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Historiques Historiques
série Travaux
Auguste Salzmann (1824-1872)
Lise Brossard-Gabastou
Né à Ribeauvillé en Alsace le 14 avril 1824, Auguste Salzmann appartenait
à la bourgeoisie alsacienne entreprenante et prospère. De santé très fragile, il Auguste Salzmann (1824-1872)manifestait un goût pour le dessin que son père n’a pas contrarié. Sa formation
de peintre l’a conduit à faire, en 1847, la connaissance du peintre Eugène
Fromentin avec qui il est parti en Algérie, le périple en Orient étant devenu Pionnier de la photographie et de l’archéologieun complément obligé du Grand Tour en Italie. Ils y ont découvert un monde
qui a laissé pour toujours des traces en eux. au Proche-Orient
À son retour, infuencé par l’égyptologue Auguste Mariette, Auguste
Salzmann s’est épris d’archéologie, et c’est dans un but « scientifque » qu’il
s’est intéressé à la photographie, refusant toute dimension artistique à ce
médium. Il a publié un album sur Jérusalem en 1854, considéré comme un
chef-d’œuvre des origines de la photographie et il est l’un des seuls à poser
avec talent l’immédiateté de la lumière sur le temps infni.
Il s’est passionné toute sa vie pour l’archéologie, avant de mourir à Paris le
24 février 1872, à l’âge de 47 ans.
Lise Brossard Gabastou, après des études à l’université de Bordeaux et à
l’UCLA (Université de Californie, Los Angeles), devient enseignante à l’université
de Bordeaux. Elle a également traduit, de l’anglais, Une clairière dans le bush
(roman de Zoë Wicomb, paru aux Editions Le Serpent à Plumes) ; King Ink, vol.
1 (recueil de poèmes de Nick Cave, également aux Editions Le Serpent à Plumes).
Collection « Historiques »
dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland
illustration de couverture : Jérusalem, St-Sépulcre : Colonne du
parvis, A.Salzmann (1856);
ISBN : 978-2-343-00342-9 Historiques15,50 €
Travaux
Historiques
Auguste Salzmann (1824-1872)
Lise Brossard-Gabastou
série Travaux






Auguste SALZMANN (1824-1872)

Pionnier de la photographie et de l’archéologie
au Proche-Orient
Historiques
Dirigée par Bruno Péquignot et Denis Rolland


La collection « Historiques » a pour vocation de présenter les
recherches les plus récentes en sciences historiques. La collection
est ouverte à la diversité des thèmes d'étude et des périodes
historiques.
Elle comprend trois séries : la première s’intitulant « travaux »
est ouverte aux études respectant une démarche scientifique
(l’accent est particulièrement mis sur la recherche universitaire)
tandis que la deuxième intitulée « sources » a pour objectif d’éditer
des témoignages de contemporains relatifs à des événements
d’ampleur historique ou de publier tout texte dont la diffusion
enrichira le corpus documentaire de l’historien ; enfin, la troisième,
« essais », accueille des textes ayant une forte dimension historique
sans pour autant relever d’une démarche académique.

Série Travaux

Michel FERLET, Les testaments des rois français, L’art de
transmettre le pouvoir, 2013.
Jean-Yves CHAUVET, L’usage des maisons lorraines. Familles et
e emaisons paysannes de la fin du XVII au milieu du XX siècle, 2013.
André POLARD, Ecrire l’histoire de l’épilepsie, 2012.
Claude COHEN-MATLOFSKY, Flavius Josèphe. Les ambitions
d’un homme, 2012.
Georgiy VOLOSHIN, Le nouveau Grand Jeu en Asie centrale.
Enjeux et stratégies géopolitiques, 2012.
Emmanuel de CHAMBOST, Histoire de la CSF sous
l’Occupation, L’enfance de Thales, 2012.
Armand AJZENBERG, L’abandon à la mort… de 76 000 fous par
le régime de Vichy, 2012.
Michel GRENON, Charles d’Anjou. Frère conquérant de Saint
Louis, 2012.
Thomas PFEIFFER, Marc Lescarbot : pionnier de la Nouvelle-
France, 2012.
Michel VANDERPOOTEN, 3000 ans de Révolution agricole,
eTechniques et pratiques agricoles de l’Antiquité à la fin du XIX
siècle, 2012.
Kilien STENGEL, L’aide alimentaire : colis de vivres et repas
philanthropiques. Histoire de la Gigouillette 1934-2009, 2012. Lise Brossard-Gabastou











Auguste SALZMANN (1824-1872)

Pionnier de la photographie et de l’archéologie
au Proche-Orient















































© L'HARMATTAN, 2013
5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75 005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-00342-9
EAN : 9782343003429






Lamento,
Connaissez-vous la blanche tombe
Où flotte avec un son plaintif
L'ombre d'un if ?
Sur l'if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant.

On dirait que l'âme éveillée
Pleure sous terre à l'unisson
De la chanson,
Et du malheur d'être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.
Théophile Gautier


À la mémoire de ma mère
Lise Laure Frédérique RUHLAND Petite introduction
« Que sais-tu faire disait Bilboquet à son jeune ami ?
à une question comme celle-là je répondrai :
1je suis musicien, architecte, poète, peintre et… martyre ».
C’est la réponse que donnait Salzmann, en 1865, à la question
d’un introuvable et imaginaire employeur alors que les soucis
financiers commençaient à le harceler.
C’est sans doute la réponse qu’il aurait faite un siècle plus tard à
l’historienne de l’art, Rosalind Krauss, qui se demande
« Salzmann est-il un artiste ? ».
La même historienne se demande « Salzmann est-il
photographe ? » Et Salzmann, qui doit sa sortie de l’ombre et sa
célébrité à son travail de photographe, répond :… on me donne le
titre de photographe. Je proteste énergiquement contre cette
qualification (…) Il suffit d’une niaiserie comme celle-là pour
couler un homme à jamais ».
Ce petit jeu de chassé-croisé temporel montre les changements de
points de vue qui s’opèrent d’une époque à une autre.
Le travail photographique d’Auguste Salzmann, trop longtemps
négligé et presque ignoré dans l’histoire de la photographie, a été
redécouvert vers la fin des années 1970 et au début des années
1980, au moment de ce qu’on a appelé la vague sépia. De
nombreuses expositions, des manifestations, colloques,
publications, ont eu lieu aux États-Unis, à Houston, à Chicago,
New York, Paris sur la photographie française, l’art du calotype
tout particulièrement.
Certains critiques ont repris le terme de « primitif » utilisé par
Nadar pour désigner ces pionniers de la photographie. Ce terme a
été discuté par la suite.

1 Correspondance Félicien Caignard de Saulcy (C. de S.), Ms 2288, Lettre 104
d’A. Salzmann à F. de Saulcy, Saint-Gervais.
9 Peintre aux œuvres perdues, photographe de Jérusalem
longtemps oublié, archéologue en Asie Mineure ignoré… et
redécouvert un siècle après sa mort grâce à ses photographies.
Auguste Salzmann demeure un précurseur bien méconnu.
Pourquoi me suis-je intéressée à Auguste Salzmann ?
Au cours de la lecture d’une revue d’art, La Revue Générale
d’Architecture de César Daly, un nom est apparu que nous
connaissions vaguement par les explorations que nous adorions
faire, enfants, les jours d’ennui et de pluie, dans les tiroirs des
vieilles armoires, dans les granges de la maison de campagne
spacieuse, mais trop petite pour la vaste famille que nous
formions. Le patronyme surgi dans ces pages était celui d’un
artiste qui avait photographié la ville de Jérusalem.
La mémoire a assemblé lentement les souvenirs de ce grenier
peuplé d’ombres où le passé était tapi, étouffant, et laissait filtrer
inopinément d’infimes jeux de lumière. Dans le fouillis des
ombres qui nous avaient précédés, parmi les meubles expirant de
vieillesse, de lassitude et d’ennui, cassés, dépareillés et boiteux,
parmi les armoires branlantes pleines de dizaines de livres du
siècle passé, les Vies de Plutarque, les Mystères de Paris, La
conquête de la Gaule, La Jérusale délivrée le Voyage autour de
la mer Morte et dans les terres bibliques et d’autres innombrables
livres de classe des générations disparues, dessins ou sanguines
ébauchés, tout cela grignoté frénétiquement par des colonies de
souris… là, un matin où la lumière de printemps était vive, j’ai
ouvert un livre qui nous a absorbées, ma sœur et moi,
longuement, un livre trop lourd, un livre d’étranges
photographies grises ou sépia intitulé : Jérusalem, époques
judaïque, romaine, chrétienne, arabe. Explorations
photographiques.
Cet ancêtre, Auguste Salzmann, était bien l’auteur de l’album.
Ainsi, lentement, j’ai cherché à connaître son œuvre et sa vie et à
découvrir une partie de la mienne, en un mot, à tenter de
retrouver la mémoire.

10 Mais qui était donc Auguste Salzmann ?
Les pages déchirées de notre passé avaient effacé sa vie, même
si, probablement, nous avions croisé son portrait dans de
nombreux albums de photos, bien malmenés.

Suivons son itinéraire et son existence aventureuse qui vont nous
e mener au cœur du XIX siècle !
Les aspirations du jeune Salzmann sont celles d’une
époque extrêmement riche et vivante : un rêve de science, au sens
large et généreux, dont la mission était d’éclairer le monde, de
l’étudier et de faire connaître les civilisations passées, inconnues,
oubliées ou ensevelies.

Enfant fragile, adolescent rêveur
« Un caractère grave et doux… »
Quand Auguste Salzmann naît le 14 avril 1824, à Ribeauvillé, un
gros bourg près de Colmar au pied des Vosges, à une centaine de
kilomètres de Strasbourg, son frère aîné, Chrétien-Frédéric, a
cinq ans de plus que lui. Un an et demi plus tôt, ses parents ont
perdu un enfant, Charles, décédé en août 1822, à l’âge d’un an.
Auguste naît donc dans le souvenir de cet enfant mort. Au cours
de sa deuxième année, comme son frère disparu, il tombe
malade et après sa guérison, son père trouve l’enfant trop frêle et
trop fragile.
Ribeauvillé est alors une ville agricole aux vignobles réputés et
un centre textile important. C’est l’une des plus grandes
communes de la région avec quelque sept mille cinq cents
habitants au milieu du siècle. Elle occupe une place stratégique
grâce à sa situation sur la route de Sainte-Marie-aux Mines et est
devenue le plus grand centre de tissage de tout l’Est de la France.
La mère d’Auguste, Henriette Dollfus (1792-1871), fille de
Daniel Dollfus, appartient à l’une des plus grandes familles
d’industriels de Mulhouse. Les Dollfus, manufacturiers,
possèdent des filatures et fabriquent les célèbres « Indiennes »,
étoffes de coton peintes ou imprimées.
Sa grand-mère maternelle, Henriette Haussmann, est aussi issue
d’une famille de manufacturiers qui possédait des industries
textiles à Colmar. Auguste est, par celle-ci, apparenté au baron
Haussmann, préfet de la Seine sous Napoléon III, qu’il ne
sollicitera jamais lors de ses nombreux déboires à Rhodes ou en
Asie Mineure pour obtenir des subventions promises par le
ministère d’État ou de l’Instruction publique. En revanche, il
sollicitera financièrement et vainement son oncle Dollfus,
industriel installé au Havre.
On trouve des Salzmann, ancêtres d’Auguste, à Riquewihr au
XVIIe siècle dans un petit bourg qui appartenait aux seigneurs du
duché de Wurtemberg. Son arrière-grand-père, David Salzmann
13 (1713-1798) était forestier-chasseur des seigneurs de
Wurtemberg et peintre. Son grand-père, Jacob appelé Jacques-
Henri, a exercé la même charge, puis est devenu cultivateur-
viticulteur en 1798, probablement à la suite d’un rachat de biens
nationaux. Frédéric, son père, né lui aussi à Riquewihr en 1785,
s’est installé à Ribeauvillé comme fabricant de toiles.
En ce début du XIXe siècle, l’industrie textile connaît en Alsace
une prospérité sans précédent et se développe dans cette ville
grâce à des fabricants fils de propriétaires de vignobles
protestants venus d’autres villages environnants. Dans les années
1820, Frédéric Chrétien Salzmann s’associe à un manufacturier
du nom de Schmidt. Ils créent la manufacture « Salzmann et
Schmidt » qui compte rapidement quelques centaines de métiers.
Après les « siamoises » c’est-à-dire les cotonnades à partir des
filés teints, la mode des « guinghams » tissus fabriqués avec des
filés fins, fait fureur vers 1825. Les produits de leur manufacture,
des tissus de couleur « fonds nankin serin, aile de mouche, lilas,
vert-de-gris, bleu, jauni, nankin uni… » sont primés par la
Société industrielle de Mulhouse en 1825 et lors des expositions
industrielles de Paris en 1827 et 1839. Les affaires du père
d’Auguste sont prospères.
Élu maire de sa ville de 1848 à 1851, lors de la brève Seconde
République, il doit maintenir l’ordre et calmer les émeutes
ouvrières. Profondément républicain, il démissionnera de sa
charge après le coup d’État de Napoléon III en 1851, manifestant
ainsi son désaccord. En 1852, Frédéric Chrétien renonce à ses
activités industrielles et reprend le domaine viticole. Il se
consacre alors à la viticulture et à la production de vins de grande
qualité.
Son fils aîné, Frédéric, suivra les pas de son père, il travaillera
alors à l’affaire familiale et sera à son tour conseiller général et
maire de Ribeauvillé.
Auguste a donc grandi dans cette Alsace dont la prospérité
provient de l’activité industrielle. La société patricienne de ce
monde des affaires, des « clans industriels d’Alsace », très
dynamique, était stricte et très hiérarchisée. Jean Schlumberger
dont la famille était originaire de Ribeauvillé raconte : « … La
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