier dans l’Hérault, créé en 1990 sur l’initiative de M. André Dau, déporté résistant, qui présente une exposition permanente de photographies, objets, maquettes, armes, matériel de sabotage, etc., représente un outil pédagogique, historique et civique au travers des salles consacrées à la montée du nazisme, des opérations FFL, des maquis régionaux, de la résistance et de la déportation. Une salle de conférence favorise les rencontres lors de conférences ou de projections de films. Une bibliothèque rassemble des centaines d’ouvrages, revues, journaux, témoignages et archives mis à la disposition du public, qu’il soit lecteur, étudiant ou chercheur. Celle-ci est largement utilisée par les élèves participant au concours national de la Résistance et de la Déportation. - Le musée de la Résistance-Déportation-Libération de Cahors, dans le Lot, créé à l’initiative des associations d’anciens combattants et inauguré en 1992, longtemps dirigé par Pierre Combes du convoi du 27.4.44, présente sur un rez-de-chaussée et deux étages les débuts de la Résistance et la vie sous l’Occupation, les maquis du Lot et la lutte armée, la Déportation, la Répression, les combats des FFI contre les occupants dans le Lot, les combats de Brazzaville à Berlin. Outre les scolaires, les visiteurs comptent de nombreux étrangers où se dénombrent Anglais, Allemands, Américains et Canadiens. - Le Mémorial de Normandie-Niemen aux Andelys dans l’Eure, très documenté, retrace l’épopée de cette escadrille créée en septembre 1942 par le général de Gaulle pour combattre sur le

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front de l’Est. Marcel Lefèvre, l’un des pilotes du groupe de chasse, était un enfant des Andelys. Le mémorial raconte son histoire à travers une collection de souvenirs. La réplique d’un Yak, premier avion de l’escadrille Normandie-Niemen, côtoie un mirage F1 aux couleurs de cette escadrille, rappelant que celle-ci existe toujours, basée à Colmar. Le musée accueille non seulement des classes, tels ces collégiens lors de la rencontre intergénérationnelle des Andelys en octobre 2009, mais également des visiteurs russes qui n’oublient pas ces aviateurs qui ont bravé l’ennemi, le froid et la mort sur leur sol. Le conservateur Alain Fages les évoque avec émotion et aime à présenter les objets et souvenirs offerts au musée par ceux qui viennent de si loin en pèlerinage. - Le musée de la Résistance et de la Déportation de Forges-lesEaux en Seine-Maritime, réouvert depuis juin 2000, présente une belle rétrospective des années sombres de la Seconde Guerre mondiale. Outre des maquettes, des armes et des panneaux descriptifs, on peut voir des mannequins qui présentent les uniformes. Derrière une radio ou en déportation, ils mettent les visiteurs en situation. Ce musée, qui consacre un espace à la résistance normande, est également très fourni en objets du quotidien dont la visualisation permet d’expliquer très pédagogiquement à des jeunes la vie sous l’Occupation, le travail des résistants et le drame de la Déportation. Ce musée compte également une particularité exceptionnelle avec le témoignage « vivant » du tatouage de Pierre Nivromont qui a souhaité léguer à la postérité le numéro 186.140 marqué dans sa chair à Auschwitz-Birkenau. Son frère Jean s’efforce de faire connaître ce musée qui, on le comprend, lui tient particulièrement à cœur. Ainsi accompagne-t-il des groupes, telles ces 40 personnes de l’association nationale des Hospitaliers retraités, impressionnées par leur visite commentée par les gestionnaires du musée. Il regrette de constater combien il est difficile de déplacer des scolaires en raison des frais de transports et des assurances.

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